Les anniversaires 2024 (IV) : Spontini

Avant-dernier épisode de cette mini-série de début d’année, même si je n’ai pas épuisé le réservoir des naissances de compositeurs. Quant aux morts, je trouve toujours absurdes ces commémorations de la disparition de Fauré, Puccini, Milhaud, pour ne citer que ceux qui cochent la case 2024 !

Aujourd’hui un compositeur qu’on aurait peut-être oublié si Maria Callas d’abord, Riccardo Muti ensuite ne l’avaient servi avec autant de talent : Gaspare Spontini, né il y a 250 ans le 14 novembre 1774 à Ancone, mort le 24 janvier 1851 dans la même ville.

Wilhelm Titel : Portrait de Spontini et sa femme (Pommersches Landesmuseum)

Le fait qu’il y ait une très chic rue Spontini, dans le 16e arrondissement de Paris, atteste que notre Italien non seulement vécut dans la capitale française – de 1803 à 1820 -, mais qu’il y trouva amour (il épouse en 1811 Marie-Catherine Erard, la fille du célèbre facteur de pianos) et honneurs (il est fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1818 après avoir composé une cantate à la gloire de Napoléon et servi comme « compositeur particulier de la chambre » de l’impératrice Joséphine).

Son oeuvre la plus célèbre, la seule qui soit encore jouée régulièrement – elle est à l’affiche de l’Opéra de Paris en juin prochain – est son opéra La Vestale, créé le 15 décembre 1807 sur un livret d’Etienne de Jouy.

Et puisqu’on est dans les anniversaires, c’est le 7 décembre 1954, il y a 70 ans donc, que La Vestale ouvrit la saison de la Scala de Milan avec Maria Callas dans le rôle-titre et dans la mise en scène de Luchino

Il faut préciser ici que l’opéra créé en français a bénéficié de la part de Spontini de deux autres versions, en allemand d’abord pour sa création à Vienne en 1810, puis en italien pour la première à Naples en 1811. C’est cette dernière version que Maria Callas chante en 1954.

En cherchant des documents sur cette Vestale scaligère, je suis tombé sur cet entretien croisé avec Maria Callas et Visconti, que je ne résiste pas au plaisir de placer ici.

La version moderne est évidemment celle de Riccardo Muti, captée à La Scala, mais en français !

On doit à Riccardo Muti une autre merveille, l’ouvrage plus tardif en allemand de Spontini, Agnes von Hohenstaufen. En 1970 avec un. casting de rêve :

Mention ici d’un de mes disques de chevet : l’inoubliable Anita Cerquetti y chante un air, traduit en italien de cette Agnes.

D’un opéra l’autre

Deux soirées pour le moins contrastées : vendredi à l’Opéra Bastille, hier à l’Opéra royal du château de Versailles.

Je n’ai aucun souvenir d’avoir vu Un bal masqué de Verdi sur scène (ou peut-être à Genève il y a une trentaine d’années ?). On a saisi l’occasion de voir la production proposée par l’Opéra Bastille, une reprise d’une mise en scène de Gilbert Deflo qui doit dater d’une bonne dizaine d’années.

Rien à dire de plus que cet article : Quand Sondra est là tout va ! Sondra Radvanovsky est, en effet, la reine de la soirée, son Amelia est impressionnante. Mêmes compliments pour Nina Minasyan, formidable Oscar. Pour le reste, mieux vaut ne pas s’appesantir.

On va réécouter l’une de ces versions, pour se rappeler que l’opéra c’est aussi, d’abord, un chef !

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En sortant de l’opéra, personne ne pouvait ignorer que la région Occitanie sait se vendre !

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Tout autre genre, tout autre cadre hier soir.

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On est toujours heureux d’aller à l’opéra royal du château de Versailles. D’abord parce qu’on y est toujours bien accueilli par le maître des lieux, l’infatigable Laurent Brunner, ensuite bien sûr parce que le cadre tout à la fois grandiose et intime de cette salle est un bonheur chaque fois renouvelé pour les yeux comme pour les oreilles.

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Hier donc, on venait entendre en vrai le contre-ténor argentin Franco FagioliSans doute parce que j’ai longtemps eu des réticences, voire des résistances à l’égard de ce genre de voix (lire Paroles de star). J’admirais l’art mais quelque chose dans le timbre ou l’expression de certains de ces chanteurs m’irritait, me gênait. Fagioli a fait tomber mes réticences, dans les disques où je l’ai découvert. La richesse, l’homogénéité de la voix, un timbre délicatement ombré, le parallèle qui s’impose naturellement avec les contraltos féminins, Bartoli ou Stutzmann.

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Fagioli était venu « vendre » son nouvel album Haendel.

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Une soirée comme un enchantement permanent ! Un interprète constamment inspiré, ne cherchant pas la facilité, la beauté de la ligne de chant, un souffle comme inépuisable. Excellemment soutenu par le jeune orchestre baroque italien Il Pomo d’Oro.

Promis, on sera désormais plus attentif aux prochaines prestations de Franco Fagioli !