Ave Cesar

Les séances de cinéma se font rares, faute de disponibilité. Depuis qu’on a trouvé un complexe associatif, une sorte de cinéma à l’ancienne, salles de belles proportions, bibliothèque et fauteuils pour attendre l’ouverture du guichet, et programmation intelligente, on est fidèle à Utopia – tout un programme ! -.

On attendait beaucoup, trop sans doute, du dernier film de Joel et Ethan Coen, Ave Cesar.

Je rejoins assez ce qu’en écrit L’Obs (http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1485158-ave-cesar-avec-george-clooney-les-freres-coen-signent-une-adorable-coquille-vide.html.)

Certes on a joué de malchance dans ce charmant cinéma des bords de l’Oise, le film a été interrompu plusieurs fois, et ce qui paraissait long l’a été encore plus. On a pu à loisir faire des prises d’écran.

IMG_2224

IMG_2225

On n’a pas passé un mauvais moment, loin de là, mais tout le talent – qui est grand – des frères Coen tourne à vide, les séquences, on pourrait presque dire les sketches, sont souvent réussies, mais un scénario trop lâche ne fait pas une histoire qui se tient. Restent les performances individuelles d’acteurs qui en font des tonnes à contre-emploi : vulgarité crasse de Scarlett Johannson, beaufitude assumée de George Clooney – à qui la jupette de centurion romain sied à merveille ! – et tous les autres à l’avenant.

Up and down

Un résumé de l’actualité de la semaine ? Faite de hauts et de bas, en effet.

On avait apprécié le beau spectacle proposé par le Théâtre des Champs-Elysées (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/02/17/ceci-nest-pas-un-opera/), on était très curieux de découvrir ce que pouvait donner, installé place des Nations à Genève, l’ancien théâtre éphémère de la Comédie-Française jadis installé dans les jardins du Palais Royal à Paris. Avec un Alcina de Haendel prometteur sur le papier.

4868195_6_8f20_une-scene-d-alcina-d-haendel-a-l-opera_28fecda12ed6a1d04eec7a5d0af66094

La critique a plutôt aimé (http://abonnes.lemonde.fr/musiques/article/2016/02/19/opera-alcina-dotee-de-nouveaux-charmes_4868196_1654986.html). Seul bémol – et de taille – de ma part, je n’aime pas la vulgarité gratuite de la mise en scène et le surlignage permanent des intentions et des gestes.

Autre sujet qui, malheureusement, reste d’actualité : le nom d’un orchestre (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/02/09/une-forme-olympique/). Réjouissante séquence hier dans Le Petit Journal de Canal +

http://www.canalplus.fr/c-emissions/c-le-petit-journal/pid6515-le-petit-journal.html?vid=1364380

C’est le nom d’Umberto Eco qui fait l’actualité mortuaire ce matin. Le personnage est sans doute immense, et on attend la déferlante des hommages. Je serais bien incapable d’y ajouter le mien. Je n’ai pas lu Eco (mais n’ayant pas été ministre de la Culture je ne risque pas l’opprobre) ni même vu le film Le Nom de la rose. J’ai tort sans doute.

Un toujours bien vivant, lui, à bientôt 80 ans, le chef suisse Charles Dutoit à qui son éditeur historique Decca rend un hommage justifié, en même temps qu’il célèbre une aventure artistique exceptionnelle de 25 ans entre lui et l’orchestre symphonique de Montréal. Par bien des aspects, Dutoit est l’héritier du grand Ernest Ansermet (1883-1969). Il a rarement suscité l’enthousiasme de la critique européenne, sous des dehors de dandy élégant, le chef n’est pas dépourvu de caractère. Et quand on écoute ses enregistrements à l’aveugle – c’est arrivé plusieurs fois dans des émissions de critique de disques – il n’est pas rare que, dans la musique française en particulier, que ses disques obtiennent le haut du classement.

819xgUJyHpL._SL1500_

35 CD généreusement remplis qui méritent beaucoup mieux qu’un coup d’oreille distrait. Et de nombreuses pépites dans la musique française.

http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2016/02/20/dutoit-80-8571057.html#more

Ceci n’est pas un opéra

MITHRIDATE -
MITHRIDATE – De Wolfgang Amadeus MOZART – Livret de Vittorio Amedeo CIGNA SANTI – Direction musicale : Emmanuelle HAIM – Dramaturgie : Frederique PLAIN – Mise en scene : Clement HERVIEU LEGER – Decors : Eric RUF – Costumes : Caroline DE VIVAISE – Lumieres : Bertrand COUDERC – Avec : Michael SPYRES (Mithridate) – Patricia PETIBON (Aspasie) – Myrto PAPATANASIU (Xiphares) – Christophe DUMAUX (Pharnace) – Cyrille DUBOIS (Marzio) – Jael AZZARETTI (Arbate) – Le : 02 02 2016 – Au Theatre des Champs Elysees – Photo : Vincent PONTET

Le problème de ce Mithridate, d’un adolescent surdoué de 14 ans, c’est que ce n’est pas un opéra, mais une suite, une compilation presque, d’airs de bravoure, de fureur ou de douleur, plus exigeants et virtuoses les uns que les autres. Tout Mozart y est déjà certes. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Mitridate,_re_di_Ponto)

La mise en scène de Clément Hervieu-Léger essaie – et y réussit plutôt bien ! – de pallier l’ennui qui ne manquerait pas de s’installer à une juxtaposition d’airs et de personnages convenus. Mais c’est évidemment la distribution, et la direction musicale, qui rendent cette production du Théâtre des Champs-Elysées, à tous égards exceptionnelle. Michel Franck a réuni l’équipe idéale. Michael Spyres (Mithridate) a peu de rivaux comme ténor mozartien – ligne de chant, chaleur et souplesse de la voix – Patricia Petibon donne corps  et voix supérieurement maîtrisée à Aspasie, Myrtò Papatanasiu campe un formidable Xipharès, Jaël Azzaretti et Cyrille Dubois confirment tous les espoirs qu’on a mis en eux. Mais si je devais en distinguer deux parmi cette excellente équipe, ce serait Sabine Devieilhe – peut-on imaginer aujourd’hui plus idéale voix mozartienne, fruitée, dorée, charnelle, aux aigus stratosphériques dans l’air d’Ismene du 1er acte ? – et, honte à moi qui ne l’avais encore jamais entendu, le contre-ténor Christophe Dumaux (Farnace) qui m’a réconcilié -définitivement ? – avec ce type de voix.

Emmanuelle Haim et son Concert d’Astrée (quel cor solo !) sont tout à leur affaire, respirent large, ne confondent pas virtuosité et précipitation.

Un Mithridate qui fera date…

 

Poésie de l’amour et de la mer

Il y a des oeuvres qui vous accompagnent, jalonnent votre existence, sans raison précise, sauf une peut-être : une résonance intime (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/11/26/lamour-et-la-mort/)

Samedi soir, au théâtre des Champs-Elysées, c’était une occasion nouvelle d’entendre le Poème de l’amour et de la mer de Chausson (https://fr.wikipedia.org/wiki/Poème_de_l%27amour_et_de_la_mer). La soliste annoncée, Anna Caterina Antonacci, étant aphone, il a fallu en très peu de temps trouver une « remplaçante » à la hauteur d’une partition exigeante, la merveilleuse Gaëlle Arquez qui avait assuré les concerts des 4,5 et 7 février et avait depuis elle aussi succombé à la grippe, a accepté de sauver ce concert. Et de quelle manière ! Voix longue, pulpeuse, épousant chaque inflexion de la poésie parfois désuète de Bouchor et des courbes sensuelles de la musique de Chausson.

Mais, on l’aura compris, les héros de la soirée c’étaient les musiciens de l’Orchestre des Champs-Elysées et Louis Langrée (http://www.orchestredeschampselysees.com/fr/concert/louis-langrée-dirige-debussy).

Je n’avais pu malheureusement assister à aucune des représentations du Pelléas données à l’Opéra Comique, en février 2014, par le même équipage.

Je m’étais rattrapé avec le concert – un programme typique de l’ancien directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Liège ! – avec déjà Chausson et son unique et bien trop rare Symphonie (http://www.diapasonmag.fr/actualites/critiques/concert-debussy-faure-et-chausson-de-louis-langree-avec-l-orchestre-des-champs-elysees)

41CB1VDL6yL

(Petit message en passant à Universal : à quand une réédition d’un enregistrement paru en 2005 qui est cité dans tous les guides comme une référence pour les deux symphonies, et pour Franck placé en tête par La tribune des critiques de disques de France Musique le 25 janvier 2009 – http://www.lalibre.be/regions/liege/l-opl-et-louis-langree-la-reference-51b8a5f3e4b0de6db9b56547).

Samedi soir, c’était donc une fête de la musique française, et de sonorités « authentiques » qui, contrairement aux craintes du chef, passaient parfaitement la rampe de l’acoustique réputée sèche de la salle de l’avenue Montaigne.

Je connais depuis longtemps l’art si caractéristique de Louis Langrée dans cette musique : clarté, précision, élan, volupté des lignes. Dans l’Hymne à la justice de Magnard, on attend la puissance du grand orchestre romantique, voire wagnérien; ce qu’on n’avait pas en masse, on l’a eu dans la vérité des timbres et l’équilibre entre fougue et poésie. D’une intensité incroyable.

Mêmes remarques pour le Poème de l’amour et de la mer de Chausson, où orchestre et voix doivent partager flux et reflux, force et sensualité.

On était évidemment très curieux du résultat sonore de La Mer de Debussy. Louis Langrée connaît l’oeuvre dans tous ses recoins – il l’a plus d’une fois démontré pendant son mandat liégeois – mais la beauté, l’acuité des sonorités de tous les pupitres, si sollicités, de l’orchestre des Champs-Elysées, nous révélaient comme jamais les alliages sonores, les mélismes sensuels d’une  partition qu’on croyait savoir par coeur. Le chef ose des tempos qui semblent une évidence : il presse le pas dans le 2ème mouvement (Le jeu des vagues) au point d’évoquer la houle tourmentée de la Valse de Ravel, il ménage au contraire d’incessants contrastes rythmiques dans le Dialogue du vent et de la mer. En bis, un Prélude à l’après-midi d’un faune autrement plus libre et souple qu’en février 2014, fruit de ce nouveau compagnonnage chef/musiciens. On espère qu’il sera renouvelé !

IMG_2207.JPG

On a lu dans le programme que le concert de samedi sera diffusé sur France Musique le 2 avril prochain à 14 h.

L’amour

Puisque c’est une figure obligée, avant de relater demain le magnifique concert auquel j’ai assisté hier, avec, entre autres, le Poème de l’amour et de la mer de Chausson, une réédition de mon billet de l’an passé pour la Saint-Valentin :

Quelques nuances de rouge

À la veille de la Saint-Valentin, quelques idées pour échapper à la morosité ambiante et à ces tristes nuances de gris qu’on veut nous faire croire érotiques.

La langue russe désigne d’un même mot la beauté et la couleur rouge : красный = rouge, красота = beauté. Les couleurs de l’amour…

Comme cet air de l’opéra Louise de Charpentier, que je ne suis pas loin de considérer comme le plus érotique de la littérature lyrique : « Depuis le jour … » C’est d’ailleurs dans une somptueuse robe de velours rouge que Renée Fleming nous révèle l’extrême sensualité de cette musique :

Depuis le jour où je me suis donnée, 
toute fleurie semble ma destinée…
Je crois rêver sous un ciel de féerie,
l’âme encore grisée de ton premier baiser.
Quelle belle vie!
Mon rêve n’était pas un rève! 
Ah, je suis heureuse!
L’amour étend sur moi ses ailes!
Au jardin de mon coeur chante 
une joie nouvelle!
Tout vibre, tout se réjouit de mon triomphe!
Autour de moi tout est sourire, lumière et fête,
et je tremble délicieusement 
au souvenir charmant
du premier jour d’amour.
Quelle belle vie! 
Ah, je suis heureuse, trop heureuse,
et je tremble délicieusement
au souvenir charmant 
du premier jour d’amour.

Dans un autre registre, je craque toujours à l’écoute de ce duo :

Les duos amoureux sont légion à l’opéra, j’ai une tendresse particulière pour celui de Madame Butterfly, avec une si belle économie de moyens, Puccini exalte toutes les douleurs de cet amour impossible (ici dans le beau film réalisé par Frédéric Mitterrand)

515KNFF4XVL

Et puis il y a et il y aura toujours des millions d’amoureux pour croire que rien ni personne n’arrête l’amour :

L’amour est aussi, et souvent, une nostalgie. Nostalgie des amis disparus, des jours enfuis, comme ici cet extrait d’un Grand Echiquier de Jacques Chancel, où Jessye Norman donne une sophistication inattendue à une valse écrite pour Yvonne Printemps dans la pièce de Jean Anouilh Léocadia : Les chemins de l’amour

Dans le répertoire symphonique, j’ai toujours associé – pourquoi ? – les trois premières symphonies de Schubert à l’idée du sentiment amoureux, la légèreté, l’allégresse de l’amoureux. C’est particulièrement vrai dans les finales, où la joie est sans nuage, l’espoir sans limite.

71-XsUrT5BL._SL1400_

Dernier clin d’oeil à nos plus belles années :

Remaniement, amour et cruauté

Il n’y a que les mauvais esprits qui pourraient oser un parallèle entre l’actualité politique de ce jeudi et le spectacle que j’ai vu hier soir à Montpellier, le dernier opéra de Puccini, Turandot.

La constitution ou le remaniement d’un gouvernement est, de toutes les époques, et sous tous les Présidents de la Vème République, une tragi-comédie humaine. J’en ai connu de ces hommes et de ces femmes qui ont attendu en vain près de leur téléphone (du temps où le portable n’existait pas encore), de ceux aussi qui ont appris leur nomination…ou leur déchéance par la radio ou la télévision. Bref, l’exercice est souvent cruel.

Quant à la nouvelle ministre de la Culture, Audrey Azoulay, elle a bien d’autres dossiers à traiter, mais je sais qu’elle est attentive aux artistes et à leurs difficultés. On veut espérer qu’elle aidera à la solution d’un problème qui n’aurait jamais dû en être un : l’interdiction faite à Julien Chauvin de redonner à son ensemble la totalité du nom du Concert de la Loge Olympique  (https://www.facebook.com/jeanpierre.rousseau/posts/10153432224667602)

De cruauté mais aussi d’amour il fut question, et de fort belle façon, hier soir à l’Opéra Berlioz de Montpellier.

1283477_110_obj8515233-1_667x333

(Photo Marc Ginot)

Je pourrais reprendre à mon compte le papier de Michèle Fisaine dans Le Midi libre (http://www.midilibre.fr/2016/02/09/l-amour-est-vainqueur-quand-turandot-triomphe,1283477.php)

Turandot est peut-être, avec La Bohème, l’opéra de Puccini que j’ai vu le plus souvent. Spectaculaire, exigeant de très gros calibres dans les rôles principaux, Turandot, Calaf, et même Liu. Et surtout fabuleusement écrit pour l’orchestre et les choeurs. Je n’ai jamais compris l’opprobre dans lequel certains directeurs d’opéra tiennent Puccini – Gérard Mortier n’a jamais programmé un Puccini à l’opéra de Paris ! -. Le raffinement de l’écriture, les trouvailles et les audaces harmoniques de Puccini ont heureusement fasciné nombre de jeunes compositeurs du XXème siècle.

Pour la splendeur de l’ensemble, j’ai toujours eu une tendresse pour la version de Karajan, même si aucune des chanteuses n’aurait été crédible (audible ?) sur scène.

 

61ERa2s-CsL

Second choix, mais avec des voix au bon format :

51rJZTt+FtL

Paris s’éveille

La photo que Patrick P. postait dimanche sur Facebook a réveillé d’anciens souvenirs.

12687991_10208743203086454_7533923640684294521_n

La chanson mythique de Jacques Dutronc d’abord (« Le dauphin de la place Dauphine… »)

Pour le jeune provincial que j’étais, la place Dauphine fut un des premiers lieux de ma découverte de Paris et de la vie parisienne. Il y avait, à la toute fin des années 70, un restaurant – je n’ai pas vérifié s’il s’y trouve toujours ! – où l’été venu il faisait bon dîner en terrasse, en plein coeur de la capitale, à l’abri des bruits de la ville. Deux ou trois fois, j’y ai côtoyé, sans jamais oser l’approcher et lui dire mon admiration, Simone Signoret. Elle n’était plus Casque d’or, ni même la Mathilde inoubliable de L’Armée des ombres (1969) de Melville, mais je savais qu’avec elle la nostalgie ne serait plus jamais ce qu’elle avait été…

Paris, quelques années plus tôt, en décembre 1973, c’est une odeur et un disque. Un an après la mort de mon père, j’avais accompagné ma mère de Poitiers à Paris, elle allait rejoindre sa famille en Suisse pour prendre un peu de repos. J’avais quelques heures à passer dans la capitale, et je savais qu’il y avait au début du boulevard Sébastopol un magasin qui me verrait très souvent par la suite – jusqu’à sa fermeture – la FNAC. Et sur le large trottoir devant l’enseigne, de larges bouches de métro, et cette odeur si caractéristique du réseau parisien (qui tend un peu à disparaître avec les rames sur pneumatiques et l’usage de détergents parfumés). Ce jour-là, allez savoir pourquoi, j’ai acheté, contre les conseils du vendeur, deux disques Mozart dirigés par Klemperer.

81xQWZUVY+L._SL1500_61UsY8BKtVL._SL1024_

Paris aujourd’hui, c’est le lancement de la candidature aux Jeux Olympiques de 2024. On se rappelle que la Maire, Anne Hidalgo, n’y était pas favorable, elle privilégiait alors la perspective d’une Exposition universelle. Il faut croire que la puissance du lobby politico-sportif l’a emporté et qu’il y aurait plus de chances de notre côté ?

IMG_2172

Paris vue du 22e étage de la tour de Radio France.

Une forme olympique

Après l’affaire – qui n’en est pas une – de l’accent circonflexe, voici qu’on atteint les sommets du ridicule, avec cette histoire parfaitement relatée dans cet article de l’excellent blog http://wunderkammern.fr/2016/02/09/pour-le-concert-de-la-loge-olympique-cest-bien-plus-quune-question-de-forme/. 

Une jeune formation fait revivre l’une des plus prestigieuses organisations musicales du Siècle des Lumières, le Concert de la Loge Olympique, et la voici taxée d’usurpation d’identité. Mais que disent les instances franc-maçonnes ? elles aussi sont mises en cause par l’utilisation du mot Loge… Comme l’écrit Jean-Christophe Pucek, il est vrai que les instances prétendument représentatives du sport donnent un tel exemple de désintéressement et de droiture, et j’ajouterai de culture… qu’on ne peut être étonné de l’intelligence de la réaction du CNOSF (Pierre de Coubertin réveille toi !)

S’ils écoutaient un peu de Haydn, de ces Symphonies parisiennes écrites par un compositeur en forme olympique :

Longue vie à Julien Chauvin et à ses musiciens de la Loge Olympique version 2016 !

Autre lecture cette fois très réjouissante, le long article que Télérama consacre à Sofi Jeannin, qui est la formidable « dame de choeurs » de Radio France : après la Maitrise – depuis 2008 – Sofi a accepté de prendre la direction du Choeur en 2015. Les résultats artistiques sont là, l’avenir est prometteur, et la personnalité de cette musicienne est exceptionnelle : http://www.telerama.fr/musique/sofi-jeannin-directrice-de-choeurs-de-radio-france-la-musique-classique-renforce-l-estime-de-soi,137684.php#xtor=RSS-28

Le dossier Gould

Sony aura beau exploiter et surexploiter le filon, je ne suis pas près de succomber aux sirènes d’un marketing qui le présente comme « le plus grand génie du piano » : je ne nie pas que Glenn Gould soit un artiste singulier, et par bien des aspects, exceptionnel. Mais non, vraiment non à Glenn Gould dans Bach, Beethoven ou Mozart.

Ce n’est donc pas le pianiste canadien que j’évoque ici, ni la riche et controversée Florence Gould, qui tint l’un des salons les plus courus de Paris (https://fr.wikipedia.org/wiki/Florence_Gould)

Sony ressuscite un autre Gould, l’un de ces illustres inconnus, ou inconnus célèbres, dont tout le monde connaît au moins une oeuvre, mais dont la notoriété n’a jamais franchi l’Atlantique.

Même pour ceux qui n’ont pas l’âge d’avoir connu les Dossiers de l’écran, l’émission mythique de l’ORTF, ou qui n’en connaissent que la formidable parodie de la scène finale de Papy fait de la Résistance

la musique extraite des Spirituals  de Morton Gould (1913-1996) est familière. Pour les cinéphiles, rappelons que le même extrait a été repris par Jean-Pierre Melville dans son chef-d’oeuvre L’armée des ombres.

En réalité Morton Gould  est le prototype du musicien américain du XXème siècle, pour qui la distinction musique sérieuse / musique légère n’avait aucun sens, à l’instar d’un Bernstein, sans doute sans le génie de ce dernier. Arrangeur, compositeur, chef d’orchestre aux multiples talents, défenseur et promoteur de ses contemporains. C’est dans la banque de données de l’IRCAM qu’on trouve le résumé le plus complet et succinct à la fois de la carrière de Gould : http://brahms.ircam.fr/morton-gould

Patriote, c’est aussi à lui qu’on doit la musique de ce film de télévision qui fit prendre conscience au monde entier de l’horreur absolue de l’Holocauste

Morton Gould, c’est l’exaltation passionnée de l’Amérique dans toutes ses dimensions,

comme en témoigne une discographie en partie rééditée dans la collection Living Stereo par RCA. Broadway, Jerome Kern, Cole Porter, ses propres compositions dans des prises de son de référence.

81GUsqTHZXL._SL1500_

Et c’est pour rendre hommage au pionnier, à l’infatigable découvreur de partitions, que RCA réédite, vingt ans après sa mort, les enregistrements de Morton Gould et du Chicago Symphony consacrés à Charles Ives, Nielsen, Copland. Avec en prime une version superlative de ses Spirituals (1941).

81JQNS5YldL._SL1500_81i2jmcUapL._SL1206_

L’amour circonflexe

Il en faut peu pour enflammer les réseaux sociaux, un seul accent, mais circonflexe, une réforme (?) ressortie (par qui? pour quoi ? pourquoi maintenant ?) des cartons où elle dormait depuis 1990.

J’ai aussitôt repensé à une chanson qu’Hélène Delavault avait repris de Marie Dubas : « L’amour au passé défini »

C’est sur la place de la Madeleine
Que nous nous connûmes un beau soir
Vous aviez une allure hautaine
Et moi, j’avais des souliers noirs

Vous traversâtes
Vous vous retournâtes
M’examinâtes
Un soir, un soir
Vous m’attendîtes
Vous me sourîtes
Et vous blêmîtes
Un soir, un soir
Comme je n’ vous parlais pas, vous n’ répondîtes rien
Mais l’aveu de mon coeur, vous l’ devinâtes bien
Et vous le crûtes
Lorsque vous l’ sûtes
Car vous vous tûtes
Un soir, un soir

Nous prîmes le porto en silence
Vous grignotâtes quelques anchois
Puis ensuite sans trop d’ résistance
Vous m’accompagnâtes chez moi

Vous vous assîtes
Vous éteignîtes
Vous m’étreignîtes
Un soir, un soir
Vous m’énervâtes
Vous m’affolâtes
Vous m’épatâtes
Un soir, un soir
Vous frôlâtes mes lèvres en m’appelant « Mon rat »
Vous fermâtes les yeux et soudain dans vos bras
Vous me reçûtes
Et puis vous m’eûtes
Tant que vous pûtes
Un soir, un soir

Hélas, les amours sont fragiles
Je le reconnais maintenant
Bientôt je rompis notre idylle
Et je vous trompai lâchement

Vous m’ soupçonnâtes
Vous m’épiâtes
Vous me pistâtes
Un soir, un soir
Puis vous surgîtes
Vous me surprîtes
Et vous m’haïtes 
Un soir, un soir
Vous me traitâtes à tort de menteuse et d’indigne
Et de votre gousset sortîtes un Browning
Vous m’ajustâtes
Mais vous m’ ratâtes
Et vous caltâtes
Un soir, un soir.

Impayable non ?

Honnêtement, si la langue française doit évoluer – je l’ai souvent évoqué sur ce blog – c’est en la débarrassant des inepties orthographiques qui n’ont aucune raison linguistique ou sémantique. On pourrait ainsi éviter à des imbéciles de prononcer des imbécillités et à des futiles de dire des futilités !