Admiration

« alors admiration »… comme le chante Alain Souchon. « J’aime admirer », c’est ce que répète Jean d’Ormesson dans Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.

71aCizKSElL

C’est bien cela, le ressort, la raison de mon métier, du métier que j’ai embrassé il y a bientôt trente ans à Genève, à la radio suisse romande, avec l’Orchestre de la Suisse romande : l’admiration pour les créateurs, les compositeurs, les interprètes.

Qu’a-t-on reproché finalement à certains communiqués officiels consécutifs à la disparition de Nikolaus Harnoncourt  ?(https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/03/08/hommages-dommages/). Des erreurs factuelles certes, mais surtout l’absence d’une expression personnelle d’empathie, d’admiration !

Je n’ai pas honte à l’avouer, j’ai besoin d’admirer. À commencer par ceux que j’aime. L’amour ne dure et ne perdure au-delà de l’attraction initiale que s’il se nourrit de l’admiration pour ce qu’est l’autre, pour qui est l’autre, et qui n’est pas un simple miroir de soi-même.(surtout pas !).

J’ai une chance incroyable de travailler pour ceux que j’admire, pour ces musiciens qu’adolescent je révérais non comme des idoles, mais comme des idéaux.

Je garde à jamais gravée dans ma mémoire ma première rencontre physique avec Armin Jordan, en septembre 1986. Je venais tout juste d’être recruté par la radio suisse comme « producteur responsable de la musique symphonique » (ça ne s’invente pas !), ignorant à peu près tout du milieu de la musique, avec mon seul enthousiasme comme viatique. Lorsque je vis s’approcher de moi un chef que j’admirais depuis longtemps en secret, et qu’il me dit très simplement : « Alors bienvenue ! on va travailler ensemble… » je sus qu’il me faudrait désormais être à la hauteur de ces personnages magnifiques et complexes qui peupleraient mon univers professionnel.

Trente ans plus tard, je n’ai pas changé. Je masque moins mes sentiments sans doute, j’ai dû côtoyer, parfois travailler avec des musiciens pour qui je n’éprouvais aucune admiration – surtout quand la réalité est si contraire aux apparences, quand la personnalité profonde est à l’exact opposé de l’image qu’on veut donner !- mais j’ai eu, et j’ai encore, tant et tant d’occasions de manifester mon enthousiasme, mon admiration, que je ne m’embarrasse plus de précautions et de convenances. Notre vie musicale ne peut pas être un filet d’eau tiède. Comment susciter l’adhésion d’un public de festival ou d’une saison de concerts si on n’est pas porté par un enthousiasme conquérant, une admiration explicite pour les artistes, les musiciens, les créateurs qu’on programme ?

Qu’a fait d’autre Ernest Ansermet, infatigable bâtisseur, créateur de l’Orchestre de la Suisse romande, que de convaincre son public de le suivre dans ses aventures, ses découvertes ?

91NcLEZyCZL._SL1500_

Hommages, dommages

Et rebelote !

« C’est la dictature de l’émotion, ajoutée à celle de l’hyperbole. Tout disparu devient immédiatement le plus grand, le plus mythique, le plus célèbre » (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/01/11/la-dictature-de-lemotion/)

Nikolaus Harnoncourt avait à peine rendu son dernier souffle (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/03/06/pour-leternite/) que les hommages déferlaient. Tout à fait justifiés s’agissant d’une personnalité de ce calibre. Mais pas n’importe comment.

Gaëtan Naulleau (Diapason), qui est intervenu avec beaucoup de justesse et de compétence sur l’antenne de France Musique, écrit cet après-midi sur Facebook : « Peut-on écrire d’un interprète, même réformateur de génie comme le fut Nikolaus Harnoncourt, qu’il fut un « créateur de génie ». Vaste débat (lui aurait bien sûr refusé l’expression, sans appel), invité impromptu dans l’hommage de la Ministre. 
Maladroit aussi, le détour pro domo par la « démocratisation culturelle », qui n’était vraiment pas le credo d’Harnoncourt. Et laborieuse, que la première phrase est laborieuse (« incarnait le sommet d’une culture et d’un esprit. »). C’est à un communiqué de la ministre française de la Culture qu’il fait allusion. On n’ira pas plus loin…

Mais on se demande à qui et à quoi servent ces déclarations officielles, qui sont comme des figures obligées après le décès d’une personnalité ? Déclarations certes calibrées en fonction de l’exposition médiatique des personnalités concernées. Pas une voix n’avait manqué pour marquer la disparition de Michel Delpech en début d’année, Pierre Boulez aussi, mais on se rappelle que la mort de Dutilleux n’avait suscité aucun hommage présidentiel ou ministériel…

On a dû penser que bien qu’autrichien, né à Berlin et non à Graz comme le dit le communiqué ministériel, Harnoncourt avait une célébrité suffisante pour qu’on se fende d’un compliment.

Mais le manque de discernement ou de mesure n’est pas l’apanage des officiels, tout le monde se croit obligé de réagir en termes dithyrambiques à une disparition qui émeut justement ceux qui admiraient le grand chef. L’exagération ou la surenchère sont les ennemis du respect et de la révérence. Bref, rien de nouveau…

Heureusement, on peut réécouter Harnoncourt, sans perdre son sens critique, aimer passionnément ou rejeter tel ou tel parti interprétatif. Et puis lire ou relire le dernier opus du chef qui était aussi un penseur de la musique, dans la pertinente traduction de Sylvain Fort.

61TAPAY2RPL

 

 

 

Une communauté heureuse

Nikolaus Harnoncourt écrivait, le 6 décembre dernier : « Cher Public, nous sommes devenus une communauté heureuse de découvreurs » (Wir sind eine glückliche Entdeckergemeinschaft geworden). La maladie l’obligeant à quitter la scène, le vieux chef rendait au public le plus vrai et chaleureux des hommages (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/03/06/pour-leternite/).

Tous les hommages rendus à Nikolaus Harnoncourt soulignent  « cette qualité unique, qui impressionnait tellement ceux qui avaient la chance d’échanger longuement avec lui : cette absolue disponibilité, cette passion dialectique qui l’animait, et lui faisait prendre avec le plus grand sérieux les interlocuteurs pourtant bien modestes que nous étions à son échelle. Un Maître au sens littéral du terme, de ceux qui vous font grandir, reconsidérer vos préjugés, bref, qui changent votre vie » (Vincent Agrech sur Facebook).

Lire  l’admirable texte de Sylvain Fort : http://www.forumopera.com/actu/nikolaus-harnoncourt-lhomme-qui-disait-non

Dit autrement, Harnoncourt n’aurait pas eu la place et le rôle qu’il a eus dans la vie musicale, s’il n’avait rencontré un public, des auditeurs, curieux, avides de le suivre dans ses explorations, ses découvertes, ses remises en question.

Cette question du public est essentielle, et centrale dans ma propre démarche professionnelle, j’en ai souvent parlé ici.

Je l’évoquais encore, la veille de la mort de Nikolaus Harnoncourt, vendredi, devant la presse puis devant une salle comble à Montpellier pour présenter l’édition 2016 du Festival de Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon Midi Pyrénées (promis l’an prochain le titre sera plus bref !).

Faire confiance au public, l’inviter au voyage, à la découverte, c’est ce qui devrait guider tous les programmateurs, tous les responsables qui opèrent dans le domaine de la musique  classique. Le festival montpelliérain en a fait depuis plus de trente ans la démonstration : l’audace, l’imagination paient. Une preuve encore pour cette édition 2016 ? d’aucuns craignaient qu’en programmant un ouvrage lyrique inconnu le 26 juillet, en semaine, pour la dernière soirée du festival, on n’attire pas la grande foule. Verdict après une première soirée de vente de billets : c’est cette soirée qui est en tête des ventes ! Il est vrai que l’équipe de musiciens que nous avons réunie est de tout premier ordre et que la notoriété du rôle titre n’est pas étrangère à ce succès. Mais si Sonya Yoncheva a accepté de chanter cette Iris de Mascagni (qui précède de quelques années Madame Butterfly de Puccini), c’est peut-être aussi parce qu’elle fait partie de cette « communauté heureuse de découvreurs » qu’évoquait Nikolaus Harnoncourt…

 

Pour l’éternité

J’allais commencer ce billet lorsque j’ai appris la mort de Nikolaus Harnoncourt. Le vieux chef qui avait si tendrement pris congé de son public le 6 décembre dernier

12299307_1234365516580230_1350780549422149319_n

s’est endormi cette nuit pour toujours.

Je n’ai jamais été un inconditionnel, mais il y a, dans l’histoire de l’interprétation, un avant et un après-Harnoncourt. Je l’avais plusieurs fois évoqué : (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/12/09/aristocrate/) et (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/12/09/retrait-et-retirage/). Son tout dernier disque était un retour à Beethoven, un testament plus encore qu’un témoignage.

51ZuT+XylBL

Au numéro de février de Diapason était jointe la version visionnaire des Saisons de Haydn. Pour l’éternité…

81T0MEQVJGL._SL1500_

Dernier souvenir : en mai 2014, l’Orchestre philharmonique royal de Liège jouait dans la grande salle dorée du Musikverein de Vienne. Christian Arming, qui retrouvait sa ville natale, et moi étions allés rencontrer Thomas Angyan, le vénérable directeur de cette salle mythique. Dans son bureau, un écran de contrôle des différentes salles de répétition du bâtiment : Harnoncourt et son Concentus musicus Wien, les Wiener Symphoniker dirigés par Simone Young, et les Wiener Philharmoniker répétant avec Christoph Eschenbach et Lang Lang. Jean-Luc Votano, clarinette solo de l’orchestre liégeois, lui, s’est glissé dans la salle où Harnoncourt achève sa répétition, et ose aller l’aborder. Je crois qu’il n’est pas encore revenu de la gentillesse et de l’attention que lui a témoignées l’illustre chef…

10372780_10152140361557602_3222502566785973390_n1

 

L’éternel second

Du jour où j’ai découvert l’oeuvre sur un disque du très distingué Thomas Beecham, j’ai aimé l’unique symphonie – en sol mineur – d’Edouard Lalo (1823-1892).

51NZC6EV5EL

Et jusqu’en 2000, je n’étais jamais parvenu à convaincre qui que ce soit, orchestres, chefs, de jouer cette oeuvre en concert, alors que Saint-Saëns (et sa 3ème symphonie), Franck (sa symphonie en ré mineur), D’Indy (sa symphonie « cévenole »), exacts contemporains de Lalo n’avaient jamais quitté l’affiche… Mystère ! Dès que j’en eus la possibilité, et même le pouvoir, je mis cette malheureuse symphonie au programme d’abord d’un concert puis d’un disque de l’Orchestre philharmonique de Liège. 

51F6ltnW8GL

Et à la demande de l’éditeur du disque, j’écrivis même le livret de ce disque : Lalo ou l’éternel second. Le Poulidor de la musique en quelque sorte.

Si sa Symphonie espagnole, écrite pour le violoniste star du XIXème siècle, Pablo de Sarasate, n’était pas restée au répertoire de tous les grands violonistes, et avait maintenu hauts la réputation et le nom de Lalo, il est à parier que l’ombre dans laquelle est demeurée l’essentiel de son oeuvre serait devenue oubli.

Mais l’obstination (la mienne !) finit parfois par payer. Edouard Lalo le mérite.

Je vois avec plaisir sortir le fruit d’une double collaboration engagée il y a plusieurs années entre l’Orchestre philharmonique royal de Liège d’une part, la Chapelle musicale Reine Elisabeth de Belgique et le Palazzetto Bru Zane / Centre de musique romantique française d’autre part. Après l’intégrale des concertos pour violon de Vieuxtemps (direction Patrick Davin), les oeuvres concertantes pour violon et violoncelle de Saint-Saëns (direction Christian Arming), ce sont toutes les pages concertantes de Lalo (direction Jean-Jacques Kantorow) qui sortent ces jours-ci chez Alpha Classics.

71crbDbkkPL._SL1200_71uvupQPNbL._SL1200_

Où l’on voit que la Symphonie espagnole est loin d’être isolée !.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, l’Auditorium de la Maison de la radio à Paris accueille le vendredi 11 mars prochain (http://maisondelaradio.fr/evenement/concerts-du-soir/la-jacquerie-lalo) la reprise de la version de concert de l’opéra inachevé de Lalo La Jacquerie (complété par Victor Cocquard) donnée le 24 juillet 2015 à Montpellier (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/07/25/fraternite/).

Dans la foulée une publication très attendue, une première mondiale au disque, réalisée après le « live » du Festival de Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon :

eess_15_12_La_jacquerie_cov_b06-2 (1).jpg

L’occasion de rappeler que le festival n’en est pas à son coup d’essai avec Lalo, puisqu’un autre ouvrage, Fiesque – qui avait été, sans mauvais jeu de mots, un véritable fiasco à sa création – avait bénéficié d’une équipe de choc pour sa résurrection.

41vFa+py-7L

 

Les merveilles d’Alicia

Un week-end frileux, et c’est l’occasion de chercher le soleil dans sa discothèque. De redécouvrir aussi l’art d’un immense petit bout de femme – cela dit avec toute l’affection et l’admiration qu’on lui porte – Alicia de Larrocha.

Je me rappelle – mais le souvenir est vague – l’avoir encore vue en concert à Genève il y a vingt-cinq ans, un concerto de Mozart je crois, mais ce n’est que plus tard en écoutant ses disques que j’ai mesuré la place singulière que la pianiste espagnole occupe dans la discographie.

Bien sûr oui Albeniz et Granados, et à un degré suprême.

81jtQlcrHjL._SL1000_

5171KCNXSBL

51v-XWV2UKL

Et bien sûr Falla :

Mais aussi idiomatique qu’elle soit dans son répertoire natal, réduire Alicia de Larrocha à la musique espagnole, c’est aussi stupide que de cantonner les pianistes français à Ravel ou Debussy.

Et quand on écoute des bandes récemment rééditées de Mozart ou Beethoven, on mesure à quel point sont inopérantes les catégories en musique.

71lIBnIKVwL._SL1500_81zcpSxCihL._SL1200_`Je ne suis pas sûr qu’Alicia de Larrocha ait jamais eu l’idée – ni qu’on la lui ait suggérée – de graver une intégrale des concertos pour piano de Mozart, mais les quelques gravures qu’elle a laissées, pour l’essentiel dans les dernières années de sa carrière, sont comme des cadeaux, des perles rares, surtout lorsque Georg Solti ou Colin Davis l’accompagnent presque amoureusement.

Retrouver Alicia c’est aussi réécouter Granados (1867-1918), ses Danses espagnoles, ses Goyescas, où jadis le pianiste français Jean-Marc Luisada s’illustra superbement.

51mGcbClEbL

On l’aura compris, l’art de la pianiste espagnole, c’est un inépuisable pays de merveilles. Assez subtilement résumé par ce coffret de 7 CD, qui ne contient rien du répertoire « naturel’ d’Alicia de Larrocha, mais en dit très long sur un art hautement distingué.

51Etk0kiAgL614SJHcSPPL

Eloge de la lenteur

Le vent, une bise glacée, a soufflé en tempête ce week-end sur les bords de l’Oise, où je me reposais d’une semaine plutôt chargée. J’ai revisité une partie de ma discothèque, en quête d’artistes, d’interprètes… apaisants. Deux légendes du XXème siècle, si opposées par leurs origines et leur carrière, aux parcours contemporains, Otto Klemperer (1885-1973) et John Barbirolli (1899-1970), se sont imposées à mes oreilles.

Warner a copieusement réédité le legs imposant du vieux chef allemand réalisé en une vingtaine d’années pour EMI à Londres, avec le Philharmonia. On sait que c’est un homme diminué par plusieurs accidents, affaibli par la maladie, qui a gravé cette somme, et du coup la critique s’est souvent contentée de qualifier Klemperer de marmoréen, impressionnant, grandiose, mais insensible au vent de modernité, de recherche d’authenticité qui soufflait déjà fort sur Bach, Haendel, Haydn ou Mozart du fait de plus jeunes collègues, comme Marriner, Colin Davis, et bientôt Leonhardt, Harnoncourt. La comparaison entre les versions Klemperer (1964) et Davis (1966) du Messie de Haendel est sans pitié pour le grand aîné !

Oui, Klemperer est souvent hiératique, parfois complètement à côté du sujet (concertos brandebourgeois de Bach), ou comme statique (dans un Cosi fan tutte privé de substance dramatique). Et puis, souvent, il vous prend à la gorge, vous impose sa lenteur qui n’est pas absence de mouvement, creuse la partition jusqu’à la sève (les symphonies de Beethoven, Schumann, Brahms, même une étonnante symphonie de Franck !). Parfois c’est la surprise, foudroyante

La 25ème symphonie de Mozart, la plus agitée, la plus Sturm und Drang, de toute la discographie !

C’est le même Klemperer qui, dans Beethoven, vide Fidelio de tout élan et insuffle, au contraire, à la Missa solemnis une énergie, un rayonnement spirituel inégalés :

Et puis, en dehors de tous autres critères, existe-t-il plus haute vision de la Passion selon St Matthieu de Bach ?

Dietrich Fischer-Dieskau nous avait confié, lorsque France-Musique était allé célébrer son 70ème anniversaire dans les studios de la RIAS à Berlin, que l’enregistrement de cette Passion avait été un chemin de croix pour tous les interprètes, Klemperer n’étant pas dans ses meilleurs jours à cause de sa santé. C’est Wilhelm Pitz, le chef de choeur attitré de Bayreuth, qui officiait alors à la tête des choeurs anglais, et c’est à lui qu’en réalité se fièrent solistes, choristes et même musiciens pour faire tenir le tout ensemble…Il n’empêche, c’est bien le Bach de Klemperer.

John Barbirolli, c’est autre chose. C’est une manière d’aborder les grandes arches symphoniques (Brahms, Mahler) comme des fleuves au cours changeant, tour à tour tempétueux ou languide. Donc d’assumer des tempos alentis, contrastés, là où la plupart de ses confrères pressent le pas, confondant souvent vitesse et vivacité, mouvement et animation. Le Sibelius du chef italo-britannique est sans doute celui qui évoque au plus près les immensités de la Carélie, forêts et lacs à perpétuité.

 

Warner vient de republier les symphonies et les ouvertures de Brahms que Sir John avait gravées à Vienne au milieu des années 60, et que j’avais réussi à acheter au fil des ans en disques séparés dans d’improbables collections économiques éphémères. Une expérience singulière, un Brahms qui surprend, mais comme c’est celui – la 4ème symphonie – avec lequel j’ai appris cette musique, je suis en terrain familier.

 

La nostalgie a une patrie : Vienne, un héraut : Barbirolli.

Ave Cesar(s)

Rapide retour sur Les Victoires de la Musique classique ce mercredi. Je ne voulais pas relancer le débat (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/02/23/victoires/), c’est raté ! Mais au-delà de la contestation – légitime, quoique parfois injuste – du palmarès, de la présentation, de l’organisation de la soirée, du « spectacle », de la prise de son, etc., une vraie question a surgi, qui mérite mieux que des invectives ou des propos de comptoir : la musique classique à la télévision, mission impossible ? On y reviendra, parce qu’il y a beaucoup à inventer, plus qu’à reproduire la nostalgie d’émissions comme Le Grand échiquier.

On peut susciter l’émotion autour de la musique classique, avec parfois un simple reportage, comme celui-ci qui m’a doublement ému : parce que c’est un beau projet, et parce qu’il a été initié par mon cher orchestre liégeois (http://rtc.be/reportages/societe/1470091-el-sistema-de-jeunes-musiciens-encadres-par-loprl). Ecoutez bien ce que dit la petite Dina, apprentie violoniste : « Si vous aimez quelque chose, rien n’est difficile ».

Mais l’actualité ce sont les Césars décernés hier soir au Châtelet. Comme pour Les Victoires de la musique, on peut indéfiniment critiquer le principe, la forme, le fond, etc.

On peut aussi se réjouir, d’abord de la vitalité du cinéma français ou francophone, de la qualité de nos réalisateurs, acteurs, scénaristes, comme l’a rappelé, dans un français presque parfait, l’invité d’honneur de la soirée, Michael Douglas (dont la ressemblance avec le vieux Karajan ne m’a jamais semblé aussi forte !)

78575-cesar-2016-michael-douglas-recevra-un-cesar-d-honneur-pour-sa-carrierekarajan-vieux-1980-582-380-homepage

Je n’ai pas vu tous les films primés, loin de là, mais le palmarès de ces 41èmes Césars m’a donné envie de les voir : http://www.telerama.fr/cinema/cesar-2016-fatima-meilleur-film-vincent-lindon-catherine-frot,138891.php.

J’ai l’impression que celles et ceux qui ont été distingués le méritaient. L’émotion (ah oui la fameuse émotion !) des récipiendaires n’était pas feinte, et c’est pour cela qu’on aime Vincent Lindon, Catherine Frot (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/09/17/malentendus/), ou celle que j’appelle Madame Borgen, Sidse Babett Knudsen, et tous les autres…

Mais ce type de soirée, longue, trop longue, n’échappe pas toujours à l’ennui et à la convention. Est-ce pour cela qu’on avait demandé à Florence Foresti (qu’on aime bien par ailleurs) d’en faire des tonnes, avec des saynètes pré-enregistrées qui tombaient comme des cheveux sur la soupe ? Des extraits un peu plus longs des films primés n’auraient pas dépareillé la soirée…

Victoires (suite)

De bons amis m’ont reproché l’enthousiasme aveugle dont j’aurais fait preuve dans mon billet d’hier (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/02/23/victoires/). Comme si j’avais perdu tout esprit critique… c’est mal me connaître.

Renaud Machart n’y va pas de main morte dans Le Monde (http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2016/02/25/aux-victoires-de-la-musique-classique-la-jeune-soprano-qui-ne-voulait-remercier-personne_4871164_1655027.html#xtor=AL-32280515). Il n’a pas tort…

J’ai été triste pour mon cher Menahem Pressler. J’ai eu soudain le sentiment, après l’avoir entendu dans une miraculeuse mazurka de Chopin, que personne ne savait pourquoi il était là. Une Victoire d’Honneur ? mais alors qu’on lui consacre plus qu’une mini-interview bâclée, mal traduite, et manifestement ignorante de la carrière et du rôle de cet artiste dans la vie musicale du XXème siècle. C’était autre chose avec la cérémonie allemande, comparable à nos Victoires, la soirée Echo-Klassik à Berlin le 18 octobre dernier.

On essaiera de faire mieux à Montpellier le 16 juillet prochain…

Heureux d’avoir entendu le poète du piano, Adam Laloum, jouer le mouvement lent du 23ème concerto de Mozart. Comme jadis avec Kempff, la pure beauté naît de l’extrême simplicité.

Et puis heureux évidemment pour les amis justement distingués, Philippe Hersant, qui trace depuis des années, à l’écart des modes et des dogmes, un chemin d’une riche originalité, Bertrand Chamayou, qu’on eût aimé entendre plus longuement que dans ce bref extrait du 1er concerto de Liszt, et, last but non least, Karine Deshayes, rayonnante dans la pleine maturité de ses moyens vocaux et artistiques. Eux aussi, Bertrand et Karine, seront de la fête à Montpellier l’été prochain (tout comme l’Orchestre national du Capitole de Toulouse et Tugan Sokhiev).

 

Victoires

On va tenter de ne pas relancer un débat aussi vieux que ce type de cérémonies : pour ou contre les Victoires de la musique classique – qui ont lieu ce mercredi soir à Toulouse ?

IMG_0939

Juste un point d’histoire, donc un rappel : lorsque France Musique, dont j’avais alors la charge, avait été sollicitée pour diffuser la soirée simultanément avec France 3, il y a une vingtaine d’années, j’avais répondu oui sans hésiter, même si, dans cette grande maison qu’est Radio France, une telle décision devait être avalisée, approuvée par toute une hiérarchie. Je me rappelle les hauts-le-coeur, les mines abattues, de producteurs de la chaîne, mais aussi d’autres collaborateurs, France Musique ne pouvait décemment pas s’abaisser à participer à une opération qui ne visait qu’à soutenir le commerce et l’industrie du disque…Et dont les modalités de vote et de sélection des « nommés » étaient discutables.

Ce sont les mêmes d’ailleurs qui, à la même époque, ne comprenaient pas que je veuille envoyer France Musique (et plus tard d’autres chaînes de Radio France) couvrir un phénomène qui me semblait appelé à se développer considérablement : la Folle Journée de Nantes…

Bref, je n’ai jamais regretté d’avoir poussé la chaîne musicale du service public à s’associer avec le seul prime time de l’année dévolu à la musique classique. Et je regarderai l’émission ce mercredi soir.

Le Figaro d’aujourd’hui consacrait un beau papier à ces jeunes artistes, pour qui une distinction comme Les Victoires de la musique classique a changé la donne. (http://www.lefigaro.fr/musique/2016/02/22/03006-20160222ARTFIG00212-classiques-les-nouveaux-chemins-de-la-reconnaissance.php).

Et tous ceux qui ont été récompensés ces dernières années l’ont mérité, et pour beaucoup, ont réussi à commencer une carrière (quel mot détestable s’agissant d’art) honorable. L’avantage de la jeune génération, c’est qu’elle n’a aucune illusion sur le monde culturel et musical d’aujourd’hui – même si bien des agents sont loin d’avoir évolué dans le même sens ! – et qu’elle connaît les codes, utilise, à bon escient, les modes de communication les plus adaptés à une large diffusion de leur art.

Oui Youtube, les réseaux sociaux, ont révolutionné l’accès à la culture et l’organisation du monde musical. Plus de faux-semblant possible, plus d’entre soi, de pratiques réservées au seul petit milieu professionnel. Instantanément, tel concurrent ou lauréat d’un prestigieux concours peut se faire connaître du monde entier, tel ensemble peut acquérir la notoriété – dès lors que le talent est là – sans passer par la case disque ou tournée de lancement. D’ailleurs, l’enregistrement d’un disque, les engagements, suivent, accompagnent, et ne précèdent plus que rarement le début de carrière.

On ne fait aucun pronostic sur les lauréats de ces Victoires 2016. Parce qu’on connaît tous ces musiciens, qu’on a parfois eu la chance de les repérer, de les soutenir, de les engager au tout début de leur carrière, qu’on aime leur parcours, leur attitude à l’égard des compositeurs et du public.

Beaucoup sont passés à Montpellier dans le cadre du Festival de Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon ou seront présents dans l’édition 2016 (comme Florian Noack ci-dessus)*.

Une mention particulière pour un très beau disque, auquel j’ai pu contribuer, celui d’un merveilleux altiste, Adrien La Marca (le grand frère Christian-Pierre, au violoncelle, n’est pas mal non plus !). Un programme qui lui tenait à coeur, enregistré finalement à la Salle philharmonique de Liège…(L’album « English Delight », hommage à l’alto et aux compositeurs anglais est un voyage sur quatre siècles, de Dowland, Purcell, Vaughan Williams, Bridge, Clarke, Britten à Jonathan Harvey Chacune de ces pièces est liée à un moment spécial du parcours artistique et musical d’Adrien La Marca)

81jMHQX59TL._SL1500_

  • Le détail de l’édition 2016 (11-26 juillet) du Festival de Radio France Montpellier et de la Région Languedoc Roussillon Midi Pyrénées (vivement un nouveau nom pour cette grande région !) sera dévoilé le 4 mars prochain.