Le violon d’avant guerre

Avant mon escapade vacancière, j’avais commencé à dérouler le fil des Mémoires non publiés (Autour du monde en 80 années) de Robert Soëtens : https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/08/03/il-venait-davoir-18-ans/

Dès son admission au Conservatoire de Paris en 1910, le jeune Robert court les concerts, dans le cadre d’une vie musicale d’une profusion exceptionnelle. Récit :

« Je fréquentais surtout les concerts des violonistes célèbres, nouveaux pour moi, le fascinant Kreisler, dont les « tziganeries » et les viennoiseries d’un répertoire personnel n’altéraient en rien la grandeur de l’artiste, incomparable dans la tendresse mozartienne, Bronislaw Hubermann, l’idéal interprète, rêveur et confidentiel, des Sonates de Brahms, qui nous racontent son amour pour Clara Schumann, l’enchanteur Jacques Thibaud dont j’avais reçu, avant octobre 1910, lors de ses passages à Paris entre deux tournées, ainsi que durant l’été à Saint-Lunaire, des leçons de charme violonistique, auxquelles s’ajoutèrent celles du tennis, dont Thibaud était très amateur avant de se consacrer au golf. J’ai vu, ensemble sur un court de championnat, l’équipe Cortot/Casals jouant contre Thibaud et je crois le pianiste Maurice Daumesnil. Aux concerts du célèbre trio (Cortot/Thibaud/Casals) qui faisait courir le Tout-Paris, j’étais souvent le tourneur de pages de confiance, c’est-à-dire assis à la meilleure place !

Je ne manquais pas non plus un récital d’Enesco, si musicalement enrichissant; avec lui, le compositeur était l’interprète des autres, le violon n’étant qu’un moyen. Il partageait rigoureusement sa vie en deux tranches très précises et régulières annuellement – celles du violoniste et du compositeur, faisant, en octobre, une tournée de récitals en Roumanie, en novembre et décembre des tournées en France, en janvier et février aux Etats-Unis, puis en mars et avril un séjour à Paris, rue de Clichy où j’eus le privilège plus tard de le visiter et de jouer, lui étant au piano, sa 2eme sonate. Enfin, de mai à septembre, retiré dans sa résidence de Bucarest, au palais de la princesse Cantacuzène, son épouse, et à Sinaia où il possédait une villa toute blanche dans les pins, il se consacrait à la composition. »

J’interromps ici le récit de Robert Soëtens pour évoquer un souvenir personnel. Pendant l’été 1973, lors d’un voyage en Roumanie déjà évoqué ici (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/08/12/et-la-callas/), j’ai visité cette maison de campagne d’Enesco (en réalité, Enescu, mais il faut croire que les Roumains qui fréquentaient Paris redoutaient une prononciation à la française de la fin de leur nom, et préféraient un « o » final plus raffiné et exotique, d’où Enesco, Bibesco, etc.), la Villa Luminis construite en 1926 à Sinaia.

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Il y a quarante et un ans, la maison n’était pas encore transformée en musée-mémorial, mais pouvait se visiter. Mon cousin et moi fûmes reçus par un gardien-concierge qui parlait quelques mots de français, et lorsque je lui dis que je jouais un peu de piano… il me fit cadeau de trois partitions d’Enesco pour piano, d’une difficulté telle que je ne suis jamais allé au -delà d’une tentative de déchiffrage ! Mais c’est sans doute le souvenir le plus émouvant que j’ai rapporté de cette première découverte de la Roumanie.

Suite du récit de Robert Soëtens :

« Parmi les pianistes, mon enthousiasme allait à Cortot, poète du piano, nourri d’une riche culture intellectuelle, qui s’exprimait dans son jeu; j’admirais aussi le beethovénien Risler, l’impétueux Sauer (l’un des derniers élèves de Liszt), mais restais bien déçu – par rapport à l’importance de sa renommée – des rubatos chavirants de Paderewski« 

Demain suite des souvenirs de R.Soëtens : Pelléas, Le Sacre, le Théâtre des Champs-Elysées

Quelques disques indispensables pour relayer les souvenirs de notre violoniste centenaire :81fjRDgraLL._SL1500_

Mention toute particulière et affectueuse l’âme de ce très bel enregistrement de la musique de chambre d’Enesco, la violoniste Tatiana Samouil

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Et l’unique opéra d’Enesco en français, écrit en grande partie dans la Villa Luminis :

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Il venait d’avoir 18 ans

On a appris hier la mort d’une grande voix : http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2014/08/02/mort-de-jacques-merlet-producteur-a-france-musique_4466188_3382.html

J’ai dit sur Facebook l’admiration que j’avais pour Jacques Merlet et quelques souvenirs qui me lient à lui pour toujours…

À la veille des cérémonies de commémoration des premiers combats – à Liège – de la Grande Guerre, en présence de 17 chefs d’Etat à l’invitation du Roi Philippe, je poursuis ma lecture des Mémoires (intitulés, mais jamais publiés, Un tour du monde en 80 ans) de Robert Soëtens (lire : https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/08/02/une-lettre/ ) et je trouve ce récit complètement d’actualité :

« -Vous quittez le Conservatoire National Supérieur rue de Madrid le 1er juillet 1915, avec un Premier prix de Violon, couvert de gloire, et le lendemain matin vous entrez au donjon de Vincennes, engagé volontaire, dans l’anonymat militaire. Vous aviez 18 ans…

Robert Soëtens : moins 19 jours ! Le lendemain de ce concours, le 2 juillet, je suis entré au Fort de Vincennes, dépendance du Château. J’avais en effet contracté un engagement volontaire pour la durée de la guerre, trois années qui me propulsèrent totalement hors de la sphère Musique où toute mon enfance et mon adolescence s’étaient accomplies, et me contraignirent à abandonner violon et archet pour l’inconnu, sinon pour l’idée qui courait dans l’esprit de la jeunesse à cette époque, de reconquérir l’Alsace et la Lorraine.

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À ce tournant, j’évoquerai la haute qualité de l’enseignement que j’avais eu le privilège de recevoir, sous la direction de Gabriel Fauré, au Conservatoire avec des maîtres tels que Vincent d’Indy, professeur et directeur de l’orchestre des élèves, dont il m’avait nommé le 1er violon solo, Camille Chevillard, professeur de ma classe de musique de chambre (et chef des Concerts  Lamoureux) et pour le violon, Berthelier, disciple du grand Massart. En janvier 1915, à la réouverture du Conservatoire – alors que l’on s’installait dans la guerre – Berthelier avait pris sa retraite; on demanda à Lucien Capet, déjà professeur de musique de chambre et célèbre quartettiste, d’assurer l’intérim de ma classe de violon, et c’est ainsi que je devins le disciple de cet illustre pédagogue et technicien de l’archet, tout en restant fondamentalement attaché à Ysaye, dont l’image fabuleuse de violoniste et d’interprète m’imprégna en naissant, mon père ayant été l’un de ses premiers élèves dès sa nomination au Conservatoire de Bruxelles. Moi-même, je fus son élève, à l’âge de 11 ans, après lui avoir joué le concerto de Mendelssohn à Godinne-sur-Meuse, où Ysaye prenait ses vacances estivales dans la villa « La Chanterelle » située sur les bords de la Meuse; chaque maison du village recevait un violoniste en pension. Fenêtres ouvertes, tous les concertos du répertoire s’en échappaient en même temps à longueur de journée, comme des chants d’oiseaux multiples du même bosquet. Durant deux mois Godinne et ses 150 habitants devenait le centre mondial du violon, que visitaient aussi d’autres célébrités, voire des pianistes et des compositeurs. J’y fus le benjamin dans l’été 1908. Et imprégné par cette ambiance, j’étais entré au Conservatoire de Paris en octobre 1910, passant de l’élite où j’avais été admis au rang d’étudiant conformément aux conseils d’Ysaye lui-même qui avait félicité mon père en lui disant : « Cet enfant n’a pas un défaut; il est le reflet de  mon école, mais n’en faites pas un enfant prodige, qu’il suive son éducation progressivement et normalement ».

À suivre : les années d’avant guerre à Paris.

 

Une lettre

Un changement d’activité ne va pas sans rangements, tri, débarras, et parfois une plongée dans les souvenirs.

Je viens de retrouver un gros dossier vert, que je croyais perdu (il était en réalité dans un placard de mon bureau liégeois) et qui contient un trésor, dont j’essaierai de retranscrire les passages les plus significatifs au fil de ce blog : les Mémoires de Robert Soëtens (http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Soetens)

28 décembre 1995;

Cher Jean-Pierre Rousseau,

Voici des semaines que je n’ai pu reprendre avec vous le contact que je souhaitais, pour vous remercier de votre accueil et assistance ayant concerné Prokofiev le 1er décembre.

Mon tri postal a été bloqué un mois, et je n’ai reçu que ces jours-ci la bande de Gaëlle Le Gallic. Son montage de nos propos touffus fut un habile tour de force, avec une matière trop abondante pour l’évocation d’un anniversaire; il fut heureux d’avoir pu s’étendre au jour précédent. Je n’en ai recueilli que de l’intérêt de la part des habitués exigeants de France Musique. Merci pour tous.

Faites-moi le plaisir d’accepter l’ensemble de mes péripéties couvrant le siècle – et même implantées dans le précédent – peut-être susceptibles de vous intéresser de ci de là. Ce n’est qu’un travail et amusement artisanal. Votre jugement m’intéresserait si vous avez quelque loisir à lui consacrer.

Votre maison de la Radio est bien grande pour les essoufflés de mon espèce, je garde pourtant l’espoir de vous y revoir.

Bien sincèrement à vous

Robert Soëtens

Le 1er décembre 1995, j’avais fait inviter Robert Soëtens par Gaëlle Le Gallic dans son émission « Anniversaire » sur France-Musique. Soixante ans auparavant, en effet, à Madrid avait été créé le second concerto pour violon de Prokofiev, et c’était le créateur et dédicataire qui, à 98 ans, était venu en personne en parler au micro de Radio France… Quelle n’avait pas été la surprise de Claude Samuel, alors directeur de la Musique et premier biographe en français de Prokofiev, quand je lui avais annoncé la présence de Robert Soëtens dans les studios…

La BBC a heureusement publié le premier enregistrement de ce concerto réalisé en 1936 à Londres !

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Depuis lors, on sait la carrière qu’a faite ce concerto, que tous les grands violonistes ont à leur répertoire et ont enregistré. J’ai une affection particulière pour les disques de Boris Belkin et Nathan Milstein

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Bientôt la suite des mémoires de l’un des derniers élèves d’Eugène Ysaye, ce cher Robert Soëtens mort centenaire en octobre 1997.

Le dernier dîner

 » Mais à propos des concerts : les gens iront toujours au concert, écouter de la musique, croyez-moi…..Mais leur nature changera sans aucun doute. On ne peut pas rester enfermé dans la tradition qui consiste à se transmettre les abonnements de grand-père en fils et en petit-fils…

Bien sûr qu’un orchestre doit continuer à jouer la Septième de Beethoven et la Pathétique de Tchaikovski. Ce ne serait pas terrible si le « musée » mourait ! mais il va falloir qu’il change si lui-même ne veut pas disparaître. Il ne devrait pas y avoir juste des concerts « musée’ avec de temps à autre une oeuvre nouvelle en prime… ou le chef-d’oeuvre type du XXème siècle comme le Concerto pour orchestre de Bartok ou la Symphonie de psaumes de Stravinsky.

C’est juste qu’il faudrait qu’il y ait différents genres de musées pour différents genres de musique….Et le Philharmonique* devrait aussi avoir une fonction éducative destinée aux jeunes musiciens qui vont remplacer les anciens de l’orchestre au seuil de la retraite, mais aussi à différents genres de publics dont les gosses et les vieux et ceux qui avant n’aimaient que le rock »

De qui ces propos visionnaires ? Du génial Leonard Bernstein, dans un petit bouquin passionnant qui relate le dernier entretien que le journaliste Jonathan Cott a eu avec le compositeur chef d’orchestre américain quelques semaines avant sa mort le 14 octobre 1990. Fascinant de revivre cette soirée, dans l’intimité de Lenny. Seul bémol : la traduction catastrophique – comme c’est trop souvent le cas pour des ouvrages en rapport avec la musique traduits de l’anglais

81uWi1BBzPL._SL1500_Si l’on avait encore des doutes sur l’intelligence foudroyante, la culture immense, le sens ravageur de l’humour et de l’auto-dérision, du compositeur de West Side Story et des Chichester Psalms, ce livre achèverait de séduire les plus réticents.

Parmi des dizaines de sujets évoqués, la fameuse mésentente – qui a jusqu’à aujourd’hui servi d’argument publicitaire – entre Glenn Gould et Bernstein à propos d’un enregistrement du 1er Concerto de Brahms, « mésentente »… qui n’a jamais existé selon le chef !

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Lorsque cette dernière soirée touche à sa fin, Leonard Bernstein répond à Jonathan Cott qui lui demande quel est son enregistrement préféré : La version transcrite par Mahler pour grand orchestre à cordes du quatuor op.131 de Beethoven qui lui a donné ainsi qu’aux musiciens du Philharmonique de Vienne beaucoup de fil à retordre (« Comment voulez-vous que nous arrivions à jouer à cinquante ce qui est injouable à quatre ?  » l’interpelle le premier violon). Le seul disque que Bernstein a expressément  dédié à sa femme Felicia, disparue en 1978.

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* Bernstein évoque évidemment l’orchestre philharmonique de New York

 

Don Carlo

Le ténor Carlo BERGONZI est mort hier quelques jours après son 90ème anniversaire. Né en Emilie Romagne le 13 juillet 1924, il s’est éteint à Milan ce 25 juillet 2014.

J’ai un seul souvenir de lui en récital.. à 70 ans, salle Gaveau à Paris, où il proposait un programme de chansons italiennes. Quel coffre, quel souffle, quel style, quelle allure encore à cet âge.

Et ce délicieux chuintement reconnaissable entre tous !

Une carrière exemplaire, une classe, un éclat vocal, une distinction incomparables dans tous les rôles qu’il a abordés avec sagesse : le ténor verdien par excellence

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S’il fallait ne retenir qu’un seul de tous ces enregistrements exceptionnels, ce serait la version insurpassée de Don Carlo dirigée par Georg Solti, avec une distribution éblouissante : Carlo Bergonzi, Nikolai Ghiaurov, Dietrich Fischer-Dieskau, Renata Tebaldi, Grace Bumbry..

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Au début des années 70, à l’apogée de ses moyens vocaux, Carlo Bergonzi avait réalisé pour Philips une magnifique anthologie d’airs de ténor des opéras de Verdi, heureusement rééditée l’an passé :

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Dans plusieurs opéras de Verdi, Bergonzi est un récidiviste. Ainsi dans le coffret Decca le trouve-t-on dans la première Traviata de Joan Sutherland – la plus belle selon certains – . Mais j’ai une affection toute particulière pour la version proche de la perfection de Georges Prêtre dirigeant en 1967 une Montserrat Caballé inégalée :

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Mais Carlo Bergonzi c’est aussi Puccini, une Bohème, une Madame Butterfly, où il fait couple avec Renata Tebaldi sous la houlette de Tullio Serafin. Solaire, stylé, émouvant.

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C’est encore un modèle dans des ouvrages où le mauvais goût n’épargne pas tous les ténors à glotte : Cavalleria Rusticana de Mascagni et Pagliacci deLeoncavallo, dans les enregistrements scaligères de référence de Karajan :51thmE0iE2L._SX300_.jpg

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Inextinguible

Salles combles pour tous les concerts auxquels j’ai assisté depuis que je suis à Montpellier. Il doit bien y avoir une raison à ce succès public !

En réalité c’est un ensemble de facteurs, mais le premier est l’originalité de la programmation. La marque de fabrique du Festival de Radio France Montpellier Languedoc Roussillon depuis ses origines.

L’Orchestre National et Alain Altinoglu jeudi dernier, plusieurs Lieder de Schubert orchestrés par Reger, un jeune ténor qui promet, en troupe à l’opéra de Vienne, encore un peu vert dans ce répertoire. Salle Berlioz du Corum pleine.

Vendredi et samedi l’Orchestre Philharmonique de Radio-France sous la houlette tressautante du fantasque et tout jeune Santtu-Matias Rouvali. Du tout Ravel – un peu en déficit de sensualité – aux trop rares Cloches de Rachmaninov, un festival de sonorités, d’explosions orchestrales et chorales. Le Corum trépidant, ovations interminables.

Hier un programme proposé par l’Orchestre national de Lille et son chef historique, Jean-Claude Casadesus – en rapport direct avec le thème du festival – le centenaire de la Grande Guerre . Adam Laloum jouait pour la première fois le Concerto pour la main gauche de Ravel, des trésors de poésie jamais entendus jusqu’alors, une technique sublimée.

Au coeur de ce programme, la 4e symphonie de Nielsen, dite Inextinguible, composée entre 1914 et 1916. Un flux sonore impérieux, tourmenté, vétilleux même, que les Lillois et leur chef défendent avec ardeur. Une grande symphonie à connaître absolument.

Même si on redécouvre l’oeuvre du contemporain danois de Sibelius, Carl Nielsen, ses six symphonies sont encore trop rares au concert. Trois versions de référence à mes yeux de la 4e symphonie :

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Colin Davis dont ce fut l’une des dernières apparitions à la tête de « son » orchestre londonien

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Karajan qui signe avec cette somptueuse 4e symphonie l’un de ses plus beaux enregistrements

.51T1cbs-R1L._SY450_Et puis l’expert Herbert Blomstedt qui s’y est pris à deux fois (pour EMI et DECCA).

Belle interprétation de Paavo Järvi et de l’orchestre de la radio de Francfort

 

 

Un Américain de Paris

On le redoutait, le sachant malade depuis plusieurs mois : Lorin Maazel vient de mourir à 84 ans. Lui qui avait composé un unique opéra intitulé 1984 ! C’est à Paris, à Neuilly plus précisément, que naît le petit Lorin le 6 mars 1930, c’est à Paris qu’il viendra réaliser, à 27 ans, ses tout premiers enregistrements pour Deutsche Grammophon avec l’Orchestre National (à l’époque « de la RTF » puis « de France ») dont il sera l’un des prestigieux directeurs musicaux de 1977 à 1991.

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Le seul examen des fonctions qu’il a occupées durant une carrière exceptionnellement longue (le petit Maazel avait commencé à diriger à 11 ans!) donne le tournis : Londres, Munich, Vienne, Berlin, Paris, New York, Cleveland, Pittsburgh, plus récemment Valence, tous les grands orchestres, toutes les grandes scènes d’opéra. La discographie de Lorin Maazel est à l’image de sa carrière, surabondante, trop peut-être, mais avec des réussites exemplaires, parfois insurpassées.

À mes oreilles, le plus grand Maazel se trouve dans ses gravures des années 60 et 70. Plus tard l’effet l’emportera souvent sur l’inspiration, l’emphase sur le style.

Sous réserve d’inventaire, une première sélection, celle du coeur :

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Le titre de ce coffret est partiellement incorrect, puisque c’est avec le National qu’un Lorin Maazel de 28 ans gravait la 1ere et la 41eme symphonies de Mozart, toutes en énergie à défaut de subtilité. Fabuleuses 5eme et 6eme symphonies de Beethoven, juvéniles symphonies de Schubert.

C’est à la même époque, toujours avec le National, que Lorin Maazel grave deux versions jamais dépassées de L’Enfant et les Sortilèges et de l’Heure espagnole de Ravel

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Suivront pour Decca, au mitan des années 60, des intégrales des symphonies de Sibelius et de Tchaikovski, qui sont demeurées des références – même en regard des remakes ultérieurs du même chef – et sont regroupées dans un coffret qui vient de sortir :

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Du temps de son mandat de directeur musical de l’Orchestre National de France, Lorin Maazel a réalisé nombre d’enregistrements de musique française, aujourd’hui difficilement trouvables. C’est par exemple lui qui a créé et enregistré avec son dédicataire, Isaac Stern, le concerto pour violon « L’arbre des songes » de Dutilleux

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C’est au cours de la décennie 70 que Maazel réalise à Londres une somme exemplaire des opéras de Puccini, où sa direction à la fois précise et sensuelle fait merveille, avec des équipes idéales dans ce répertoire (Brilliant Classics avait naguère publié un coffret très bon marché de ces enregistrements, réédités séparément par Sony)

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Pour le fidèle du Concert de Nouvel An de Vienne que je suis, je ne peux oublier que Lorin Maazel en a été l’invité privilégié dès la « retraite » de Willy Boskovsky, de 1980 à 2005, sans toujours laisser une trace impérissable.

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La collection Decca Eloquence australienne a réédité ces derniers mois nombre d’enregistrements réalisés à Cleveland, notamment de musique française. Lorin Maazel à son meilleur !

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Impossible de parcourir une aussi riche discographie d’une traite. Il faudra y revenir, pour rendre hommage à l’un des chefs les plus incroyablement doués de sa génération, qui a parfois donné le sentiment de se laisser aller à la routine ou à la facilité, alors qu’il pouvait instantanément retrouver la fougue et l’élan de sa jeunesse.

Je garde le souvenir, il y a plus d’une vingtaine d’années, au Victoria Hall de Genève, d’un concert de tournée du Pittsburgh Symphony, dont Maazel était alors le chef. Figurait au programme la 3e symphonie « Héroïque » de Beethoven. Avec les amis de la Radio Suisse romande qui m’accompagnaient, nous craignions une lecture luxueuse mais banale, nous eûmes droit à l’une des plus magistrales et fulgurantes Eroica jamais entendues en concert…

 

Centenaires

Beaucoup de centenaires à commémorer cette année, à commencer par le début de la Première Guerre mondiale comme nul ne peut l’ignorer !

Dans le domaine musical, la liste est assez impressionnante, mais tous les centenaires n’ont pas été célébrés de la même manière, tant s’en faut.

Carlo Maria Giulini (1914-2005)a eu droit à tous les honneurs – et c’est justice – (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/04/26/vieux-sages/)Image

En revanche, rien d’organisé ni de cohérent pour Kirill Kondrachine (1914-1981). Quelques rééditions Melodia, mais rien de prévu du côté de Decca (ex-Philips) notamment une série de « live » fabuleux parus jadis dans une édition « Collector ». Lire : https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/03/06/centenaire-russe/

Pour Rafael Kubelik (1914-1996), un coffret symphonique bienvenu chez DGG (http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2014/06/15/kubelik-symphonique-8214333.html)

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Rien ou si peu, en revanche, pour le grand chef polonais Witold Rowicki (1914-1986), à part une belle intégrale des Symphonies de Dvorak

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Félicitations en revanche à Deutsche Grammophon pour la réédition complète annoncée des enregistrements réalisés pour le label jaune par l’un des plus grands artistes du XXème siècle, le chef hongrois Ferenc Fricsay né le 31 juillet 1914, mort beaucoup trop jeune après une terrible maladie le 20 février 1963.

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Trois grands pianistes, nés en 1914, ont eu droit à un hommage discographique bienvenu, sinon exhaustif. Annie Fischer, Witold Malcuzynski, Jorge Bolet.

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Et puis petit clin d’oeil à la doyenne d’une prestigieuse famille, Gisèle Casadesus, à son fils Jean-Claude, et à ses arrière-petits-fils les très doués musiciens de jazz David et Thomas Enhco

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Châteaux normands

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Retour sur une récente escapade normande, et deux étapes littéraires et historiques. À Vascoeil d’abord (ci-dessus) la belle demeure d’un personnage que plus personne ne lit aujourd’hui : Jules Michelet  (http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Michelet). Auteur pourtant d’une monumentale Histoire de France, très lié aux philosophes des Lumières.

Puis à Miromesnil, où est né Guy de Maupassant  (https://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_de_Maupassant).

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Pour ceux que cela intéresse, le château propose des chambres d’hôtes (http://www.chateaumiromesnil.com)

 

 

Sur les falaises de craie

Très mauvaise idée que de vouloir entrer dans Étretat un dimanche de Pentecôte. Un peu surpris même que la municipalité laisse le flot de voitures pénétrer jusqu’au coeur de la cité, alors que d’évidence il n’y a aucune possibilité de parcage. On contourne la difficulté en empruntant la route côtière et un discret chemin vicinal avant une longue et vivifiante balade à pied sur le haut des falaises de craie.

ImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageImageFoulant cette lande, on se prendrait presque pour un personnage de Maurice Leblanc… ou d’Agatha Christie… On comprend pourquoi Maupassant, Flaubert, Gide ont fréquenté et aimé les lieux, pourquoi Monet, Courbet, Boudin et bien d’autres y ont trouvé inspiration à satiété.ImageImageImageEt puis pour toute une génération – la mienne – Étretat et son aiguille creuse, c’est Arsène Lupin et celui qui l’incarnait, Georges Descrières, dans cette série très seventies qui a fait les beaux soirs de la télévision française (et le succès d’une chanson de Jacques Dutronc) :