Leonard Bernstein, né le 25 août 1918, mort le 14 octobre 1990, a laissé une abondante discographie d’abord pour l’essentiel avec le New York Philharmonic pour CBS/Sony puis avec les Wiener Philharmoniker et d’autres grands orchestres européens, Israël et Los Angeles pour Deutsche Grammophon. Réenregistrant souvent les mêmes répertoires (intégrales des symphonies de Beethoven, Brahms, Schumann, Mahler).
L’une des raretés de cet héritage est l’unique disque enregistré par Bernstein avec l’orchestre symphonique de la BBC et consacré à Elgar. Une version très personnelle, presque mahlerienne des Variations Enigma.
Il n’y a que Bernstein pour tenir un tempo aussi lent dans Nimrod. Il n’y a que lui aussi pour assumer le kitsch de la marche des empereurs moghols (The Crown of India) qui clôt le disque !
Comme tous les clichés, ceux qui concernent les chefs d’orchestre ont la vie dure.
Un chef russe est supposé exceller dans la musique russe ! Mais pas au-delà !
Dans le cas d’Evgueni Alexandrovitch Mravinski, né à Saint-Petersbourg deux cents ans après la fondation de la ville par Pierre le Grand en 1703, mort dans la même ville – qui s’appelait alors Leningrad – le 19 janvier 1988, le cliché vaut toujours.
L’austère et légendaire patron de l’orchestre philharmonique de Leningrad durant 50 ans est considéré comme une référence incontestée dans Tchaikovski et Chostakovitch.
Il est, en revanche, beaucoup moins cité comme un interprète d’élection de Mozart, Brahms ou Beethoven.
Warner vient de rééditer en numérique cinq symphonies de Beethoven captées en concert dans les années 70 et 80.
Preuve s’il en était besoin que le génie d’un chef n’a pas de frontières !
Que voici une réjouissante nouvelle au cœur de l’été !
Josephine Baker entre au Panthéon le 30 novembre prochain.
Je ne suis d’ordinaire pas sensible à ce genre d’initiative, a fortiori à ce genre de cérémonie.
Mais j’ai aimé ce qui a été fait pour Simone et Antoine Veil.
Je sais que je regarderai ce qui se passera le 30 novembre pour Joséphine Baker.
Parce que j’aime cette femme depuis longtemps. Je me rappelle, jeune adolescent, les reportages à la télévision sur les Milandes, ce château que Joséphine avait acheté pour les enfants qu’elle avait adoptés. Elle ne pouvait plus payer, dépassée par sa générosité !
Dans ses souvenirs Line Renaud raconte la dernière nuit de Josephine Baker, après un dernier triomphe à Bobino.
Mais d’abord et surtout Joséphine Baker c’est une voix, noire certes, américaine d’origine certes, mais surtout unique, inimitable. Ne surtout pas s’arrêter aux deux ou trois chansons qui ont fait sa réputation. Même si on ne se lasse pas de les réécouter.
J’ai une tendresse particulière pour ce disque déniché chez Tower Records à New York du temps où ces fabuleux magasins existaient encore…
Étrangement, l’encore très actif chef suisse Charles Dutoit, 85 ans le 7 octobre prochain, n’a jamais été considéré à sa juste mesure par une partie de la critique européenne.
Comme si le fait d’avoir fait du modeste Orchestre symphonique de Montréal une phalange de niveau international, comme si le fait d’avoir construit une impressionnante discographie (chez Decca) s’inscrivant dans la filiation de son illustre aîné Ernest Ansermet, étaient somme toute qualités négligeables.
J’y reviendrai plus longuement.
Pour cette série d’été, dans les curiosités de la discographie de Charles Dutoit, il y aurait bien des choses à relever, à commencer par de somptueux Rachmaninov, ou, dans la légèreté, de brillantes ouvertures de Suppé. Mais dans le coffret que Decca a consacré au chef vaudois il y a quelques années – Charles Dutoit, The Montréal Years – il y a ce disque tout entier consacré à Mikis Theodorakis (96 ans!) et à son ballet écrit sur les thèmes du film Zorba.
J’ai retrouvé, il y a quelques semaines, des cahiers que je croyais disparus, où je consignais chaque été mes souvenirs de vacances. L’habitude m’en vint dès mes 9 ou 10 ans, je confectionnais une sorte de journal de bord, avec au minimum une carte postale ou une photo prise avec le premier appareil – un Kodak Instamatic 50 – que je reçus, je pense, à l’occasion de ma communion solennelle !
J’ai continué, au fil des ans, de noircir cahiers de vacances et plus tard journaux pas nécessairement intimes. J’aimais écrire, le geste d’écrire, si possible au stylo à encre. Je m’attardais à des détails, des descriptions, des impressions. En relisant tout cela bien des années plus tard, j’ai le sentiment de retrouver intacts, précis, les souvenirs des jours heureux.
Lorsque j’ai commencé à « bloguer », au début de l’année 2007, j’avais repris le cours de ces confessions – qui n’en étaient pas vraiment – non pour les étaler, m’en faire valoir, simplement pour fixer ce qu’une mémoire volatile risquait d’oublier. Et j’aimais développer, argumenter.
Paresse, résignation ? Je n’ai plus aujourd’hui la patience, ni même l’envie, de prendre part aux polémiques ambiantes, d’étayer un point de vue, dont personne n’aurait grand chose à faire d’ailleurs. Pourtant ce blog est public, et je sais qu’il est lu – beaucoup ont la gentillesse de me dire qu’ils le lisent, le suivent, avec un certain intérêt. Ils ne m’en voudront pas d’être plus elliptique, moins descriptif que naguère. Une belle photo, une vidéo peu connue, voilà qui fait souvent l’affaire… Pour le reste, Internet délivre tous les savoirs, assouvit toutes les curiosités !
L’Amazonie équatorienne
Me voici donc en Amazonie équatorienne, et la plume démunie pour traduire le bonheur grandiose qui s’empare de celui qui pénètre ce sanctuaire d’une nature inviolée.
C’est d’abord une longue route de Quito (Tout l’or du monde) à Puerto Francisco de Orellana. Notre voyagiste nous avait d’abord annoncé un transfert en petit avion, mais la ligne ne fonctionne plus que certains jours, et constitue en soi une aberration écologique pour qui veut visiter et honorer l’Amazonie.
Les touristes sont rares, sur la pirogue à moteur qui va nous conduire, deux heures durant, sur le fleuve Napo, jusqu’à un petit débarcadère, nous ne serons que deux, entourés par des membres du staff du lodge qui va nous accueillir pour trois belles journées au milieu de nulle part. Après la pirogue, une bonne vingtaine de minutes de marche en forêt jusqu’à une nouvelle embarcation cette fois menée à la pagaie.
L’immensité du silence seulement troublé par le vol de quelques aras bavards, le bateau qui avance sur une eau sombre au milieu d’une végétation luxuriante, avant de déboucher sur une sorte de lac et d’apercevoir une première habitation en bois.
Même si on se pose la question, on évite de demander comment l’eau courante, l’électricité, la connexion internet (pas de réseau téléphonique en revanche) fonctionnent si loin de toute habitation ou communauté.
Première balade en pirogue l’après-midi pour aller théoriquement pêcher le piranha… on en reviendra bredouille mais on aura pénétré plus au coeur de la jungle amazonienne, rencontré des dizaines de singes farceurs, les capucins, les « écureuils » qui prennent un malin plaisir à se défier – c’est à qui fera le saut le plus périlleux d’un arbre à l’autre, les hurleurs à poil rouge…
Le soir, après un excellent dîner – on admire la prouesse culinaire du cuisinier, bien plus inspiré que ses confrères de Quito – on renonce à une sortie nocturne pour apercevoir les caïmans. Le lendemain, on en trouvera un tapi juste à côté du bar du lodge…
Il paraît qu’ils ne sont pas dangereux… Voire ! On est plutôt rassuré de pouvoir se baigner dans l’eau sombre du lac, dans une piscine-cage, séparés des loutres, poissons, et autres bestioles qui peuplent les lieux !
Hier deux longues traversées à pied, chaussés de bottes, surtout après les pluies de la nuit, menés par Dorian, 28 ans, natif d’une communauté installée à une dizaine de kilomètres, aîné d’une fratrie de huit. Dorian connaît sa forêt comme personne, il a appris le français… et l’anglais à l’Alliance française de Quito, il partage son temps entre son activité de guide – deux semaines par mois – et le travail à la ferme familiale. Personne ne plaiderait mieux que lui l’importance de préserver la biodiversité de la forêt amazonienne, il en livre tant de secrets, avec une simplicité et un sourire désarmants.
Je sais désormais à peu près tout sur les vertus des espèces de palmiers qui poussent à l’état naturel ici – et pourquoi il faut absolument en proscrire la culture intensive comme le fait le Brésil de Bolsonaro, obliger tous les industriels de l’agro-alimentaire à renoncer à l’huile de palme ! – Comme ci-dessus cette espèce endémique, ce mince tronc blanc, phosphorescent, qui fait office de lampe de poche la nuit pour les promeneurs égarés !
Ces champignons blancs sont dotés d’admirables vertus : ils attirent tous les moustiques du coin – on ne les voit pas sur la photo, mais ils étaient bien plusieurs centaines ! – ils soignent les problèmes digestifs, ont un effet cautérisant sur les brûlures de la peau, etc.
Si l’on en doutait, on aurait ici confirmation que la nature est artiste !
On regagne le lodge au tomber du jour (rappeler ce qu’on a déjà écrit – Equateur, premières vues– pas de variation saisonnière sur l’équateur, le soleil se lève immuablement à 6 h et se couche à 18 h)
et trouver sur la rampe d’accès à la chambre-cabine ce délicieux représentant de la famille des arachnoïdes, qu’on pensait réservés aux candidats de Fort Boyard !
C’était un rêve de longue date qui finalement se réalise. Mais jusqu’au bout on s’est demandé si le voyage nous serait autorisé.
Je n’ai même pas à me plaindre, ni des contrôles au départ, ni des deux vols qui nous ont permis d’atteindre Quito, la capitale de l’Équateur, ni des contrôles à l’arrivée – des équipes parfaitement organisées pour recueillir les documents exigés pour les mesures sanitaires, vérifier les passeports. On est même admiratif d’un peuple qui applique, partout et pour tous, le port du masque, qui se fait vacciner en masse depuis que le nouveau gouvernement équatorien, mis en place il y a quatre mois après l’élection d’un nouveau président, a décidé de faire du pays un modèle de lutte contre la pandémie en Amérique du Sud.
Ce dimanche, lors d’une fête des Indiens otavalienos, près de la ville d’Otavalo. Tous masqués.
Premier soir à Quito
La première impression saisissante est cette impavide régularité du lever et du coucher du soleil : 6 h du matin, 6 h du soir. On est à une petite vingtaine de kilomètres de la ligne de l’équateur !
Et dès que le soir tombe sur le centre historique de Quito, on déguste la beauté qui s’offre. Et on ne ressent pas (pas encore ?) l’altitude de la ville, 2800 mètres tout de même !
Un dimanche à la campagne
à quelques kilomètres avant d’arriver à Otavalo, à une petite cinquantaine au nord de Quito, on assiste par hasard à une sorte de foire, de fête, où se retrouvent essentiellement les Indiens quetschuas qui forment la majorité de la population. La photo ci-dessus figure le rituel de l’offrande au soleil.
Nature volcanique
Sur la route on a aperçu un des grands volcans équatoriens de la Cordillière, le Cayambe et son sommet enneigé culminant à 5780 m !
On parcourt une partie du sentier qui, à 3100 mètres, fait le tour du lac volcanique situé dans le parc naturel de Cotacachi Cayapas, et on est saisi par l’abondance et la variété de la flore à cette altitude.
Le soir en rentrant de cette longue excursion, je lis plusieurs messages sur Instagram, l’un du chef d’orchestre Charles Dutoit : « C’est à Quito qu’on parle le meilleur espagnol de toute l’Amérique latine« , un autre de mon ami photographe Ferrante Ferranti : « N’oublie pas de visiter le collège et l’église des Jésuites, ainsi que l’église San Francisco ». J’ai déjà fait le même constat que Charles Dutoit (pour le peu d’espagnol que je parle !), et j’ai suivi ce lundi le conseil de Ferrante. Suite au prochain épisode !
Le légendaire fondateur de l’Orchestre de la Suisse romande, Ernest Ansermet (1883-1969) a laissé un prodigieux legs discographique, pour l’essentiel gravé pour et par Decca avec l’orchestre suisse dont il fut le directeur musical durant 50 ans !
La musique française bien sûr, les Russes tout autant, comme son ami Stravinsky, et tout un répertoire considérable.
Haydn n’est pas le compositeur qu’on associerait spontanément à Ansermet. Et pourtant on lui doit l’une des très belles versions des Symphonies parisiennes :
Pour la symphonie n°85, un document que je ne connaissais pas : Ernest Ansermet dirige l’orchestre symphonique de la BBC en studio le 2 février 1964 !
Etonnamment, Ansermet n’a pas enregistré au disque, la symphonie n°88 qui était un « tube » pour à peu près tous ses contemporains (Furtwängler, Walter, Klemperer, Reiner…) mais on dispose d’un « live » enregistré par la Radio suisse romande lors du festival de Montreux, le 31 août 1960 :
Plus rare au disque, la symphonie n°90 avec sa fausse fin (ça fonctionne toujours en concert !):
ou la symphonie n°22 dite « Le Philosophe »
Le titre « le Philosophe » ne figure pas sur le manuscrit original et il est peu probable qu’il vienne de Haydn lui-même. On le trouve en revanche sur une copie manuscrite de la symphonie trouvée à Modène et datée de 1790 ; ainsi le surnom date de la vie même du compositeur. Ce titre proviendrait de la mélodie et du contrepoint du premier mouvement (entre les cors et le cor anglais), qui font musicalement allusion à une question suivie d’une réponse et qui constituent l’essence de la disputatio. L’effet de tic-tac en sourdine évoque également l’image d’un philosophe plongé dans ses pensées
Les témoignages d’Ernest Ansermet dans les symphonies « londoniennes » de Haydn sont plus rares. En concert avec l’orchestre de la Radio bavaroise, la n°95 nous semble étrangement poussive.
En revanche, sa gravure de studio, réalisée en 1949 à Genève, de la symphonie n°101, est une démonstration d’allégresse, de virtuosité collective !
Kirill Kondrachine, à mes yeux le plus grand chef russe du XXème siècle avec Mravinski et Svetlanov, né en 1914, mort il y a quarante ans à Amsterdam (le 7 mars 1981) est évidemment très justement reconnu pour ses interprétations admirables des Russes, Tchaikovski, Chostakovitch – magistrale intégrale de ses symphonies -.
On l’associe moins fréquemment à Beethoven dont il a pourtant laissé de splendides enregistrements, le plus souvent « live ».
Seul enregistrement symphonique de studio, une Quatrième symphonie captée en 1967 avec l’orchestre philharmonique de Moscou, dont Kondrachine fut le directeur musical de 1960 jusqu’à son émigration à l’Ouest en 1978.
A Cologne en 1972, il enregistre pour la WDR la Deuxième symphonie :
Une immense Héroïque captée dans le son glorieux du Concertgebouw d’Amsterdam
Dommage que personne n’ait songé à faire enregistrer d’autres symphonies à Kondrachine, à moins que les archives des radios n’aient pas encore livré tous leurs secrets
En tant qu’accompagnateur, Kirill Kondrachine a été souvent requis auprès des plus grands : David Oistrakh plusieurs fois pour le concerto pour violon, mais aussi Leonid Kogan.
mais aussi pour Decca à Vienne avec Kyung-Wha Chung
Pour ce qui est des concertos pour piano, hasard ou nécessités de l’enregistrement, Kondrachine a souvent dirigé le 3ème concerto – mon préféré ! – avec à peu près tous les grands pianistes russes de son temps, Richter, Guilels, Grinberg…
Avec Sviatoslav RIchter à Moscou en 1962 :
Avec Emil Guilels en 1947
Et un deuxième concerto avec la grande Maria Grinberg
Triple concerto
Pour le bicentenaire de la naissance de Beethoven, en 1970, Kondrachine réunit à Moscou les trois solistes stars – Sviatoslav Richter, David Oistrakh, Mstislav Rostropovitch – qui ont enregistré le Triple concerto avec Karajan à Berlin quelques semaines auparavant. L’écoute attentive des deux versions donne l’avantage à l’équipe russe, le trio et le chef évitent la grandiloquence compassée de la version berlinoise.
On n’échappe pas à l’exercice obligé du bilan quand approche la fin d’un festival : La fête malgré tout c’est le titre que j’ai donné à celui de l’édition 2021 du Festival Radio France Occitanie Montpellier qui s’est achevé vendredi soir par le triomphe de Sonya Yoncheva dans un opéra Berlioz comble qui ne voulait plus la laisser partir.
On va laisser décanter les beaux souvenirs (et oublier les quelques mauvais) de ce festival pas comme les autres.
Comme cet époustouflant récital de Benjamin Grosvenor le 28 juillet. Et ce dîner avec un musicien heureux, simple, bon vivant, à l’éternelle tête d’enfant.
Ici avec François-Xavier Szymczak qui a présenté pour France Musique les derniers concerts du Festival.
NarboVia à Narbonne
Le dernier-né des grands musées de la région Occitanie, NarboVia, à Narbonne, accueillait mercredi le quatuor de saxophones Ellipsos devant un public familial ravi.
J’ai eu le privilège de voir grandir et s’installer ce musée magnifique, dessiné et conçu par Norman Foster. Où soudain on a l’impression d’être dans une villa pompéienne…
Ici avec Jakub Jozef Orlinski, Ted Huffman et Philip Venables
La réussite de ce festival, de cette fête, c’est celle d’une équipe formidable, qui a franchi tous les obstacles, et fait de chaque concert… une fête !