Faits d’hiver

Il y a dix ans (fin)

En commençant ce que j’imaginais comme une série (Il y a dix ans : l’annonce), je pensais avoir bien des choses à raconter sur mes années Liège, les gens que j’y ai côtoyés, etc. Et puis finalement je ne l’ai pas fait, ou très peu. C’est loin maintenant, il y a tout juste dix ans justement je refermais définitivement quinze ans de ma vie, après avoir vidé les lieux où j’ai vécu.

Les amis que j’ai gardés n’ont pas besoin que je rappelle ici la fidélité de nos liens, au sein comme en dehors de l’Orchestre. Les bons souvenirs sont infiniment nombreux, tellement plus que les déceptions humaines que l’on éprouve inévitablement quand on est aux responsabilités. Il y a tant de gens qui savent ce qu’il faut faire et qui ne font jamais, et si peu qui font et laissent une trace.

Il y a surtout toute la musique qui reste. Et cette richesse de souvenirs que je continuerai d’évoquer ici.

Nelson Goerner, Tedi Papavrami, Marc Coppey jouant Beethoven en 2009.

Voix de lumière

Parmi ces souvenirs des programmations que nous avons inventées pour élargir les publics de la Salle Philharmonique, il a Lionel Meunier et son ensemble Vox Luminis. Et ce coffret – 20 ans déjà ! – absolument indispensable. Le cadeau idéal pour Noël.

Plutôt sourire que s’offusquer

Elle n’est pas antipathique, mais elle n’est sans doute pas la plus grande pianiste du moment, même si elle bénéficie d’une intense campagne de promotion plutôt rare dans le domaine de la musique classique. Mais pourquoi l’exposer au ridicule et à la caricature ? Le texte qui est paru sur son dernier disque est navrant : n’y a-t-il plus personne dans les maisons de disques qui connaisse la musique et soit capable de relire et corriger cette piètre présentation truffée d’erreurs et d’approximations que même un non-mélomane repère immédiatement ?

Un conseil amical à K.B. : réécouter son aîné Wilhelm Kempff et l’authentique simplicité de Mozart.

ou, dans une autre optique, Vladimir Horowitz…

Encore une pépite

Parmi les pièces entendues – et découvertes – jeudi dernier à la Cité de la musique (lire Quand elles chantent), il y avait ce trop court extrait d’un quatuor avec piano de Louise Héritte-Viardot, qui me met toujours d’excellente humeur, et qui contrebat l’espèce d’état mélancolique qui me saisit toujours à l’approche des fêtes.

Beethoven 250 (VIII) : l’Archiduc

Je ne ferai preuve d’aucune originalité, en disant que l’une de mes oeuvres préférées de Beethoven est son Trio op.97 surnommé « l’Archiduc » en raison de sa dédicace à l’archiduc Rodolphe d’Autriche.

Le confinement auquel nous sommes astreints me donne l’occasion de revisiter ma discothèque.. et de redécouvrir sur YouTube quelques belles interprétations.

J’aime particulièrement ce trio, parce que, instinctivement, sans l’avoir analysé, je lui ai trouvé une sorte de perfection formelle, comme le 3ème concerto pour piano ou la 5ème symphonie, ou encore le premier des quatuors dédiés au prince Razumovsky.

Les versions sont nombreuses. Sans souci d’exhaustivité, quelques-unes de mes préférées  :

Le Beaux Arts Trio, en 1962, formé à l’époque de Daniel Guilet (violon), Bernard Greenhouse (violoncelle) et Menahem Pressler (piano) me semble proche de l’idéal, dans chacun des quatre mouvements et pour la construction de l’ensemble.

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Tout aussi admirable, dans la rigueur toute classique qu’imprime le pianiste dès l’entame, le trio formé dans les années 50 par Emile Guilels, Leonide Kogan et Mstislav Rostropovitch est d’une simplicité, d’un naturel confondants

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En 1974, pour le 25ème anniversaire du Conseil international de la Musique, un « machin » créé dans le cadre de l’UNESCO, le président dudit Conseil, Yehudi Menuhin avait réuni à Paris ses amis Wilhelm Kempff… et Rostropovitch.

Je ne sais qui – on espère que ce n’est pas l’artiste lui-même ! – avait eu l’idée complètement saugrenue de placer Rostropovitch sur un praticable (ce qu’on ne fait d’ordinaire que lorsque le violoncelliste joue en soliste devant un orchestre), mais, guidé d’une main sûre – et si poétique – par un Kempff presque octogénaire, ce trio d’un soir nous bouleverse plus d’une fois.

J’ai, comme beaucoup, été initié aux trios de Beethoven par l’ensemble formé du violoniste Isaac Stern, du violoncelliste Leonard Rose et du pianiste Eugene Istomin (lire la passionnante histoire de ce trio sur le site du pianiste : Le trio Istomin/Stern/Rose

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A la réécoute, je trouve tout cela bien raide, sérieux, sans rebond (le scherzo !!)

Quel contraste avec le trio d’occasion rassemblé par Deutsche Grammophon pour le bicentenaire de la naissance de Beethoven, en 1970 : Wilhelm Kempff impérial, le violoncelle admirablement chantant de Pierre Fournier et la pureté stylistique de Szeryng. Peut-être la plus belle version du 2ème mouvement, ce Scherzo si rétif à d’autres ensembles !

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Et puis clin d’oeil à l’un des très beaux concerts que j’eus naguère la chance d’organiser à la Salle Philharmonique de Liège. C’était en 2011 avec mes amis Nelson Goerner, Tedi Papavrami et Marc Coppey