Du Palais Barnier à Downton Abbey

Des Brigands has been

On n’a pas ri beaucoup mardi soir à l’Opéra. Même pas à la prestation surprise de l’humoriste Sandrine Sarroche, tenant le rôle du Caissier dans cette nouvelle production des Brigands d’Offenbach ! Censée incarner le ministre du Budget, elle salue les spectateurs du « Palais Barnier » – mais comme c’est drôle hein !.

J’ai écrit (presque) tout ce que j’en ai pensé dans Bachtrack : Des Brigands d’un drôle de genre


A la fin du 1er acte

L’entrée des Espagnols au 2e acte

Le prince de Mantoue (Mathias Vidal) enterrant sa vie de garçon au milieu de moines et de nonnes en folie au 3e acte (Décidément les bonnes soeurs en cornette ont la cote à Paris : lire Le Domino Noir).

Downton Abbey en deuil

Oui j’ai suivi tous les épisodes de Downton (et non Downtown… comme on le lit un peu partout !) Abbey, j’ai vu le film qui a suivi, et pour l’essentiel c’était pour le personnage de Lady Violet Crawley, comtesse douairière de Grantham, incarné par Maggie Smith, disparue ce vendredi à 89 ans. Mes petits-enfants m’en voudront sûrement de ne pas faire allusion au professeur McGonagall, mais je n’ai jamais lu ni vu les aventures de Harry Potter, j’ignore donc tout de la prestation de la comédienne dans ce rôle !

Mais je vais revoir dès que possible les films où elle impose une présence inoubliable, la liste en serait longue. Un cadavre au dessert, Mort sur le Nil, Quartet et Chambre avec vue (James Ivory),Indian Palace, Gosford Park, The Lady in the van, pour n’en citer que quelques-uns repérés dans ma DVD-thèqye.

Et quand une immense comédienne rend hommage à une autre immense comédienne, cela donne ces quelques minutes qui disent tout de Maggie Smith comme de Judi Dench.

Le prince Igor et la reine Lear

Le grand art d’Evelyn Lear

Commençons par un petit bijou, une fois de plus signalé par J-C.H. sur Facebook. Aucune actualité particulière, mais, pour ce qui me concerne, une découverte.

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Je l’avoue, j’avais une connaissance relative de cette grande soprano américaine (1926-2012°

Evelyn Lear naît dans l’arrondissement de Brooklyn à New-York sous le nom d’Evelyn Shulman dans une famille juive originaire de Russie. Elle étudie le piano, le chant.. et le cor à la Juilliard School.

Après un premier mariage avec le physicien Walter Lear dont elle divorce, elle découvre l’opéra pour la première fois à Washington D.C. avec Down in the Valley de Kurt Weill. 

Elle se remarie avec le baryton-basse américain Thomas Stewart (1928-2006), rencontré à la Juilliard School. Ils décrochent une bourse Fulbright qui permet au couple de s’envoler pour l’Europe à la « Hochschule für Musik » de Berlin où la chanteuse étudie avec Maria Ivogün. C’est en Allemagne que sa carrière dans l’opéra décolle. En 1958, elle est engagée au Städtische Oper Berlin où elle chante Ariadne auf Naxos de Richard Strauss

Entre 1959 et 1992, elle va chanter plus de quarante rôles différents, interprétant même les trois rôles féminins (La Maréchale, Sophie, Octavian) du Chevalier à la rose de Richard Strauss. E n1955, tout juste sortie de la Juilliard, Evelyn crée le rôle de Nina, dans Reuben, Reubende de Marc Blitzstein. La légende raconte que Leonard Bernstein a prénommé sa fille Nina en référence à cette œuvre. En 1961, elle crée le rôle-titre de Alkmene de Giselher Klebe à Berlin. À la même époque, elle aborde Lulu d’Alban Berg, son rôle fétiche, au Theater an der Wien, sous la baguette de Karl Böhm, dont elle sera une interprète d’élection

En 1963, à l’occasion de la réouverture du Théâtre National de Munich, elle est la première Jeanne dans Die Verlobung in San Domingo de Werner Egk.

En 1965, à Covent Garden, elle est Donna Elvira dans Don Giovanni. L’année suivante, elle fait ses débuts à l’Opéra lyrique de Chicago dans Le Couronnement de Poppée

Puis elle intègre le Metropolitan Opera de New-York et chante Lavinia Mannon lors de la première de Mourning Becomes Electra, opéra de l’américain Marvin David Levy. En dépit de problèmes vocaux qui affectent la clarté de sa voix, elle continue de créer des rôles jusque dans les années 1990. Elle meurt le dans une maison de repos à Sandy Spring, dans le Maryland, à l’âge de 86 ans.

La discographie d’Evelyn Lear est bien pauvre, en dehors de quelques albums DGG et de « live » heureusement récupérés par le label américain VAI. Celui que je salue aujourd’hui illustre la versatilité d’un art que j’ai eu bien tort de méconnaître jusqu’à ce j’écoute, fasciné, ce disque où Berlioz côtoie Berg et Strauss !

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Extrait des Nuits d’été, dirigé par Dean Dixon à Francfort en 1972

Troisième des Vier letzte Lieder de R. Strauss, capté à Vienne en 1964, Karl Böhm dirigeant les Wiener Philhamoniker !

Le Prince Igor à l’assaut de Bastille

Double première hier soir à l’Opéra Bastille : l’entrée du Prince Igor de Borodine au répertoire de l’Opéra de Paris (!) et première de la nouvelle production mise en scène par Barrie Kosky et dirigée par Philippe Jordan.

On est un tout petit peu moins enthousiaste que Laurent Bury sur Forumopera (Fais moi mal, Barrie !sur la direction du maître des lieux.

Rien à redire à la formidable qualité d’ensemble de l’orchestre et des choeurs (qui auraient pu être mieux coachés pour la prononciation du russe), mais quelque chose de l’ordre de la couleur si profondément russe de la musique de Borodine m’a manqué, comme si Philippe Jordan s’en tenait à distance.

Pour le reste, je souscris complètement à la critique de Laurent Bury. Cette « actualisation » du Prince Igor est tellement téléphonée, qu’on n’en est même pas surpris.

On avait évidemment gardé un tout autre souvenir lorsque Valery Gergiev était venu donner au Théâtre des Champs-Elysées toute une série d’opéras russes, dont Le Prince Igor, en février 1996.

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Berlin dernier jour

Refus du consumérisme ou respect des traditions, Berlin (comme Dresde l’an passé) ferme boutiques et musées en début d’après-midi le 31 décembre. La chocolaterie Rausch consent à ouvrir jusqu’à 18 h ! Mais les touristes, très nombreux à cette période, en sont réduits à fréquenter les marchés de Noël, voire quelques rares boutiques de souvenirs, en attendant les douze coups de minuit à la porte de Brandebourg !

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Fierté de la chocolaterie Rausch : ces monuments berlinois tout en chocolat !

Même le célèbre magasin Dussmann – où j’ai fait naguère provision de tant de disques et de partitions – n’ouvre plus le dimanche, et fermait ce 31 décembre à 14 h!

Côté musique, en revanche, on serait bien mal venu de se plaindre ! Quelle autre ville au monde est en mesure de proposer chaque soir de cette période de fêtes pas moins de 5 concerts ou représentations d’opéra ?

J’ai boudé, cette fois – privilège du visiteur professionnel ! – la Philharmonie où Daniel Barenboim dirigeait l’Orchestre philharmonique de Berlin dans un programme que je l’avais vu jouer et diriger avec les Wiener Philharmoniker en 2011 (un concerto de Mozart et Ravel en seconde partie), tout comme le Konzerthaus où se donnait – tradition oblige – la IXème symphonie de Beethoven sous une baguette pourtant pas inintéressante, Vladimir Jurowski.

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Mais la curiosité m’a poussé vers deux spectacles de la Komische Oper – dirigée par un talentueux trublion, Barrie Kosky -, jeudi soir Les perles de Cléopâtre une opérette déjantée d’Oscar Straus, et ce lundi Candide de BernsteinLes deux spectacles mis en scène par le maître des lieux, mais quelque chose ne prenait pas dans Candide : beaucoup trop long pour une « opérette » (3 heures et demie), un récitant de luxe en la personne de Franz Hawlatamais de nettes insuffisances du côté des femmes. Quand on a entendu Sabine Devieilhe et Sophie Koch irrésistibles au Théâtre des Champs-Elysées en  octobre dernier, on a un peu de mal à voir et entendre d’honnêtes chanteuses, certes peu aidées par une direction molle et sans fantaisie (malheureusement prévisible dès l’ouverture !)

C’est à la Deutsche Oper – l’opéra de Berlin Ouest – que j’ai vu, pour la première fois La petite renarde rusée de Janacek

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Pas très convaincu par le fait que l’ouvrage est censé s’adresser aux enfants…Mais belle version musicale tant sur scène que dans la fosse.

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Hier soir c’était le premier des deux concerts « de la Saint-Sylvestre » proposés à la Staatsoper Unter den Linden. Comme le maître des lieux – Daniel Barenboim – était occupé à la Philharmonie, il avait confié le programme et la baguette à celui dont j’écrivais il y a deux ans : Le microcosme musical ne parle que de lui depuis deux ou trois ans. Surtout depuis qu’il a remplacé, au pied levé, Philippe Jordan dans une tournée de l’Orchestre symphonique de Vienne il y a quelques mois, ou Franz Welser-Moest avec l’autre phalange viennoise, les Wiener Philharmoniker ! Un surdoué à l’évidence ! Il s’appelle Lahav Shaniil a 30 ans le 7 janvier prochain, et il a amplement confirmé ses dons de pianiste (dans Rhapsody in Blue) et de chef, avec un soliste star en Allemagne, le trompettiste de jazz Till BrönnerDes songs de Kurt Weill, arrangés pour trompette et orchestre. Et en seconde partie un mélange, intéressant, mais qui évacue la magie de la musique au profit d’une suite de numéros, la suite de Casse-Noisette de Tchaikovski et les arrangements qu’en ont fait pour brass band Duke Ellington et Billy Strayhorn :

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Charme et élégance de Lahav Shani et la Staatskapelle Berlin, dans la Valse des fleurs de Casse-Noisette

Je ne voulais pas quitter Berlin sans visiter la maison Mendelssohndans la Jägerstrasse. Là où Joseph et Abraham, les fils aînés de Moses Mendelssohngrand-père du compositeur (Chez Felix) installent en 1815 la banque qu’ils ont fondée vingt ans plus tôt. IMG_0850

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Le temps de surprendre deux tout jeunes frères jumeaux, Hassan et Ibrahim Ignatov, (15 ans !) en train de répéter la Fantaisie en fa mineur de Schubert pour le concert qu’ils donnent sur place le 3 janvier…

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