Lors des concerts de Nouvel an de l’Orchestre national de France et de l’ensemble Janoska (lire Bachtrack : Le Nouvel an viennois du National) – qui se poursuivent ces prochains jours dans toute la France, de Châteauroux à Vichy – on a bien sûr célébré le bicentenaire de Johann Strauss fils, mais – cela a été moins remarqué – le sesquicentenaire* de la naissance d’un autre Viennois très célèbre, sans doute le violoniste le plus admiré de la première moitié du XXe siècle, Fritz Kreisler, né à Vienne le 2 février 1875, mort à New York le 29 janvier 1962.
La postérité n’a retenu de Kreisler que ces délicieuses pièces de genre que tous les violonistes se sont appropriées, que Rachmaninov a pour partie transcrites. Et qui ont inspiré à l’ensemble Janoska cette très libre transposition, curieusement intitulée Musette
A propos de Kreisler, j’ai gardé en mémoire cette incroyable anecdote que je tiens de Manuel Rosenthal (1904-2003) lui-même (lire Anniversaires : privé/public) : « Je revois encore assis face à face, mon fils de 20 ans et le vieil homme de 96 ans qui lui racontait ses souvenirs de Ravel, de Gershwin… et ses débuts impécunieux de violoniste de salon. J’entends encore Rosenthal raconter que, repéré pour ses talents violonistiques, je ne sais plus qui le recommanda au Ritz où il était de coutume d’accompagner les dîners de riches clients par une sérénade. Arrivé dans le palace de la place Vendôme, on montre au jeune Rosenthal une petite pièce où il doit attendre qu’on lui fasse signe de se présenter dans le salon où il va jouer. Il est surpris d’entendre déjà jouer du violon, et du très beau violon : il entr’ouvre un épais rideau et il aperçoit… Fritz Kreisler en personne ! »
Les deux plus célèbres mélodies faussement viennoises – Liebesleid et Liebesfreud – ont été transcrites par Rachmaninov.
Mais Fritz Kreisler est aussi le dédicataire du concerto pour violon d’Elgar qu’il crée le 10 novembre 1910 à Londres sous la direction du compositeur. Il n’y a pas à ma connaissance de gravure de l’oeuvre par son créateur. Cette version toute récente a toutes les raisons de me réjouir : James Ehnes est un formidable musicien que j’ai souvent invité à Liège, Liège dont la cheffe Speranza Scappucci a naguère dirigé l’opéra.
RCA puis NAXOS ont réédité toute une collection d »enregistrements de Fritz Kreisler réalisés dans les années 30, et qui préservent l’essence d’un art qui à bien des égards ressemble à celui d’un Rachmaninovc au piano. Jamais de sirop, de gras, de fioritures inutiles, mais une élégance, un charme, une classe folle
Franchement on se demande bien ce qui a poussé l’Orchestre philharmonique de Vienne à choisir Riccardo Muti pour diriger le concert du Nouvel an 2025 et célébrer le bicentenaire de la naissance du plus célèbre Strauss de la famille, Johann, né le 25 octobre 1825 et mort le 3 juin 1899 à Vienne. Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu et entendu depuis longtemps un concert aussi soporifique, ennuyeux, et pour tout dire complètement hors sujet.
Déjà il y a quatre ans j’écrivais : « En regardant le concert de Nouvel an hier, en direct de la salle dorée du Musikverein de Vienne, vide de tout public, j’avais la confirmation d’un phénomène si souvent observé : le fringant Riccardo Muti qui dirigeait son premier concert de l’An en 1993 a laissé la place à un bientôt octogénaire (le 28 juillet prochain) qui empèse, alentit, la moindre polka, wagnérise les ouvertures de Suppé, et surcharge d’intentions, de rubato, les grandes valses de Johann Strauss. » (2 janvier 2021)
Même dans le célébrissime Beau Danube, on a envie de lui dire : « Laisse aller c’est une valse » !
Je suis sévère ? alors, juste pour mémoire, l’ouverture du Baron Tzigane qui était au programme ce 1er janvier, et le 1er janvier 1992 sous la baguette de Carlos Kleiber !
Pourquoi n’avoir pas invité dès cette année Yannick Nezet-Seguin annoncé le 1er janvier 2026 ? Il aurait au moins donné un coup de jeune à cette institution.
On aura au moins eu le plaisir d’entendre l’excellent François-Xavier Szymczak commenter pour France Musique et pour France 2 ce concert de Nouvel an, avec une pensée pour Benoît Duteurtre qui officiait à cette place. On a même aperçu FX dans l’espèce de documentaire/reportage que Stéphane Bern nous sert chaque année sur un mode plus décontracté, moins pompeux qu’à l’ordinaire : on aurait bien prolongé la halte que les deux ont faite dans la maison de Johann Strauss et le musée consacré à la famille (Documentaire à revoir sur France.TV)
On peut, on doit même, aussi lire le numéro double de Classica.
J’ai si souvent lu des platitudes, des approximations, y compris dans des ouvrages prétendument sérieux, sur la famille Strauss, que je dois saluer la qualité des dossiers consacrés à Johann (noter en passant la qualité de sa fiche Wikipedia). Je ne suis pas d’accord avec toutes les préconisations discographiques. J’ai déjà eu ici (Les perles du 1er janvier) et j »aurai encore bien des occasions cette année de célébrer Johann Strauss le fils.
Juste pour se rappeler un chef – Georges Prêtre – qui, à 86 ans, dirigeait sans partition et avec une gaîté contagieuse, en l’occurrence une polka rapide de Johann Strauss le père : le Carnaval à Paris
Paris n’a jamais su ou voulu célébrer ses musiciens : à l’exception de l’avenue Mozart dans le 16e arrondissement, on cherchera en vain les places, les avenues Vivaldi, Beethoven ou même Lully, Rameau ou Ravel… Il y a quelques années, je suis passé par hasard sur la place Johann Strauss… Pas sûr que beaucoup de Parisiens sachent où elle se trouve !
Oublier l’encombrant, le navrant, l’accessoire, ne garder que l’exceptionnel, le singulier, l’essentiel. C’est ainsi que je fais mon bilan d’une année musicale dont je ne veux retenir que les moments de grâce.
Ces souvenirs de concert, j’ai la chance de les avoir consignés pour Bachtrack.
Le bonheur d’avoir entendu le jeune chef portugais Dinis Sousa – découvert à l’été 2023 au Portugal – diriger une quasi intégrale des symphonies de Beethoven
Pas de toccata de Widor pour la réouverture de Notre Dame, mais je la livre ici dans la version jubilatoire du légendaire Pierre Cochereau, pour conclure cette année en beauté.
Quand je ne trouve pas mon bonheur chez Melomania – la meilleure adresse de Paris pour les discophiles « classiques » – ou chez Gibert – qui a complètement réaménagé son rayon disques classiques, en le replaçant là où il était il y a une vingtaine d’années, avec à sa tête une jeune femme très compétente – je me connecte régulièrement sur des sites comme prestomusic ou jpc.de pour dénicher de bonnes affaires (le site allemand présente l’avantage de frais de port peu élevés sans risque de taxation douanière)
Sans ordre de préférence, les quelques cadeaux que je me suis faits :
Une affiche extraordinaire pour célébrer le centenaire de Leonard Bernstein (1918-1990) à Tanglewood où tout a commencé et fini pour le génial chef et compositeur.
Quel bonheur de retrouver notamment Michael Tilson Thomas dans des extraits de West Side Story
Seul (petit) bémol l’ouverture de Candide anémiée d’Andris Nelsons qui loupe ainsi son hommage à Lenny.
Il y a encore une dizaine de jours, une grande partie de la collection Audiophile du célèbre label américain Vox était bradée. En vérifiant aujourd’hui, je m’aperçois que j’ai commandé juste à temps. A l’exception d’un Chopin par Abbey Simon, les disques que j’ai achetés ont tous retrouvé leur prix d’origine
Mais j’ai complété ma discothèque avec les six symphonies de Tchaikovski dirigées par Maurice Abravanel (1903-1993) à la tête de son orchestre de l’Utah.
Etrangement je ne me suis jamais vraiment intéressé à ce chef qui a pourtant un parcours étonnant et qui a initié de très larges publics à des oeuvres et des compositeurs (comme Mahler) qu’on était bien loin de fréquenter dans la cité des Mormons, Salt Lake City
Et sur jpc.de on trouve dès maintenant une intégrale des symphonies de Haydn, qui n’est pas encore distribuée en France semble-t-il, une intégrale très particulière puisque l’orchestre – les Heidelberger Sinfoniker – et le chef principal – Thomas Fey – se sont presque exclusivement consacrés à cette entreprise redoutable, entamée en 1999 et achevée en 2023. Une intégrale enfin réunie dans un coffret de 36 CD (pour moins de 70 €). L’initiateur de ce projet, Thomas Fey, a malheureusement dû interrompre l’aventure en 2014 et n’a jamais pu la reprendre. C’est un autre chef allemand, de vingt ans son cadet, Johannes Klumpp, qui a repris le flambeau et achevé l’intégrale. Celle-ci n’est pas présentée dans l’ordre chronologique, mais par affinités thématiques, historiques ou musicales. L’écoute n’en est que plus passionnante.
Je signale sur prestomusic une offre particulièrement impressionnante de coffrets à prix réduits (jusqu’au 5 janvier 2025).
Ce matin je n’ai pas été réveillé par le coup de fil matinal qui me rappelait ma naissance un 26 décembre dans une clinique de Niort. Pas plus que l’an dernier. Je ne suis ni le premier ni le dernier à éprouver l’inexorable éloignement de celle qui m’a donné le jour et qui désormais me reconnait à peine, quand elle ne me confond pas avec un fantôme du passé…Puisse-t-elle être bientôt délivrée ! C’est le seul voeu que je puisse désormais formuler pour elle…
Mais ce Noël a été joyeux, familial, et les souhaits qui m’ont été adressés ce jeudi m’ont fait plaisir.
Happy Birthday
Je ne publierai pas ici les messages joués et chantés que j’ai reçus. En revanche, c’est devenu une tradition très répandue que d’interrompre une répétition ou un concert. Pour prolonger le billet que j’avais déjà consacré au sujet (La musique pour rire : Happy Birthday), ces quelques perles récentes sur YouTube m’ont mis de bonne humeur
Dans un autre billet, j’évoquais la personnalité fascinante de Victor Borge, né Børge Rosenbaum. J’ai retrouvé ce document, le concert que le Danemark lui a offert pour son 80e anniversaire.
Cadeaux
Il paraît qu’il a tout juste eu le temps de mettre la dernière main à sa contribution à cet ouvrage collectif, avant de disparaître brutalement le 3 octobre dernier: je suis heureux de retrouver Michel Blanc dans ce beau livre de photos et de souvenirs, que j’ai trouvé sous le sapin.
Lui je l’écoute, en cuisinant, tous les dimanches matin sur France Inter : François-Régis Gaudry sait aussi écrire, c’est réjouissant non ?
Je me suis aussi fait quelques cadeaux en commandant quelques-unes des parutions récentes de la collection Lost Recordings, entre autres ce « live » berlinois de Stan Getz et Astrud Gilberto… qui me donne de furieuses envies de soleil et de Brésil…
En commençant ce que j’imaginais comme une série (Il y a dix ans : l’annonce), je pensais avoir bien des choses à raconter sur mes années Liège, les gens que j’y ai côtoyés, etc. Et puis finalement je ne l’ai pas fait, ou très peu. C’est loin maintenant, il y a tout juste dix ans justement je refermais définitivement quinze ans de ma vie, après avoir vidé les lieux où j’ai vécu.
Les amis que j’ai gardés n’ont pas besoin que je rappelle ici la fidélité de nos liens, au sein comme en dehors de l’Orchestre. Les bons souvenirs sont infiniment nombreux, tellement plus que les déceptions humaines que l’on éprouve inévitablement quand on est aux responsabilités. Il y a tant de gens qui savent ce qu’il faut faire et qui ne font jamais, et si peu qui font et laissent une trace.
Il y a surtout toute la musique qui reste. Et cette richesse de souvenirs que je continuerai d’évoquer ici.
Parmi ces souvenirs des programmations que nous avons inventées pour élargir les publics de la Salle Philharmonique, il a Lionel Meunier et son ensemble Vox Luminis. Et ce coffret – 20 ans déjà ! – absolument indispensable. Le cadeau idéal pour Noël.
Plutôt sourire que s’offusquer
Elle n’est pas antipathique, mais elle n’est sans doute pas la plus grande pianiste du moment, même si elle bénéficie d’une intense campagne de promotion plutôt rare dans le domaine de la musique classique. Mais pourquoi l’exposer au ridicule et à la caricature ? Le texte qui est paru sur son dernier disque est navrant : n’y a-t-il plus personne dans les maisons de disques qui connaisse la musique et soit capable de relire et corriger cette piètre présentation truffée d’erreurs et d’approximations que même un non-mélomane repère immédiatement ?
Un conseil amical à K.B. : réécouter son aîné Wilhelm Kempff et l’authentique simplicité de Mozart.
ou, dans une autre optique, Vladimir Horowitz…
Encore une pépite
Parmi les pièces entendues – et découvertes – jeudi dernier à la Cité de la musique (lire Quandelles chantent), il y avait ce trop court extrait d’un quatuor avec piano de Louise Héritte-Viardot, qui me met toujours d’excellente humeur, et qui contrebat l’espèce d’état mélancolique qui me saisit toujours à l’approche des fêtes.
D’abord un petit rappel : c’est aujourd’hui, 21 décembre, que Michael Tilson Thomas – MTT pour les intimes – fête ses 80 ans (voir MTT le chef sans âge). Comme c’est aussi le premier jour de l’hiver, merci à lui de nous avoir donné cette 1ere symphonie de Tchaikovski – Rêves d’hiver – magique.
Elles chantent Noël
Lorsqu’il y avait encore des magasins de disques aux Etats-Unis ou en Angleterre, on pouvait encore trouver de formidables compilations de chants de Noël. Pas un orchestre, pas un chef, pas une star du chant n’ont dérogé à l’obligation d’enregistrer leur album. Finalement pas si kitsch que ça, et parfois même émouvant.
En version triple sucre glace cet incunable de l’héritage de Karajan à Vienne avec son héroïne du moment Leontyne Price
Encore plus sophistiqué ce disque de noëls d’Elisabeth Schwarzkopf !
Elles composent
Le dernier concert auquel j’ai assisté cette semaine, c’était jeudi soir à la Cité de la Musique. Une belle initiative, mais comme je l’ai écrit pour Bachtrack – Un jardin féerique trop touffu -, une belle idée ne fait pas forcément un bon concert.
L’idée – vraiment originale – c’est celle qu’ont développée toute une bande d’artistes autour d’Héloïse Luzzatti : une sorte de calendrier de l’Avent où chaque jour est présentée une compositrice. C’est La Boîte à Pépites sur YouTube
Comme je l’ai écrit pour Bachtrack, ma critique porte non pas sur l’idée mais sur la conception d’un concert qui aligne autant de compositrices, d’extraits d’oeuvres… N’en restons pas à ces vignettes, mais explorons plus largement le talent resté trop longtemps ignoré de nombre de ces créatrices.
La catastrophe de Mayotte, les débuts ratés de Bayrou, l’enlisement du débat politique. Rien n’a changé depuis mon dernier billet, alors évitons…
Retour à Notre Dame
Comme je sais qu’il lit ce blog, je veux ici publiquement témoigner de ma reconnaissance et de mon admiration pour François Carbou, fondateur et infatigable animateur avec son épouse Yvette du label FY/Solstice. Il a pu lire ici mon admiration pour Pierre Cochereau, dont il a préservé la fabuleuse mémoire. Plus récemment j’ai eu la surprise de recevoir un disque dont j’ignorais même l’existence, parce que M. Carbou avait lu mes souvenirs d’une date très particulière à Notre-Dame (Ma Notre Dame). Merci Monsieur !
Après avoir vu et revu les cérémonies et messes de réouverture de Notre Dame, avoir pesté contre les insuffisances de France Télévisions (Cherchez le programme), j’étais évidemment impatient d’assister à un vrai concert conçu pour et dans Notre Dame. C’était mercredi soir et on peut en lire le compte-rendu sur Bachtrack: La Maîtrise de Notre Dame retrouve sa cathédrale
On a maintenant hâte de retrouver de grands récitals d’orgue avec Olivier Laury ou Thierry Escaich !
Nelson Goerner magistral
La semaine a bien commencé avec un récital magistral de Nelson Goerner à la Philharmonie. Quel parcours pour un musicien qu’on a la chance de suivre depuis ses tout débuts : je siégeais au jury du Concours de Genève qui lui a décerné, en 1990, un premier prix à l’unanimité !
Il me faut encore évoquer la disparition de l’une des actrices les plus lumineuses du cinéma espagnol, Marisa Paredes, que j’ai aimée dès que j’eus découvert l’univers d’Almodovar.
Citer aussi Marcel Marnat (1933-2024) que j’eus le bonheur de croiser quelquefois et surtout de lire souvent (voir Souvenirs de Ravel)
… du nouveau Premier ministre, François Bayrou, ni de quand et comment je le connais. Réussira-t-il ? Impossible de le dire.
… de la séquence lunaire qui a précédé sa nomination. Ce que j’avais écrit sur le président réélu, en 2022 (Gagnants et perdants), s’est malheureusement confirmé : comment E.Macron a-t-il pu imaginer une seconde nommer premier ministre un jeune homme d’un insondable manque d’épaisseur et d’une absence cruelle du plus élémentaire charisme ?
….de la visite du Pape en Corse, même si j’ai souvent frissonné à écouter les polyphonies si bouleversantes de l’île de Beauté.
….encore moins de toutes les célébrations qui entourent le 80e anniversaire d’un personnage très contesté, très contestable, que je m’abstiens de fréquenter et donc d’applaudir depuis longtemps. Pour être admiré, il faut être respectable.
Je n’évoque pas non plus la catastrophe qui s’est abattue sur Mayotte. Notre compassion est de bien peu de secours pour ces milliers de malheureux !
J’y ai commandé récemment deux coffrets, l’un opportunément proposé pour le bicentenaire de Bruckner
Seiji Ozawa
Symphony No. 1
Paavo Järvi
Symphony No. 2
Herbert Blomstedt
Symphony No. 3
Bernard Haitink
Symphony No. 4
Bernard Haitink
Symphony No. 5
Mariss Jansons
Symphony No. 6
Christian Thielemann
Symphony No. 7
Zubin Mehta
Symphony No. 8
Sir Simon Rattle
Symphony No. 9
Recorded between 2009 and 2019 at the Philharmonie Berlin
Déjà dans ce coffret Bruckner, on repère une rareté : Seiji Ozawa dirigeant la 1e symphonie !
On connaît bien toute la discographie du chef japonais décédé en février dernier (lire La voix des justes)
Un beau coffret d’hommage – c’est aussi un bel objet – nous restitue de vraies pépites. J’ignorais pour tout dire qu’Ozawa fût un invité aussi régulier et aimé des Berlinois, sans doute en raison de sa relation spéciale avec Karajan.
Ludwig van Beethoven Leonore Overture No. 2 in C major, Op. 72
Max Bruch Concerto for Violin and Orchestra No. 1 in G minor, Op. 26 Pierre Amoyal, violin
Maurice Ravel Concerto for Piano and Orchestra in G major Martha Argerich, piano
Béla Bartók Concerto for Viola and Orchestra, Sz 120 Wolfram Christ, viola
Joseph Haydn Symphony No. 60 in C major “Il distratto”
Pyotr Ilyich Tchaikovsky Symphony No. 1 in G minor, Op. 13 “Winter Dreams”
Anton Bruckner Symphony No. 7 in E major
Gustav Mahler Symphony No. 1
Paul Hindemith Symphonia Serena
Hector Berlioz Symphonie fantastique, Op. 14
Richard Strauss Eine Alpensinfonie, Op. 64
Richard Wagner Tristan und Isolde: Prelude and Liebestod
Blu-ray (video)
Ludwig van Beethoven Egmont, op. 84: Overture
Ludwig van Beethoven Fantasy for Piano, Chorus and Orchestra in C minor, Op. 80 »Choral Fantasy« Peter Serkin, piano Rundfunkchor Berlin
Felix Mendelssohn Elijah, oratorio, Op. 70 Annette Dasch, Gal James, soprano Nathalie Stutzmann, Nadine Weissmann, contralto Paul O’Neill, Anthony Dean Griffey, tenor Matthias Goerne, baritone Fernando Javier Radó, bass Rundfunkchor Berlin
Anton Bruckner Symphony No. 1 in C minor (Linz version)
Bonus Seiji Ozawa named honorary member of the Berliner Philharmoniker
Documents réellement exceptionnels, souvent émouvants, et pour plusieurs d’entre eux uniques dans la discographie du chef.
On a bien cru qu’il n’atteindrait pas son 80e anniversaire le 21 décembre prochain. Les nouvelles qu’on lit dans le dernier numéro de BBC Music Magazine, sur Radio Classique récemment, et surtout cette vidéo datant d’il y a quelques semaines montrent que le chef américain Michael Tilson Thomas qui souffre d’un cancer du cerveau depuis trois ans semble bénéficier d’une rémission que nous espérions tous.
Je n’ai jamais évoqué longuement sur ce blog la figure, la personnalité, la carrière de l’un des seuls chefs « natifs » des Etats-Unis à avoir, avec son contemporain James Levine (1943-2021), atteint une célébrité internationale.
Pourtant nombre de ses disques, les premiers pour Deutsche Grammophon, puis tous les suivants pour CBS, Sony ou RCA, ont été les premiers à figurer dans la discothèque que je me constituais adolescent.
Mon premier Carmina Burana, partagé avec deux ou trois copains dans ma petite chambre d’étudiant, c’était lui
Mon premier Sacre du printemps c’était lui, et c’était aussi un de ses tout premiers disques avec Boston !
Ses éditeurs historiques ont eu la bonne idée de rééditer la presque intégralité de son legs discographique.
CD 1 TCHAIKOVSKY Symphony No. 1 Boston Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 2 GRIEG · SCHUMANN Piano Concertos Jean-Marc Luisada; London Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 3 DEBUSSY Images; Prélude à l’après-midi d’un faune Boston Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 4 DEBUSSY Violin Sonata; Cello Sonata; Sonata for Flute, Viola and Harp; Syrinx Boston Symphony Chamber Players; Michael Tilson Thomas, piano
CD 5 IVES Three Places in New England RUGGLES Sun-treader Boston Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 6 STRAVINSKY Le Roi des étoiles; Le Sacre du printemps Boston Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 7 PISTON Symphony No. 2 WILLIAM SCHUMAN Violin Concerto Paul Zukofsky, violin; Boston Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 8 SHOSTAKOVICH Cello Concertos Nos. 1 & 2 Mischa Maisky, cello; London Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 9 BERNSTEIN On the Town Frederica von Stade; Tyne Daly; Marie Mclaughlin; Thomas Hampson & supporting cast London Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 10 BERNSTEIN Arias and Barcarolles; A Quiet Place; Symphonic Dances from West Side Story Frederica von Stade; Thomas Hampson London Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 11 ELVIS COSTELLO Il sogno London Symphony Orchestra / Michael Tilson Thomas
CD 12 TANGAZO – MUSIC OF LATIN AMERICA Chávez; Copland; Roldán; Revueltas; Caturla; Piazzolla; Ginastera New World Symphony / Michael Tilson Thomas
CD 13 INGOLF DAHL Concerto for Alto Saxophone; Hymn; Music for Brass Instruments; The Tower of Saint Barbara John Harle; New World Brass; Ertan Torgul; Gregory Miller; Tisha Murvihill New World Symphony / Michael Tilson Thomas
CD 14 MORTON FELDMAN Piano and Orchestra; Cello and Orchestra; Coptic Light Alan Feinberg; Robert Cohen New World Symphony / Michael Tilson Thomas
Le coffret Sony est évidemment beaucoup plus important : 80 CD pour 80 ans.
Mais, il y a un gros mais, comment a-t-on pu « oublier » une magnifique intégrale de Casse-Noisette, gravée avec le Philharmonie de Londres, tout comme Le Lac des cygnes qui lui est bien dans le coffret ! Il semblerait que cet « oubli » résulte d’une question de droits… qui n’est explicitée que dans le livret en anglais inséré dans le coffret !
Pour ceux qui comme moi pensaient posséder à peu près toute la discographie de MTT, le coffret Sony réserve pas mal de surprises, soit des disques qu’on avait oubliés (suites de Tchaikovski), soit des compositeurs américains, peu ou jamais distribués en Europe (une « intégrale » Ruggles)
Si je devais caractériser d’un mot l’art de ce très grand chef – gageure impossible ! – ce serait l’absence de poids de traditions européennes qu’assumaient, chacun avec leur génie propre, tous les grands chefs du XXe siècle qui ont fait la réputation des grands orchestres américains, la très grande majorité nés sur le continent européen. Même Bernstein en était tributaire. J’ai toujours eu l’impression que MTT se réappropriait le répertoire classique (une intégrale des symphonies de Beethoven, bien oubliée voire méprisée, alors qu’elle renonçait au grand orchestre) ou romantique, voire Debussy, Stravinsky, avec une sorte de fraîcheur, de naturel bienfaisants.
Je découvre sur YouTube, avec une vive émotion, ces captations très récentes de Michael Tilson Thomas avec l’orchestre de jeunes – le New World Symphony, basé en Floride, qu’il a fondé en 1997 et dont il a cédé la direction musicale en 2002 à Stéphane Denève. Dans un répertoire que le chef n’a jamais abordé au disque.
Heureux finalement de pouvoir dire notre admiration et à notre gratitude de manière anthume à celui que nous continuerons de nommer par ces trois lettres MTT !
PS Je signale que le coffret Sony est en France vendu à plus de 200 €, en Italie il est à 159 €… Vive l’Europe !