Vacances 2022 : Vence, Gitlis, Montand, Signoret

Je racontais avant-hier (Poulenc à Tourrettes-sur-Loup) mon passage récent dans l’arrière pays grassois. Après Tourrettes-sur-Loup, visite obligée de Vence et Saint-Paul-de-Vence

Le festival Gitlis

Selon les sources, le violoniste israélien Ivry Gitlis, disparu le 24 décembre 2020 (lire mon hommage ici), est né le 22… ou le 25 août 1922, il y a cent ans donc, à Haifa.

Pourquoi le citer à propos de Vence ? Parce que les plus anciens d’entre nous – même si je n’y suis jamais allé – ont gardé le souvenir d’une sorte de Woodstock classique, très post 68 baba cool, le festival du Col de Vence fondé précisément en 1971 par Ivry Gitlis. Voici ce qu’il en disait dans Le Monde de la Musique en 2007 (source France Musique):

« Vence, c’était de l’amour. Même le public était artiste. Martha Argerich jouait tous les soirs. Charles Dutoit, Misha Maïsky, Alexandre Rabinovitch étaient là aussi. Leopold Stokowski, qui avait 95 ans, m’avait demandé s’il pouvait diriger ses arrangements de Bach et Haendel. Cziffra est venu deux fois, Igor Markevitch passait « en copain », Frédéric Lodéon aussi. Jean-Pierre Rampal était présent chaque année. Jessye Norman nous a apporté ses « Nuits d’été », le Quatuor Amadeus a joué vaillamment les derniers quatuors de Beethoven au pied du col de Vence devant 1200 personnes blotties dans des sacs de couchage jusqu’à une heure du matin. J’ai croisé l’archet dans le Double concerto de Brahms avec Pierre Fournier… »

Mythique évidemment. Peu ou pas de documents de cette époque, sauf un seul disque gravé par Ivry Gitlis et Martha Argerich, les sonates de Franck et Debussy.

Trouvé à l’occasion de ce billet le concert donné à la Philharmonie de Paris le 7 janvier 2019 en hommage à Ivry Gitlis, 96 ans à l’époque, surtout pour la présence magique de musiciens comme le si regretté Nicholas Angelich. Ne pas manquer le témoignage du quasi-contemporain de Gitlis, mon cher Menahem Pressler (voir La réponse de la musique).

Le village mythique

Saint-Paul-de-Vence, c’est aujourd’hui l’afflux de touristes, les boutiques d’artisanat plus ou moins authentique, les rues étroites. Vite infréquentable sauf à fuir la foule.

J’ai vu très peu de monde s’arrêter devant la Colombe d’Or, où Yves Montand et Simone Signoret se rencontrent en 1951, Ou même jeter un oeil sur les joueurs de pétanque juste en face.

J’ai un souvenir de mon précédent passage à Saint-Paul-de-Vence. Nous avions déjeuné à la Colombe d’Or (à l’intérieur, dans une déco restée dans son jus), déjeuner malheureusement pollué par le bruit et la goujaterie d’une immense tablée de russophones se croyant tout permis que le propriétaire dut finalement, et non sans mal, mettre à la porte. Au moment d’entrer dans le jardin, j’avais vu sortir d’une voiture une petite dame toute voûtée et peu ingambe, que personne ne reconnut, Françoise Giroud.

En écoutant Yves Montand évoquer Saint-Paul-de-Vence, on est évidemment pris de nostalgie, la nostalgie étant le regret mythifié de ce qu’on n’a pas connu…