Les inattendus (VII) : Adrian Boult et Schumann

Un chef anglais – Adrian Boult – dirigeant Beethoven et Brahms, je n’imaginais pas que cela pût susciter autant d’intérêt et de discussions sur Facebook (Les inattendus : Boult, Beethoven et Brahms)

Continuant d’explorer ma discothèque « boultienne » j’ai retrouvé une série extraordinaire des premiers enregistrements stéréo du chef anglais, republiés par le label First Hand, et en particulier une intégrale vraiment exceptionnelle des symphonies de Schumann :

Si on commence par la 3ème symphonie, dite Rhénane, où la plupart des grandes baguettes fait dans le majestueux, voire le contemplatif, le parti pris d’Adrian Boult est sidérant : quelle allégresse dans le premier mouvement, quelle poésie romantique, allégée de tout empois, dans les mouvements intermédiaires !

La version de Carl Schuricht à Stuttgart le cède de peu à Boult, mais la comparaison avec leurs contemporains, au hasard Klemperer, Karajan, Kubelik, n’est pas à l’avantage de ces derniers.

Dans la Première symphonie, Adrian Boult dirige… ce qu’indique la partition, ne « monumentalise » jamais son propos. Ainsi le troisième mouvement est-il vraiment « molto vivace » :

Comment ne pas admirer la transition entre 3ème et 4ème mouvement de la Quatrième symphonie, où Adrian Boult crée un suspense presque étouffant, sans pourtant sembler solliciter exagérément ni la partition ni son orchestre ?

Un mot des ouvertures de Berlioz qui figurent sur ce triple album. On sait de longue date les affinités des chefs britanniques avec Berlioz (Beecham, Colin Davis, Gardiner…). Ce qu’en fait Adrian Boult ne manque pas d’intérêt, même si la modération des temps peut parfois surprendre. Curieusement Boult semble à distance de la fougue et de l’impétuosité qu’on associe d’ordinaire au compositeur natif de La Côte Saint-André.

La Diva inconnue

Tous les matins du monde d’Alain Corneau, à partir du roman de Pascal Quignard, avait révélé au grand public tout ensemble la viole de gambe, M. de Sainte-Colombe, Marin Marais et Jordi Savall.

On peut en dire autant du film Diva (1981), le premier long-métrage du réalisateur Jean-Jacques Beineix, qui vient de disparaître à 75 ans.

Soudain, grâce à la voix de Wilhelmenia Fernandez, le public se prit de passion pour un air d’un opéra jusqu’alors connu des seuls initiés à l’art lyrique, La Wally, d’Alfredo Catalani (1854-1893)

On mesure mal aujourd’hui l’engouement (et la détestation de la part de certains critiques) que suscitèrent le film d’abord, l’actrice/.chanteuse américaine qui concurrença vite en termes de notoriété sa compatriote Barbara Hendricks, sur tous les plateaux de télévision, et l’opéra italien.

Mais on en resta à peu près là quant à approfondir nos connaissances sur le compositeur et l’opéra. Catalani né quatre ans avant Puccini dans la même ville de Lucques, mort de la tuberculose à 39 ans à Milan, n’a écrit que six opéras, dont deux seulement, inspirés de légendes germaniques, ont connu une certaine notoriété (Loreley en 1890 et La Wally en 1892)

Ce n’est pas faire injure au joli filet de voix de Wilhelmenia Fernandez, que de dire qu’elle n’aurait pas pu chanter le rôle sur scène, celui-ci requérant une ampleur, une couleur, qui ne sont pas les siennes, mais qu’illustrent au disque Renata Tebaldi – même captée sur le tard (1970) – ou Eva Marton;

Mais qui pourrait surpasser Maria Callas dans cet air ?

On ne va pas résumer la carrière de Jean-Jacques Beineix à ce premier film fondateur, on a beaucoup aimé la suite de son parcours cinématographique.

On trouve sur YouTube une représentation (tyrolienne à souhait !) de la Wally donnée au théâtre de Piacenza, avec une distribution plus qu’honnête.

Les inattendus (VI): Adrian Boult, Beethoven et Brahms

J’avais déjà consacré un demi-billet (Plans B) au chef britannique Adrian Boult (1889-1983) qui est resté dans l’histoire pour avoir créé et souvent dirigé plusieurs oeuvres de son compatriote Edward Elgar.

Et comme les clichés ont la vie dure, chef anglais ==> musique anglaise !

Boult et Brahms

C’est évidemment un cliché auquel j’ai échappé depuis longtemps, par exemple en découvrant une version extraordinairement lumineuse, allante, de la Rhapsodie pour contralto et choeur d’hommes de Brahms, qu’on entend beaucoup trop souvent sous d’autres baguettes comme un extrait de requiem !

Je me suis ensuite intéressé au corpus symphonique de Brahms, dont j’avais dû lire ici ou là que Boult était un interprète éclairé.

En écoutant et réécoutant les Brahms d’Adrian Boult, je me demande si on ne tient pas là l’une des plus parfaites visions de ces symphonies.

Peu ont réussi comme lui la si problématique 3ème symphonie : Boult ne fait ni dans la grandiloquence, ni dans le germanisme brumeux, il éclaire les lignes, le balancement schubertien du deuxième mouvement, la nostalgie viennoise du troisième, et l’intense poésie des premier et quatrième mouvements qui se répondent en miroir.

Boult et Beethoven

Mais c’est sans doute chez Beethoven qu’on attend le moins Adrian Boult. Et pourtant l’Anglais a été à bonne école, c’est le cas de le dire, puisque formé à Leipzig par Arthur Nikisch.

Dans le coffret De Bach à Wagner (voir plus haut), il y a une superbe Pastorale (que Warner a rééditée en numérique)

Une Pastorale qui musarde, chante à l’infini, éveille en nous des « sentiments joyeux »

C’est un peu compliqué de trouver les enregistrements beethovéniens de Boult en CD, sur YouTube on trouve un peu tout et n’importe quoi (en qualité de restitution) mais on ne se lasse jamais de l’art de cet immense chef.

Le cor merveilleux de Dale C.

Allez savoir pourquoi, quand on commence à découvrir la musique, des noms vous fascinent et se gravent à jamais dans la mémoire… C’est le cas, depuis mon adolescence, de Dale Clevenger, un nom qui sonnait star de Hollywood, évoquait les grands espaces du Midwest américain. C’était un nom que j’avais vu sur certains de mes premiers disques, comme celui-ci :

Dale Clevenger, le légendaire cor solo de l’orchestre symphonique de Chicago, est mort avant-hier, à 82 ans, en Italie où il s’était retiré après avoir occupé son poste à Chicago de 1966 à sa retraite en 2013 !

Imaginez le bonheur qui fut le mien, lorsque, à l’automne 2006, je passai quelques jours à Chicago, à l’invitation de Louis Langrée (qui faisait alors ses débuts au Lyric Opera, dirigeant Iphigénie en Tauride de Gluck avec Susan Graham dans le rôle titre). Nous avions des places pour un concert du Chicago Symphony, dirigé par Paavo Järvi, avec les Kindertotenlieder de Mahler en première partie (avec Matthias Goerne !), et la monumentale 10ème symphonie de Chostakovitch en seconde partie. Je repérai immédiatement Dale Clevenger, et si je ne l’eusse pas fait visuellement, je l’aurais fait à l’oreille. Tellement il était reconnaissable. Inutile de dire, qu’à 66 ans, Clevenger pouvait en remontrer à tous ses collègues, quant à la sûreté technique et à la projection de son instrument.

Discographie non exhaustive, à commencer par cette pièce de pure virtuosité de Schumann, ce Konzertstück pour 4 cors, dirigé par Daniel Barenboim.

La sérénade pour cor, ténor et orchestre de Britten – déjà citée plus haut – est évidemment un must, autant pour l’un et l’autre solistes et la direction lumineuse de Carlo-Maria Giulini.

Un disque que j’avais acheté à Chicago justement, un double CD dont le titre est explicite – le titre de « Principal » aux Etats-Unis remplace celui de « solo » ou « premier soliste » qu’on trouve en Europe –

C’est en Europe que Dale Clevenger a enregistré le répertoire classique des concertos pour cor (Haydn, Mozart)

Bien entendu, on entend, on reconnaît le cor merveilleux de Dale Clevenger dans nombre d’enregistrements symphoniques réalisés sous la direction des deux chefs qu’il a connus à Chicago, Georg Solti et Daniel Barenboim. Deux exemples éloquents extraits de la Cinquième symphonie de Mahler sous la conduite de l’un et l’autre :

On recherchera aussi les enregistrements de musique de chambre où le cor de Clevenger se fait souvent plus solaire que mélancolique.

Régime de fête (VII) : la marche des Rois

Mon unique petit-fils porte le nom de l’un des rois mages, il n’est donc pas surpris, chaque 6 janvier, qu’on lui demande où sont les deux autres. J’ai bien ri à cette photo, sachant que la grand-mère du petit-fils en question s’appelle Fanny…

Blague à part, je n’ai ni l’envie, ni le temps de faire un long article sur la mythologie des rois mages et de l’Epiphanie. On peut toujours compter sur Jean-Marc Onkelinx pour puiser à bonne source (lire Epiphanie).

La marche des rois

Depuis qu’enfant je la chantais, je ne me suis jamais vraiment soucié de l’origine de la chanson La marche des rois mages.

De bon matin, j’ai rencontré le train
De trois grands Rois qui allaient en voyage,
De bon matin, j’ai rencontré le train
De trois grands Rois dessus le grand chemin.

Venaient d’abord des gardes du corps,
Des gens armés avec trente petits pages,
Venaient d’abord des gardes du corps,
Des gens armés dessus leurs justaucorps.

Puis sur un char doré de toutes parts,
On voit trois Rois modestes comme des anges,
Puis sur un char doré de toutes parts,
Trois Rois debout parmi les étendards.

L’étoile luit et les Rois conduit
Par longs chemins devant une pauvre étable,
L’étoile luit et les Rois conduit
Par longs chemins devant l’humble réduit.

Au fils de Dieu qui naquit en ce lieu
Ils viennent tous présenter leurs hommages,
Au fils de Dieu qui naquit en ce lieu
Ils viennent tous présenter leurs doux vœux.

De beaux présents, or, myrrhe et encens,
Ils vont offrir au maître tant aimable,
De beaux présents, or, myrrhe et encens,
Ils vont offrir au bienheureux enfant
.

Une chanson populaire attribuée à Joseph-François Domergue (1691-1728), curé d’Aramon dans le Gard, mais qui a connu de nombreux avatars, et des versions en provençal et en français.

Je me rappelle une question qui revenait toujours en classe à propos du « train » du premier vers : personne ne comprenait comment on pouvait « rencontrer un train ». Question restée sans réponse durant mon enfance, sans doute pas la faute de nos instituteurs, qui ne menaient – déjà à l’époque ! – pas « grand train ».

Ne pas compter non plus sur les très jolies voix du choeur d’enfants du Bolchoi pour comprendre un traitre mot de la chanson :

C’est évidemment Bizet qui a définitivement popularisé cette Marche des Rois en l’intégrant à sa célèbre musique de scène L’Arlésienne, composée pour le drame éponyme d’Alphonse Daudet :

On sait le tube du répertoire symphonique que c’est devenu, malgré l’échec de la musique de scène. Ce qui ne veut pas dire qu’elle réussit à tous les chefs.

J’aime beaucoup, pour ma part, cette très belle, vigoureuse et poétique version dénichée sur YouTube. J’en profite pour adresser des voeux chaleureux et saluer affectueusement mon amie Nathalie Stutzmann qui, en plus d’être la grande contralto qu’on aime depuis longtemps, est aujourd’hui la meilleure cheffe française en exercice, et l’une des meilleures dans le monde.

Aussi étrange que cela semble, il est plutôt difficile de trouver de bonnes versions notamment de ce Prélude de l’Arlésienne. Souvent trop lent, trop pesant, même sous d’illustres baguettes que, par charité, on ne citera pas.

Comme souvent, pour le répertoire français, on trouve à Montréal avec Charles Dutoit l’esprit festif et transparent de Bizet.

Epiphanie

On ne peut évidemment faire l’impasse sur la seule oeuvre qui porte le nom d’Epiphanie, la « fresque musicale pour violoncelle et orchestre » écrite en 1923 par André Caplet. J’ai au moins deux bonnes raisons de l’évoquer ici. D’abord parce que l’un des plus beaux enregistrements de l’oeuvre a été réalisé par Marc Coppey avec l’Orchestre philharmonique royal de Liège et Pascal Rophé, et ce qu’on ne sait pas forcément, c’est que c’est la suggestion d’Henri Dutilleux lui-même que ce couplage d’Ephiphanie de Caplet avec son chef-d’oeuvre Tout un monde lointain.

Deuxième raison, tout aussi réjouissante, la perspective, maintenant très prochaine, de la réédition d’une des premières grandes versions au disque de l’oeuvre de Caplet, où l’on retrouve (comme par hasard !) Charles Dutoit et surtout l’ami Frédéric Lodéon, du temps où il était le violoncelliste français le plus inspiré, le plus fougueux, le plus flamboyant en effet.

Régime de fête (VI) : aimer, boire et chanter

Un bouquet de voeux ? le titre français de la valse de StraussWein, Weib und Gesang (1869) me va mieux que l’original allemand, il n’impose ni le choix de l’être aimé, ni celui de la boisson !

Cette valse est un marqueur de l’interprétation de ce répertoire, d’abord parce qu’elle comporte une très longue introduction – près de la moitié de la durée de l’oeuvre ! – dont beaucoup de chefs ne savent pas quoi faire, et qu’ils raccourcissent ou suppriment carrément, le plus souvent, ensuite parce que la tendance de nombre de baguettes est à wagnériser, noyer le flot orchestral.

Le seul qui évite tous les pièges de la partition et qui en donne un modèle interprétatif est Willi Boskovsky. Ecoutez comme il avance, accélère même insensiblement, et fait tournoyer les valseurs, à partir de 5′

Le parfait contre-exemple est cet enregistrement de Karajan, tout le début tronqué, et des valses engluées, sans ressort ni rebond. La comparaison est cruelle…

Barenboim 2022

J’ai regardé hier le concert de Nouvel an de Vienne, j’étais plutôt réticent, après l’expérience plutôt désastreuse de l’an passé, et surtout le souvenir très mitigé des précédentes éditions dirigées par le même Daniel Barenboim

J’ai trouvé le chef, pas encore octogénaire, dans une forme physique fragile et – conséquence de cela ? – moins impérieux, moins dans le contrôle permanent. Autre élément surprenant pour les habitués du. chef : la présence des partitions au pupitre, alors qu’il les connaît et dirige toujours par coeur. Comme s’il faisait confiance à ses musiciens, leur lâchait la bride. Et ce fut finalement un concert de Nouvel an beaucoup plus intéressant, vivant, « viennois » que ce que à quoi Barenboim nous avait habitués.

Le contraste est saisissant avec le concert de 2014 – et cette ouverture de Waldmeister maniérée, empesée.

Le concert idéal

J’ai une marotte, je crois l’avoir maintes fois décrite ici (Capitale de la nostalgie), je collectionne les Concerts de Nouvel an, j’ai parfois du mérite ! Aucun, même Carlos Kleiber en 1989 et 1992, n’est parfait de bout en bout.

Je me suis donc amusé, en guise d’étrennes et de voeux de bonne année, à dresser une sorte de concert idéal de Nouvel an, en reprenant le programme d’hier

Journaux du matin (Morgenblätter)

Zubin Mehta en 1995 donne de l’allure et de l’allant à cette valse, où, en 2001 Harnoncourt et plus encore Georges Prêtre en 2010, minaudent, « rubatisent », à en être insupportables.

La Chauve-souris (Die Fledermaus) ouverture

L’ouverture de La Chauve-souris, aussi populaire soit-elle, n’est pas à la portée de toutes les baguettes, et les ratages, même de la part de très grands, sont plus nombreux que les réussites. J’ai été plutôt séduit par ce qu’en a fait Daniel Barenboim hier. Mais de tous les titulaires du podium du Nouvel an viennois, c’est définitivement Carlos Kleiber qui, en 1989, tient la référence.

Ziehrer : Les noctambules / Nachtschwärmer

Pour beaucoup, cette valse chantée… et sifflée de Carl-Michael Ziehrer aura été une découverte. J’ai éprouvé en voyant et en entendant les Wiener Philharmoniker, et surtout en regardant Barenboim comme lointain, hagard, parfois absent, un intense sentiment de nostalgie.

Peu de versions au disque, mais celle-ci qui me permet de signaler ce formidable coffret de l’un des plus grands maîtres de la musique viennoise, Robert Stolz (1880-1975).

Mille et une nuits

Une valse assez souvent programmée le 1er janvier. Evidemment Carlos Kleiber reste le maître, Gustavo Duhamel, en 2017, a encore un peu de chemin à faire pour épouser les sortilèges de cette valse. Mais dans ma discothèque, je reviens finalement assez souvent à un chef, Eugene Ormandy (1899-1985), né Blau-Ormándy Jenő à Budapest.

Musique des sphères

Benoît Duteurtre l’a redit hier, je l’ai souvent écrit ici, Johann Strauss considérait son cadet Josef né en 1827 et mort à 42 ans en 1870, comme « le plus doué » de la famille. La production de Josef Strauß est, par la force des choses, moins abondante que celle de son frère aîné, mais plus riche d’authentiques chefs-d’oeuvre notamment ses valses.

La Musique des sphères, entendue hier, en est un, et particulièrement difficile pour un chef qui voudrait tout contrôler (le meilleur contre-exemple est Christian Thielemann en 2019 !).

Ici, c’est un Karajan malade, au même âge que Barenboim hier (79 ans), qui, un peu à l’instar de son cadet, avait décidé, lors de l’unique concert de Nouvel an qu’il dirigea le 1er janvier 1987, de se laisser porter, d’aimer tout simplement des musiciens qu’il dirigeait depuis si longtemps, et cela donne, comme hier avec Barenboim, la quintessence de la valse viennoise.

Le Danube d’Abbado

Faire un choix dans les centaines de versions du Beau Danube bleu relève de l’impossible. On s’en tiendra donc à une version maintes fois célébrée hier, puisque sortie largement en tête d’un Disques en lice (la défunte tribune de critique de disques de la Radio suisse romande). Sans doute la plus attendue : Claudio Abbado lors du concert du Nouvel an 1988, l’un des deux qu’il dirigea dans les années 80. On ne s’en lasse pas !

Quant à la marche de Radetzky, qu’on finit par ne plus supporter… certains ont critiqué la lenteur du tempo de Barenboim. En l’occurrence, c’est lui qui a raison. Ce n’est pas « cavalerie légère », c’est une marche militaire qu’il faut imaginer à cheval (lire La marche de Radetzky). Harnoncourt en 2001 proposait une « version originale » et marquait les auditeurs justement par la modération de son tempo :

Une vie parisienne

Cette année pas de 31 décembre ni en Namibie, ni à Stockholm, ni à la Semperoper de Dresde, ni à la Staatsoper de Berlin (tiens c’est amusant le concert de l’an des Berliner Philharmoniker vient de s’achever, sur Arte, sous la direction de Lahav Shani – remplaçant Kirill Petrenko – le même Shani était à l’oeuvre il y a trois ans ! -), ni parmi les lions, les zèbres et les éléphants du Kenya, mais chez moi comme l’an passé, pour les mêmes raisons sanitaires, et un nécessaire repos raisonnable.

Vive Offenbach

L’avenue Montaigne, toujours aussi éblouissante.

J’étais hier soir au Théâtre des Champs-Élysées pour un spectacle qui suscite la polémique parmi mes amis (lire La Vie parisienne : le débat continue).

J’avoue ne pas avoir envie de participer à cette polémique, même si j’ai trouvé cette Vie parisienne plutôt déséquilibrée, un peu faiblarde côté vocal, avec un quatrième et un cinquième actes dont je me demande encore ce qu’ils apportaient à l’ouvrage.

Mais visuellement on s’est bien amusés, musicalement on a apprécié la tenue et les timbres des Musiciens du Louvre et découvert, du même coup, un jeune chef plus qu’habile dans ce répertoire si vétilleux, Romain David. Certains ont critiqué la mise en scène de Christian Lacroix, plus souvent habitué à habiller de costumes rutilants ses interprètes.

En dehors de longueurs inutiles, on ne peut regretter la soirée qu’on a passée au Théâtre des Champs-Élysées.

Pourtant très bien placé dans la salle, on a souvent eu l’impression de voix sous-dimensionnées, parfois difficilement audibles. Mais rien n’a pu gâcher notre plaisir – comme mardi soir – en constatant la salle comble, la ferveur du public, alors que tant de tristes nouvelles sont diffusées chaque jour.

Que 2022 nous débarrasse des sombres paysages que nous avons traversés depuis deux ans. Je nous le souhaite ardemment !

Voici la distribution qui jouait ce 30 décembre :

Gabrielle: Florie Valiquette

Gardefeu : Flannan Obé

Bobinet: Florent Deleuil

Le baron de Gondremarck : Marc Labonnette

La baronne : Marion Grange

Métella : Eléonore Pancrazi

Le Brésilien : Eric Huchet

Urbain/Alfred : Laurent Kubla

Pauline : Elena Galitskaya

Joseph : Carl Ghazarossian

Madame de Quimper-Karadec : Ingrid Perruche

Clara : Louise Pingeot

Bertha : Marie Kalinine

Madame de Folle-Verdure : Caroline Meng

Avis mitigés

Je profite de cet entre-deux-fêtes, sans activité « rééducative » post infarctus, pour jouer les touristes à Paris. Content d’ailleurs qu’à la différence de la ridicule valse-hésitation du gouvernement belge (lire Ils n’ont donc rien compris), le gouvernement français n’ait pas décidé la fermeture ou une réduction de jauge intenable des lieux de spectacle et de culture.

Cole Porter

Mardi soir, j’étais donc au théâtre du Châtelet, où je n’étais pas retourné – mon blog en témoigne – depuis cinq ans et le spectacle de clôture de l’ère Choplin (L’anti-déprime). L’affiche promettait : Cole Porter in Paris

On a pu en profiter pour visiter un peu le grand théâtre parisien rénové. Couleurs claires et lumières crues. De la terrasse du 5ème étage (qu’on ne connaissait pas) belle vue sur le centre de Paris.

D’où vient un sentiment de pas totalement réussi, et même d’occasion manquée, dans le spectacle qu’on a vu ? Pourtant on a souvent aimé les musiciens de ce Cole Porter, Les Frivolités parisiennes (Les Bains macabres de Guillaume Connesson, Sainte Nitouche, Le Testament de tante Caroline, etc.). Ils sont toujours remarquables en format jazz band.

C’est sans doute, comme l’écrit Ariane Batelier dans Le Figaro, que : « Cole Porter a vécu à Paris de 1919 à 1939. En figure des Années folles. Il était à la fois le mari de Linda Lee Thomas, milliardaire plus âgée que lui, et l’amant de Boris Kochno, le dernier secrétaire de Serge de Diaghilev, génial créateur des Ballets russes…. On aimerait retrouver cette ambiance dans le show du Châtelet. Voir resplendir la vie de cet homme extravagant qui vivait dans un hôtel particulier au 13, rue Monsieur, se levait à l’aube pour dire ses prières, partait monter à cheval, reprenait ses esprits avec un champagne au bar du Ritz, composait sur un piano blanc et rejoignait à Venise la Café Society d’Elsa Maxwell. Cole Porter in Paris n’en garde malheureusement que la nostalgie« .

Le parti de Christophe Mirambeau, créateur de ce spectacle, de faire un récit musical – Cole Porter est incarné et (mal) chanté par trois interprètes qui se complètent et parfois se superposent – dans une suite de tableaux aux décors minimalistes (on est quand même dans un ancien temple de l’opérette !) ne fonctionne pas. « Pour Cole Porter, auteur de Kiss Me Kate, Can Can ou Anything Goes, il faudrait un show à tout casser, on a un « récit musical », avec textes platement didactiques en français sur la vie du musicien américain, qui enchaînent sur des chansons en anglais. Cole Porter flotte dans des habits trop grands. Cependant, passé la déception, le spectacle, s’il ne comble pas les regards, s’écoute du moins avec un certain plaisir. (Le Figaro)

Je dois aussi ajouter qu’il manque à ce « show » notamment et même surtout chez les chanteurs et chanteuses ces caractérisations vocales qui restent en mémoire une fois éteints les feux de la rampe.

Mais soyons heureux que, malgré une brève interruption pour cause de « cas contact », ce spectacle puisse avoir lieu.

Les frères Morozov

Les Karamazov de Dostoievski étaient trois, les Morozov dont la collection est actuellement présentée à la Fondation Vuitton étaient deux : Ivan né en 1871, mort il y a cent ans le 21 juillet 1821.

Ivan Morozov peint par Edouard Serov devant une toile de Matisse que les frères avaient achetée.

Le frère aîné, Mikhaïl, né en 1870, est mort jeune, à 33 ans.

Avant de dire un mot de ce qu’on a vu ce mercredi, cette remarque sur les conditions d’accueil et de non-respect du public d’un établissement voulu et conçu par Bernard Arnault comme devant être exemplaire.

Comme dans tous les musées, et singulièrement depuis la crise sanitaire, il faut réserver à l’avance une date et une heure.

Ce qu’on avait fait pour 11h30 aujourd’hui. Moyennant quoi, à 11h25, une file immense piétinait sous la pluie (et sans parapluie Vuitton offert par le musée !) tandis que finissaient seulement d’entrer les gens qui avaient réservé pour 11 h!

Le résultat c’est qu’une fois parvenus à l’intérieur, dans un hall d’accueil d’ailleurs exigu où il faut demander son chemin pour trouver les toilettes, ou les vestiaires complètement débordés (la fondation Vuitton doit être le seul musée au monde où on voit des visiteurs se promener dans les salles d’exposition avec des parapluies dégoulinants !), l’affluence est telle qu’il faut prendre la foule à revers et passer au plus près des toiles pour apercevoir ce qu’on nous y présente.

Le respect des distances ? l’aération dans des lieux où les gens s’agglutinent ? Il est vrai qu’à entendre pas mal de réflexions, on se demande ce que certains font ici – ce doit être le « must » à faire à Paris pendant les fêtes !

Quant à l’exposition elle-même, elle mérite la visite, même si on est loin du choc ressenti lors de l’exposition Chtchoukine (L’imprononçable collection) il y a cinq ans.

Une collection certes impressionnante par la quantité d’oeuvres rassemblées, mais peu de chefs-d’oeuvre inconnus ou exceptionnels.

Prédilection des frères Morozov pour Pierre Bonnard.

Ici un portrait de Fiodor Chaliapine par Constantin Korovine.

Un Cézanne bien connu

Un Edvard Munch plus rare.

On est en revanche saisi par les grands décors peints qu’Ivan Morozov avait commandés en 1907 à Maurice Denis pour la salle de musique de son hôtel moscovite.

Régime de fête (IV) : un oratorio pour Noël

L’oratorio de Noël est une oeuvre composée à Leipzig en 1734 par Jean-Sébastien Bach « pour le temps de Noël »

Je ne connais pas meilleure manière de célébrer la joie de Noël, une fête et une oeuvre qui revêtent pour moi un caractère un peu particulier.

D’abord parce que, sans le secours d’une magnifique chaîne humaine (Une expérience singulière), je ne serais peut-être plus là pour fêter ce jour en famille. Durant ma convalescence, j’ai eu et j’ai encore l’occasion d’échanger avec des personnes, connues ou inconnues de moi, qui ont traversé la même épreuve, le même sentiment d’être passé très près d’une issue fatale, et qui ont décidé de voir et de vivre leur vie autrement.

Mais aussi parce que l’Oratorio de Noël est lié à mon premier grand souvenir de radio (lire Une naissance) : la première, le 22 décembre 1987, d’une émission de critique de disques – Disques en Lice – aujourd’hui arrêtée. Le producteur, François Hudry, avait choisi une oeuvre qui allait de soi à cette date-là et invité notamment notre cher Michel Corboz, disparu au début de septembre dernier.

(de g. à d. François Hudry, JPR, Chiara Banchini, Michel Corboz, Pierre Gorjat)

Et si j’ai ouvert cet article par une vidéo de Peter Schreier, c’est évidemment pour rendre hommage à cet immense interprète, chanteur d’opéra et de Lieder, excellent chef, disparu il y a exactement deux ans, le jour de Noël 2019 (Le chanteur de l’Est), mais aussi parce que les invités de Disques en lice avaient placé sa version en tête d’une discographie qui n’est pourtant pas pauvre en réussites.

Tendresse infinie pour la si belle et joyeuse version de Michel Corboz.

Il y a quatre ans, j’avais passé l’entre-deux-fêtes à Leipzig et Dresde. Je revois avec émotion les photos que j’avais prises notamment dans l’église Saint-Thomas de Leipzig, où repose Jean-Sébastien Bach (lire Leipzig ville musique).

Je souhaite à mes lecteurs un Noël placé sous le signe de la fête, de la joie et de l’espérance.

Régime de fête (III) : White Christmas

Il y a un an – on était confinés ! – j’écrivais ceci :

Si comme moi vous ne supportez plus d’entendre de mauvaises versions de chants de Noël – comme Jingle bells – dans les rues commerçantes ou les grandes surfaces, revenez à la tradition des Boston Pops et de leur chef légendaire Arthur Fiedler (1894-1979). Comme à cette pièce qui évoque d’abord l’hiver de Leroy Anderson, écrite en 1948 : Sleigh Ride (23 décembre 2020)

Mais puisque Noël va se fêter en blanc dans tous les massifs montagneux de France et d’Europe, arrêtons-nous sur une chanson White Christmas.

L’histoire de ce tube commence mal pour le compositeur Irving Berlin (1888-1989) et sa seconde épouse Ellin McKay : le 25 décembre 1928 ils perdent leur fils Irving jr, âgé seulement de 24 jours. Chaque année ils vont fleurir sa tombe. C’est le jour de Noël 1941, quelques jours après l’entrée en guerre des Etats-Unis, qu’on entend à la NBC Bing Crosby chanter ce qui va devenir un tube planétaire.

Le 29 mai 1942 Bing Crosby enregistre la chanson dans les studios de Decca avec le John Scott Trotter Orchestra et les Ken Darby Singers. Le single se vendra à cinquante millions d’exemplaires, ce qui en fait le titre le plus vendu dans le monde !

On retrouvera Bing Crosby et Danny Kaye en 1954 dans le film éponyme de Michael Curtiz White Christmas

Le succès planétaire de cette chanson a été amplifié par de multiples reprises, plus ou moins heureuses.

Pas sûr par exemple qu’Elvis Presley soit inoubliable dans cette version :

En revanche, comme toujours, on fond en écoutant Ella Fitzgerald

… ou mon crooner préféré, Dean Martin.

Même Dalida s’y était mise !

On aime beaucoup Jonas Kaufmann, mais on doit bien avouer qu’on n’est pas très convaincu par cette nouveauté

Je vais, pour ma part, en rester à la douce nostalgie des Boston Pops et de leur légendaire conductor Arthur Fiedler

et recommander ce disque improbable, qui reste, à tous égards, un disque de démonstration, une modeste mais merveilleuse chorale suédoise, un petit label, une prise de son exceptionnelle.

Et puis si vous voulez accompagner votre réveillon d’une magnifique « playlist », on recommande sans réserve. ceci :