Le dernier dîner

 » Mais à propos des concerts : les gens iront toujours au concert, écouter de la musique, croyez-moi…..Mais leur nature changera sans aucun doute. On ne peut pas rester enfermé dans la tradition qui consiste à se transmettre les abonnements de grand-père en fils et en petit-fils…

Bien sûr qu’un orchestre doit continuer à jouer la Septième de Beethoven et la Pathétique de Tchaikovski. Ce ne serait pas terrible si le « musée » mourait ! mais il va falloir qu’il change si lui-même ne veut pas disparaître. Il ne devrait pas y avoir juste des concerts « musée’ avec de temps à autre une oeuvre nouvelle en prime… ou le chef-d’oeuvre type du XXème siècle comme le Concerto pour orchestre de Bartok ou la Symphonie de psaumes de Stravinsky.

C’est juste qu’il faudrait qu’il y ait différents genres de musées pour différents genres de musique….Et le Philharmonique* devrait aussi avoir une fonction éducative destinée aux jeunes musiciens qui vont remplacer les anciens de l’orchestre au seuil de la retraite, mais aussi à différents genres de publics dont les gosses et les vieux et ceux qui avant n’aimaient que le rock »

De qui ces propos visionnaires ? Du génial Leonard Bernstein, dans un petit bouquin passionnant qui relate le dernier entretien que le journaliste Jonathan Cott a eu avec le compositeur chef d’orchestre américain quelques semaines avant sa mort le 14 octobre 1990. Fascinant de revivre cette soirée, dans l’intimité de Lenny. Seul bémol : la traduction catastrophique – comme c’est trop souvent le cas pour des ouvrages en rapport avec la musique traduits de l’anglais

81uWi1BBzPL._SL1500_Si l’on avait encore des doutes sur l’intelligence foudroyante, la culture immense, le sens ravageur de l’humour et de l’auto-dérision, du compositeur de West Side Story et des Chichester Psalms, ce livre achèverait de séduire les plus réticents.

Parmi des dizaines de sujets évoqués, la fameuse mésentente – qui a jusqu’à aujourd’hui servi d’argument publicitaire – entre Glenn Gould et Bernstein à propos d’un enregistrement du 1er Concerto de Brahms, « mésentente »… qui n’a jamais existé selon le chef !

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Lorsque cette dernière soirée touche à sa fin, Leonard Bernstein répond à Jonathan Cott qui lui demande quel est son enregistrement préféré : La version transcrite par Mahler pour grand orchestre à cordes du quatuor op.131 de Beethoven qui lui a donné ainsi qu’aux musiciens du Philharmonique de Vienne beaucoup de fil à retordre (« Comment voulez-vous que nous arrivions à jouer à cinquante ce qui est injouable à quatre ?  » l’interpelle le premier violon). Le seul disque que Bernstein a expressément  dédié à sa femme Felicia, disparue en 1978.

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* Bernstein évoque évidemment l’orchestre philharmonique de New York

 

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