La découverte des Ballets russes (I)

#Confinement Jour 37

En décembre, puis en mars dernier, j’évoquais ici un ouvrage, dans lequel le confinement me donne tout loisir de me replonger (lire Mouvement contraire)

91cka4bso1LOn a déjà dit ici le fantastique travail réalisé par les courageux éditeurs de La Coopérative pour rééditer, compléter (iconographie, discographie) ces Mémoires du grand chef Désiré-Émile Inghelbrechtpubliés en 1947 aux éditions Domat.

Inghelbrecht a été un témoin et un acteur considérable de la vie musicale de la première moitié du XXème siècle. Comme sa plume est aussi cultivée que sa baguette, chaque chapitre de ses souvenirs est un régal et une mine d’informations pour le lecteur.

Le 8 mars dernier, j’évoquais son récit de la naissance du Théâtre des Champs-Elysées (lire Naissance d’un théâtre).

Aujourd’hui, partant du chapitre XVI de ce Mouvement contrairej’aimerais vous inviter à suivre, en quelques épisodes, Inghelbrecht dans sa découverte émerveillée et affûtée de l’aventure des Ballets russes à Paris et de son personnage central Serge Diaghilev (1872-1929).

« C’est en 1906 que Diaghilev entreprit sa conquête de Paris, par une exposition de peinture russe contemporaine. L’année suivante il donnait à l’Opéra une série de concerts historiques russes, dirigés par Nikisch et Rimski-KorsakovEn 1908, toujours à l’Opéra, il révèle Boris Godounovavec Chaliapineque l’on retrouve en 1909 au Châtelet incarnant Ivan le Terrible de la Pskovitaine (un opéra en trois actes de Rimski-Korsakov)

 

Au cours de cette saison, les opéras alternent avec les ballets, dont la révélation soulève un enthousiasme unanime, et qui constitueront généralement seuls les spectacles des saisons suivantes. »

 

« De haute stature et de corpulence robuste, Serge de* Diaghilev avait l’aisance et la distinction natives du grand seigneur/…./ Son regard perçant semblait dépasser souvent sa vision immédiate et il jouait de son monocle, comme pour dérouter ceux qu’il observait/…./ Encore que son accueil fût cordial, il restait distant et son sourire était réticent. On sentait qu’il ne s’écartait jamais du but qu’il poursuivait, ne s’intéressant aux hommes qu’en fonction de leur utilité éventuelle, qu’il s’agisse d’artistes, de financiers, du public ou des snobs, desquels il sut se servir en maître » (* Diaghilev avait rajouté une particule à son patronyme sans doute pour en remontrer aux… snobs, particule qui n’existe pas en russe !)

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L’innovation la plus frappante apportée par les Russes était d’ordre décoratif/…./ Nos hôtes printaniers allaient nous émerveiller soudain par la coordination de leurs mises en scène, grâce à une unité de conception picturale/…./ Au point de vue musical, il avait fallu, au début, s’en tenir à des adaptations de Chopin, pour les Sylphides, de Schumann, pour le Carnaval, et de quelques compositeurs russes pour Cléopâtre.

(Fabuleuse interprétation d’Ernest Ansermet (l’un des premiers chefs à travailler pour et avec les Ballets russes) du Carnaval de Schumann orchestré pour le ballet par Glazounov et Rimski-Korsakov.)

« Un drame chorégraphique, audacieusement imaginé sur la symphonie Shéhérazade de Rimski-Korsakov, avait même soulevé la réprobation des héritiers du maître. Mais, dès la seconde année, Diaghilev allait demander à des musiciens d’avant-garde d’écrire spécialement des musiques de ballets. Et c’est ainsi que nous eûmes coup sur coup la révélation du génie de Stravinsky avec l’Oiseau de feu et Pétrouchka… »

Suite au prochain épisode !

Conseil discographique : l’un des interprètes les plus éclairés de ces fascinantes musiques créées pour les Ballets russes est le grand Ernest Ansermet.

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La musique pour rire (VI) : plaisantes plaisanteries

#Confinement jour 33

A l’approche d’un nouveau week-end confiné, quelques plaisants exemples de… plaisanteries musicales de la part des compositeurs eux-mêmes (pour les interprètes je renvoie à mes chroniques précédentes : La musique pour rire IIIIIIIVV).

Mozart

La plus connue n’est pas – et de loin – la plus simple à comprendre : Ein musikalischer Spaß (Une plaisanterie musicale) est un divertimento que Mozart achève le 14 juin 1787, qui est aussitôt créé à Vienne.

Mozart concentre dans cette partition, d’une écoute a priori agréable (sauf les accords conclusifs !), à peu près tous les défauts qu’un compositeur doit éviter, et parodie certainement nombre de ses contemporains. C’est ainsi en tout cas que fut reçue cette « plaisanterie » par le public et la critique viennois.

Pas sûr qu’aujourd’hui l’auditeur non musicien soit capable de repérer les éléments parodiques et comiques de la composition.

  • L’utilisation de dominantes passagères à la place des accords de sous-dominante.
  • Des dissonances entre les deux parties de cors.
  • Une montée de gamme par tons dans la cadence de violon.
  • Une orchestration maladroite, par exemple une ligne mélodique ténue absorbée dans un accompagnement lourd et monotone (quatrième mouvement).
  • Des modulations erronées pour la forme sonate (par exemple, dans le premier mouvement, les modulations progressives échouent toujours à atteindre la dominante, jusqu’à ce que la composition y saute sans préparation).
  • Le démarrage du mouvement lent se fait dans la mauvaise tonalité (sol majeur au lieu de do majeur)
  • Un minable passage en fugato dans le dernier mouvement qui enfreint toutes les règles de la composition fugale.

Ce morceau est également l’un des premiers à faire usage de polytonalité dans une composition classique. En effet, à la fin du morceau, chaque instrument joue l’accord final dans une tonalité différente, peut-être pour se moquer des instruments à cordes désaccordés (puisque seuls les cors demeurent dans la tonalité du morceau, Fa majeur). Les basses concluent le morceau en si bémol majeur, les altos en mi bémol majeur et les deux parties de violons en la majeur et sol majeur !!

Il est un autre morceau de Mozart, le plus célèbre peut-être, la sérénade Köchel 525, plus connue comme la Petite musique de nuit que le chef Armin Jordan, grand mozartien s’il en fut, trouvait indigne du génie de Mozart. Il trouvait les thèmes d’une banalité insigne, il refusait d’ailleurs de la diriger et ne comprenait pas la célébrité qu’elle avait acquise.

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Haydn

Chez l’aîné de Mozart, Joseph Haydn (1732-1809) l’humour, la surprise, sont des éléments inhérents à son mode de composition. Les pianistes savent ce que je veux dire, dans quasiment toutes les sonates. Dans les symphonies, c’est patent.

Le finale de la symphonie n°45 (1772) est peut-être la première expression du syndicalisme en musique ! Pour faire comprendre au prince Nicolas Esterhazy qui l’emploie et qui semble prolonger plus que de mesure son séjour estival dans son palais de Fertödque les musiciens de la Cour (et Haydn lui-même) aimeraient bien regagner leurs foyers à Eisenstadtle compositeur, dans le dernier mouvement de sa symphonie, met en scène le départ des musiciens l’un après l’autre, jusqu’à ce que restent plus que deux violons… Daniel Barenboim s’était bien amusé, lors du concert de Nouvel an du 1er janvier 2009, à reproduire la scène…

Deux autres symphonies célèbres de Haydn comportent des éléments de surprise… qui ont atteint leur but si l’on en croit les critiques de l’époque.

J’ai déjà évoqué la symphonie n°94 – intitulée « la Surprise » – et son mouvement lent dans mon billet consacré à Hoffnung. Haydn introduit, quelques minutes après l’énoncé du thème calme et tranquille de ce mouvement, un coup de timbales qui ne peut que réveiller l’auditoire.

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version « normale » avec le regretté Mariss Jansons dirigeant l’orchestre philharmonique de Berlin le 1er mai 2001 à Istanbul.

La symphonie n°103 s’ouvre de manière totalement inédite.. par un roulement de timbales.

Harnoncourt va jusqu’à laisser libre cours au timbalier de l’orchestre phiharmonique de Vienne pour improviser un long solo en ouverture.

Dans la moins connue symphonie n°60 (1775), qui reprend la musique de scène que Haydn avait écrite pour la pièce Le Distrait de Jean-François Regnard, le dernier mouvement prestissimo est brusquement interrompu par le grincement de violons désaccordés.

J’ai consacré tout un billet à Beethoven (La musique pour rire : Beethoven).

Leroy Anderson

J’ai déjà évoqué ce compositeur américain, Leroy Anderson (1908-1975), le maître d’une spécialité qui compte de nombreux et talentueux adeptes outre-Atlantique (lire Carmen à Hollywoodla musique orchestrale dite « légère ». En particulier à l’occasion du décès de l’acteur Jerry Lewis il y a bientôt trois ans : Leroy & Jerry

Cette scène est sans doute la seule qui est restée dans les mémoires d’un film de 1963 (Who’s minding the store / Un chef de rayon explosif) dont le scénario n’est pas inoubliable !

Avec un savoir-faire exceptionnel, Leroy Anderson met en valeur la virtuosité de ses interprètes, pastiche aimablement ses aînés. Il fera longtemps le bonheur des Boston Pops… et le nôtre !

La meilleure compilation Leroy Anderson / Boston Pops / Arthur Fiedler :

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Lettre à mes amis et aux autres

#Confinement Jour 30

Nous avons entamé hier, en France, notre cinquième semaine de confinement, après avoir écouté l’allocution du président de la République lundi soir.

Le moment venu, je dirai (ou pas) ce que j’ai sur le coeur, mes doutes et mes espoirs, mais j’ai résolu de ne participer à aucun débat, aucune polémique sur rien ni personne durant cette crise inédite.

Les médias, les réseaux sociaux en débordent, comme si nous n’avions pas assez à faire de nous débrouiller de nos vies confinées.

La responsabilité

Chacun sait, de ceux qui me font l’amitié de me suivre, que j’ai la responsabilité d’un beau et grand festival de musique.

Permettez que je prenne ce soir le temps de la confidence.

De toutes parts, je suis assailli de questions, de conseils (?), de réflexions, de pressions m’incitant à annoncer sur-le-champ l’annulation, le report, la re-programmation de « mon » festival. Démarches qui n’ont rien d’illégitime, quand elles viennent de journalistes qui doivent informer, de responsables locaux qui veulent assumer leurs responsabilités, plus contestables quand elles expriment le tout-venant de la pensée schématique, et le flux ininterrompu des tenants du « y a qu’à » « faut qu’on »…

Parce qu’Olivier Py a annoncé lundi soir l’annulation du festival d’Avignon, il eût fallu que je réagisse dans la foulée, que je m’inscrive immédiatement dans la cohorte des réactions à cette décision, un silence de ma part ne pouvant être interprété que négativement. J’ai écrit ceci sur la page Facebook du Festival Radio France :

Chers amis,
Nous espérons que vous vous portez bien.
A la suite de l’allocution du président de la République, et dans l’attente des décisions gouvernementales à venir, nous étudions plusieurs scénarios quant à l’édition 2020 du Festival, en lien avec nos partenaires, les pouvoirs publics et les artistes invités. Votre sécurité, le respect des consignes sanitaires, sont notre première préoccupation.
Pour le moment nous suspendons les ventes de billets.
Si vous avez déjà acheté des places, vos billets seraient automatiquement remboursés en cas d’annulation du ou des concerts.
Nous restons à votre écoute et comptons sur vous et votre fidélité.
Prenez soin de vous,

Ce n’est en rien une manoeuvre dilatoire, encore moins une incapacité à décider ou à choisir.

Le Figaro a repris mes propos, et j’en sais gré au journaliste de les avoir rapportés avec les nuances qu’ils contenaient :

Festival Radio France Occitanie Montpellier

Maintenu – Du 10 au 30 juillet

Créée en 1985 à l’initiative de Georges Frêche et du président de l’époque de Radio France (Jean-Noël Jeanneney), la manifstation ‘est imposée comme le premier grand rendez-vous de la musique classique en juillet dans le Sud de la France (hors lyrique). Berceau de nombreuses redécouvertes, accueillant plus de 100 000 spectateurs pour quelques 150 évènements (dont plusieurs en dehors de Montpellier), le festival dédié cette année aux musiques en Méditerranée aurait dû débuter le 10 juillet en région. Le premier concert prévu à Montpellier a lieu le 15 juillet.

Jean-Pierre Rousseau, directeur . « Pour le moment, notre ligne n’a pas changé : le festival aura lieu tant qu’il pourra avoir lieu. Il serait présomptueux pour moi de faire des plans sur la comète comme si j’en savais plus que le Président de la République lui-même, alors qu’il nous reste trois mois avant le début du festival. Pour les quelques dates que nous avions en région avant le 14 juillet, j’étudie en ce moment la possibilité de reports. La situation du festival Radio France Occitanie Montpellier est très différente de celle d’Avignon ou des Nuits de Fourvière. La majorité de nos concerts importants dans Montpellier a lieu au Corum, nous n’avons pas de contrainte de montage technique spécifique, et je serais techniquement en capacité d’annuler même une semaine avant. Pour autant, la date fixée par le président de la mi-juillet nous laisse avec beaucoup d’incertitudes. Nous n’avons pas cette année d’artistes ou d’orchestres extra-européens mais des orchestres qui viennent d’Italie ou d’Espagne, et nous ignorons s’ils seront en capacité de circuler. Nous ne savons rien des possibles conditions d’accueil du public. Un maintien avec des réductions de jauges est naturellement envisageable à condition qu’elles ne soient pas complètement rabougries. Nous allons aussi nous concerter avec les Chorégies d’Orange et le festival de La Roque d’Anthéron, dont nous sommes proches. J’étudie absolument tous les scénarios possibles afin de les soumettre dans les quinze jours à venir à nos partenaires et cofinanceurs… Même celui d’un maintien symbolique avec quelques dates en huis-clos, sans public, filmées pour la télévision et retransmises à la radio. Une chose est sûre : nous ne prendrons aucune décision hâtive. Même s’il me semble que la date du 30 avril est une échéance raisonnable pour retenir l’un ou l’autre de ces scénarios. » (Le Figaro : festivals annulés ou maintenus)

Peut-on croire qu’on décide d’une sort d’une manifestation qui prévoit 165 événements, dans 60 communes différentes de la deuxième région de France en superficie (l’Occitanie), en 80 lieux de concerts différents, sur un coup de tête ou pour aller dans le sens du vent médiatique ?

Comme je l’écrivais il y a quatre semaines (Confinement) je m’efforce au sang-froid, à l’analyse rationnelle des événements.

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Mes amis musiciens

Il n’est pas un jour, une heure, où je ne pense à mes amis musiciens, et au-delà d’eux à tous ceux qui font métier d’artiste.

Je me suis toujours demandé, depuis que j’ai la chance de travailler avec vous, pour vous, comment vous faisiez pour supporter l’incertitude, l’insécurité, qui est votre lot commun.   Votre carrière, vos engagements, vos ressources, votre vie en somme, dépendent de tellement de facteurs que vous ne maîtrisez pas.

Aujourd’hui, et depuis plusieurs semaines, qui que vous soyez, célèbre ou débutant, riche ou pauvre, vous êtes doublement confinés, vous voyez s’annuler tous les projets, tous les engagements qui formaient votre horizon.

Et vous lisez sur les réseaux sociaux les pires nouvelles, colportées comme vérités d’évidence… Comme s’il fallait rajouter du désespoir à la morosité ambiante.

Oui c’est à vous, amis musiciens, que je pense en premier lorsque je dois prendre, lorsque je devrai prendre des décisions quant à la réalisation du festival que je dirige. Pourquoi baisser les bras avant même qu’on y soit, peut-être, contraint ? Pourquoi ne pas imaginer d’autres solutions que le tout ou rien ? Il y a tant de manières de vivre, de faire vivre la musique. Ce ne sont pas les idées qui nous manquent. Nous ne renoncerons jamais à explorer toutes les pistes, et à vous permettre de nous réenchanter.

C’est la promesse que je vous fais.

IMG_9817Là où il y a une volonté, il y a un chemin (William Hazlitt)

 

 

 

 

 

 

La musique pour rire (V) : Happy Birthday

C’est sans doute la mélodie, la chanson, la plus célèbre au monde.

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Elle vient de Good Morning to All, une chanson enfantine écrite et composée en 1893 par deux sœurs américaines, Patty et Mildred Hill, à l’époque institutrices dans une école de Louisville (Kentucky). La première attestation écrite de l’association entre la mélodie et les paroles de Happy birthday to you date de 1912, mais ne crédite pas les auteures. Une division de Warner/Chappell Music Inc. dépose une demande de protection juridique de la chanson en 1935 au nom de Preston Were Orem et Ron Forman, histoire de générer de fructueux droits d’auteur (jusqu’à atteindre 2 millions de dollars par an !). Jusqu’à ce qu’un juge fédéral (dans l’affaire Rupa Marya/Warner Chappell Music), le 22 septembre 2015, décide que la chanson faisait partie du domaine public… depuis 1921 !

Ce qui n’a pas empêché maints arrangements (et maints arrangeurs !), le plus célèbre étant celui de Stevie Wonder en 1981.

Ci-dessous quelques exemples, réussis, de variations sur le célébrissime thème.

J’ignore à quelle occasion Rostropovitch dirigea cet « arrangement » dû à John Williams, mais à voir Seiji Ozawa assis sur le tabouret du violoncelliste, on peut supposer que ce fut en 1995, à Tanglewood (l’académie d’été du Boston Symphony), pour célébrer les anniversaires de Seiji Ozawa (1935) , Itzhak Perlman (1950), Leon Fleisher et Yo Yo Ma, tous des habitués du lieu et du festival !

L’arrangement du chef russe Misha Rachlevsky est tout aussi surprenant.

J’ai trouvé quelques sympathiques manifestations de « joyeux anniversaire », les plus émouvantes étant celles qui nous permettent de retrouver le très regretté Mariss Jansons

On admire le travail de l’arrangeur de ce Happy Birthday qui surprend Roger Norrington au moment où celui qui en fut le directeur musical de 1998 à 2011 commence à répéter l’Héroique de Beethoven avec l’orchestre du Südwestrundfunk de Stuttgart

Ici David Robertson surpris par les musiciens du New York Philharmonic (avec la complicité du violoniste Gil Shaham)

Lorsque Simon Rattle fête ses 50 ans (en 2005), il ne peut s’empêcher d’aller tâter de la grosse caisse à la fin du concert estival de la Waldbühnelorsque l’orchestre philharmonique de Berlin entame le bis que les milliers de spectateurs berlinois attendent : Berliner Luft du compositeur Paul Lincke

Lorsque Gustavo Dudamel commence à répéter la Cinquième symphonie de Mahler, c’est l’orchestre qui fait une ovation à son cor solo

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On admirera autant la prestation, la virtuosité que la tenue du pianiste français Cyprien Katsaris qui nous régale d’extraordinaires variations sur « Happy Birthday » à l’intention de Yehudi Menuhin (pour ses 80 ans ?)

On ne sera pas surpris de retrouver Victor Borge (lire La musique pour rire : Victor Borgedans une improvisation assez délirante

La pianiste américaine Nicole Pesce ne manque pas non plus d’imagination…

Enfin Happy birthday to… Stevie Wonder (70 ans le 13 mai prochain !)

Et puis comment oublier la torride apparition de Marilyn Monroe au gala d’anniversaire du président Kennedy le 19 mai 1962 ?

Une Academy sexagénaire

#Confinement jour 24.

Il y a des joies plus précieuses encore en temps de confinement. Lorsque la poste vous délivre un paquet commandé bien avant la crise sanitaire, qu’on n’espérait plus recevoir,   on se retrouve comme un gamin au pied du sapin de Noël.

En ouvrant le carton, je me suis cru, quelques secondes, revenu à Londres chez Fortnum and Mason au milieu des rayons de thé qui occupent une grande partie du rez-de-chaussée de la célèbre enseigne.

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En réalité, c’est bien à Londres que me ramène le coffret que j’ai reçu, à quelques centaines de mètres de Piccadilly.

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Je ne sais pas qui a dessiné ce gros coffret – qui célèbre le soixantième anniversaire de l’Academy of Saint-Martin-in-the-Fields – mais il doit avoir ses habitudes chez Fortnum !

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Les touristes qui se pressent sur l’immense place qu’est Trafalgar Square prêtent en général peu attention à l’élégante église qui la jouxte, Saint Martin in the Fieldsdédiée à Saint Martin de Tours, construite en 1721.

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C’est dans cette église que le jeune chef d’attaque des seconds violons du London Symphony, Neville Marriner (1924-2016), forme un orchestre de chambre qui donne son premier concert le 13 novembre 1959. L’Academy of Saint Martin in the Fields était née.

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer cet orchestre exceptionnel à plus d’un titre, qui sous la direction de ses chefs successifs, Neville Marriner bien sûr, et après lui Iona Brown(1941-2004), Murray Perahia, et aujourd’hui Joshua Bellest demeuré au sommet. Je l’ai fait notamment au moment du décès de son fondateur : Sir Neville.

Decca avait déjà publié plusieurs coffrets, à l’occasion des 90 ans du chef, pour le cinquantenaire de l’Academy. 

Ce nouveau coffret de 60 CD (!) est pourtant loin de récapituler l’extraordinaire discographie de l’une des formations qui n’est pas loin de détenir (avec son fondateur) un record d’enregistrements. Il dresse en tout cas un panorama assez fabuleux d’une histoire de l’interprétation musicale durant la seconde moitié du XXème siècle. Par bien des aspects, Neville Marriner et son Academy ont été pionniers dans la redécouverte de nombre de répertoires, de l’époque baroque en premier lieu, même si d’autres, après eux, sont allés plus loin en recourant à un instrumentarium « historiquement informé ».

Ainsi, la version des Quatre saisons de Vivaldi enregistrée en septembre 1969 avec le lumineux violon d’Alan Loveday, le subtil continuo au clavecin ou à l’orgue de Simon Preston, reste pour moi une référence qui n’a pas pris une ride.

Mille autres merveilles sont à découvrir dans ce coffret so british ! Les minutages sont de surcroît très généreux

Tous les détails ici : Bestofclassic : ASMIF 60

La musique pour rire (IV) : Victor Borge

Je l’évoquais dans un précédent billet (La musique pour rire : Beethoven: Victor Borge (1909-2000).

Børge Rosenbaum naît le 3 janvier 1909 à Copenhague, son père est altiste dans l’orchestre royal du Danemark, sa mère est pianiste. Le petit Børge donne son premier récital de piano à 8 ans, il se forme notamment auprès de Frederic Lamond, un élève de Liszt, et d’Egon Petri. 

Sorti de l’Académie royale de musique du Danemark, il entame dès 1926 une carrière de pianiste virtuose, il épouse en 1933 une Américaine, Elsie Chilton, et inaugure la même année un type de stand up musical qui fera sa célébrité d’abord aux Etats-Unis, où il est contraint d’émigrer, après s’être réfugié en Finlande. Le 9 avril 1940, lorsque la Wehrmacht envahit le Danemark, il est en tournée de concerts en Suède, il s’échappe en Finlande, parvient à embarquer sur l’American Legion et débarque à New York le 28 août avec 20 dollars en poche.

Il prend le nom de Victor Borge, apprend l’anglais en quelques mois, adapte ses sketches pour la radio où son humour dévastateur, ses exagérations lexicales, l’auto-dérision dont il fait preuve dans l’exécution (dans la double acception du mot) des « tubes » du répertoire pianistique, deviennent très vite un must. Il s’amuse de tout, jouissant d’une popularité qui ne faiblira pas jusqu’à son grand âge.

(Un extrait du gala que le Danemark offrit à l’enfant du pays pour ses 80 ans)

Passionnant documentaire que celui-ci, qui retrace une carrière qui n’a pas eu d’équivalent en Europe.

 

La musique pour rire (III) : Dudley Moore

#Confinement Jour 17.

Dans mon précédent billet La Musique pour rire : Beethoven, j’évoquais un personnage « multi-cartes » comme seule la Grande-Bretagne semble capable d’en produire : Dudley Moore

Peter_Cook_Dudley_Moore_Good_Evening_1974Peter Cook et Dudley Moore

Dudley Stuart John Moore naît le à Londres. Il n’a pas une enfance facile en raison de sa petite taille (1,58 m adulte) et d’une infirmité, un pied bot, qui l’oblige à des soins nombreux et répétés. Il trouve refuge très tôt dans la musique. Il apprend le piano et le violon dès six ans, et à quatorze ans, il accompagne cérémonies et mariages aux grandes orgues.

Il obtient alors une bourse pour poursuivre ses études musicales à Magdalen College (l’un des plus prestigieux collèges de l’université d’Oxford), où il remporte un premier prix d’orgue. C’est également à cette époque que débute sa carrière d’acteur. Alan Bennett qui jouait à ses côtés à l’occasion d’un spectacle de fin d’année le présenta au producteur de Beyond the Fringe. Cette comédie, où Moore, Peter Cook, Jonathan Miller et Alan Bennett se donnent la réplique, et dont le succès se répand jusqu’aux États-Unis, inaugure l’ère des émissions satiriques à la télévision.

Durant ses années d’université, Moore se prend également de passion pour le jazz et devient très vite un compositeur-interprète accompli. Dant les années 1960, il monte un trio  ‘The Dudley Moore Trio‘, avec Chris Karan aux percussions, Pete McGurk à la contrebasse, et plus tard Peter Morgan. Il s’inspire principalement d’Oscar Peterson et d’Errol Garner.

Le trio se produit régulièrement à la télévision britannique et devient la coqueluche du cabaret de Peter Cook, The Establishment.

Moore compose, entre autres, la musique des films Fantasmes (Bedazzled de Stanley Donen, sorti en 1967), L’escalier (Staircase) de Stanley Donen), et Six Weeks (de Tony Bill).

À la fin des années 1970, Moore est invité à Hollywood, où il joue en 1978 dans Drôle d’embrouille (Foul Play) avec Goldie Hawn et Chevy Chase puis dans Elle de Blake Edwards, dans Sacré Moïse ! (Wholly Moses!). Il enchaîne avec Arthur, aux côtés de Liza Minelli, John Gielgud et Geraldine Fitzgerald.

En 1981, Moore est nommé pour l’Oscar du meilleur acteur, mais Henry Fonda lui souffle la distinction pour le film La Maison du lac (On Golden Pond, de Mark Rydell). En revanche, il remporte le Golden Globe du meilleur acteur de comédie musicale. En 1984, Moore connaît encore un succès retentissant dans Micki et Maude de Blake Edwards, avec Amy Irving. Ce qui lui vaut encore le Golden Globe du meilleur acteur de comédie musicale.

Le pédagogue

En 1991, Moore collabore à des séries télévisées de vulgarisation de musique classique, d’abord avec Georg Solti, dans Orchestra, puis avec Michael Tilson Thomas dans Concerto!.

Il incarne également le rôle de Ko-Ko dans The Mikado de Gilbert et Sullivan, en . Il doit ensuite réduire son activité, atteint par une paralysie supra-nuéclaire progressiveIl meurt le 27 mars 2002 dans le New Jersey.

Beethoven et Britten

Acteur, compositeur, musicien de jazz, formidable pianiste, Dudley Moore avait ce talent singulier de pouvoir parodier avec génie ses illustres prédécesseurs (Beethoven) ou contemporains.

On ne se lasse pas de ses variations ô combien beethovéniennes sur la marche Colonel Bogey (reprise dans Le Pont de la rivière Kwai) :

Fauré et Schubert revus par Dudley Moore, ça donne ceci :

Mais sa réussite la plus extraordinaire reste pour moi l’imitation qu’il fait à la perfection non seulement de la musique de Benjamin Brittenmais aussi du style, du timbre même de la voix du compagnon de Britten, le ténor Peter Pears

Je ne résiste pas au plaisir de comparer le modèle – sublime – et la parodie.

Enfin, comment résister aux charmes de cette Shéhérazade si jazzy ?

La musique pour rire (II) : Beethoven

#Confinement jour 14.

Comme promis (La musique pour rire (I) : Hoffnung), deuxième épisode d’une série dédiée à l’humour en musique. En héros le célébré de l’année, Beethoven.

Précisément, pour les premiers concerts Hoffnungle compositeur britannique Malcolm Arnold avait écrit une ouverture Leonore 4, qui fait évidemment allusion aux versions successives de l’unique opéra de Beethoven, Fidelio. Un ouvrage qui a donné du fil à retordre au compositeur !

Beethoven s’inspire d’une pièce du Révolutionnaire français Jean-Nicolas Bouilly Leonore ou l’amour conjugal qui part d’un épisode de la Terreur : une femme travestie en homme s’était fait engager comme geôlier pour libérer son mari emprisonné à la prison de Tours. La première version de Leonore est créée le 20 novembre 1805 au Theater an der Wien, après un piètre accueil Beethoven remanie son opéra, une deuxième version en est donnée le 23 mars 1806, mais après la deuxième représentation, le compositeur se brouille avec le directeur du théâtre et retire   son ouvrage de l’affiche ! Ce n’est qu’en 1814 que l’opéra revient dans sa version définitive sous son nouveau titre Fidelio, avec un livret remanié par Friedrich Treitschke.

Pour ces trois versions de son opéra, Beethoven aura écrit… quatre ouvertures. Le premier essai, Leonore I, ne sera publié qu’en 1807, le deuxième, Leonore II, est joué lors de la création en 1805, le troisième, Leonore III, lors de la reprise de 1806, et enfin en 1814 l’ouverture de Fidelio.

L’ouverture Leonore 4 de Malcolm Arnold caricature très habilement le grand Beethoven !

J’aimais beaucoup l’acteur et humoriste Bernard Haller (1933-2009). Il est resté dans beaucoup de mémoires par cet inénarrable sketch du pianiste qui joue le premier mouvement de la célèbre sonate n°14 dite « au clair de lune » de Beethoven.

Mais c’est de nouveau du côté des Anglo-Saxons qu’on trouve les parodistes les plus inspirés, comme le formidable Dudley Moore (1935-2002). On reviendra sur ce personnage surdoué..

Autre personnalité qui fit l’essentiel de sa carrière aux Etats-Unis, Børge Rosenbaum né à Copenhague en 1909, devenu Victor Borge après son émigration du Danemark en 1940. Comme Dudley Moore, il mérite un billet à lui seul.

Autre phénoménal touche-à-tout, le natif de New York Danny Kaye (1911-1987), qui est souvent apparu notamment dans les Young People Concerts de Leonard Bernstein, dirige ici, très sérieusement, le New York Philharmonic dans la 8ème symphonie de Beethoven.

Comment oublier cette délicieuse Pince à Linge – texte de Pierre Dac et Francis Blanche – musique de Beethoven (!) – chantée par les Quatre Barbus un quatuor vocal aujourd’hui oublié, mais qui a connu ses heures de gloire dans les années 50/60.

L’humour sur le dos de Beethoven n’est pas l’apanage des artistes du passé. On ne compte pas les arrangements auxquels se sont livrés tant de musiciens, d’ensembles d’aujourd’hui….

Conclusion (provisoire) sur Beethoven et l’humour, cette pièce de Beethoven lui-même, ce Rondo capriccio titré Colère pour un sou perduoù le compositeur semble s’auto-caricaturer.

Requiem polonais

On annonce ce matin la mort du compositeur polonais Krzysztof Penderecki né le 23 novembre 1933 à Dębica.

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Un souvenir direct de l’homme et de l’oeuvre qui lui a assuré une renommée internationale : la première suisse, au Victoria Hall de Genève, en 1993, de son Requiem polonais.

Penderecki dirigeait lui-même les forces instrumentales et chorales d’une oeuvre monumentale née dans les premières révoltes de Solidarność

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Les spécialistes diront mieux que moi l’importance de la figure de Penderecki dans la musique du XXème siècle. Le Polonais s’est toujours tenu à l’écart des écoles et des dogmes, même s’il a suivi un parcours finalement assez classique : anti-conformiste, voire extrême, dans sa jeunesse, devenu quasiment « officiel » une fois la reconnaissance internationale venue, pour finir comme un monument historique.

Le critique musical Renaud Machart en dresse un juste portrait ce matin sur Twitter :

Mort du compositeur polonais Krzysztof Penderecki, 86 ans, dont la musique a largement dépassé le cadre de la musique contemporaine savante. Son opéra Les Diables de Loudun (1968) et celui de Bernd Alois Zimmermann, Die Soldaten (1965), étaient les deux références hérissées et hérissantes de l’avant-garde des années soixante. Sa musique aura beaucoup été utilisée au cinéma, notamment par Friedkin (L’Exorciste) et Kubrick (Shining)…Le goût de #Penderecki pour le monumental frelaté me fâchait souvent, comme dans ce papier après un concert à New York, en 1998 :

« Durant les années 60 et 70, Penderecki était connu pour son écriture d’avant-garde extrêmement agressive, caractérisée par l’usage de masses sonores en forme de clusters. Agé de soixante-cinq ans, il a considérablement arrondi sa manière, reste, certes, un adepte du genre noble et glorieux, des machines à grand spectacle, mais pratique une écriture consensuellement atonalo-modalo-tonale.

Les Sept Portes de Jérusalem, oeuvre commandée par la ville de Jérusalem pour sa célébration « Jérusalem-3000 ans », furent créées en janvier 1997 par Lorin Maazel. Kurt Masur reprend l’ouvrage à la tête de l’Orchestre philharmonique de New York. Il dirige Les Sept Portes fermement et assez rudement. Les trois choeurs répartis en face de lui et sur les balcons des deux côtés de la salle, l’orchestre principal et les formations instrumentales satellisées répondent précisément à sa battue.

De toute évidence, il connaît la partition (d’une durée d’une heure environ). Elle s’offre d’ailleurs à la compréhension du premier venu tant ses ficelles sont grosses : pédales harmoniques, jeux de chromatisme, effets rythmiques (solos de basses d’archet, déflagrations spatialisées de percussions), emphases référentielles (un solo de trombone qui semble rappeler celui du plus célèbre des requiem, ponctuant un long et pompeux récit parlé en hébreu). Le larcin est copieux : souvenirs des Carmina Burana de Carl Orff mâtinés de lambeaux de Stravinsky volés dans la Symphonie de psaumes ou dans OEdipus Rex, un soupçon du Poulenc du Gloria, un peu d’Arvo Pärt planant et néo-médiéval, deux ou trois ensembles de solistes dans le genre du Requiem de Verdi ou de la Missa solemnis de Beethoven, etc.

On peut qualifier cela d’« oeuvre de synthèse », si l’on n’a rien contre la musique de seconde zone pour films dans le goût péplum. Pour notre part, l’air conditionné de l’Avery Fisher Hall n’a pas suffi à masquer la redoutable odeur de renfermé de ce que nous pouvons, au mieux, considérer comme un salmis musical oecuménique et fin de siècle. (Renaud Machart Le Monde23 juillet 1998)

Je voudrais conseiller à ceux qui ne sont pas familiers de l’oeuvre du compositeur disparu – ou qui n’ont suivi que de loin son évolution artistique (ce qui est mon cas), ce double CD qui donne un bon aperçu de ses premières étapes créatrices.

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Clin d’oeil à l’ami Emmanuel Pahud qui a enregistré le concerto pour flûte (1992) de Penderecki dans ce disque tout récemment paru.

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La musique pour rire (I) : Hoffnung

#Confinement jour 10.

J’ai longtemps rêvé – et je rêve encore – de monter un concert comme les Britanniques adorent les organiser, y compris dans le cadre prestigieux des Prom’s : humour, dérision, grands classiques « revisités ».. comme ceci par exemple :

Une seule fois, il y a bien longtemps en Suisse, à Fribourg ou Lausanne, je me rappelle avoir assisté à un concert un peu fou, à l’initiative de l’organiste Guy Bovet.

Mais c’est grâce à un personnage singulier, un surdoué mort à 34 ans, dont le patronyme est tout un programme à l’heure du confinement, Gérard Hoffnung (Hoffnung = espoir) ,que j’ai découvert comment rire en musique.

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Un surdoué 

C’est à Berlin que Gerard Hoffnung naît le 25 septembre 1925,  il fuit l’Allemagne avec ses parents en 1939 pour Londres. Il y suit les cours de la Highgate School pendant que son père part s’occuper d’affaires bancaires en Palestine (cette séparation temporaire deviendra finalement définitive du fait de la Seconde Guerre mondiale). Non mobilisable en raison de ses origines germaniques, il est employé dans une laiterie avant de devenir professeur de dessin à la Stamford School en 1945. Il commence à publier des caricatures dans différents journaux et écrit des chroniques radiophoniques pour l’émission dominicale, One Minute Please. En 1952, il épouse Annetta Bennett, qui veillera à la promotion de l’œuvre de son époux après sa mort prématurée.

Hoffnung meurt en effet d’une hémorragie cérébrale en 1959 à 34 ans, après avoir occupé ses jeunes années à une quantité considérable d’activités, caricaturiste, tubiste, impresario, producteur de radio et conférencier, notamment pour les Oxford et Cambridge Union Societies.

 

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Il est l’auteur d’une série de recueils de dessins humoristiques se moquant gentiment des chefs d’orchestres et des instrumentistes. Certains d’entre eux ont été adaptés en 1965 par les studios Halas et Batchelor sous la forme d’un court métrage d’animation intitulé The Hoffnung Symphony Orchestra1.

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Les concerts Hoffnung

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Il organise au Royal Festival Hall  de Londres, en 1956 et 1958, des concerts vraiment décalés auxquels participent des musiciens éminemment « sérieux ».

Parmi les œuvres composées spécialement pour l’occasion, on trouve la Grande, Grande ouverture, op. 57, de Malcolm Arnold pour 3 aspirateurs, 1 machine à cirer, 4 fusils et orchestre, dédiée au président américain Herbert Hoover (Hoover étant aussi une célèbre marque d’aspirateurs !), le Concerto popolare (voir ci-dessus) du compositeur Franz Reizenstein (comme Hoffnung né en Allemagne en 1911, mort à Londres en 1968) « un concerto pour piano pour en finir avec tous les concertos pour piano » 

Il apprend à jouer du tuba, suffisamment bien pour jouer en concert le Concerto pour tuba de Vaughan Williams mais aussi pour devenir membre (et bouffon) de l’orchestre du Morley College, un ensemble amateur londonien fort respecté.

Depuis un demi-siècle, son concept de concert a été perpétué par sa veuve Annetta et ses collaborateurs.

J’avoue ne plus pouvoir écouter tranquillement le deuxième mouvement de la Symphonie n°94 de Haydn depuis que j’ai entendu le (mauvais) traitement qu’Hoffnung lui a réservé !

Conseil d’écoute : ce double CD

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