Autour du grand foyer, une exposition d’affiches et de photos rappelle la présence de Maria Callas dans ce théâtre dès le début de sa carrière. En 1954 justement, elle y interprétait Lucia, un rôle immortalisé dans une version gravée live à Berlin un an plus tard.
Ce 28 avril, c’était une toute jeune interprète, la tchèque Zuzana Markova, qui endossait magistralement le rôle, dans une mise en scène (Francesco Micheli) qui faisait penser au meilleur Carsen, et un chef inspiré dans la fosse.
Venise ce sont des centaines d’églises, pour beaucoup de véritables musées – ce sera pour une autre chronique – et parfois la surprise de tomber sur de magnifiques collections instrumentales.
Venise c’est Vivaldi bien sûr, et ses Quatre saisons proposées à chaque coin de rue. On n’insiste pas. C’est sur la façade du Londra Palaceune plaque qui rappelle le séjour de Tchaikovski en décembre 1877 et la composition des trois premiers mouvements de sa 4ème symphonie.
Et puis, même si c’est le summum du cliché, on aime toujours la concurrence courtoise que se livrent les orchestres des cafés de la place Saint Marc (Florian, Quadri, Lavena)
Je ne suis pas de ceux que gênent des applaudissements entre les mouvements d’un concerto ou d’une symphonie (après tout, personne ne trouve à redire à ceux qui saluent une performance vocale dans un opéra), c’est plutôt rassurant quant au renouvellement du public du concert classique. Je me rappelle le conseil d’un directeur de France-Musique à ses producteurs chevronnés (était-ce moi ? si non e vero e ben trovato !) : « Il y a toujours un auditeur qui entend la 5ème symphonie de Beethoven pour la première fois… »
Infiniment plus agaçant et irrespectueux tant de la musique que des interprètes, ces spectateurs qui n’attendent même pas la fin de l’accord final pour applaudir, voire hurler « bravo ». Justement parce qu’on peut être très ému, bouleversé, enthousiasmé par ce qu’on vient d’entendre, on devrait vouloir en profiter jusqu’au bout, jusqu’à ce que les dernières notes aient fini de résonner. La vraie vulgarité est dans cette attitude des pseudo-« connaisseurs » !
« Arthur Rubinstein, pianiste, musicien, acteur, conteur, écrivain, homme et citoyen aura incarné jusqu’à son dernier souffle le meilleur de cette culture et de cette civilisation européennes nées des Lumières qui se sont effacées aux portes d’Auschwitz/…../ A Marbella il avait noué une relation particulière avec une enfant de cinq ou six ans à qui il parlait à travers une trouée de la haie qui séparait sa propriété de celle d’un avocat chilien qui avait fui la dictature de Pinochet. A la mère française qui reconnaissant le musicien, s’excusait de la gêne que sa fille avait pu provoquer, Rubinstein répondit : « C’est votre fille ? Nous avons une discussion très intéressante, nous parlons de la vie »
Politesse, courtoisie, élégance, des notions désuètes ? Sûrement pas.
Si vous avez un cadeau à (vous) faire pour ces fêtes pascales, un indispensable, comme un concentré de l’art unique d’un interprète unique :
Ce mois d’avril annonce l’été, comme un prélude à la fête, aux festivals. En attendant, il faudra voter, ne pas se priver de cette liberté, si rare sur notre planète tourmentée, ne pas laisser le parti de l’abstention l’emporter. J’y reviendrai, notamment à la lumière d’une étude que Le Point publie demain.
La fête on sait la faire chaque début d’été à Berlin. Dans un lieu magique, dans le quartier de Charlottenburg, la Waldbühne, littéralement la « scène de la forêt », un immense amphithéâtre de plein air construit sur le modèle du théatre d’Epidaure à l’occasion des Jeux olympiques de 1936, de sinistre mémoire.
J’étais impatient d’acquérir – via amazon.de – un boîtier de 20 DVD récapitulant les très courus Waldbühnen-Konzerte de l’Orchestre philharmonique de Berlin, de 1992 à 2016.
Le coffret est classé par ordre chronologique inverse, du plus récent (2016 avec YannickNézet Séguin, à 1992 avec Georges Prêtre)
S’il fallait encore infliger un démenti – mais oui il le faut encore souvent ! – à ceux qui pensent qu’entre le concert classique traditionnel et André Rieu il n’y a pas d’espace pour des concerts populaires et festifs de haut niveau, cette série en serait la preuve éclatante.
Chaque programme est remarquablement constitué autour d’un thème, et combine astucieusement « tubes » et chefs-d’oeuvre moins connus, sans céder aux nécessités (?) du crossover. Et puis quel bonheur d’entendre – idéalement captée – l’une des plus belles phalanges orchestrales du monde, surtout quand elle se débride ! Et d’aussi prestigieux solistes…
Et puis il n’est de Walbdbühne qui ne se termine par la chanson fétiche de tous les Berlinois : Berliner Luft de Paul Lincke
Je récidive – en espérant plus convaincre que choquer ! – après la lecture d’un article au titre autrement plus aguicheur Les pin-up du classique de Fabrice Pliskin dans le dernier numéro de L’Obs.
En cause nombre de récentes pochettes de disques, petit échantillon…
Mais le phénomène n’est pas exclusivement féminin.
Sur ses disques, rien ne transparaît des tenues de scène de la pianiste chinoise Yuja Wang. En concert, c’est autre chose…
Sa consoeur géorgienne Khatia Buniatishvilin’est pas en reste quand il s’agit de mettre en valeur une plastique hollywoodienne
La jeune femme dit au journaliste de L’Obs assumer son côté « femme glamoureuse » et dénonce une « forme de sexisme qu’il y a à parler de la robe de la musicienne plutôt que de son jeu ». Est-ce parce qu’elle a fini par être lassée de ces sous-entendus macho sur son physique que la pochette de son nouveau disque donne dans une sobriété presque déprimante ?
Isabelle Lafitte – qui forme avec sa soeur jumelle Florence un formidable duo pianistique (comme les soeurs Labèque ou les soeurs Önder, elles n’ont rien à envier à leurs plus jeunes collègues en matière de canons esthétiques !) commente dans L’Obs : « C’est Wang qui en 2006 a cassé les codes traditionnels de la musique classique. Sur scène, dans les concours internationaux, elle jouait avec des longues robes fendues sur le côté, des décolletés vertigineux, mais on ne peut pas le lui reprocher : c’est une superbe musicienne ». La pianiste française Vanessa Wagnerdénonce cette érotisation, choisie ou subie : « Quand on le déplore, on passe pour réac ou ringard » et y voit de « vieilles recettes ».
Cette mode en réalité ne date pas d’hier. Je me rappelle l’un des premiers disques du pianiste américain Tzimon Barto qui donnait à admirer son physique de bodybuilder, allongé sur un Steinway de concert, ou, plus ridicule si c’est possible, un harpiste suisse posant nu de profil sur un quai de New York…
Va-t-on reprocher au clarinette solo de l’Orchestre philharmonique de Berlin, Andreas Ottensamerd’être aussi agréable à entendre qu’à regarder ?
Il arrive parfois que la beauté et le talent soient héréditaires…
(De gauche à droite, Daniel Ottensamer qui a rejoint son père Ernst, à droite sur la photo, au pupitre de clarinette de l’Orchestre philharmonique de Vienne, et Andreas qui est à Berlin !)
Bref on l’aura compris, un physique avantageux ne nuit pas au talent, dès lors qu’il n’est pas utilisé comme un argument de promotion. Les fausses idoles ne font pas longtemps illusion. Et puis il y a eu, et il y aura toujours ce quelque chose d’indéfinissable qui s’appelle le charisme, la présence, qui font qu’un artiste captive immédiatement son auditoire. Je me rappelle encore un concert d’été en plein air, devant la Maison des arts de Thonon-les-Bains – c’est ainsi qu’elle s’appelait alors – j’avais invité l’Orchestre de la Suisse romande et un jeune flûtiste qui n’avait pas encore la célébrité qui est la sienne aujourd’hui à jouer un concerto de Mozart. Les conditions acoustiques étaient loin d’être idéales, le concert était gratuit. Et j’ai vu des dizaines, des centaines de spectateurs très jeunes, affluer vers l’esplanade, s’asseoir à même le sol, tout près du soliste, captivés par une musique et un musicien dont ils ignoraient tout, et l’applaudir à la fin comme une rock star.
Autre preuve que le talent et la beauté peuvent se rejoindre, le cas de Dinu Lipatti, né il y a cent ans, le 19 mars 1917, et mort précocément en 1950.
Je ne connais pas de version plus miraculeuse du 21ème concerto de Mozart que cette captation réalisée à Lucerne le 23 août 1950 quelques semaines avant sa mort…
L’expression fait florès depuis quelques semaines : plan B.
Comme on le sait, il y a de bons et de mauvais plans. En politique comme en musique.
Plan B comme Böhm par exemple. On avait beaucoup aimé ce coffret qui remettait au premier plan les derniers enregistrements du chef autrichien (Le choc des géants)
Deutsche Grammophon récidive avec un nouveau coffret de 17 CD proposé à tout petit prix.
D’où vient une relative déception ? Une étrange sélection de « great recordings« , aucun inédit, certes des enregistrements qui étaient devenus rares dans les bacs des disquaires, et quelques pépites*. Comme cette Première symphonie de Brahms de 1959 avec un Philharmonique de Berlin porté à incandescence (la furie du finale !)
Du coup, rangeant ce coffret dans ma discothèque, j’ai retrouvé, tout près, un autre B. Un très bon plan B comme Boult, l’un des plus grands chefs du XXème siècle. Même si SirAdrian n’a jamais eu la célébrité médiatique ou discographique de certains de ses contemporains, en dépit de son exceptionnelle longévité.
Comme héraut de Vaughan Williams ou Elgar, il est installé depuis longtemps comme une référence, mais un chef britannique pour de la musique britannique cela va de soi…
En revanche, a-t-on vraiment porté attention à l’art d’Adrian Boult dans le répertoire classique et romantique ? Ses Mozart, Schumann, Brahms, Wagner, Tchaikovski, remarquablement documentés dans les deux coffrets réédités par Warner…
La principale caractéristique de cet art si singulier, c’est le refus de l’emphase, de l’empois, la fluidité, la souplesse – particulièrement dans Brahms, où sa Rhapsodie pourcontralto est l’une des plus allantes de la discographie
Le titre du premier mouvement de la Symphonie Pastorale de Beethovenest : Erwachen heiterer Empfindungen bei der Ankunft auf dem Lande qu’on peut traduire par Eveil d’impressions joyeuses (ou agréables ou heureuses) en arrivant à la campagne.
Un programme des plus classiques : de Haydn la 44ème symphonie dite « Funèbre« , le concerto pour violoncelle en do majeur, et justement la Pastorale de Beethoven.
Depuis le temps qu’on suit la carrière du chef québecois – 42 ans le 6 mars prochain, mais toujours une allure juvénile ! -, patron respecté du vénérable Orchestre de Philadelphie, successeur désigné de James Levine au Met, en passant par Rotterdam, Londres et l’orchestre de ses débuts qu’il n’a jamais lâché, le Métropolitain de Montréal, on a eu le temps d’éprouver parfois des déceptions (un concert de Nouvel an à Rotterdam il y a une dizaine d’années, les débuts (en 2010?) avec les Berliner Philharmoniker avec une Symphonie fantastique rétive), mais bien plus souvent un enthousiasme qui va croissant.
Assis à côté de Matthias Goerne et juste derrière la famille de Yannick, j’étais idéalement placé pour savourer tout l’art d’un chef qui éblouit sans esbroufe, qui creuse les partitions sans dogmatisme, qui fait entendre mille détails dans des oeuvres qu’on connaît par coeur et qui sonnent comme neuves. On n’oublie pas le travail – et les enregistrements – qu’un Harnoncourt a réalisés avec cette phalange unique en son genre. Yannick Nézet Séguin en a manifestement fait son miel, mais la souplesse des phrasés, la délicatesse des attaques, la justesse des tempos (rien à voir avec les positions extrêmes d’un Norrington jadis, d’un Antonini aujourd’hui), nous donnent des Haydn et un Beethoven tout simplement admirables. On ne pense même pas à faire l’habituel jeu de comparaisons avec d’illustres aînés. Yannick est l’un des plus grands.
J’ajoute qu’à ses talents de musicien et de chef Yannick Nézet-Séguin ajoute des qualités humaines, une simplicité, qui le rendent éminemment sympathique. Il en a encore fait la preuve hier, interrompant le mouvement lent du concerto de Haydn, par respect pour une personne âgée qui a fait un malaise qui pouvait paraître grave. Et puis sur les réseaux sociaux, le Québecois n’est pas l’un des moins actifs : il fait partager généreusement ses enthousiasmes, les joies de son quotidien, de ses amitiés, de sa vie tout simplement. Le contraire d’une star recluse dans sa tour d’ivoire !
La tournée continue en France – le 9 le COE et YNS sont à Toulouse.
Et on peut essayer de réécouter/revoir le concert de Paris enregistré par France Musique et diffusé sur le site de la Philharmonie.
Presque simultanément Deutsche Grammophon nous livre deux beaux coffrets sur l’art de deux des plus grands violoncellistes du XXème siècle, qui ont fait les riches heures de la marque jaune (et accessoirement de Philips et Decca) : Mstislav Rostropovitch* et Pierre Fournier.
Deux immenses personnalités, deux styles pour le moins opposés (pour user de clichés un peu faciles, l’élégance aristocratique du Français, l’intensité contagieuse du Russe). On peut aimer l’un et l’autre, et s’amuser au jeu des comparaisons lorsque le même chef (Karajan) les accompagne dans la même oeuvre (Don Quichottede Richard Strauss).
Le coffret Rostropovitch ne contient rien qui n’ait été déjà réédité, mais regroupe tout ce qui est paru sous les labels DGG, Decca et Philips (et par Melodiapour ce qui est des séances de trios avec Kogan et Gilels), et inclut – à la différence du coffret EMI/Warner – les prestations du violoncelliste comme chef d’orchestre (et d’opéra) et pianiste accompagnateur de son épouse Galina Vichnievskaia. Plusieurs doublons, voire triplons (le Quintette à deux violoncelles de Schubert avec les Taneiev, les Melos et les Emerson) Détails ici : Rostropovitch l’intégrale Deutsche Grammophon.
Dans le cas de Pierre Fournier, on attendait depuis longtemps pareil hommage (après le coffret Warner). La longue carrière du violoncelliste français y est richement documentée, depuis les premières gravures avec Clemens Krauss et Karl Münchinger en 1953, jusqu’à une ultime séance en 1984 deux ans avant sa mort avec son fils Jean Fonda. Deux versions du Don Quichotte de Richard Strauss. Deux intégrales magnifiques des sonates piano-violoncelle de Beethoven avec Friedrich Guldaet Wilhelm Kempff, et de celles de Brahms avec Rudolf Firkusnyet Wilhelm Backhaus. Et ce qui reste pour moi une référence des Suites pour violoncelle de Bach. Détails à lire ici : Pierre Fournier, l’aristocrate du violoncelle
De Pierre Fournier, Rostropovitch*, jamais avare d’un superlatif, avait dit qu’il était son « dieu », son « maître ».
Le même Harnoncourt quelque vingt ou trente ans plus tôt avec un orchestre professionnel – l’Orchestre de chambre d’Europe – est tout aussi passionnant et pédagogue dans son approche de la symphonie beethovénienne.
Le tout dernier enregistrement d’Harnoncourt et son intégrale Beethoven avec l’orchestre de chambre d’Europe (Warner)
On a beaucoup évoqué Georges Prêtre, disparu en ce début d’année. La Radio suisse romande vient de publier une précieuse archive du chef français répétant Debussy avec l’Orchestre de la Suisse romande en 1972.
Autre disparu de 2016, Pierre Boulez, sur qui les témoignages ne manquent pas. Je suis tombé par hasard sur une masterclass donnée par le chef/compositeur en 2009 aux élèves de la classe de direction du Conservatoire de Paris.
La bienveillance naturelle de Boulez envers les jeunes musiciens n’exclut pas le franc-parler, voire une pointe d’agacement. Cette vidéo démontre aussi une évidence : certains sont faits pour être chefs, même maladroits ou hésitants, d’autres non. Amusant de voir parmi ces étudiants, Alexandre Bloch, qui vient de prendre les rênes de l’Orchestre National de Lille.
L’art irremplaçable du (grand) chef n’est jamais mieux mis en valeur que dans le travail d’une pièce particulièrement difficile, comme le sont les redoutables Pièces op.6de Berg.
Simon Rattledéçoit parfois au concert, jamais en répétition. C’est ce que disent les musiciens qui ont travaillé avec lui, à Birmingham, à Berlin. C’est éloquent ici avec tous ces jeunes musiciens berlinois…
Nous connaissons tous l’horreur de la question rituelle à l’approche des fêtes de fin d’année : que va-t-on pouvoir offrir à X, quel cadeau original faire à Y ? Et affronter la foule des grands magasins ?
Quelques suggestions personnelles… toutes disponibles sur le Net et sans se ruiner !
D’abord une formidable aubaine : 25 ans d’Europakonzerte de l’Orchestre philharmonique de Berlin, 25 DVD dans un boîtier format CD (un exemple à suivre, svp Messieurs les distributeurs de DVD !), à moins de 50 €. L’idée est née en 1991 de proposer, chaque 1er mai, un concert prestigieux des Berliner dans un lieu ou une salle emblématiques d’Europe. L’affiche de ces concerts – chefs, solistes, programmes – parle d’elle-même. Indispensable !
Autre coffret de DVD, même format, mais plus cher et plus hétéroclite, même s’il restitue l’art multi-facettes du pianiste Daniel Barenboim
Après une discussion passionnée sur Facebook à propos d’une récente réédition de « live » captés à Dresde sur le chef/compositeur italien Giuseppe Sinopoli, prématurément disparu en 2001 à 54 ans, je signale deux coffrets formidables (l’un de 16 CD musique orchestrale et chorale, l’autre de 8 CD concertos) à trouver sur www.amazon.it, à des prix inversement proportionnels au talent unique du chef disparu :
(Voir détails des deux coffrets à la fin de cet article)
Une nouveauté qui pourrait passer inaperçue : la 4ème symphonie et le concerto pour violon de Weinberg(1919-1996) dans un boîtier au format livre de poche, et à un prix dérisoire. Un très grand compositeur qu’on commence seulement à redécouvrir et à enregistrer, un magnifique concerto pour violon.
Dans un registre plus traditionnel en ce temps de Noël, deux jolis disques, qui sortent un peu des sentiers balisés, avec la fine fleur des interprètes français de la jeune génération.
Trouvé hier chez mon libraire de la rue de Bretagne un excellent ouvrage tout ce qu’il y a de plus sérieux sur une musique qui n’a jamais été très prise au sérieux, l’Easy listening !
La musique easy listening erre au-dessus de tous les styles musicaux qui existent depuis le XVIIIe siècle jusqu’au début des années 1970. C’est une musique large, sans oeillères, qui va puiser son inspiration à des sources bien dissemblables comme les compositeurs de musique classique, les big bands américains des années 1940, les ensembles gamelan balinais folkloriques, les Beatles, la bossa-nova ou la musique hawaïenne traditionnelle. Elle rassemble des personnages aussi différents que l’illustre Burt Bacharach, l’hypnotique pseudo-Indien Korla Pandit, la diva péruvienne Yma Sumac, le Français Roger Roger, auteur de pastilles musicales pour l’ORTF et de son compère Nino Nardini, ou encore Ennio Morricone, c’est dire la difficulté de recenser tous les représentants de cette famille musicale qui a servi de base de données infinie et de source d’inspiration pour des artistes tels que les Beastie Boys, le Wu-Tang Clan, Stereolab, The Avalanches, Portishead, The Cramps etc. Des ascenseurs et supermarchés au salon des clubs lounge, de l’exotica qui envahit l’Amérique d’après-guerre aux bandes-son des films d’exploitation, cet ouvrage définit les contours d’un genre musical omniprésent et pourtant mal connu. (Présentation de l’éditeur).
Il faut saluer ce travail remarquable, et souhaiter qu’il soit complété par tout un pan de ce qui fait bien partie de l’histoire de l’Easy listening, la profusion de grands orchestres américains, souvent issus de phalanges classiques (Boston Pops, Cincinnati Pops, Hollywood Bowl) ou animés par des musiciens charismatiques (Mantovani, Xavier Cugat, Frederick Fennell, Morton Gould, etc.).
Et comme, pour la plupart d’entre nous, ce 25 décembre ne sera pas blanc, ce potpourri qui réveille en moi tant de souvenirs d’enfance :
Coffrets Sinopoli /
Orchestral Works (16 CD) Beethoven Symph.9 (Dresde) – BrahmsRequiem allemand (Phil.tchèque) – Bruckner Symph.4 & 7 (Dresde) – Tchaikovski Symph.6 & Roméo et Juliette (Philharmonia) – Elgar Variations Enigma & Sérénade cordes & In the South – Maderna Quadrivium & Aura & Biogramma (NDR) – Mahler Symph.5 (Philharmonia) – Mendelssohn Symph.4 (Philharmonia) – Schumann Symph.2 (Vienne) – MoussorgskiTableaux d’une exposition (New York) – RavelValses nobles etsentimentales (New York) – Ravel Boléro & Daphnis (Philharmonia) – DebussyLa Mer (Philharmonia) – RespighiPins de Rome, Fontaines de Rome, Fêtes romaines (New York) – SchoenbergLa nuit transfigurée & Pelléas et Mélisande – Schubert Symph.8&9 (Dresde) – SinopoliLou Salomé (Popp, Carreras, Stuttgart) – R.StraussAinsi parlaitZarathoustra (New York) Don Juan (Dresde) Danse des sept voiles (opéra Berlin)
Concertos (8 CD) Beethoven Concertos piano 1&2 (Argerich, Philharmonia) – Beethoven Conc.violon & Romances (Mintz, Philharmonia) – Bruch conc.vl.1 + Mendelssohn Conc.vl (Shaham) – Elgar Conc.violoncelle + Tchaikovski Variations Rococo (Maisky) – Manzoni Masse Omaggio a Edgar Varese (Pollini, Berlin) + Schoenberg Symph.de chambre op.9 (Berlin) – Mozart Conc.fl.harpe + Symph.conc.vents (Philharmonia) – Paganini Conc.vl.1 + Saint-Saëns Conc.vl.3 (Shaham, New York) – Sibelius & Tchaikovski Conc.vl (Shaham, Philharmonia)
C’était une émission que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître, qui était emblématique du France Musique des années 60/70 : Les jeunes Français sont musiciens, chaque semaine, sous la houlette de son producteur François Serrette, dressait une cartographie d’une France musicale encore balbutiante dans son organisation territoriale, mais où même dans les plus petits conservatoires, de valeureux pédagogues s’efforçaient, non sans succès, d’initier des générations d’enfants à la musique classique. J’ai, pour ma part, les meilleurs souvenirs de mes années au Conservatoire – qui n’était pas encore « à rayonnement régional »! – de Poitiers, et justement de deux émissions que Serrette était venu enregistrer en 1973, après qu’un jeune élève, auditeur de France Musique, lui eut écrit pour l’inviter – sans l’autorisation de ses professeurs ni de la direction de l’établissement !
Lundi soir, au concert de l’Orchestre français des jeunes, à la Cité de la Musique, je me disais que bien du chemin avait été fait depuis lors, et que peut-être cette émission y avait contribué.
En tous cas, le concert de lundi qui réunissait le violoncelliste Marc Coppey, le chef américain Dennis Russell Davieset l’OFJ, attestait une nouvelle fois de la formidable vitalité de l’enseignement musical et de l’engouement des jeunes musiciens français.
L’oeuvre de Dutilleux a beau être devenue un classique, j’ai le sentiment de la redécouvrir à chaque écoute, comme si ses mystères ne se dévoilaient qu’avec parcimonie. Longue ovation au soliste et à l’orchestre, grâce à laquelle Marc Coppey offrit en bis deux des trois Strophes que Dutilleux avait écrites, à la demande de Mstislav Rostropovitch, pour honorer le grand mécène et musicien suisse Paul Sacher.
Il faut écouter la version de Marc Coppey au disque, non seulement parce que c’est une belle réussite, que le couplage en est original, mais aussi parce qu’il contient une longue et belle interview de Dutilleux !
En seconde partie, on attendait évidemment chef et orchestre au tournant, la troisième et dernière symphonie de Rachmaninov (1936) étant particulièrement difficile à appréhender et à restituer. D’une grande complexité d’écriture – le compositeur tente d’y conjuguer plusieurs styles – elle ne se livre pas facilement ni aux interprètes, dont la virtuosité et la rigueur rythmique sont très sollicitées, ni aux auditeurs. On connaît quelques ratages au disque ! Et de rares réussites…
Chapeau bas au chef américain et à ses jeunes musiciens français ! Non seulement ils se sont bien sortis de tous les pièges de la partition, mais ils en ont donné une vision tour à tour émue et flamboyante.
L’actualité tragique nous a vite rattrapés. Déjà pendant le concert s’affichaient sur mon téléphone les premières informations de l’attentat de Berlin… L’horrible impression d’une répétition de la tragédie, Paris, Nice, et tous les jours des victimes au Proche Orient…