Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, Polissez-le sans cesse, et le repolissez, Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. (Boileau, L’Art poétique)
La citation, même tronquée ou déformée (« cent fois.. »), est connue et s’applique idéalement aux apprentis musiciens, aux créateurs en général.
Dans mon métier, j’ai souvent regretté de ne pas disposer de plus de temps pour assister aux répétitions d’une formation de musique de chambre, d’un orchestre, d’un opéra. Parce que tout naît de cet inlassable travail, la réussite comme parfois le ratage.
Youtubedonne désormais accès à quantité de documents jusqu’alors cachés dans des archives ou parcimonieusement diffusés en « bonus » de certains DVD. Si on passe sur la qualité parfois médiocre du son et de l’image, on découvre des témoignages passionnants sur le travail des grands chefs, sur la « fabrication » d’une interprétation, d’un son d’ensemble, sur le rapport aussi entre musiciens et chef (certains visages sont éloquents !). En voici quelques-uns et pas des moindres, sur Karajan, Böhmet Carlos Kleiber.
(Préparation du concert de Nouvel an 1992)
Autre document célèbre, filmé par Clouzot, cette répétition de la Quatrième symphonie de Schumannavec les Wiener Symphoniker. Où l’on voit comment un grand chef donne corps à la vision qu’il a de l’oeuvre, modèle et transforme le son de l’orchestre. Autorité et persuasion.
Karl Böhm ne passait pas pour être un monument de gentillesse, mais à la fin de sa vie, il préférait privilégier la qualité de sa belle et longue relation avec les Wiener Philharmoniker.
Deutsche Grammophon avait déjà sorti un beau coffret sur les dernières années du chef autrichien, et en annonce un nouveau sur la période 1953-1972
Petite session de rattrapage ce week-end côté cinéma.
Un hommage un peu tardif, vendredi soir, sur France 3 à Michèle Morgan. Recyclage habile d’interviews, de magazines déjà souvent diffusés, mais revus avec plaisir. En revanche, malgré la touche (et les tics) Lelouch, je trouve que Le Chat et la sourisa mal vieilli.
Entre deux averses de neige, cap ce samedi après-midi sur un petit complexe associatif multi-salles qui propose toujours une belle programmation. Pour voir Neruda, le film du Chilien Pablo Larrain, auteur par ailleurs du très attendu Jackiequi sort en France le 1er février (lire la critique des Inrocks).
Comme l’a souligné la critique, le film ne ressortit pas vraiment au genre du biopic, ni hagiographie d’un grand personnage, le poète communiste Pablo Neruda, ni documentaire critique sur une personnalité complexe. Un récit parfois sinueux, à double entrée, somptueusement filmé, des images et des paysages à couper le souffle, d’excellents acteurs pour incarner notamment Neruda, sa compagne, et le petit flic qui le poursuit.
Je me promets – mais y arriverai-je ? – de me replonger dans Canto General le grand oeuvre de Neruda.
Suite de cette cure de rattrapage cinématographique, cette fois près d’un feu de cheminée. L’embarras du choix devant un coffret de DVD très soigneusement réédités de la première période de Costa Gavras :
Choix vite fait puisque je n’avais encore jamais regardé le tout premier film du cinéaste d’origine grecque Compartiment tueurs.
Distribution éblouissante, la fine fleur de tout ce que le cinéma français de l’époque comptait de stars confirmées et de débutants prometteurs – et à ma connaissance le seul film où sont réunis le mari (Montand), la mère (Signoret) et la fille (Catherine Allégret). Un premier film haletant, hitchcockien par certains plans, une authentique série noire.
un nouvel ouvrage tout frais sorti des presses, que Christian Merlina lui-même sous-titré Biographie d’un orchestre. L’Orchestre philharmonique de Vienne, ce corps musical glorieux s’il en est, célèbre ses 175 ans d’existence, et mérite bien le travail d’orfèvre auquel s’est livré l’auteur depuis plusieurs années. Résultat : un magnifique ouvrage qui peut passionner le plus grand nombre, et pas seulement les admirateurs inconditionnels des Philharmoniker !
L’Orchestre Philharmonique de Vienne est une légende. La formation qui a créé la Deuxième Symphonie de Brahms, la Quatrième de Bruckner ou la Femme sans ombre de Richard Strauss est universellement connue à cause du traditionnel Concert du nouvel an. Convaincu depuis longtemps qu’un orchestre existe d’abord par ses membres, Christian Merlin a résolu d’entreprendre ici la biographie des « Wiener Philharmoniker ». Son ouvrage explore ainsi les spécificités qui font de cet orchestre un phénomène unique au monde : le mode de recrutement des musiciens, leur origine nationale ou ethnique, leur forte dimension familiale, pour ne pas dire dynastique, la place des femmes dans cette communauté longtemps exclusivement masculine, la manière dont ils défendent leur autonomie artistique et renversent le rapport traditionnel au chef d’orchestre, qu’ils élisent et peuvent révoquer, tous ces aspects sont mis sans cesse en parallèle avec la grande histoire, celle de l’Autriche et celle de l’Europe. En fil rouge de cette histoire, l’auteur n’a de cesse de s’interroger sur l’existence et la persistance d’un » style viennois « , revendiqué par ces musiciens se réclamant d’une identité musicale spécifique. Cette exploration est émaillée d’innombrables anecdotes destinées à lui donner vie, notamment grâce aux fortes personnalités des musiciens qui se sont succédé aux différents pupitres. (Présentation de l’éditeur).
En effet, cette phalange unique au monde n’est pas réductible aux viennoiseriesqui ont fait sa célébrité mondiale chaque 1er janvier.
Il y a quelques mois, Deccaet Deutsche Grammophon avaient proposé deux beaux coffrets (palme tout de même à Decca, partenaire historique des Viennois, pour la variété des répertoires et des artistes et la richesse de l’iconographie)
J’ai justement croisé Christian Merlin (qui revenait de Hambourg et de l’inauguration de l’Elbphilharmonie) hier soir à Radio France, où Emmanuel Krivinedirigeait, pour la seule fois de cette saison, l’Orchestre national de France dont il deviendra le directeur musical à part entière en septembre prochain. Evénement mondain et surtout musical. Tout ce que Paris compte dans le monde de la musique, une belle brochette d’anciens présidents de Radio France, comme une avant-première du mandat du bouillant chef français dans la Maison ronde.
Au programme, l’une des symphonies les plus « piégeuses » du répertoire romantique, la 7ème de Dvořák. Qui ne fonctionne au concert que s’il y a plus qu’entente, osmose entre le chef et les musiciens. Ce qu’on a entendu hier augure bien de la relation entre Emmanuel Krivine et l’ONF.
C’était pour moi aussi l’occasion de retrouvailles avec le phénomène Denis Matsuev.
Le 22 juillet 2016, il livrait l’une de ces performances dont il a seul le secret, un Troisième concerto de Rachmaninov qui ne lui pose aucun problème technique et qu’il joue avec une jubilation toujours renouvelée. C’était à Montpellier avec Valery Gergiev et l’orchestre national des jeunes des USA.
Avec Emmanuel Krivine et le National, même feu d’artifice, même élan vital. Et deux généreux bis que cet athlète du clavier adore offrir au public.
Je me pensais pas trop ignorant de la musique suédoise (Le Mozart suédois). À défaut de connaître leurs oeuvres en détail, les noms que je cite dans ce dernier article, et d’autres plus contemporains, me sont familiers.
Sauf un dont je n’avais pas entendu une seule note jusqu’à ce que je mesure ma bévue, aucune excuse valable, pas d’alibi autre qu’un préjugé stupide : oui je pensais qu’avec un prénom et un nom pareils Kurt Atterbergdevait être allemand ou autrichien. Voici que, depuis une semaine, comme les garnements qui ont quelques larcins à se faire pardonner, j’ai mis les bouchées doubles pour combler mes lacunes, et rattraper des décennies d’ignorance.
Parce que la musique de ce contemporain suédois de Sibeliusle Finlandais est tout simplement magnifique, admirable, même si elle n’épouse aucune des audaces du siècle (le vingtième). Romantique elle demeure, et pourtant elle existe d’elle-même sans recourir à l’imitation ou au plagiat. Nordique elle se proclame à l’évidence, les vastes étendues sont exaltées, sans que jamais les longueurs n’ennuient.
De Stockholm j’ai commandé et reçu au début de la semaine dernière la seule intégrale complète au disque des neuf symphonies menée par l’excellent chef finnois Ari Rasilainen.
Chez Chandos, le vétéran Neeme Järvisemble en passe d’avoir bouclé le cycle des oeuvres orchestrales d’Atterberg.
Des amis violoncellistes m’ont signalé le beau concerto écrit pour leur instrument, ici dans une interprétation historique dirigée par le frère du grand chef allemand Eugen Jochum
Quant au concerto pour piano, il a un furieux air de cousinage avec celui de Grieg dès les premières mesures :
Atterberg n’est pas un révolutionnaire, mais il fait la preuve qu’à rebours des modes et des chapelles, un créateur peut construire une oeuvre impressionnante, personnelle, extrêmement attachante.
En guise de conclusion, la plus fraîche, la plus « petite » des symphonies de Kurt Atterberg
ici dans la version récente de Neeme Järvi avec l’orchestre de la ville natale du compositeur.
Cela fait un moment que je veux évoquer un ouvrage dont la sortie est passée presque inaperçue au milieu du flot de bouquins anti-Hollande de l’automne dernier, et je conseille vivement de le lire à ceux qui veulent remettre en perspective tout ce qui s’est passé ces derniers mois dans la vie politique française.
L’auteure n’est pas suspecte d’antipathie à l’égard de la gauche, c’est le moins qu’on puisse dire. La présentation de l’éditeur est éloquente :
Femme de conviction et observatrice aguerrie de notre vie politique, Michèle Cotta brosse le tableau édifiant d’un chaos sans précédent dans l’histoire de la Ve République. Au fil de ses rencontres et de ses échanges avec les principaux acteurs de cette séquence hors normes – de François Hollande, Manuel Valls ou Emmanuel Macron à Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Bayrou et Marine Le Pen –, elle nous plonge dans les coulisses d’une incroyable dérive où la déliquescence des idées se conjugue à l’impuissance des gouvernants, à gauche, et à l’anarchie des ambitions, à droite. Tandis que dans l’opposition, déboussolée par la défaite de 2012, les multiples prétendants à la fonction suprême se livrent, sur fond de scandales financiers, à une lutte au couteau, le pouvoir en place s’abîme dans les divisions et une contestation incessante de l’autorité présidentielle. Sans cacher son désarroi face à la cacophonie gouvernementale, Michèle Cotta nous éclaire sur la façon dont certaines mesures ou réformes emblématiques ont été prises et, parfois, mal engagées. Elle essaie de décrypter la personnalité complexe de François Hollande, souvent commentateur plus qu’acteur de sa propre histoire, et livre les jugements peu amènes du chef de l’État sur une gauche réticente aux contraintes du pouvoir. De son côté, Manuel Valls analyse et dissèque au cours de ses entretiens avec la journaliste les fiascos comme les réussites du quinquennat sans ménager le président, dont il parle avec une grande liberté de ton. Témoin à la fois fasciné et déconcerté de cette foire d’empoigne qui se joue de tous côtés en vue de la présidentielle de 2017, Michèle Cotta s’interroge sur les raisons profondes d’une telle dégradation de notre vie politique. Elle rapporte la réflexion saisissante d’un autre de ses interlocuteurs, Emmanuel Macron : » Quand les ordres anciens meurent, ils se débattent. » Si l’on assiste à l’agonie d’un système, jamais l’issue d’un scrutin présidentiel n’a paru à ce point imprévisible.
Pourquoi lire ce livre maintenant que le président sortant a renoncé à se représenter (Je suis venu vous dire…) , que Sarkozy et Juppé ont été éliminés ? Parce que tout s’explique a posteriori et que les portraits que brosse Michèle Cotta de ceux qui sont encore dans la course – Montebourg, Valls, Hamon, Macron, Mélenchon, Fillon sont d’une justesse, d’une pertinence rares.
Et puis où en est le débat aujourd’hui ? En prise avec les attentes des électeurs ? Pas vraiment sûr.
L’article 49.3 de la Constitution franchement intéresse qui ? Pourquoi en faire un sujet de polémique pré-électorale ? Je ne comprends pas…
Le candidat de la droite François Fillon, sur pratiquement chaque sujet un peu sensible, fait des allers-retours qui rendent son message incompréhensible : sur la santé, la Sécurité sociale, les fonctionnaires. Mais sur la politique internationale, il cultive des amitiés plutôt compromettantes.
Le Premier ministre Bernard Cazeneuve, qu’on a connu mieux inspiré, profite d’une visite à Jarnacpour tacler Emmanuel Macron qui ne se résout pas à satisfaire les oiseaux de mauvais augure qui prédisaient la chute d’une bulle médiatique (Chronique d’une victoire annoncée).
L’air frais, la parole vraie, sont venus la nuit dernière de Hollywood. La victoire du film Elle de Paul Verhoeven et le sacre d’Isabelle Huppertaux Golden Globes. Et, plus important encore, ce que l’actrice française et Meryl Streepont dit, des messages éminemment, authentiquement politiques, comme peut-être on aimerait en entendre du côté de chez nous…
« Do not expect cinema to set up walls and borders » (Isabelle Huppert)
Pour ceux qui, comme moi, ont manqué la diffusion en direct le 1er janvier, on trouve sur Youtube l’intégralité du concert de Nouvel an dirigé par Gustavo Dudamel.
Une bonne manière de refermer la discussion sur les mérites comparés des chefs invités à cette célébration annuelle, comme le défunt Georges Prêtre.
J’assistais hier soir à un autre concert très viennois… à Montpellier. L’Orchestre national de Montpellier donnait, sous la direction de son chef Michael Schønwandt, un copieux programme composé de Schelomod’Ernest Bloch (sous l’archet éloquent de Cyrille Tricoire) et la Cinquième symphonie de Mahler. Je n’avais pas été aussi passionné de bout en bout par une interprétation depuis la version qu’en avait donnée Andris Nelsonsà la Philharmonie de Paris en novembre 2015. Michael Schønwandt privilégie la modernité de l’écriture de Mahler, ne surjoue pas, comme Bernstein, les langueurs viennoises, et démontre surtout la formidable qualité d’ensemble de la phalange qu’il dirige depuis septembre 2015 et à laquelle il a redonné confiance et ambition. Mention spéciale pour le nouveau cor solo Sylvain Carboni, 28 ans, impérial dans le périlleux 3ème mouvement.
Et pour finir en beauté cette séquence viennoise, ce coffret commandé pendant mon séjour suédois et trouvé dans ma boîte aux lettres, qui a toutes les chances de passer inaperçu dans le flot des nouveautés. Une intégrale de plus des concertos de Beethoven, un petit label allemand, un pianiste/chef peu connu en France, mais authentique Viennois, Stefan Vladar. Un artiste qui avait fait le bonheur de plusieurs soirées liégeoises – Festival Mozart de janvier 2006, Festival Brahms en mai 2008, les deux fois sous la baguette de Louis Langrée. En tout cas, ce coffret a conquis l’un des critiques les plus exigeants du magazine Gramophone(« an exceptional set »). La très bonne affaire de ce début d’année !
Notre époque est sans mémoire, elle est aussi sans distance par rapport à l’actualité. Une nouvelle tombe, aussitôt suivie de réactions automatiques. Comme celles qu’ont suscitées les récentes disparitions de Georges Prêtreou Michèle Morgan.
Hier c’était une disparition beaucoup moins médiatique, la cantatrice française Geori Boué, qui avait fait une apparition très applaudie sur la scène de l’Opéra-Comique en février 2013 pour la première de Ciboulettede Reynald Hahn, dont elle avait été la première interprète au disque.
Et la rubrique nécrologique ne risque pas de se tarir dans les mois à venir…
Je posais donc hier une nouvelle fois la question sur Facebook : pourquoi faut-il qu’à chaque disparition d’une personnalité un peu connue, tout le monde tombe dans le panneau de la louange excessive ? Je me suis fait – gentiment – remonter les bretelles par ceux qui me reprochaient de ne pas considérer Georges Prêtre comme le « géant », le « dernier grand chef », le « musicien préféré des Viennois », abondamment décrit par une presse et des réseaux sociaux qui semblent avoir abdiqué tout esprit critique.
Quand on n’ose pas dire les choses comme elles sont, on use de périphrases, et dans le cas du chef disparu qui avait une conception très élastique du respect des partitions qu’il dirigeait, on évoque des « interprétations particulières ». J’en suis bien désolé, mais je ne vois pas ce qu’il y a de « grand » dans le rubato systématique, la désarticulation rythmique, dont Prêtre usait et abusait. Comme dans cette valse de Strauss (Morgenblätter / Les journaux du matin), qui devient sous sa baguette une caricature de l’esprit viennois : à partir de 45’30…
Maintenant je n’ai pas connu le personnage, autrement que brièvement lors de la journée spéciale du 23 décembre 1995 que nous avions consacrée sur France Musique à ElisabethSchwarkopf. Georges Prêtre était venu évoquer la première française de Capricciode Richard Strauss qu’ils avaient donnée à l’Opéra de Paris en 1964, au micro du regretté Jean-Michel Damian.
Il est né le 20 juin 1756, quand Wolfgang est né le 27 janvier 1756, il est mort le 15 décembre 1792 à Stockholm, un an après la mort de Mozart le 5 décembre 1791. Un quasi frère jumeau du Salzbourgeois. Natif de Bavière, Joseph Martin Krausfait, à 22 ans, le choix de la Suède de Gustave III, souverain éclairé et cultivé.
Je n’ai pas attendu mon séjour à Stockholm pour découvrir, écouter et aimer la musique de Kraus, qui a été très bien servie par Petter Sundkvist et l’orchestre de chambre suédois.
Tous les clarinettistes connaissent un autre grand musicien suédois, Bernhard Henrik Crusell, contemporain de Carl Maria von Weber, qui ont, l’un et l’autre, écrit trois grandes oeuvres concertantes pour l’instrument.
Il faut attendre la seconde moitié du XIXème siècle, et surtout le début du XXème, pour entendre une musique plus spécifiquement suédoise, dans le grand mouvement des « musiques nationales » qui se développe d’abord en Europe centrale et en Russie, et gagne l’Europe septentrionale (Grieg, Nielsen, Sibelius). En Suède, les deux grandes figures de ce « nationalisme » musical sont Hugo Alfvenet Wilhelm Stenhammar.
D’Alfven, on ne connaît et joue généralement que sa rhapsodie folklorisante (Rhapsodiesuédoise n°1) Une nuit d’été.
Mais toute son oeuvre symphonique mérite le détour, surtout dans la version idiomatique de Neeme Jârvi :
Quant à Stenhammar, il n’est guère plus prolixe qu’Alfven, et encore moins souvent à l’affiche de nos concerts.
C’est à nouveau les Järvi, père et fils, qui nous donnent le meilleur aperçu de l’oeuvre concertante et symphonique de Stenhammar.
J’évoquerai d’autres figures importantes de la musique suédoise, du XXème siècle et de notre temps, dans un prochain billet.
J’étais dans l’avion quand a retenti la traditionnelle (sempiternelle !) Marche de Radetzkyà la fin du concert du Nouvel an dirigé cette année par Gustavo Dudamel.
Mais Youtube rattrape le temps perdu…(merci à la télévision publique espagnole !)
Tempo parfaitement juste pour ce genre de marche de caractère, qui n’a rien de militaire ni de guerrier. Juste parce que c’est le rythme des chevaux qui défilent, ni trot ni galop. Et puis la marche viennoise doit conserver cette Gemütlichkeit indissociable des grands rassemblements festifs.
J’ai depuis longtemps dans ma discothèque un double album que, même sous la torture, je n’aurais jamais osé avouer posséder. Il y a des plaisirs interdits… Des marches prussiennes et autrichiennes dirigées par un ex-membre du NSDAP. Impensable.
Et pourtant lors d’un festival de mi-saison de l’Orchestre philharmonique de Liège, en janvier 2010, François-Xavier Roth n’avait pas résisté au plaisir de diriger trois harmonies spectaculairement réunies sur la scène de la Salle Philharmonique, et de faire scander par le public l’une de ces marches prussiennes, devenue un tube dans le monde entier :Alte Kameraden (ou Old Comrades)
Et chaque programme de Nouvel An comporte son lot de marches, certes souvent conçues pour célébrer un événement, un anniversaire, très rarement une victoire militaire ou un appel patriotique. Gustavo Dudamel n’y a pas coupé avec cette marche extraite de l’opérette de Franz Lehar, Wiener Frauen. Prise trop rapidement à mon goût (ci-dessous à 2’20)
Les deux fils du père Straussont écrit, à leur tour, une marche « patriotique » (Vaterländischer Marsch) qui emprunte beaucoup à la Radetzky ! Hommage au fondateur de la dynastie ?
Parfois le compositeur et avisé homme d’affaires qu’était Johann Strauss filscherchait à s’attirer les bonnes grâces des puissants (qui l’invitaient à prix d’or avec son orchestre), ainsi cette Napoleon Marschdédiée à Napoléon III (et pas à Napoléon 1er comme le suggère l’illustration de la vidéo ci-dessous)
De nouveau il y a certains codes à respecter, une tradition aristocratique viennoise : Boskovsky sait y faire, et pour cause ! Tandis que le fougueux octogénaire Georges Prêtre lance une attaque de cavalerie…hors sujet !
Zubin Mehta, un habitué des concerts de Nouvel An, a révélé nombre de ces marches de célébration. Comme cet hommage inattendu à la Révolution française, tiré de la dernière opérette de Johann Strauss Die Göttin der Vernunft (La Déesse de la Raison)
Parfois la marche prend une tournure plus martiale, mais ne perd jamais en élégance, comme cette marche de la garde fédérale impériale Auf’s Korn surtout dans sa version chantée.
Si l’on sort de Vienne, il n’est que de penser aux Prom’s à Londres, à nombre de fêtes populaires américaines, ou encore à l’immense concert de la Waldbühne à Berlin. Tous se concluent par des marches reprises par des foules multicolores et de tous âges…
Le 1er janvier 2015 j’écrivais ce texte. En ce 31 décembre 2016, je l’ai à peine retouché, actualisé, pour vous redire mes voeux, à la manière de qui vous savez…
J’avoue J’en ai (parfois) Bavé (pendant l’année enfuie) Et vous Mes amours ? J’avoue, j’ai douté
Avant D’avoir Eu vent De vous Mes amours
A votre Avis Qu’allons-nous vivre ? De l’amour ? De vous A moi Je voue des voeux Mes amours
La vie Ne vaut D’être Vécue Sans amour
Ne vous déplaise En dansant la Javanaise et tant d’autres musiques Nous allons nous aimer Le temps de toute une année de doux aveux
Bien sûr mes premiers souhaits vont à ceux que j’aime, des derniers arrivés à la doyenne de la famille, dont j’ai peine à croire qu’elle va alertement sur ses 90 printemps. Mais eux savent que je n’ai pas besoin d’un premier de l’An pour le leur dire.
Je n’ai jamais aimé cette convention qui oblige à souhaiter la « bonne année » à la terre entière – la corvée des cartes de voeux est heureusement obsolète depuis l’invention de l’écologiquement correct et surtout des réseaux sociaux ! – mais j’ai curieusement toujours pensé, à ce moment précis, à tous ces visages familiers ou inconnus qui composent l’ordinaire de mes jours, ceux qu’on ne voit jamais, qu’on ne remercie jamais, les serveurs, les caissières, les guichetiers, les gardiens, les SDF, liste non exhaustive.
Il y a des regards, des sourires, de simples mots qui illuminent une année, et qui donnent espoir pour celle qui s’ouvre.