Paris 2024 : hymnes à l’amour

Il y a trois jours j’écrivais : Réjouissons-nous pour une fois d’avoir été capables d’organiser un tel événement, réjouissons-nous de découvrir une cérémonie d’ouverture qui sera la plus belle fête du monde.

Ce fut la plus belle fête du monde.

Tant pis pour les grincheux et les coincés. Je n’ai pas tout aimé, j’ai trouvé certaines séquences trop longues ou peu inspirées, et alors ? Que valent ces réserves face à une soirée immense, grandiose, unique ? à la force des images ?

Beaucoup auront découvert Thomas Jolly, le créateur et grand ordonnateur de la cérémonie. Je n’ai pas été surpris par la fabuleuse invention qu’il a déployée (lire La magie de l’opéra)

Lumineuse Axelle Saint-Cirel

Je ne devrais pas l’écrire ? J’ai écouté Céline Dion les yeux baignés de larmes… et je n’étais manifestement pas le seul.

Musiques olympiques

Le sujet s’impose en cette journée d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024 : quelles musiques ont été inspirées, commandées, exécutées pour les précédentes cérémonies ?

On y ajoutera un chapitre plus historique, qui a résonné récemment de manière vraiment absurde : l’histoire d’une organisation de concerts parisienne.

Olympics

France Musique a, comme d’habitude, bien fait les choses ce matin. À (ré)écouter absolument : Au tempo des JO.

Revue de détail des oeuvres spécialement composées pour les cérémonies d’ouverture des Jeux Olympiques.

Premiers jeux à Paris en 1924

C’est au clarinettiste militaire Francis Popy que revient de composer cette marche.

Les fanfares, les harmonies, n’ont pas oublié le compositeur de musique « légère » qu’était Popy (et qu’affectionnait particulièrement l’ami Benoît Duteurtre, à qui l’on pense encore tout particulièrement à la veille de son inhumation dans sa terre des Vosges).

Los Angeles 1984 et John Williams

À 90 ans (!), John Williams faisait ses débuts avec l’orchestre philharmonique de Berlin. On ne peut évidemment pas comparer les prestations de 1984 et 2023 ! Voir John Williams #90

Rio 2016 : pourquoi le Brésil ?

Soyons honnête, l’oeuvre du compositeur espagnol Lucas Vidal, surtout connu pour ses musiques de film (Fast and Furious 6) ne brille pas par son originalité. En dehors de quelques rythmes brésiliens glissés ici et là, on ne voit guère de différence avec le Hollywood de John Williams

Tokyo 2020 : l’universalisme de Naoki Satō

Rien de très japonais dans cette ouverture à choeur ouvert, un peu moins martiale sans doute.

Pout ce qui est de Paris 2024, il faudra attendre ce soir pour découvrir l’oeuvre de Victor Le Masne, même si on en a déjà un avant-goût

La Loge Olympique

Qui se rappelle, à l’heure des Jeux Olympiques de Paris, l’affaire délirante qui a défrayé la chronique en 2016 ? Alors que Julien Chauvin et la nouvelle formation qu’il avait constituée autour de lui souhaitaient relever le nom de l’une des plus illustres organisations de concert du XVIIIe siècle à Paris – le Concert de la Loge olympique –, ils en furent interdits, malgré toutes les protestations et pétitions, par une décision de justice : Le Concert de la Loge Olympique vs le Comité national olympique : quand Goliath écrase David.

J’appris alors, comme tout le monde, que l’adjectif « olympique » est, depuis 1976, la « propriété » du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) ! Incroyable mais vrai !

Cela n’a heureusement pas empêché Julien Chauvin et son Concert de la Loge xxxxx de grandir et prospérer (en passant notamment par Montpellier) et d’honorer les compositeurs qui furent les hôtes et les inspirateurs de leur ancêtre du XVIIIe siècle, au premier rang desquels Haydn et ses fameuses six Symphonies Parisiennes.

Parmi les nombreuses versions des Symphonies parisiennes (N°82 à 87), j’ai une affection pour un album que je n’ai jamais vu en France, qui n’est jamais cité dans aucun guide, et qui témoigne à tout le moins de l’étendue du répertoire d’un chef infatigable, qui continue de parcourir le monde et les podiums à bientôt 89 ans, Charles Dutoit

L’été 24 (IV) : Yes we Kam and other News

Pardon pour ce titre en anglais, mais les nouvelles, les bonnes surtout viennent d’Outre-Atlantique

Yes She can

La presse, les commentateurs, les « spécialistes » des plateaux télé ont souvent en commun de partager les mêmes analyses – si tant est que le terme convienne ! – et de répéter les mêmes éléments de langage jusqu’à ce que les faits, la réalité démentent leurs propos.

Qui a pu croire une seconde que le retrait de Joe Biden de la course présidentielle n’a pas été très soigneusement préparé, derrière le rideau de fumée propagé par l’intéressé lui-même, sa femme et son entourage ? Et que le surgissement sur le devant de la scène de Kamala Harris a été improvisé au dernier moment ? Il faut vraiment mal connaître le système politique américain.

Ce qui s’est passé aux Etats-Unis depuis le 21 juillet est un coup de maître, peut-être même un coup de génie. Laisser Trump être investi après un attentat manqué, quelques personnalités démocrates monter au filet (et pas des moindres comme Barack Obama) pour préparer le terrain de la « renonciation », après avoir laissé dans l’ombre la vice-présidente, pour pouvoir en moins de 24 heures retourner complètement la situation, c’est exceptionnel.

Et les mêmes qui, aux Etats-Unis et chez nous, trouvaient tout un tas de défauts à Kamala Harris, lui tressent depuis deux jours, des lauriers qui vont finir par paraître suspects. J’attends avec une immense impatience les prochains face-‘à-face entre Trump et elle.

Cela donne encore moins envie de s’attarder sur la situation politique française. Je suis surpris que Ségolène Royal ne se soit pas proposée pour Matignon. Que la gauche mélenchonisée en soit rendue à jeter en pâture à la presse des femmes dont on sait par avance qu’elles seront incapables de constituer un gouvernement, révèle un mépris abyssal d’abord pour les électeurs, ensuite pour le Parlement, sans parler du président de la République.

L’un sort, l’autre reste

Quelques jours après que le festival de Montpellier lui a offert une sorte de réhabilitation, après de longs mois de retrait de la vie musicale – John Eliot Gardiner dirigeait l’Orchestre philharmonique de Radio France le 16 juillet – on apprend que le chef anglais est banni définitivement du choeur et de l’orchestre Monteverdi qu’il a fondé (John Eliot Gardiner’s exit statement).

Dans le cas de François-Xavier Roth, déjà évoqué ici, comme dans l’éditorial très mesuré d’Emmanuel Dupuy dans le numéro de juillet de Diapason, la situation est très contrastée. Le chef français s’étant de lui-même mis en retrait – il n’avait pas d’autre moyen face à l’avalanche d’annulations de ses engagements -, il a été remplacé (comme à Montpellier) partout où il devait diriger ces prochains mois. L’ensemble qu’il a fondé – Les Siècles – a fait disparaître toute référence à son fondateur, y compris dans la « bio » de la formation; Le Gürzenich et l’opéra de Cologne ont mis fin avant terme au contrat qui les liaient à FXR.

Mais l’orchestre allemand de la SWR, où Roth est nommé à partir de 2025, vient de faire savoir qu’il n’avait trouvé aucune raison de renoncer à cette nomination : L’orchestre de la SWR maintient François-Xavier Roth à son poste.

Vive les Jeux

Enfin, un mot de l’événement planétaire qui commence cette fin de semaine. Je n’ai pas été le dernier à râler, à discuter de l’opportunité d’avoir les Jeux Olympiques à Paris et en France. Mais je ne supporte plus ces reportages qui passent en boucle sur les malheureux cafetiers et commerçants de l’extrême centre de Paris qui sont « confinés » jusqu’à samedi à cause de la cérémonie d’ouverture sur la Seine. Cet art si français de ronchonner à propos de tout, de se dévaloriser en permanence.

Alors que finalement ces Jeux à Paris auront permis des investissements considérables… et durables, propulsé quantité de projets, d’abord les transports publics, qui sans cette perspective, auraient mis des années à aboutir… ou pas. Sans parler de toutes les autres retombées. Je n’ai jamais vu les trains de banlieue ni les rames de métro aussi propres que ces jours-ci, jamais traversé les aéroports parisiens de manière aussi fluide, jamais vu autant d’agents d’information et de conseil dans les gares, les rues, etc.

Réjouissons-nous pour une fois d’avoir été capables d’organiser un tel événement, réjouissons-nous de découvrir une cérémonie d’ouverture qui sera la plus belle fête du monde.

J’étais ce midi dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés… les photos sont éloquentes !

L’été 24 (III) : avec Shura Cherkassky

Dans un billet de juin 2019 où je le citais (Le deuxième concerto), j’écrivais « il faudra corriger cela » en évoquant le pianiste Shura Cherkassky (1909-1995) auquel je n’ai encore jamais consacré un seul article de ce blog. Cinq ans après, il est temps !

J’ai téléchargé la petite vingtaine de CD que j’ai de lui, pour profiter enfin, durant mon séjour dans le Sud , d’un art absolument unique, d’une manière de jouer du piano qui n’existe plus, tant dans les grandes oeuvres que dans une multitude de piécettes, de bis, qu’il adorait servir au public. La seule fois où j’ai entendu le pianiste américain né à Odessa (Ukraine) en vrai, c’était à Toulouse, dans le cadre d’une des premières éditions de Piano aux Jacobins. Je ne parviens pas à retrouver l’année (entre 1987 et 1992) même sur le site du festival toulousain ! Je me rappelle au moins six bis, et je crois bien la 3e sonate de Chopin. Ce petit monsieur qui s’avançait sur scène avec une démarche de danseuse, m’avait impressionné au dîner qui suivait par sa grosse voix de basse qui a bien profité de la vie.

Decca avait publié une sorte d’édition Cherkassky en une dizaine de CD, que des « live ». Jamais réédités, jamais réunis en coffret. Il y a des merveilles chez DG, EMI, Nimbus, Hännsler etc… Un conseil – celui que je suis depuis des années – toujours acheter un CD de Cherkassky dès qu’on le trouve, souvent dans les magasins d’occasion (pour rappel, le meilleur à Paris : Melomania)

Qu’on écoute seulement les sons qu’il tire de son piano, l’inégalable élégance d’un jeu qui peut tout se permettre dans ces deux pièces qui faisaient jadis l’ordinaire des « encores » des très grands…

Je retrouve un article d’Alain Lompech dans Le Monde du 30 décembre 1995 : La mort de Shura Cherkassky. : « Le répertoire de Shura Cherkassky était à l’image d’un homme qui, n’ayant jamais vécu qu’à l’hôtel, refusait de s’installer dans ses meubles, comme il refusait le confort d’un répertoire rebattu. Cet anticonformiste avait souffert de ce qu’on ne pouvait le faire entrer dans une case. A peine l’avait-on admiré dans le Carnaval de Schumann qu’il pouvait indifféremment se lancer dans une de ces transcriptions d’un kitsch incroyable dont les virtuoses du XIXe siècle avaient le secret, dans l’une des dernières sonates de Beethoven, ou dans une des études de Georgy Ligeti, qu’il avait mises à son répertoire à quatre-vingts ans passés dès qu’elles furent éditées… quand les pianistes n’enrichissent généralement plus leur répertoire après soixante ans. » Il faut lire tout l’article en accès libre, pour comprendre le génie de cet interprète.

Il faut surtout écouter et réécouter parfois plusieurs versions d’une même oeuvre : toujours lui-même et jamais exactement pareil.

J’avais découvert le nom de ce pianiste dans l’un de mes tout premiers disques… de Karajan, où il est le soliste de la Fantaisie hongroise de Liszt.

Je découvre à’l’instant ce récital filmé à Amsterdam en 1992. Tout simplement prodigieux…

Les demeures de Dieu dans le Sud

Qu’on croie au Ciel, ou pas, ou plus, la visite des temples qui lui sont dédiés, où que ce soit dans le monde, ne me laisse jamais indifférent. Il y a une quinzaine, je m’étais arrêté à Ronchamp, pour enfin visiter la Chapelle Notre-Dame-du-Haut (lire Vents d’Est).

Dans ce Sud qui m’accueille pour une décade (Les romans de la Côte), j’ai recherché aussi ces demeures de Dieu, où des femmes et des hommes, au fil des siècles, se sont retirés du monde pour prier, méditer, vivre leur Foi.

L’Abbaye du Thoronet

J’avais si souvent vu le panneau « Abbaye du Thoronet » sur l’autoroute A 8 qui va de Nice à Aix-en-Provence, me disant à chaque fois que je devrais y faire halte… sans jamais en prendre le temps. Cette fois, je l’ai fait, presque en solitaire, laissant un petit groupe de visiteurs suivre un guide. Et j’ai tout aimé de ces lieux inspirés. Toutes les photos sont à voir ici : L’Abbaye du Thoronet.

La Chartreuse de la Verne

Sur la route qui serpente sur les hauteurs du massif des Maures entre Grimaud et Collobrières, on aperçoit perchée dans la montagne la Chartreuse de la Verne, qui vaut la visite, même si ou parce que, à la différence du Thoronet, les lieux sont toujours habités par des moniales. L’ensemble est moins spectaculaire et vaste, mais qu’il y ait eu tant de volontés pour redonner à ce lieu sa vocation initiale, malgré les destructions successives, pour le reconstruire, le refonder en quelque sorte, ne laisse pas de m’impressionner.

Et Dieu créa… Saint-Tropez

Saint-Tropez demeure de Dieu ? En son église sûrement, et pourquoi pas au milieu des boutiques de luxe, des yachts de millardaires et des tiktokeuses qui se font photographier devant Sénéquier ? Je me rappelle le curé de mon enfance – celui qui a enterré mon père – qui répétait : Dieu est partout où on le prie.

Evidemment le Dieu de Saint-Tropez, c’est celui de Roger Vadim qui y créa la Femme, et le mythe Bardot en 1956

et la petite plage de la Ponche qui servit de décor, et qui se laisse admirer au couchant.

Le dernier étonnement de Benoît Duteurtre

J’apprends cet après-midi par Marc Voinchet, le directeur de France Musique, le décès hier, d’une crise cardiaque, de Benoît Duteurtre, qui animait depuis 1999 l’indétronable émission du samedi matin Etonnez-moi Benoît.

Il n’y pas de hasard paraît-il, que des coïncidences. J’achevais ces jours derniers l’un des derniers ouvrages de Benoit, de l’écrivain Duteurtre.

Dans l’un des derniers chapitres, l’auteur racontait ses aventures à France Musique. Quelle ne fut pas ma surprise de me voir nommément cité, comme celui qui ouvrit à B.D. les portes d’une chaîne dont il fit les beaux jours durant 28 ans. A une époque où je cherchais à renouveler sensiblement les producteurs de la chaîne, j’étais en quête de personnalités sortant un peu des sentiers balisés de la radio. Benoît s’était fait connaître spectaculairement en 1995 par un essai qui lui valut autant de notoriété que de détestation.

Ceux qui ne l’ont pas lu le tenaient pour un brûlot anti-Boulez, ceux qui comme moi l’avaient lu y voyaient une saine manière de contester l’ordre établi.

Je ne pouvais être suspect d’aucune partialité dans ce débat, puisqu’après avoir organisé en 1995 toute une journée de célébration des 70 ans de Pierre Boulez sur France Musique, j’invitai, un an plus tard, Benoît Duteurtre à démontrer ses talents de programmateur durant les après-midi de France Musique. Ce qu’il fit avec une modestie et une science avérées. En 1997, remaniant les programmes de la chaîne, je confiai à Benoît une « vraie » émission, où sa vive intelligence, sa connaissance de vastes répertoires et des chemins de traverse de la musique classique, pourraient se révéler. Ce fut « Les beaux dimanches ». Dans son livre, B.D. dit que l’émission ne dura qu’une saison, en réalité elle alla jusqu’à 1999… et au changement de direction de la chaîne. Mon successeur, Pierre Bouteiller, intrigué par le personnage, qui commençait comme écrivain à être très coté dans les millieux littéraires parisiens, lui confia cette émission du samedi matin devenue légendaire.

J’ai beaucoup aimé Benoît Duteurtre, pour sa culture musicale et littéraire incroyablement ouverte, pour sa modestie aussi, son amitié indéfectible. J’ai travaillé avec lui, plus tard, lui directeur de l’association Musique nouvelle en liberté, moi directeur de l’Orchestre philharmonique de Liège : à deux reprises il invita l’orchestre à Paris pour des concerts de création.

J’ai lu beaucoup, presque tous ses livres, qu’on ne tardera pas à considérer comme la chronique douce-amère de notre époque, qui lui valut l’amitié et le soutien de nombre de ses aînés, je pense à Milan Kundera. Je sais qu’il a été très meurtri de n’avoir pu accéder à l’Académie française, et que, de plus en plus souvent, il laissait son petit appartement à côté de Notre Dame pour se réfugier dans les Vosges de son enfance, où il est mort.

Je sais que France Musique va lui rendre l’hommage qui lui est dû. Marc Voinchet me confiait que B.D. avait enfin cédé à ses instances en réalisant l’une de ces séries d’été qui font le bonheur des auditeurs et l’honneur de la chaîne de service public, une série sur la musique légère. C’est cette série qui refermera la grille d’été, comme un testament inachevé…

Adieu Benoît, on se serait bien passé de ton dernier étonnement !

L’été 24 (II): les romans de la Côte

Ils ont en commun d’aimer l’histoire, de prendre prétexte de faits et de lieux historiques pour nouer des intrigues policières bien troussées. L’un a déjà une belle collection à son actif, l’autre en est à son second « policier »

Adrien Goetz et la Villa Kerylos

D’Adrien Goetz j’ai lu, je crois bien, toutes les « intrigues » (lire Un dimanche d’automne à Giverny) Il fallait que je visite cette Villa Kérylos qui est le sujet et le cadre de son dernier roman.

La Villa Kérylos, c’est une célèbre maison de la Côte d’Azur, un hommage à la civilisation grecque construit au début du XXe siècle par Théodore Reinach, le frère de Joseph et Salomon. J, S, T – Je Sais Tout. Ces trois inséparables frères, aussi moustachus que savants, ont fait de cette demeure tout entière décorée en style grec la caverne aux trésors de l’érudition française.
Elle a permis à Achille de sortir de son milieu. Il découvre ainsi un monde de rêve et de poésie. Achille ? Quel Achille ? Le fils de la cuisinière des voisins, les Eiffel ! À force d’études, il est devenu presque aussi savant que ses trois hôtes. Dans son grand âge, bien des années ayant passé, il revient à Kérylos. Pièce après pièce, il va à la redécouverte de son passé. Une porte s’ouvre sur Alexandre le Grand ; une autre, sur le mont Athos ; une autre, surtout, sur Ariane, son si cher amour
(Présentation de l’éditeur)

À moins d’une demi-heure de route de l’aéroport de Nice où j’ai atterri samedi matin, l’occasion était trop belle de découvrir ce singulier édifice à Beaulieu sur Mer.


Cet été, la Villa Kerylos héberge une exposition Arman, qui nous rappelle que l’artiste français né à Nice en 1928, mort à New York en 2008, aimait à « traiter » les instruments de musique avec des sculptures formidables.

Joseph Macé-Scaron et Roquebrune

Après la Falaise aux suicidés (voir Livres de prix) qui se situe à Etretat, Joseph Macé-Scaron poursuit dans une veine policière qui lui réussit avec La Reine jaune.

« Roquebrune-sur-Argens, ses légendes, son mystère Dupont de Ligonnès, ses morts accidentelles. Le printemps caniculaire qui frappe la cité varoise attise les tensions et fait resurgir un passé qui ne passe pas. Le Mal ne manque jamais d’imagination. 

Roquebrune-sur-Argens, paisible village provençal à l’ombre d’un rocher et eldorado pour retraités. Depuis le début de la canicule, les gendarmes s’acquittent de leur mission en verbalisant les propriétaires de villa qui remplissent leur piscine, en intervenant quand les querelles de rue virent au pugilat et en enregistrant les morts par déshydratation. 
Tout s’emballe lorsque quatre jeunes filles soutiennent qu’une auto-stoppeuse s’est volatilisée de leur voiture, qu’une bibliothécaire retrouve sur son bureau une biographie de Xavier Dupont de Ligonnès annotée de commentaires inquiétants et que le cadavre d’une femme couronnée de bois de cerf est découvert sur les bords de l’Endre. 
Pour le capitaine Guillaume Lassire, un criminel bien plus dangereux qu’une vague de chaleur sévit dans la cité millénaire et seule son amie la chartiste Paule Nirsen peut lui venir en aide. 
Entre secte occulte, mafia varoise, légendes locales ténébreuses et vieux manuscrit racontant les atrocités des guerres de Religion, la raison des deux enquêteurs va être mise à l’épreuve comme jamais auparavant.
 » (Présentation de l’éditeur)

De nouveau, sur le chemin de ma villégiature dans le massif des Maures, l’occasion était rêvée de faire halte sur le temps de midi dans le vieux village de Roquebrune et d’y suivre les personnages de La Reine jaune.

Le chocolat est une spécialité ancienne de Roquebrune. On a tenté une adresse conseillée par JMS dans La Reine jaune. Pas de chance l’établissement était fermé en cette veille de 14 juillet, mais on a trouvé à quelques dizaines de mètres de quoi apprécier les talents des chocolatiers locaux.

Dans l’église Saint-Pierre et Saint-Paul au centre du vieux village :

Les morts du 13 juillet : Kleiber, Maazel

On a beau dire et écrire que les grands chefs ne meurent pas puisque les témoignages de leur art les immortalisent. Certains, plus que d’autres, nous manquent parce qu’ils n’ont jamais eu de successeurs de leur niveau.

13 juillet 2004 : Carlos Kleiber

Plus le temps passé depuis sa disparition il y a vingt ans, plus la figure, la personnalité, l’art de Carlos Kleiber nous apparaissent comme uniques, extraordinaires, irremplaçables. Tout a déjà été dit et écrit sur le fils d’un autre géant Erich Kleiber, même un très mauvais livre du bientôt ex-ministre de l’économie.

Relire le portrait que j’avais fait : Carlos Kleiber

13 juillet 2014 : Lorin Maazel

Autant Carlos Kleiber était rare sur le podium ou dans la fosse, parcimonieux dans sa discographie, autant son presque contemporain Lorin Maazel était prolifique, courant après les postes, les honneurs et l’argent, sans qu’on parvienne toujours bien à distinguer l’essence de son talent.

Le temps a fait son œuvre et l’on mesure aujourd’hui la chance qu’ont eue les orchestres qu’il dirigeait, et qui sous la précision de la baguette pouvaient parfois, souvent, atteindre des sommets. Lire le portrait que j’avais fait de lui, il y a dix ans exactement : L’Américain de Paris

A l’occasion du centenaire de la mort de Puccini, on peut rappeler que Lorin Maazel était aussi un chef lyrique particulièrement inspiré dans les ouvrages de ce compositeur.

L’été 24 (I) : du soleil dans les oreilles

Premier épisode d’une série d’été qui se déroulera selon mes humeurs, souvenirs, coups de coeur.

Quand Cleveland s’amuse

Pour les mélomanes, Cleveland est associé à l’austère figure de George Szell (1897-1970) qui fut le chef incontesté et incontestable de l’un des Big Five – comme on qualifiait le gratin des orchestres américains – de 1946 à sa mort. Mais on a oublié, ou tout simplement ignoré, que comme Boston avec ses Boston Pops et son légendaire Arthur Fiedler, Los Angeles avec le Hollywood Bowl Orchestra ou Cincinnati avec les Cincinnati Pops et Erich Kunzel, l’orchestre de Cleveland avait aussi sa formation « légère », parfois appelée Cleveland Pops, qui fut confiée au chef américain Louis Lane (1923-2016). Louis Lane fut d’abord dès 1947, à 24 ans, l’assistant de Szell, puis de 1955 à 1970 chef associé.

Sony publie un coffret, à petit prix il faut le noter, de 14 CD dont la plupart m’étaient inconnus, parce que n’ayant jamais bénéficié d’une diffusion hors USA. Pur régal, à consommer sans aucune modération. D’abord parce que c’est Cleveland, l’un des plus beaux orchestres du monde, et que, dans la partie plus classique du coffret, la patte Szell est immédiatement reconnaissable. Et même dans les pièces plus « light » tout ça reste digne et tenu (cf.la Jamaican rumba ci-après)… on ne se laisse pas aller dans l’Ohio !

Wayenberg et Schumann

Dépêchez-vous d’acheter le numéro de juillet-août de CLASSICA, si vous voulez entendre un inédit magnifique, les sonates pour piano 1 et 2 de Schumann, enregistrées en 1962 pour Thomson-Ducretet par l’immense Daniel Wayenberg, disparu en 2019 dans l’indifférence générale (lire Journal 22/09/19). Aurons-nous un jour la chance de disposer des trésors entreposés dans le fonds EMI/Warner ?

Merci en tout cas à l’ami Thomas Deschamps qui, chaque mois pour Classica déniche des incunables, nous offre ce CD

Schumann: sonate n°2 4e mvt (Daniel Wayenberg)

Dialogue au sommet : Geza Anda – Karl Böhm

Autre merveille commandée et écoutée en boucle sitôt reçue, ce généreux CD écho de deux soirées exceptionnelles, l’une à Lucerne en 1963, l’autre à Salzbourg en 1974, où deux géants se retrouvaient pour faire simplement et magnifiquement de la musique : Geza Anda (1921-1976) et Karl Böhm.

Après Colmar

J’ai relaté mon bref périple dans le Grand Est (Vents d’Est), et promis de revenir sur les concerts que j’ai suivis à Colmar et chroniqués pour Bachtrack.

Le quartier de la Petite Venise à Colmar

Richard, Gustav et César en ouverture

D’habitude il fait une chaleur étouffante dans l’église Saint-Mathieu de Colmar où se déroulent les concerts symphoniques. Ce n’était pas le cas vendredi dernier… et c’était bien !

Lire : Ouverture de fête à Colmar

Je conseille à ceux qui ont manqué ce concert comme à ceux qui y ont assisté de le (re)voir sur Arte Concert : L’ouverture du festival de Colmar avec Alain Altinoglu et Stéphane Degout

Les pompes et circonstances du samedi soir

Le samedi c’était double dose, d’abord le quatuor Modigliani au théâtre municipal

puis de nouveau l’orchestre de la Monnaie et Alain Altinoglu, avec un programme que j’aurais rêvé d’afficher à Montpellier en 2022.

Lire mon compte-rendu sur Bachtrack : Sérénades britanniques à Colmar.

Avec un soliste que je ne m’attendais pas à retrouver dans ce programme, le ténor anglais Ed Lyon que j’avais vu dans My Fair Lady au Châtelet en 2012 dans le rôle de Freddy.

En conversation avec Ed Lyon

La sérénade pour ténor, cor et cordes de Britten est avec les Illuminations du même Britten l’une de ces oeuvres qu’on ne peut écouter distraitement et qui vous touchent profondément. Les deux oeuvres sont sur un disque de référence absolu :