L’Espagnol de Cincinnati

On a appris ce matin le décès, à l’âge de 78 ans, du chef d’orchestre Jesús López Cobos né à Toro (Espagne) en 1940, mort à Berlin des suites de ce qu’on appelle encore – pudeur déplacée – une « longue maladie ».

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J’ai un peu connu et travaillé avec Jesús López Cobos  pendant ma période suisse (entre 1986 et 1993) : après avoir été premier chef invité de l’Orchestre de la Suisse romande, il avait pris la direction de l’Orchestre de chambre de Lausanne (de 1990 à 2000).

L’homme était charmant. Je me rappelle en particulier une soirée avec son épouse qui était d’origine cubaine, et pour moi qui parle l’espagnol de manière plus qu’approximative, au milieu de fous rires généreux, ils se sont disputés sur la question de savoir qui des deux parlait le meilleur espagnol. Lui roulait les « r » et raclait les « j » (comme jota ou Guadalajara) avec juste ce qu’il faut d’exagération, elle trouvait cela extraordinairement vulgaire, et mettait en avant la pureté de l’espagnol parlé par les Centre- et Sud-Américains.

Le chef n’a jamais eu – ni cherché – la notoriété des grandes baguettes de sa génération. Et pourtant il est l’un des seuls chefs espagnols, avec Rafael Frühbeck de Burgos, à avoir refusé d’être cantonné au répertoire natal, et au contraire à avoir abordé, tant à l’opéra que dans la sphère symphonique, le grand répertoire germanique, classique et romantique, où il a laissé d’excellents enregistrements qui méritent d’être réécoutés et réévalués.

Je n’oublie pas que Jesús López Cobos a été l’un des brillants prédécesseurs de Louis Langrée à la tête de l’orchestre symphonique de Cincinnati de 1986 à 2000qu’il a beaucoup donné à l’Orchestre français des jeunes. Qu’il avait dirigé à deux reprises dans les saisons récentes l’Opéra royal de Wallonie à Liège… et qu’il avait été annoncé dans la saison de l’Orchestre Philharmonique royal de Liège le 23 mars prochain !

Petite revue de disques, non exhaustive, mais emblématique de l’art du chef disparu.

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Tombe la neige

C’est l’hiver et il neige, quelle surprise ! IMG_4600Il est vrai qu’à Montpellier et dans l’Hérault la neige est rarissime, et que la journée du 28 février 2018 restera dans les annales météorologiques.. et un mauvais souvenir pour quantité d’automobilistes piégés par l’abondance des chutes.

IMG_4602Le Musée Fabre et l’Esplanade habillés de blanc

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Je ne pensais pas retrouver si vite la neige rencontrée sur les sommets alpins (voir Le lac enchanté)

Musicalement, la neige est puissamment évocatrice (Musiques climatiques)

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Le jeune Michael Tilson Thomas dirige l’une des plus belles versions de cette 1ère symphonie de Tchaikovski justement intitulée « Rêves d’hiver »

L’opéra féerique de Rimski-Korsakov, Snegourotchka (La fille des neiges) est admirable de bout en bout, comme on l’a vu à l’Opéra Bastille il y a quelques mois

Un paysan et sa femme se désolent de ne pas avoir d’enfants. Un jour d’hiver, pour se distraire, ils décident de fabriquer un enfant de neige. Celui-ci prend vie : c’est une belle petite fille, qui grandira rapidement, tout en gardant un teint pâle comme la neige : on l’appelle Snégourotchka. Lorsque le printemps arrive, la jeune fille manifeste des signes de langueur. Les autres jeunes filles du village l’invitent à jouer avec elles, et sa mère adoptive la laisse partir à regret. Elles s’amusent et dansent, Snégourotchka restant toujours en arrière, puis l’entraînent à sauter par-dessus un feu de joie : à ce moment, elles entendent un cri, et en se retournant, elles découvrent que leur compagne a disparu. Elles la cherchent partout sans succès : Snégourotchka a fondu, et il n’en est resté qu’un flocon de brume flottant dans l’air.

Mais depuis que j’ai vu ce rare film d’Hans-Jürgen SyberbergLudwig, requiem pour un roi vierge (contemporain et très différent du Ludwig ou le Crépuscule des dieux de Visconticette scène de traversée de la forêt enneigée en traineau est à jamais associée à Wagner et au sublime duo de Tristan et Isolde « O sink hernieder » (ici dans la version mythique de Furtwängler avec Kirsten Flagstad et Ludwig Suthaus)

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Le goût de lire

Emmanuel Macron en avait fait un thème de sa campagne : l’ouverture des bibliothèques  publiques le soir et le dimanche. Une idée pas très « moderne », à rebours de l’air du temps tout numérique.

Le président de la République l’a redit l’autre jour aux Mureaux. Erik Orsenna conclut son rapport Voyage au pays des bibliothèques ainsi :

« Faisons un rêve. Il était une fois un pays de lecteurs […] où chacun, chacune, dispose d’un lieu, pas loin de chez lui, de chez elle […] où il, où elle puisse se rendre pour découvrir et se découvrir, apprendre, imaginer, échanger, voyager. Ce pays, c’est le nôtre, c’est la France. Il dépend de nous qu’il existe. »

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Moi je me rappelle, enfant, dans mon quartier excentré de Poitiers, le plaisir que j’éprouvais à aller chaque jeudi au bibliobus qui stationnait à quelques centaines de mètres de notre maison, plein de cette odeur irremplaçable des livres usagés, lus et relus. J’emportais toujours deux livres (c’était le maximum autorisé), des romans, de l’histoire, parfois des BD, je ne lisais pas tout, mais j’ai découvert le bonheur de lire, et appris le goût de la lecture.

Quand je vois la passion de mes petits-enfants (5 et 3 ans) pour l’objet livre – alors qu’ils sont environnés comme tous les gosses de leur âge de tablettes et autres objets connectés – qu’à chaque fois que je les vois, ils aiment feuilleter, lire, et m’entendre leur raconter précisément les histoires de ces livres, je pense que la cause de la lecture non seulement n’est pas perdue ni obsolète, mais plus noble et nécessaire que jamais.

Conseils de lecture du jour :

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(Un indispensable ce bouquin de Laurent Nunez : lire Petites phrases)

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Ce recueil inédit réunit plus de 150 lettres d’écrivains et de monarques, de simples soldats et d’anonymes, d’hommes et de femmes, parmi les plus belles de la langue française. Classées en sept parties (« Lettres d’amour », « Lettres de rupture », « Lettres politiques », « Lettres sur la mort », « Lettres de guerre », « Lettres d’artistes », « Lettres d’injures »), elles ont été écrites entre le XVe et le XXI siècle.
On y trouvera des extraits des plus fameuses correspondances, comme celles d’Henri IV à Gabrielle d’Estrées, de George Sand à Musset, de Chateaubriand à Mme  de Récamier, de Baudelaire à sa mère, d’Apollinaire à Lou ou encore de Verlaine à Rimbaud. Mais aussi des lettres d’artistes et d’écrivains rarement reproduites, La Rochefoucauld, La Fontaine, Poussin, Degas, Van Gogh, Cézanne… Lettres d’enthousiasme, lettres de rage, lettres nobles, lettres comiques, lettres insolentes, tous les types de missives se retrouvent dans ce Cahier rouge inédit. Celle où Racine tient tête à ses parents qui veulent lui faire arrêter le théâtre, par exemple, ou celle où Maurice Ravel s’insurge, pendant la Première Guerre mondiale, contre l’interdiction de jouer de la musique allemande. Lettres émouvantes aussi : Mme  de Sévigné appréhende sa mort ; Voltaire, effrayé par sa laideur en vieillissant, interdit à Pigalle de sculpter son visage  ; Lucile Desmoulins, la veille de son exécution, clame son innocence à sa mère.
Caustiques, mordantes, ironiques, enflammées, tendres, perspicaces, spirituelles, ces lettres nous feront-elles avoir des regrets quand nous enverrons des SMS ?

Triple gagnant

Il y a des disques qui pourraient passer inaperçus, ou qu’on écoute distraitement parce qu’on connaît tellement l’oeuvre qu’on n’y prête plus une oreille attentive.

Et voilà que j’ai trouvé sur mon bureau aujourd’hui une merveille, un disque qui rebat les cartes (signalé dans Le Monde du week-end) qui renouvelle complètement l’intérêt pour une partition qui, pour être spectaculaire, n’est pas la plus réussie de son auteur : le Triple concerto – ou plus exactement le Concerto pour piano, violon et violoncelle op.56 de Beethoven.

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L’affiche était prometteuse : une violoncelliste, Anne Gastinel, qu’on aime et qu’on admire depuis si longtemps, un pianiste, Nicholas Angelichpour qui les superlatifs me manquent depuis que j’ai la chance de le connaître et de le suivre, un violoniste, Gil Shaham impérial, et un chef qui m’a si souvent séduit, notamment dans son intégrale des symphonies de Beethoven avec la Deutsche Kammerphilharmonie.

12647495_10153400915357602_3332203588577930624_nMais trois stars réunies auprès d’un grand chef n’ont pas toujours donné les résultats qu’on pouvait espérer. La plus célèbre des versions en est la preuve, Richter lui-même aurait dit, après l’enregistrement, que ce qui préoccupait le plus le chef d’orchestre était… la photo !

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Anne Gastinel, dans un texte qui pourrait (devrait !) servir de modèle à tous les musicographes, explique les difficultés d’une oeuvre qui ne ressortit vraiment à aucun genre connu avant Beethoven : de la musique de chambre – un trio – élargie à un orchestre qui n’est pas un simple accompagnateur. Difficultés aussi pour son instrument, le violoncelle, qui mène véritablement la danse, parce qu’il ouvre le concerto et qu’il joue très souvent dans le registre aigu, donc très exposé.

On a coutume de dire que la partie la plus facile, la moins exigeante techniquement, est le piano. Quand on entend ce qu’en fait Nicholas Angelich, on est vite convaincu que le piano est tout sauf secondaire !

Le couplage est tout aussi original, un trio de jeunesse de Beethoven, son opus 11 pour clarinette, piano et violoncelle, parfois surnommé Gassenhauer : le troisième mouvement est une suite de variations sur un air – « Pria ch’io l’impegno » –de l’opéra L’amor marinaro ossia il corsaro de Joseph Weigl – air tellement populaire à l’époque qu’il était sifflé ou chanté dans les ruelles (les Gassen) de Vienne…

Anne Gastinel et Nicholas Angelich se sont adjoint les services du magnifique Andreas Ottensamer, clarinette solo de l’orchestre philharmonique de Berlin… Le même esprit fusionnel et juvénile, qui fait la force du Triple concerto, se retrouve dans ce trio op.11

img_0319Andreas (à gauche) ici aux côtés de son père Ernst, tragiquement mort d’une crise cardiaque à 62 ans l’été dernier, et de son frère Daniel qui a succédé à son père comme clarinette solo de l’orchestre philharmonique de Vienne !

PS Salut respectueux à Didier Lockwooddisparu brutalement ce dimanche, comme le père d’Andreas Ottensamer, et au même âge. Affection pour sa famille et pour sa dernière compagne.

Les sans-grade (VIII) : Joseph Keilberth

Il est mort il y a cinquante ans, à l’âge de 60 ans : le chef d’orchestre Joseph Keilberth est né en 1908, la même année que Karajan, mort prématurément d’une crise cardiaque le 20 juillet 1968, tandis qu’il dirigeait Tristan et Isolde à l’opéra de Munich.

Je me rappelle une série d’émissions que nous avions commises avec mon complice de Disques en lice, Pierre Gorjat (lire Une naissance), pour la chaîne culturelle de la Radio suisse romande, Espace 2, série intitulée : Les cinq K. Mon ami Pierre trouvait qu’on faisait bien trop de cas (!) du seul qui occupait alors – au mitan des années 80 – le devant de la scène musicale, Herbert von Karajan. Moins violemment critique que lui, je pensais qu’on devait, sinon réhabiliter, du moins remettre en lumière quatre autres illustres baguettes, contemporaines de Karajan, qui ne méritaient aucunement de rester dans l’ombre du patron des  Berliner Philharmoniker : Rudolf Kempe (1910-1976),  Hans Knappertsbusch  (1888-1965), Otto Klemperer (1885-1973)… et Joseph Keilberth (1908-1968).

De ces cinq chefs (inutile de dire qu’il ne reste rien de ces émissions, qui furent effacées à peine diffusées… et qui manquèrent cruellement lorsque survint la mort de Karajan le 16 juillet 1989 !), le seul qui ait été oublié des rééditions discographiques est Keilberth. Même si je me suis laissé dire que Warner pourrait reprendre les enregistrements parus pour l’essentiel sous l’étiquette Telefunken.

J’ai longtemps délaissé les quelques disques de Keilberth que j’ai dans ma discothèque, à l’exception de son légendaire Freischütz. J’ai eu tort.

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Je redécouvre des Beethoven magnifiquement chantants, mobiles, superbement articulés.

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Richard Strauss s’accorde particulièrement à l’art de Keilberth. Comme une lumière et une sensualité méridionales qui éclairent l’écheveau de la trame orchestrale.

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Même lumière dans Brahms (une intégrale des symphonies à rééditer), bien perceptible dans ce « live » avec la radio bavaroise

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En attendant, on l’espère, de retrouver le legs symphonique de Keilberth chez Warner on retrouvera des bribes, vraiment trop chiches, de l’art de celui qui fut l’âme et le directeur musical de l’orchestre symphonique de Bamberg de 1950 à sa mort.

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Mais c’est en chef d’opéra que Joseph Keilberth est resté le mieux documenté au disque, en particulier avec la réédition spectaculaire de la toute première Tétralogie captée en stéréo… en 1955 à Bayreuthque les spécialistes tiennent pour un must.

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Richard Strauss est aussi très bien servi.

 

J’ai une affection particulière pour ces versions d’Arabella (sublime Lisa della Casa) et de la Femme sans ombre.

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Le rossignol suisse

Rossignol, définitions :

  • Oiseau migrateur (de l’ordre des Passereaux) dont l’espèce commune est caractérisée par un plumage brun roux et gris brunâtre, par un fin bec brun, et par la pureté, la variété du chant aux sonorités éclatantes et harmonieuses
  • Personne qui se distingue par une voix bien modulée, qui chante admirablement.

Tous les tintinophiles savent qui est désigné comme « le rossignol milanais« , l’inévitable Bianca Castafiore.

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Aujourd’hui, c’est tout le contraire du personnage outré et caricatural de la Castafiore qu’on célèbre, l’une des plus jolies voix de soprano du XXème siècle, une personnalité modeste mais rayonnante, qui n’a jamais cherché les lumières de la gloire : Edith Mathisnée le 11 février 1938 dans la ville suisse de Lucerneberceau de ma famille maternelle.

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Un joli coffret de 7 CD publié par Deutsche Grammophon propose une très belle compilation des enregistrements auxquels la soprano suisse a prêté une voix immédiatement reconnaissable : une pureté qui n’était pas celle, séraphique, de Gundula Janowitz, ou, senza vibrato, de Teresa Stich Randallmais soyeuse, légère, fruitée.

Extraits de la légendaire version des Noces de Figaro dirigée par Karl Böhm)

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Edith Mathis a beaucoup donné à Bachnotamment avec Karl Richter.

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Elle est, mieux que quiconque, le personnage d’Annette (Ännchen) dans le Freischütz dans la légendaire version de Carlos Kleiber, où elle retrouve Gundula Janowitz.

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Plus rare cet air de Haydn enregistré avec Armin Jordan et l’orchestre de chambre de Lausanne.

Détails de ce coffret-hommage :

  • Bach: Cantate BWV 51 « Jauchzet Gott in allen Landen« ; extr. cantates BWV 10, 21, 68, 180, 199; 3 extr. Passion selon St Matthieu BWV 244 (Karl Richter)
  • Haendel / Mozart: 3 airs du Messie (Charles Mackerras)
  • Haydn: airs extr. des Saisons & La Création (Karl Böhm)
  • Mozart: extr.Requiem KV 626 (Karl Böhm) Airs d’Ascanio in Alba, Lucio Silla, Zaide (Leopold Hager) Le Nozze di Figaro, Don Giovanni, La Clemenza di Tito (Karl Böhm) Airs de concert KV 505, 578, 583; Das Veilchen KV 476; Als Luise die Briefe ihres ungetreuen Liebhabers verbrannte KV 520; An die Einsamkeit KV 391; Die kleine Spinnerin KV 531; Die Alte KV 517
  • Dvorak: extr. Stabat Mater op. 58 (Rafael Kubelik)
  • Brahms: extr. Ein Deutsches Requiem op. 45 (Daniel Barenboim) Volkslieder WoO 33 Nr. 15, 23, 34, 43; Jägerlied op. 66 Nr. 4; Hüt du dich op. 66 Nr. 5; 4 Duette op. 61; Liebeslieder-Walzer op. 52; Neue Liebeslieder-Walzer op. 65; Wechsellied zum Tanze op. 31 Nr. 1
  • Mahler: extr. symphonies 2 et 8 (Rafael Kubelik)
  • Beethoven: extr. Fidelio op. 72 (Karl Böhm)
  • Weber: extr. Der Freischütz (Carlos Kleiber)
  • Mendelssohn: Bunte Schlangen extr. Ein Sommernachtstraum op. 61 (Rafael Kubelik)
  • Berlioz: extr. La Damnation de Faust op. 24 (Seiji Ozawa)
  • Richard Strauss: extr. Der Rosenkavalier op. 59 (Karl Böhm)
  • Henze : Diese Benommenheit extr. Der junge Lord
  • Schumann: Myrthen op. 25 Nr. 4, 9-12, 14, 20, 23; Die Kartenlegerin op. 31 Nr. 2; O ihr Herren op. 37 Nr. 3; Frauenliebe und Leben op. 42; Die Nonne op. 49 Nr. 3; Volksliedchen op. 51 Nr. 2; Liebeslied op. 51 Nr. 5; Die Soldatenbraut op. 64 Nr. 1; Das verlassne Mägdelein op. 64 Nr. 2; Mein Garten op. 77 Nr. 2; Stiller Vorwurf op. 77 Nr. 4; Liederalbum für die Jugend op. 79 Nr. 1-6, 8, 10-14; 19, 21; Die Blume der Ergebung op. 83 Nr. 2; Röselein, Röselein op. 89 Nr. 6; An den Mond op. 95 Nr. 2; Himmel und Erde op. 96 Nr. 5; Lieder und Gesänge aus Wilhelm Meister op. 98a Nr. 1, 3, 5, 7, 9; Liebster, deine Worte stehlen op. 101 Nr .2; Lieder op. 104 Nr. 1-6; Die Fensterscheibe op. 107 Nr. 2; Die Spinnerin op. 107 Nr. 4; Frühlingslied op. 125 Nr. 4; Frühlingslust op. 125 Nr. 5; Tief im Herzen trag ich Pein op. 138 Nr. 2; Mädchen-Schwermut op. 142 Nr. 3
  • Wolf: Lieder Nr. 1, 2, 19-21, 28, 29, 40, 41, 43, 46 extr. Italienisches Liederbuch

Et pourtant elles dirigent…

je pressens déjà qu’avec un tel titre, je vais me faire allumer… Je m’y risque sans crainte, je n’ai, quant à moi, jamais de ma vie proféré le genre de propos prêté il y a quelques mois à un célèbre chef d’orchestre (lire : Le chef qui n’aime pas les cheffes)

Je remets le couvert, si j’ose dire, avec cette une et ce dossier du mensuel Diapason de février :

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À la seule réserve près d’un titre inutilement racoleur (« Comment elles sont en train de gagner le combat »), je souscris à la quasi totalité de l’excellent dossier constitué par Christian Merlin et Vincent Agrech, qui restitue la (trop) lente évolution des mentalités du microcosme musical, et les difficultés rencontrées par les femmes chefs d’orchestre (je me suis fait agonir sur Facebook pour avoir usé du féminin « cheffes » d’orchestre… !) pour  se faire accepter d’abord par les musiciens d’orchestre !

La seule question que je me sois jamais posée, lorsqu’il s’agissait d’engager un chef, homme ou femme, c’était : a-t-il/elle du talent ? est-il/elle le/la meilleur(e) pour ce programme, ce projet ? Et quand je suis spectateur/auditeur peu m’importe le sexe de celui qui est sur le podium, pourvu que le résultat soit à la hauteur de mes attentes !

Quand il y a exactement deux ans, le 30 janvier 2016, Mikko Franck, malade, a dû céder sa baguette à Marzena Diakun pour diriger rien moins que La Ville morte de Korngold, j’ai admiré sans réserve l’art et l’audace de la jeune cheffe.

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Je peux déjà annoncer que Marzena Diakun sera l’une des invitées du prochain Festival Radio France (#FestivalRF18) à Montpellier. Dans un programme qui ne comportera pas que des musiques « féminines » (Christian Merlin rapporte cette sortie récente – 2014 ! – du grand chef et pédagogue finlandais, Jorma Panula, énonçant que « les femmes pouvaient à la rigueur diriger des musiques féminines comme Debussy, mais qu’elles n’étaient pas taillées pour Bruckner ou Stravinsky »). Sans commentaire…

 

 

Les rêves d’Anja

Retour à la Philharmonie de Paris ce lundi soir. Après l’Orchestre de Paris et Herbert Blomstedt (lire L’autre Herbert), un programme et un équipage de haut vol : Valery Gergiev  les Münchner Philharmoniker (Orchestre philharmonique de Munich), Anja Harteros en soliste des Wesendonck Lieder de WagnerLe concert s’ouvrait par Francesca da Rimini de Tchaikovski et se concluait par Une vie de héros (Ein Heldenleben) de Richard Strauss.

On admire d’abord la générosité et l’ordonnancement de ce programme. Le vaste poème symphonique de Tchaikovski, composé lors d’un séjour à Bayreuth (!), jamais entendu au concert, jadis découvert dans l’enregistrement de Svetlanov, révèle l’infinie palette de nuances d’un orchestre d’une souplesse et d’une transparence qui contraste avec les couleurs plus sombres de ses voisins munichois, comme celui du Bayerischer Rundfunk.

On sait d’emblée que le chef ossète va tutoyer les sommets. Impression amplement confirmée en seconde partie avec un Richard Strauss voluptueux, plus lyrique qu’épique, dans lequel tous les pupitres se couvrent de gloire – je retrouve avec bonheur le son de la flûte en bois d’Herman van Kogelenenberg, que, tout récemment nommé à la direction de l’orchestre philharmonique de Liège en 1999, j’avais engagé comme 1ère flûte, et qui après quelques années au Concertgebouw est depuis 2013 le soliste des Münchner Philharmoniker.

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Heureux évidemment de revoir Valery Gergiev à son meilleur, comme le souvenir que j’avais de sa venue à Montpellier en juillet 2016 (lire La rencontre)

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Et puis, au milieu de ces vastes épopées symphoniques, l’oeuvre qui m’a fait aimer et approcher Wagner, cet unique cycle de mélodies sur des poèmes de l’aimée Mathilde Wesendoncket la sublime osmose entre la chanteuse et l’orchestre, la voix d’or et de pourpre d’Anja Harteros qui déploie tour à tour douceur et puissance, aigus de lumière et graves de bronze. On espère au plus vite une trace discographique.

On avait tant aimé la chanteuse dans Tosca à l’Opéra Bastille : Tosca sans chef.

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Comme on associe souvent ces Wesendonck Lieder de Wagner et les Vier letzte Lieder de Richard Strauss, une petite idée de l’art d’Anja Harteros dans cette vidéo :

La dernière fois qu’on avait entendu ces Wesendonck, c’était avec un partenaire habituel d’Anja Harteros, Jonas Kaufmann, au théâtre des Champs-Elysées, avec l’Orchestre national de France dirigé par Daniele Gatti.

Pour finir, une discussion surprise à l’entracte au bar de la Philharmonie de Paris, juste après les Wagner chantés par Anja Harteros : « Ah quelle chanteuse, formidable non ? – Ah moi j’ai beaucoup aimé, surtout Super héros (sic) de… comment vous dites, Richard Strôôôs » – Vous avez raison, elle a vraiment bien chanté ce Strôôôs »…. Il faut dire qu’à ce genre de soirées, une bonne partie de la salle est constituée d’invités des mécènes et sponsors…

 

D’un opéra l’autre

Deux soirées pour le moins contrastées : vendredi à l’Opéra Bastille, hier à l’Opéra royal du château de Versailles.

Je n’ai aucun souvenir d’avoir vu Un bal masqué de Verdi sur scène (ou peut-être à Genève il y a une trentaine d’années ?). On a saisi l’occasion de voir la production proposée par l’Opéra Bastille, une reprise d’une mise en scène de Gilbert Deflo qui doit dater d’une bonne dizaine d’années.

Rien à dire de plus que cet article : Quand Sondra est là tout va ! Sondra Radvanovsky est, en effet, la reine de la soirée, son Amelia est impressionnante. Mêmes compliments pour Nina Minasyan, formidable Oscar. Pour le reste, mieux vaut ne pas s’appesantir.

On va réécouter l’une de ces versions, pour se rappeler que l’opéra c’est aussi, d’abord, un chef !

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En sortant de l’opéra, personne ne pouvait ignorer que la région Occitanie sait se vendre !

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Tout autre genre, tout autre cadre hier soir.

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On est toujours heureux d’aller à l’opéra royal du château de Versailles. D’abord parce qu’on y est toujours bien accueilli par le maître des lieux, l’infatigable Laurent Brunner, ensuite bien sûr parce que le cadre tout à la fois grandiose et intime de cette salle est un bonheur chaque fois renouvelé pour les yeux comme pour les oreilles.

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Hier donc, on venait entendre en vrai le contre-ténor argentin Franco FagioliSans doute parce que j’ai longtemps eu des réticences, voire des résistances à l’égard de ce genre de voix (lire Paroles de star). J’admirais l’art mais quelque chose dans le timbre ou l’expression de certains de ces chanteurs m’irritait, me gênait. Fagioli a fait tomber mes réticences, dans les disques où je l’ai découvert. La richesse, l’homogénéité de la voix, un timbre délicatement ombré, le parallèle qui s’impose naturellement avec les contraltos féminins, Bartoli ou Stutzmann.

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Fagioli était venu « vendre » son nouvel album Haendel.

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Une soirée comme un enchantement permanent ! Un interprète constamment inspiré, ne cherchant pas la facilité, la beauté de la ligne de chant, un souffle comme inépuisable. Excellemment soutenu par le jeune orchestre baroque italien Il Pomo d’Oro.

Promis, on sera désormais plus attentif aux prochaines prestations de Franco Fagioli !

 

 

Cantates

Si « les cantates de Bach sont ce qu’il a composé de plus beau, …cette musique mystérieuse et invisible, pleine de vie et d’énergie qui traduit l’idée d’un monde parfait» comme l’écrit John Eliot Gardiner (lire Le mystère Jean-Sébastien Bach), j’imagine l’embarras – qui fut longtemps le mien – de celui qui aimerait s’initier à cet univers.

Par quoi commencer parmi les plus de 250 cantates répertoriées du Cantor de Leipzig ? Quels interprètes, quelles versions ?

71KCovyCQTL._SL1200_Une excellente compilation des chorals les plus célèbres extraits de cantates, des passions (St Jean et St Matthieu), de la Messe en si.

Si on ne veut/peut pas investir dans le projet grandiose entrepris par le chef anglais – l’enregistrement ou ré-enregistrement de l’oeuvre sacrée de Bach – on trouvera un panorama quasi idéal dans ce coffret à prix « budget »

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Ce coffret de 22CD réunit pour la première fois tous les enregistrements de John Eliot Gardiner d’oeuvres vocales de Bach, réalisés pour Archiv Production et Philips du début des années 1980 à 2000. Plusieurs de ces enregistrements  font office de référence : L’Oratorio de Noël, la Passion selon Saint Matthieu, la Passion selon Saint Jean et la Messeen si mineur. 12 CD sont consacrés à une large sélection de 37 cantates, odes et motets , comme Nun komm, der Heiden Heiland, Wachet auf, Herz und Mund und Tat und Leben, et Ich habe genug. On y trouve également le Magnificat et la Cantate 51 enregistrés pour Philips. Et quelle brochette de solistes ! Nancy Argenta, Olaf Bär, Barbara Bonney, Michael Chance, Bernarda Fink, Magdalena Kozená, Derek Lee Ragin, Sara Mingardo, Anne Sofie von Otter, Mark Padmore, Anthony Rolfe Johnson, Andreas Schmidt et Stephen Varcoe. La maîtrise du Monteverdi Choir et des English Baroque Soloists est comme toujours imposante. Un livret de 32 pages contient les tracklistings complets et renvoie sur un lien internet où sont disponibles textes chantés et traductions.

Et puis il y a des disques que je chéris particulièrement, même s’ils ne sont répondent pas aux critères actuels de l’interprétation « historiquement informée », parce que je les ai découverts un peu par hasard. Comme celui-ci :

91rdJb9LBcL._SL1500_Sans doute la fascination de la voix très particulière, sans aucun vibrato, de la soprano américaine Teresa Stich Randallet ce sublime duo de la cantate 78

Et malgré la direction très planplan d’un pionnier du répertoire baroque, le trop oublié Karl Ristenpart, j’ai une affection toute particulière pour la version de la même soprano de la célèbre Cantate 51 (avec le jeune Maurice André à la trompette). Bien des consoeurs de Stich Randall, et de plus célèbres qu’elle, s’y sont essayées et cassé les dents (on évitera soigneusement Mme Schwarzkopf qui y chante constamment faux et surjoué)

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Au plus près de la tradition du légendaire Choeur de Saint-Thomas de Leipzig, on trouvera de réelles beautés dans cette généreuse collection de cantates d’église enregistrées in situ par l’un des successeurs de Bach à la direction de cette phalange, Hans-Joachim Rotzsch

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Et, tout aussi avantageux, republié par Brilliant Classics, un coffret de cantates profanesdirigées par le grand Peter Schreier.

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Et puisque c’est la première cantate que j’ai entendue en concert, dans une modeste église de la région parisienne, j’aime toujours autant cette cantate 70 « Wachet, betet » (Veillez, priez), créée le 21 novembre 1723 à Leipzig.

Pour le reste, je renvoie aux spécialistes, aux revues comme Diapason ou Classica, ou à un site passionnant Wunderkammern.fr qui fait la part belle à Jean-Sébastien Bach et à sa discographie récente.

J’évoquais hier le pavé de John Eliot Gardiner, on peut aussi se plonger avec délice dans les ouvrages du grand spécialiste français de Bach, Gilles Cantagrelqui me précéda à la direction de France Musique, et avec qui j’ai eu le plaisir de travailler, regrettant qu’il ne fasse pas plus souvent profiter les auditeurs de la chaîne d’une science aussi vaste que gourmande.

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