A lire les journaux français et même américains, on n’a pas l’impression que les Etats-Unis célèbrent à leur juste mesure le 250e anniversaire de leur Déclaration d’indépendance. Tout ce qui a été prévu par Trump fait plutôt fuir le public, les exposants et les artistes.
L’Amérique que célèbre Trump n’est à l’évidence pas celle que voulait promouvoir George Gershwin dans les années 30. Mardi dernier le Théâtre des Champs-Elysées accueillait une production étonnante du seul opéra de l’auteur de Rhapsody in blue, Porgy and Bess (lire ma chronique sur Bachtrack : Un Porgy and Bess de toutes les couleurs)
C’est un ouvrage qui mérite, à l’évidence, d’être mieux connu que par ses seuls extraits symphoniques ou ses quelques airs célèbres. Les bonnes versions ne sont pas légion.
Deux tiennent le haut du pavé : Lorin Maazel très « classique » mais avec un cast de rêve, Simon Rattle plus démonstratif mais la meilleure version récente.
On n’a toujours pas bien compris pourquoi Nikolaus Harnoncourt s’était sur le tard entiché de Gershwin…
Tendresse évidente pour ce disque d’extraits avec les plus grands Porgy et Bess
Impossible d’envisager en revanche une discographie exhaustive des autres chefs-d’oeuvre de Gershwin, l’incarnation du rêve américain.
Dans ce coffret, si on arrive à le trouver encore, il y a, en plus du Porgy de Maazel, pas mal de pépites comme cette version électrique de Rhapsody in blue pour 2 pianos !
Et pour finir ce pied-de-nez à celui qui n’aura finalement pas réussi à inscrire son nom au fronton du Kennedy Center à Washington !
Les humeurs du moment c’est toujours dans mes brèves de blog : la mort du chanteur des Village People, aventures et mésaventures en rase campagne, etc.
Précisément, pour les premiers concerts Hoffnung, le compositeur britannique Malcolm Arnoldavait écrit une ouverture Leonore 4, qui fait évidemment allusion aux versions successives de l’unique opéra de Beethoven, Fidelio.Un ouvrage qui a donné du fil à retordre au compositeur !
Beethoven s’inspire d’une pièce du Révolutionnaire français Jean-Nicolas BouillyLeonore ou l’amour conjugal qui part d’un épisode de la Terreur: une femme travestie en homme s’était fait engager comme geôlier pour libérer son mari emprisonné à la prison de Tours. La première version de Leonore est créée le 20 novembre 1805 au Theater an der Wien, après un piètre accueil Beethoven remanie son opéra, une deuxième version en est donnée le 23 mars 1806, mais après la deuxième représentation, le compositeur se brouille avec le directeur du théâtre et retire son ouvrage de l’affiche ! Ce n’est qu’en 1814 que l’opéra revient dans sa version définitive sous son nouveau titre Fidelio, avec un livret remanié par Friedrich Treitschke.
Pour ces trois versions de son opéra, Beethoven aura écrit… quatre ouvertures. Le premier essai, Leonore I, ne sera publié qu’en 1807, le deuxième, Leonore II, est joué lors de la création en 1805, le troisième, Leonore III, lors de la reprise de 1806, et enfin en 1814 l’ouverture de Fidelio.
L’ouverture Leonore 4 de Malcolm Arnold caricature très habilement le grand Beethoven !
J’aimais beaucoup l’acteur et humoriste Bernard Haller(1933-2009). Il est resté dans beaucoup de mémoires par cet inénarrable sketch du pianiste qui joue le premier mouvement de la célèbre sonate n°14 dite « au clair de lune » de Beethoven.
Mais c’est de nouveau du côté des Anglo-Saxons qu’on trouve les parodistes les plus inspirés, comme le formidable Dudley Moore(1935-2002). On reviendra sur ce personnage surdoué..
Autre personnalité qui fit l’essentiel de sa carrière aux Etats-Unis, Børge Rosenbaumné à Copenhague en 1909, devenu Victor Borge après son émigration du Danemark en 1940. Comme Dudley Moore, il mérite un billet à lui seul.
Autre phénoménal touche-à-tout, le natif de New York Danny Kaye(1911-1987), qui est souvent apparu notamment dans les Young People Concerts de Leonard Bernstein, dirige ici, très sérieusement, le New York Philharmonicdans la 8ème symphonie de Beethoven.
Comment oublier cette délicieuse Pince à Linge – texte de Pierre Dac et Francis Blanche – musique de Beethoven (!) – chantée par les Quatre Barbus un quatuor vocal aujourd’hui oublié, mais qui a connu ses heures de gloire dans les années 50/60.
L’humour sur le dos de Beethoven n’est pas l’apanage des artistes du passé. On ne compte pas les arrangements auxquels se sont livrés tant de musiciens, d’ensembles d’aujourd’hui….
Conclusion (provisoire) sur Beethoven et l’humour, cette pièce de Beethoven lui-même, ce Rondo capriccio titré Colère pour un sou perdu, où le compositeur semble s’auto-caricaturer.
Quatre mouvements ordonnés comme le trio op.97 : un allegro initial en fa Majeur, puis, au lieu du mouvement lent, un allegro vivace e sempre scherzando, en troisième position seulement un adagio molto e mesto en fa mineur, et un allegro final en fa Majeur.
Une structure a priori classique mais des dimensions exceptionnelles : près de 40 minutes de musique, plus de quatre cents mesures pour le seul deuxième mouvement ! Beethoven met à rude épreuve les instruments du quatuor: une écriture serrée, dense, parfois acrobatique. La partie de premier violon hésite entre la sonate et le concerto, le second violon et l’alto n’ont rien à lui envier. Mais le coup de maître c’est que le quatrième instrument, le violoncelle, jusque là cantonné au rôle de basse harmonique, se fait soudain soliste : les thèmes des quatre mouvements sont confiés au violoncelle !
Le thème du premier mouvement, confié précisément au violoncelle coûte des mois d’effort au compositeur. On en a retrouvé plus de cent esquisses. L’effet de ce thème ascendant, énoncé à la dominante (fa majeur n’arrive qu’à la vingtième mesure !), repris au premier violon est électrisant. Il est suivi par l’énoncé du deuxième thème chantant et rêveur aux deux violons d’abord puis aux deux autres instruments. L’exposition se poursuit sans heurts ; et soudain l’explosion : un vigoureux arpège du violoncelle donne le signal d’un développement foudroyant à l’écriture virtuose et éblouissante.
Après avoir exploré les tonalités les plus extravagantes, Beethoven ramène le thème initial. Au lieu de conclure rapidement, il développe la coda et en retarde l’aboutissement
Le deuxième mouvement a tout d’un scherzo sauf la taille! De même que Beethoven a usé de multiples tonalités dans le premier mouvement, il explore ici les rythmes les plus débridés.
Rupture de ton dans le troisième mouvement, l’un des plus poignants de Beethoven. La lente mélodie du premier violon s’élève avant d’être reprise dans l’aigu au violoncelle. Un second thème, pathétique, serein lui succède. Dans le développement, sous la plainte mélancolique des trois autres instruments, les pizzicati du violoncelle colorent d’une façon obsédante cette marche funèbre. qui s’interrompt par une série de trille enjoué qui annonce le quatrième mouvement. Un thème russe* bon enfant, confié au violoncelle, repris au premier violon va déclencher une cataracte de de variations mélodiques et de rythmes contrastés qui se brisent soudain en un adagio pensif et timide, avant les quelques mesures d’un presto final sur l’accord de Fa majeur.
* La seule demande du prince André Razoumovski était que Beethoven emploie des mélodies russes « authentiques ou imitées » dans ses trois quatuors.
J’ai du mal à faire une hiérarchie dans mes versions favorites.
C’est avec le Quartetto Italianoque j’ai découvert l’oeuvre au disque, c’est vers le Quartetto Italiano que je reviens régulièrement, comme on vient retrouver des amis.
Tout à l’opposé, le brillant et la fougue, parfois fatigants, des Américains du quatuor Emerson
Richard Goode : pianiste américain, né le 1er juin 1943 dans le quartier du Bronx à New York, particulièrement reconnu pour ses interprétations de Mozart et Beethoven. A étudié à la Mannes School of Music avec Elvira Szigeti, Claude Frank et Nadia Reisenberg, puis auprès de Rudolf Serkin et Mieczyslaw Horszowski au Curtis Institute de Philadelphie. Voilà à quoi se résume la notice Wikipedia de l’un des musiciens les plus importants de notre époque, qui reste quasiment inconnu en France.
Il faut dire que le pianiste américain, et son éditeur discographique, le label Nonesuch, ne donnent pas vraiment dans le marketing glamour.
Mais il y a des années que je suis ce musicien, des années que j’écoute et réécoute ses disques. Et en particulier l’une des intégrales – si tant qu’une intégrale des sonates de Beethoven ait un sens – les plus passionnantes, enthousiasmantes, et de plus excellement enregistrée, qui soient.
Un coffret disponible à petit prix.
Il y a une quinzaine d’années, Richard Goode signait, en totale complicité avec Ivan Fischer et son orchestre du festival de Budapest, une autre intégrale, celle des cinq concertos pour piano. Pour moi, la référence moderne.
Voici un pianiste parmi les plus grands, exact contemporain de sa compatriote Martha Argerich, que les grandes salles de concert et les éditeurs de disques semblent avoir complètement oublié: Bruno Leonardo Gelbersera à Paris le 22 avril prochain, invité par les Concerts de Monsieur Croche.
Passionnante interview à écouter jusqu’au bout !
Mes premiers disques des 3ème et 5ème concertos de Beethoven, c’était – déjà en collection « économique »- Bruno Leonardo Gelber.
Le 3ème concerto n’a pas été édité séparément en CD, mais on le trouve dans ce coffret qui contient nombre de merveilles.
J’ai, depuis, entendu nombre de versions plus ceci ou plus cela, des deux concertos, je garde pour ces enregistrements une affection, une admiration, que les années n’ont pas altérées. Ferdinand Leitner, qui venait d’enregistrer les cinq concertos avec Kempff, est un guide inspiré, à l’ancienne, et tout cela nous donne de la musique heureuse, gemütlich !
Dans l’Empereur, je n’ai jamais retrouvé aussi beau discours que celui de Gelber et Leitner dans le mouvement lent, qui n’est que pure rêverie.
Grand souvenir: j’avais pu inviter Bruno Leonardo Gelber à jouer l’Empereur à Genève, en 1990, avec Armin Jordan et l’Orchestre de la Suisse romande. Quelques coincés de la feuille avaient reproché au pianiste argentin de jouer trop fort, voire de taper !
Je reviendrai dans une autre chronique sur Gelber interprète des sonates de Beethoven. En attendant, pour ceux qui n’auraient pas encore les trop rares enregistrements réalisés pour EMI (serait-ce trop demander à Warner de les rééditer ?), il faut absolument rechercher sur les sites ou dans les magasins de seconde main, ces deux coffrets qui se recoupent partiellement.
C’est entendu, un anniversaire comme celui-ci, c’est une aubaine pour les programmateurs et les éditeurs de disques : Beethoven est né il y a 250 ans, le 15 décembre 1770 ! Personne n’échappera à la déferlante de concerts, festivals, nouveautés, rééditions.
Warner fait plus restreint (80 CD) et moins cher, mais moins varié aussi !
Je me propose, quant à moi, d’emprunter des chemins de traverse pour parcourir la discographie beethovenienne et, au fil de l’année, épingler des versions, des artistes, moins exposés aux feux de la notoriété (ou du marketing !), oubliés parfois. Mes coups de coeur !
Commençons par une intégrale des symphonies, jamais citée ni référencée par la critique européenne, celle d’un très grand chef, William Steinberg(1899-1978).
Après des études musicales auprès d’Hermann Abendroth au Conservatoire de Cologne, il devient en 1924 l’assistant d’Otto Klemperer à l’Opéra de Cologne. De 1925 à 1929, il dirige l’Opéra de Prague, puis celui de Francfort de 1929 à 1933.
Il y a quelques temps, un petit label a réédité, à partir de reports des vinyles originaux, une intégrale des symphonies superbement captée en concert ou en studio au début des années 60.
Cette intégrale a également été retravaillée par l’expert canadien Yves Saint Laurent – (78experience.com) qui redonne un éclat spectaculaire aux bandes – et pas seulement aux 78 tours ! – qu’il traite. Son catalogue est déjà impressionnant et disponible en ligne.
Les affinités de Steinberg avec Beethoven sont tout aussi évidentes dans une formidable Missa Solemnis captée par la WDR à Cologne en 1970 et très bien rééditée par ICA Classics.