Le chanteur de l’Est

D’abord un paradoxe : traduit littéralement son nom voudrait dire « crieur » ! C’est pourtant l’un des plus grands chanteurs du XXème siècle qui vient de disparaître, à l’âge de 84 ans : Peter Schreier.

L’incarnation de ce que l’éducation dans une tradition authentique – Dresde, Leipzig – combinée à une habileté politique certaine – Schreier a été de toutes les distinctions du regime communiste est-allemand et a, de fait, bénéficié d’une liberté de mouvement, très parcimonieusement distribuée de l’autre côté du rideau de fer, qui lui a permis de se produire et d’enregistrer aussi bien à l’Ouest qu’à l’Est.

Ce n’est pas le timbre de ténor le plus séduisant qui soit, mais le musicien incomparable perçait sous chaque note et la solidité d’une technique à toute épreuve lui autorisa une longévité assez exceptionnelle. D’autres diront tout ce qu’il a donné dans Mozart, Schubert, Wagner, Schumann et bien sûr Bach et Haendel.

De Peter Schreier je retiens aussi, et peut-être d’abord, le chef d’orchestre qui m’a en grande partie ouvert l’univers des oratorios, messes et cantates de Bach

Le souffle qui parcourt la Messe en si, la Passion selon Saint Jean, et nombre de cantates, continue de m’impressionner et m’émouvoir comme au premier jour.

Tout comme son Requiem de Mozart.

Hommage à un maître qui a fait de la tradition dont il s’est nourri une force vive, irrésistible.

Les beaux jours

Je ne vis pas dans le passé, ni la nostalgie d’un temps que le souvenir embellirait. Mais j’aime parfois à me remémorer les jours heureux, pour y retrouver des permanences qui inspirent l’aujourd’hui et le demain, vérifier que le chemin parcouru n’était pas si mal choisi, que les idéaux d’hier ont tracé leur sillon.

Il y a neuf ans, nous avions célébré les 50 ans d’une phalange à laquelle j’ai consacré quinze années de passion professionnelle, l’Orchestre philharmonique royal de LiègeJe classais ces jours-ci des partitions que je n’avais pas encore eu le temps de ranger depuis mon déménagement de la Cité ardente il y a cinq ans.

J’ai retrouvé l’une d’elles avec une émotion particulière : la Symphonie en trois mouvements que nous avions commandée à Pierre Bartholomée, qu’il allait créer le décembre 2010 à la tête de l’orchestre dont il avait été le directeur musical de 1977 à 1999, et qu’il a eu la délicate attention de me dédicacer. 

J’ai voulu retrouver la trace de ce moment particulier de l’histoire de la phalange belge. L’excellent film réalisé par Laurent Stine – L’accord parfait – est disponible en quatre parties. C’est l’occasion d’y revivre nombre de moments forts – Pierre Bartholomée de retour devant « son » orchestre.

Louis Langrée, Pascal Rophé, tant de visages familiers de musiciens…

et dans ce deuxième « épisode », outre Pierre Bartholomée, un autre personnage considérable, le compositeur Philippe Boesmans, qui évoque le concerto pour violon qu’il écrivit en 1980 pour Richard Piéta et l’orchestre de Liège

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ainsi que le Capriccio pour deux pianos, une commande de l’OPRL, qu’il terminait d’écrire pour les soeurs Labèque. Les trois oeuvres concertantes que Philippe Boesmans a écrites pour l’OPRL ont été enregistrées tout récemment, un disque salué par la critique unanime à sa sortie.

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Au hasard de ce documentaire, répondant à des questions sur l’orchestre, son répertoire, la musique contemporaine, le public, l’accès à la musique classique, j’exprimais un point de vue, des convictions, je relatais une expérience, qui n’ont, je le crois, rien perdu de leur force ni de leur actualité.