L’opéra honteux

En écho à mon billet d’hier, et puisque nous sommes le jour de Pâques, petit retour sur cet opéra que je suis allé entendre à l’opéra de Split (Croatie) : Cavalleria Rusticana de Mascagni  (http://fr.wikipedia.org/wiki/Cavalleria_rusticana).

J’ai été frappé de lire, sur Facebook, plusieurs commentaires d’amis, dont d’éminents spécialistes de la chose lyrique, avouant comme honteusement leur passion pour cet ouvrage, confessant l’émotion qui les étreint à l’écoute des airs de Santuzza ou Turridu. Mascagni, Leoncavallo, tous ces compositeurs « véristes« , ne seraient pas assez chic pour ceux qui tolèrent tout juste Puccini et ses drames domestiques…

Mais les goûts musicaux comme culinaires n’ont que faire de la bien-pensance.

C’est avec Karajan (tiens, comme pour la Veuve Joyeuse !) et la mythique version enregistrée à La Scala que j’ai découvert et aimé cette Cavalleria. Sur Youtube on trouve l’intégralité d’une version légèrement postérieure à voir pour les amateurs de kitsch… et de beau chant

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Je me rappelle, comme si c’était hier, le doublé magnifique réussi par José Cura sur la scène de l’Opéra royal de Wallonie à Liège (en novembre 2012) qui proposait un couplage, en tout cas fréquent au disque, de cette Cavalleria et du Pagliacci de Leoncavallo. Et José Cura, le soir de ses 50 ans, d’enchaîner les deux rôles de Turridu et de Canio… On n’est pas près d’oublier la performance d’acteur et de chanteur du ténor argentin !

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Il n’y a définitivement aucune honte à aimer tel opéra, tel genre de musique, surtout quand, en permanence, au restaurant, dans les lieux publics, on est agressé par une vague soupe sonore d’une vulgarité abyssale…

Sur les traces de Tintin

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Par bien des aspects, ce mini-périple dans les Balkans m’a donné l’impression de revivre un peu les aventures de Tintin dans le huitième album d’HergéLe Sceptre d’Ottokar. Singulièrement dans l’ancienne capitale royale du MonténégroCetinje, mais tout le long du parcours qui m’a mené de Dubrovnik à Podgorica, puis de Mostar à Split, traversant quatre pays de l’ex-Yougoslavie.

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J’ai même eu droit à une vraie Bianca Castafiore, non pas à l’opéra de Klow, mais dans le petit théâtre de Split. Une version concertante d’un ouvrage de circonstance en cette veille de Pâques, Cavalleria Rusticana de MascagniImageImage

On restera discret sur les qualités approximatives de l’orchestre, le public âgé et clairsemé, plus admiratif de la belle prestation du choeur, et carrément impressionné d’abord par la Santuzza pulpeuse et les moyens vocaux de Kristina Kolar et surtout par un ténor de 34 ans, au physique et à l’accoutrement dignes d’un candidat de The Voice, doté d’une voix absolument magnifique dans toute la tessiture du rôle redoutable entre tous de Turridu. Je ne sais pas si c’est le nouveau Jonas Kaufmann ou José Cura, mais ce Domagoj Dorotic a tout – puissance, justesse, éclat, rondeur – de l’étoffe des plus grands. Et j’ai aimé particulièrement qu’il ne tombe jamais dans les outrances et les sanglots que certains de ses illustres aînés s’autorisaient dans cet ouvrage emblématique du « vérisme ».

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 Une idée – toute récente – filmée dans des conditions précaires à Zagreb il y a moins d’un mois – de ce ténor dont le talent ne devrait pas rester confiné aux scènes croates si l’on veut m’en croire…

https://www.youtube.com/watch?v=S8BF9ZwLfsA