Waterloo ou la revanche de Beethoven

Certains s’étonnent que la France n’envoie pas de personnalité de haut rang aux commémorations du bicentenaire de la Bataille de Waterloo (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Waterloo). Célébrer une défaite ? On n’y pense même pas ! Heureusement que De Gaulle a choisi un autre 18 Juin pour effacer l’affront…

Trève de plaisanterie, n’en déplaise aux amis belges, je ne vois pas l’intérêt de ce genre de célébration, surtout pour un événement qui marque moins la défaite de Napoléon que la faillite de l’Europe des Lumières.

Le Monde d’aujourd’hui consacre tout un dossier – à plusieurs voix et plusieurs points de vue – à Waterloo. J’ai retenu cette interview iconoclaste d’un historien anglais : http://www.lemonde.fr/bicentenaire-de-waterloo/article/2015/06/16/waterloo-aurait-pu-etre-evitee-napoleon-ne-menacait-plus-la-paix_4655502_4655337.html

Mais je viens de découvrir, à cette occasion, que j’ai vécu jusqu’ici sur un malentendu : j’avais toujours pensé que l’oeuvre de Beethoven La Victoire de Wellington célébrait le vainqueur de Waterloo. Serai-je pardonné par les musicologues et les historiens patentés ? J’aurais dû d’abord prêter attention au sous-titre (La Victoire de Wellington ou la Bataille de Vitoria) mais, à ma décharge, il s’agit bien déjà d’une confrontation décisive de Wellington et Napoléon, mais en 1813 ! (https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Victoire_de_Wellington)

L’oeuvre, pour être spectaculaire, est du mauvais Beethoven. Pourtant il ne s’est pas longtemps fait prier pour répondre à la commande de Maelzel et choisir lui-même le sujet de cette fausse symphonie.

(Une version plutôt exotique de cette Victoire de Wellington !)

Beethoven a la rancune tenace : en 1804 il écrit sa 3eme symphonie, dite Eroica, qu’il dédie à Napoléon Bonaparte. Dédicace qu’il retire rageusement quand il apprend que le général révolutionnaire, le Premier Consul, se fait sacrer Empereur le 2 décembre 1804, et qu’il remplace par « à la mémoire d’un grand homme » !

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La discographie de l’oeuvre n’est pas surabondante, et c’est tant mieux. Curieusement, une autre « oeuvre » – tout aussi reniée par son auteur, Tchaikovski – continue de faire son effet, même lors de concerts du 14 Juillet ! Et pourtant l’Ouverture solennelle 1812 célèbre aussi la défaite de Napoléon en Russie (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ouverture_solennelle_1812)

Les vieux, les jeunes et un vrai/faux meurtre

Quel est donc le vieux réac qui a osé affirmer ceci :

« ….pour être honnête, le rajeunissement des publics, on s’en fout complètement. D’abord parce que je trouve ça insultant à l’égard des vieux, qui sont nombreux à nous suivre, et dont je ne comprends pas pour quels motifs ils devraient être tenus pour des spectateurs de seconde zone. Ensuite parce que nous ne cherchons pas un nouveau public pensé comme une catégorie à conquérir et éduquer…  » ?

Je l’avais cité dans mon dernier billet (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/06/05/un-petit-coin-de-paradis/). Il fête ses 30 ans cette année, il a un talent fou, et il faudrait citer in extenso ce qu’il dit à Vincent Agrech dans le numéro de juin de Diapason : Maxime Pascal (ce doit être le patronyme qui rend intelligent !).

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La jeune génération se moque bien des catégories, des idées à la mode ou pas de saison,  elle innove, avance, donne un vrai coup de vieux à des structures figées, bouffies.

En d’autres temps, on eût recommandé plus de prudence à Jérémie Rhorer qui pour son premier contact avec l’Orchestre National de France (et le Choeur de Radio France) avait accepté de diriger Le Paradis et la Péri de Schumann (cf. mon précédent billet). Il a eu bien raison !

À propos de Schumann, j’ai retrouvé – l’avantage des rangements ! – un bouquin que j’ai chaudement recommandé à mon entourage lorsqu’il est sorti, dans sa traduction française, en 2010.

Il reste indispensable. L’éditeur (Actes Sud) met en appétit :

Dans l’Allemagne du XIXe siècle, les compositeurs étaient ce que sont les rock stars aujourd’hui : célèbres, courtisés, jalousés, entourés d’admirateurs et d’ennemis. Alors, quand un des nombreux parasites qui constituent l’entourage de Robert et Clara Schumann est assassiné dans d’étranges circonstances, l’inspecteur Hermann Preiss de Düsseldorf tente de résoudre le mystère, ainsi que l’énigme d’un la qui s’obstine à sonner faux sur le piano de M. Schumann ou à lui bourdonner aux oreilles tel le plus terrible des acouphènes. Sur ce la, les avis des témoins sont partagés : Liszt, Brahms, Helena, la belle violoncelliste amie de Preiss, Hupfer, l’accordeur des plus grands, chacun a quelque chose à en dire, ou à se reprocher.
Avec un humour subtil, Morley Torgov nous balade dans les cercles musicaux et les soirées de Düsseldorf. Belles femmes et bijoux, jeunes arrivistes tel Liszt drapé dans sa cape noire, journaliste prêt au chantage, tout cela est vu par les yeux et raconté par la voix de l’inspecteur Preiss, vieux routard des rues sordides et des bassesses de l’âme humaine. L’accordeur est-il honnête ? Clara aurait-elle un amant ? Robert ment-il entre ses crises de démence ? Comme dans les bons vieux polars en huis clos, les suspects sont en nombre restreint, mais ils le sont bien tous, surtout quand de nouveaux éléments permettent d’ajouter aux soupçons et que l’on découvre des raisons de complicité entre eux.
Très finement, ce roman est basé sur la stricte réalité (hormis le crime) d’un milieu, d’une époque et de personnages essentiels dans l’histoire de la musique. Voilà pourquoi Meurtre en la majeur est un livre hors norme.9782742787890

Tiens c’est aujourd’hui le 205ème anniversaire de la naissance de Robert Schumann !

Coup de jeune

L’une des tartes à la crème du débat culturel est le « rajeunissement du public ». Comme si on pouvait décréter qu’une salle de concert, un théâtre, un festival devait se remplir de plus de têtes blondes que de têtes grises. SI le public ne convient pas, il faut le changer !

La réalité est heureusement tout autre, il y a quand même pas mal d’années que les vrais professionnels, je veux dire ceux qui aiment plus que la culture, les artistes, les créateurs, les musiciens, les auteurs, les acteurs,, ont entrepris non pas de « rajeunir », de sectoriser le public, mais de renouveler les formes d’accès de ces publics à la culture.

Deux exemples ce dernier week-end.

Le festival de Pâques à Deauville ouvrait sa 19ème édition samedi dernier. J’ai encore le souvenir des premières éditions, le seul énoncé des noms des artistes qui faisaient alors leurs premiers pas laisse songeur : Renaud Capuçon, Jérôme Ducros, Nicholas Angelich, cornaqués par leurs aînés. Tiens, dans la même soirée le Quintette « La truite » de Schubert mené par Jérôme Ducros au piano, puis le Concert de Chausson avec Augustin Dumay, Nicholas Angelich, Renaud Capuçon, etc… Et cette belle idée a perduré, prospéré. Samedi concert d’orchestre en formation « de chambre », un effectif plutôt inhabituel pour le programme proposé : la Passacaille de Webern, les Wesendonck Lieder de Wagner et la 1ere symphonie de Mahler. Le grand orchestre en miniature, dans la salle Elie de Brignac, des transcriptions et arrangements plutôt réussis (mes lecteurs belges relèveront que c’est à Henri Pousseur qu’on doit la « réduction » de la Passacaille de Webern) , et surtout une performance artistique de la part des tout jeunes musiciens rassemblés dans le Secession Orchestra / L’Atelier de Musique dirigé par Clément Mao-Takacs. Mention particulière pour la voix chaleureuse d’Irina de Baghy dans Wagner. Seul bémol, le contraste entre la moyenne d’âge du public… et celle des musiciens !

Le lendemain, promesse faite de longue date à Arièle Butaux, on se retrouvait pour trois heures de pur bonheur, de partage musical, serrés comme des sardines dans la minuscule salle du Sunside, rue des Lombards. Un « salon idéal », vraiment !

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Vincent Segal, Geneviève Laurenceau, Gwendal Gigueley, Yanowski, Thomas Enhco, David Enhco, Kyrie Kristmanson, Patrick Messina, Guillaume de Chassy, Maria Mosconi, Manuel Nunez Camelino, Pierre-François Blanchard, Antoine Rosenbaum, Marion Rampal, Louis Rodde, je suis sûr que j’en oublie… De la chanson, de la poésie, du cabaret, du jazz, des mélodies populaires, Brahms, Gershwin, Weill, il faisait grand soleil dehors mais la chaleur était sur la minuscule scène du Sunside.

L’éclatante démonstration de l’universalité de la musique, et du bonheur des musiciens de dépasser leurs propres frontières.

Une amitié particulière

Suite de mon billet d’hier (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/08/29/des-lueurs-dans-la-nuit/), Robert Soëtens évoque trois grandes sonates pour violon et piano nées pendant la Première Guerre mondiale, Fauré, Debussy… et Darius Milhaud !

– Quant à la 2e sonate de Darius Milhaud, vous avez assisté à sa gestation puisque vous étiez condisciple du compositeur, alors comme vous élève du Conservatoire ?

– R.S. Milhaud conçut cette oeuvre « pour Monsieur André Gide« , avant la guerre de 14; elle ne fut terminée qu’au Brésil où Milhaud avait été désigné par le MInistère comme secrétaire auprès de Paul Claudel, « Ministre de France au Brésil ». La dédicace à Gide était justifiée par l’enthousiasme de Darius pour l’écrivain comme toute la jeunesse intellectuelle de l’époque, et plus particulièrement par « Les nourritures terrestres« 

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J’ai été en effet témoin de cet élan puisque nous étions, Milhaud et moi, entrés la même année – 1910 – au Conservatoire et réclamés, l’un et l’autre, par le même professeur de violon, Berthelier, dont la classe était la plus recherchée.

Je n’avais que 13 ans, et Berthelier avait dû demander au jury et à son président, Gabriel Fauré, directeur du Conservatoire, de m’accorder une dispense spéciale. Ayant été le 2eme du palmarès général, j’obtins aisément gain de cause. Pour Milhaud, déjà bachelier ès-lettres, il n’y avait eu aucun problème d’âge; encore lui avait-il fallu se montrer un remarquable violoniste, pour avoir été sélectionné parmi les 20 premiers de 300 concurrents d’un niveau très élevé. Jouer du violon n’était pour lui qu’un désir de découvrir la musique; deux ou trois ans plus tard, ses ambitions violonistiques cédèrent devant celles, plus impérieuses, du compositeur inscrit dans les classes d’écriture, mais son passage dans la classe de violon avait soulevé quelques remous ! Son originalité nous impressionnait ! Toujours élégant, portant chapeau melon, ce jeune homme provençal nourri de Cézanne et d’Eschyle contrastait avec nos allures de potaches. Son choix de travail n’était pas moins surprenant. Echappant à nos programmes scolastiques, il apportait à la classe des oeuvres étranges, inconnues pour nous. M’approchant un jour du pupitre, je lus « Poème«  d’un certain Chausson dont nous n’avions encore jamais entendu parler et qui fit son entrée ce jour-là au Conservatoire (très conservateur à l’époque), grâce à Milhaud. Je sursautai en lisant : « dédié à Eugène Ysaye ». Du coup je portai un vif intérêt à cette musique et à celui qui l’avait dénichée.

– Entre le petit Soëtens de 13 ans (déjà plus haut par la taille) et le grand aîné naquit une étrange complicité

– R.S. CInq années d’écart entre nous, c’était beaucoup à cet âge. Néanmoins, la musique nous rapprocha. À ce moment, Milhaud était franckiste, il aimait jouer la Sonate de Magnard et celle de Guilaume Lekeu, élève de Franck (elles aussi dédiées à Ysaye, cette dernière étant l’une des trois sonates, avec celles de Franck et Fauré (n°1) qu’adorait Marcel Proust, qu’il entendait dans les salons parisiens et qui constituèrent dans son oeuvre l’unique et fictive sonate de Vinteuil.

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J’avais été bercé dans mon enfance par ces mêmes oeuvres jouées par mes père et mère. Pour me grandir aux yeux de Darius, je me flattais, à juste titre, d’avoir été déjà l’élève d’Ysaye. Nous sortions ensemble de la classe vers midi et cheminions par les rues de Madrid et de Londres jusqu’à la Trinité, quand un jour il me dit : « Viens déjeuner chez moi, j’habite là sur le côté de l’église rue Gaillard ». En franchissant le seuil du n°5 il me parla de son 1er quatuor terminé, ajoutant qu’il en écrirait 18 « pour faire la pige à Beethoven« . Son 3 pièces était meublé avec goût. « Mettez un couvert pour mon ami, le petit Soëtens » dit-il à sa gouvernante ce jour-là et beaucoup d’autres fois par la suite. Après le déjeuner, nous passions de la salle à manger provençale au salon, où Milhaud ouvrait des placards de musique et de ses propres manuscrits de jeunesse. Il en tirait diverses partitions, il se mettait au piano – dont il jouait aussi bien que du violon – je prenais un violon et nous jouions des heures. Que ne m’a-t-il pas fait connaître, ouvrant mes oreilles et connaissances à la musique de notre temps !…

À suivre le récit de cette indéfectible amitié entre Robert Soëtens et Darius Milhaud (1892-1974)…

Ci-dessous deux photos prises alors que Robert Soëtens n’avait que… 94 ans, chez (et avec) François Hudry, que je remercie pour ces beaux souvenirs.

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Un Sacre centenaire

Comme promis hier (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/08/24/le-violon-davant-guerre/), suite des Mémoires de Robert Soëtens. Et un épisode essentiel de l’histoire de la musique, que le violoniste a vu, entendu et vécu en direct :

– « Le Pelléas de Debussy vous fit sans doute percevoir le frissonnement impressionniste tout comme, aux Ballets russes, le Prélude à l’après-midi d’un faune, interprété par Nijinski ?

R.S.:  » Sensations inoubliables, j’ai vu aussi Petrouchka dansé par lui et j’assistai à la première du Sacre au Théâtre des Champs-Elysées, le 29 mai 1913 – de même qu’à la première en concert, en 1914, dirigée par Monteux dans une salle de cinéma de la rue de Clichy –  devant un public si houleux que l’audition tourna au scandale, les cris enthousiastes des uns (les musiciens, artistes, intellectuels) provoquant les protestations des belles écouteuse révoltées… et suscitant la réaction de Florent Schmitt qui, se levant du parterre vers le premier balcon où péroraient ces dames, cria à tue-tête ces mots devenus historiques : Silence, les grues du 16ème ! Propos bien vivants de cette époque combative, créatrice, où les Demoiselles d’Avignon et le cubisme s’imposaient non sans révoltes, gestation de l’éclatement artistique que la paix de fin 1918 allait provoquer à Paris, comme partout ailleurs en Europe de 1919 à 1939. »

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(Les demoiselles d’Avignon, Pablo Picasso, Paris 1907)

Autre souvenir, inoubliable, ce Sacre du printemps donné trois fois dans une Caserne Fonck comble à Liège en févier 2007 avec la compagnie Heddy Maalem et l’Orchestre Philharmonique de Liège survolté sous la baguette de Pascal Rophé.

Au disque, il y a tant de fabuleuses versions du Sacre, que finalement la solution proposée par Decca… d’une quasi-intégrale de ces enregistrements (!) est la moins compromettante…61uDqFiobgL

Sans oublier l’incomparable Ernest Ansermet somptueusement réédité (http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2014/05/06/ansermet-et-les-russes-8181542.html et https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/05/06/un-suisse-chez-les-russes/)

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Le violon d’avant guerre

Avant mon escapade vacancière, j’avais commencé à dérouler le fil des Mémoires non publiés (Autour du monde en 80 années) de Robert Soëtens : https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/08/03/il-venait-davoir-18-ans/. 

Dès son admission au Conservatoire de Paris en 1910, le jeune Robert court les concerts, dans le cadre d’une vie musicale d’une profusion exceptionnelle. Récit :

« Je fréquentais surtout les concerts des violonistes célèbres, nouveaux pour moi, le fascinant Kreisler, dont les « tziganeries » et les viennoiseries d’un répertoire personnel n’altéraient en rien la grandeur de l’artiste, incomparable dans la tendresse mozartienne, Bronislaw Hubermann, l’idéal interprète, rêveur et confidentiel, des Sonates de Brahms, qui nous racontent son amour pour Clara Schumann, l’enchanteur Jacques Thibaud dont j’avais reçu, avant octobre 1910, lors de ses passages à Paris entre deux tournées, ainsi que durant l’été à Saint-Lunaire, des leçons de charme violonistique, auxquelles s’ajoutèrent celles du tennis, dont Thibaud était très amateur avant de se consacrer au golf. J’ai vu, ensemble sur un court de championnat, l’équipe Cortot/Casals jouant contre Thibaud et je crois le pianiste Maurice Daumesnil. Aux concerts du célèbre trio (Cortot/Thibaud/Casals) qui faisait courir le Tout-Paris, j’étais souvent le tourneur de pages de confiance, c’est-à-dire assis à la meilleure place !

Je ne manquais pas non plus un récital d’Enesco, si musicalement enrichissant; avec lui, le compositeur était l’interprète des autres, le violon n’étant qu’un moyen. Il partageait rigoureusement sa vie en deux tranches très précises et régulières annuellement – celles du violoniste et du compositeur, faisant, en octobre, une tournée de récitals en Roumanie, en novembre et décembre des tournées en France, en janvier et février aux Etats-Unis, puis en mars et avril un séjour à Paris, rue de Clichy où j’eus le privilège plus tard de le visiter et de jouer, lui étant au piano, sa 2eme sonate. Enfin, de mai à septembre, retiré dans sa résidence de Bucarest, au palais de la princesse Cantacuzène, son épouse, et à Sinaia où il possédait une villa toute blanche dans les pins, il se consacrait à la composition. »

J’interromps ici le récit de Robert Soëtens pour évoquer un souvenir personnel. Pendant l’été 1973, lors d’un voyage en Roumanie déjà évoqué ici (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/08/12/et-la-callas/), j’ai visité cette maison de campagne d’Enesco (en réalité, Enescu, mais il faut croire que les Roumains qui fréquentaient Paris redoutaient une prononciation à la française de la fin de leur nom, et préféraient un « o » final plus raffiné et exotique, d’où Enesco, Bibesco, etc.), la Villa Luminis construite en 1926 à Sinaia.

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Il y a quarante et un ans, la maison n’était pas encore transformée en musée-mémorial, mais pouvait se visiter. Mon cousin et moi fûmes reçus par un gardien-concierge qui parlait quelques mots de français, et lorsque je lui dis que je jouais un peu de piano… il me fit cadeau de trois partitions d’Enesco pour piano, d’une difficulté telle que je ne suis jamais allé au -delà d’une tentative de déchiffrage ! Mais c’est sans doute le souvenir le plus émouvant que j’ai rapporté de cette première découverte de la Roumanie.

Suite du récit de Robert Soëtens :

« Parmi les pianistes, mon enthousiasme allait à Cortot, poète du piano, nourri d’une riche culture intellectuelle, qui s’exprimait dans son jeu; j’admirais aussi le beethovénien Risler, l’impétueux Sauer (l’un des derniers élèves de Liszt), mais restais bien déçu – par rapport à l’importance de sa renommée – des rubatos chavirants de Paderewski« 

Demain suite des souvenirs de R.Soëtens : Pelléas, Le Sacre, le Théâtre des Champs-Elysées…

Quelques disques indispensables pour relayer les souvenirs de notre violoniste centenaire :81fjRDgraLL._SL1500_

Mention toute particulière et affectueuse l’âme de ce très bel enregistrement de la musique de chambre d’Enesco, la violoniste Tatiana Samouil

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Et l’unique opéra d’Enesco en français, écrit en grande partie dans la Villa Luminis :

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