Trois A du piano : Anda, Ashkenazy, Ax

Ça me prend à intervalles réguliers de revisiter ma discothèque, pour parfois y retrouver des versions oubliées, ou au contraire revenir à des artistes qui me sont chers et que j’ai un temps délaissés. J’ai donc commencé par la lettre A…

Géza Anda (1921-1976)

Ce pianiste né hongrois naturalisé suisse l’année de ma naissance, que je ne connais que par le disque, tient une place particulière dans mon panthéon personnel. Plusieurs occurrences sur ce blog en témoignent. J’ai bien entendu tous ses enregistrements officiels, mais je préfère le plus souvent ses « live », parce qu’il y a dans son jeu, dans son énergie, dans sa poésie, ce quelque chose que le studio restreint chez de telles personnalités

Du 2e concerto de Brahms, il a laissé à chaque fois des versions proches de l’idéal, puissantes, libres comme cette Hongrie qui fascinait tant le natif de Hambourg.

Géza Anda n’a jamais enregistré le 1er en studio. Il y a un « live » passionnant avec Jochum à Amsterdam, malgré un début inhabituellement chaotique pour le Concertgebouw…

Je chéris entre toutes ses Etudes op.25 de Chopin captées à Ascona (Suisse italienne) en 1965. J’ai malheureusement perdu le CD trouvé jadis dans une boîte à disques bon marché.

Je n’ai jamais plus entendu vision, version, plus poétique, en particulier dans la première étude de l’opus 25.

Et puis il y a des disques mythiques qui, comment dire, n’ont pas forcément bien vieilli. Comme de double concerto de Mozart enregistré l’année du bicentenaire de la naissance du compositeur, et il faut bien le dire plombé par la direction poussive et bien peu alerte d’Alceo Galliera. Même nos deux pianistes ont l’air de s’ennuyer..

Si l’on veut retrouver l’immense mozartien que fut Geza Anda, c’est vers cette intégrale des concertos qu’on peut revenir avec toujours le même émerveillement.

Vladimir Ashkenazy

Bientôt nonagnénaire, le pianiste russe naturalisé islandais n’a cessé de m’intriguer. Je me suis un peu forcé à parcourir ce coffret paru il y a quelques années, qui a l’avantage de célébrer Vladimir Ashkenazy comme pianiste et comme chef d’orchestre.

J’ai beau chercher je ne trouve aucun de ses disques en soliste passionnant ou particulièrement remarquable, dans Beethoven, Chopin ou Schumann, c’est un peu mieux dans Prokofiev, Rachmaninov ou Scriabine.

Même ce disque présenté comme « légendaire » me paraît très en-deçà de ce que j’attends, j’entends, dans Rachmaninov. Le début du 3e concerto est d’un ennui abyssal.

En revanche, Ashkenazy chef d’orchestre est autrement plus intéressant, séduisant même, surtout quand il a peur partenaires le Concertgebouw d’Amsterdam ou Cleveland.

Ou qu’il accompagne son ami de toujours, le merveilleux Boris Belkin, dans Sibelius, Prokofiev, Chostakovitch ou Tchaikovski…

Emanuel Ax

Le pianiste américain n’est pas rare à Paris, mais il n’a pas ce statut de star que sa longue et belle carrière et son talent pourraient lui octroyer. Mais il est comme ça, modeste, presque timide, toujours chaleureux.

J’ai repris ce coffret de ses premiers enregistrements pour RCA.

C’est un piano toujours bien sonnant, stylistiquement toujours juste, qui ne bouleverse certes pas la discographie de chacune des oeuvres abordées, mais qui mérite l’écoute et la réécoute

Il y a une affiche qui gagne haut la main le prix de la brièveté, quand le duo Ax-Ma se produit !

Cadeau

Ce n’est pas l’oeuvre la plus connue de Rachmaninov, c’est même sa toute première oeuvre, son Scherzo en ré mineur.

Dans mes brèves de blog humeurs et rumeurs du moment !

Tables d’harmonie : Goebel, Zimmermann

Le CD est mort ? Vive le CD. En gros coffrets de préférence.

On est gâté en cette rentrée. Deux belles boîtes pour deux violonistes d’exception.

Le violon de la main gauche

Reinhard Goebel, rappelez-vous, le violoniste allemand, septuagénaire depuis juillet, est celui qui, à la fin des années 70, a surgi, avec son ensemble Musica antiqua Köln, comme un révolutionnaire dans un univers de la musique baroque déjà défriché par Leonhardt ou Harnoncourt. Ils cassent la baraque avec les concertos brandebourgeois, puis les Suites pour orchestre, de Bach, qui paraissent chez Archiv Produktion. La critique manque de s’étrangler…

Vous avez dit contraste ?

Depuis lors, Reinhard Goebel a construit une somme discographique principalement dédiée à la musique allemande. En 1990 lorsque sa main gauche se paralyse, il change de côté et maniera désormais l’archet du bras gauche, jusqu’à ce que, de nouveau, se manifeste la dystonie de la main gauche et le contraigne à abandonner son instrument en 2006 ainsi que la direction de l’ensemble qu’il avait fondé en 1973.

Cette somme est aujourd’hui rassemblée dans un magnifique coffret, où l’on retrouve des références jamais dépassées, notamment dans Bach et Telemann. Mais Biber (fabuleuses Sonates du rosaire), Hasse, Leclair, Heinichen, tout est admirable !

Frank Peter le Grand

Il est allemand lui aussi, n’a pas encore 60 ans, mais Warner lui offre un coffret absolument justifié. Frank Peter Zimmermann est né en février 1965 à Duisbourg. J’ai eu la chance de l’entendre et de l’inviter plusieurs fois à Liège et avec l’Orchestre philharmonique royal de Liège : la veille de mon passage devant le grand jury qui allait me choisir comme directeur général de l’orchestre, le 24 septembre 1999, il jouait le concerto de Beethoven sous la direction du très regretté Patrick Davin (Liège à l’unanimité). Quelque temps après, il serait le soliste d’une partie de tournée de l’OPRL en Europe centrale sous la baguette de Louis Langrée (superbe 3ème concerto de Mozart).

Quand nous décidons avec Louis Langrée de consacrer toute une semaine de festival à Mozart, en janvier 2006, pour les 250 ans de la mort du Salzbourgeois, le nom de Frank Peter Zimmermann s’impose naturellement pour la symphonie concertante pour violon et alto. FPZ nous donne le nom d’un altiste dont il a entendu beaucoup de bien mais avec qui il n’a encore jamais joué : Antoine Tamestit.

La rencontre fait des étincelles, Louis Langrée se fera de l’un et l’autre des complices artistiques à vie. Et FPZ formera dès 2007 avec Antoine Tamestit et Christian Poltera un trio à cordes qui nous laissera de pures merveilles :

Warner a donc réuni tout ce que ce magnifique musicien avait enregistré pour EMI.

Puisse cette somme donner envie au public et aux mélomanes français de mieux connaître un musicien trop peu célébré dans l’Hexagone. Je voudrais signaler en particulier le duo formidable que formait FPZ avec le pianiste Alexander Lonquich, lui aussi trop peu connu chez nous.