Les raretés de l’été (XII) : Arthur Fiedler les racines européennes

Suite de ma mini-série sur Arthur Fiedler.(voir Arthur Fiedler le chef américain)

Arthur Fiedler naît à Boston le 17 décembre 1894. Ainsi il est l’un des rares grands chefs américains du XXe siècle, l’autre étant Leonard Bernstein – à être né sur le sol américain. Certes son père Emanuel Fiedler est d’origine autrichienne et travaille comme violoniste dans le Boston Symphony. Il va d’ailleurs suivre son père qui retourne vivre en Autriche à sa retraite et étudier notamment le violon à Berlin auprès de Willy Hess. Il quitte l’Europe de ses études lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, revient à Boston, est engagé à son tour en 1915 comme violoniste au Boston Symphony. Dès 1924, il forme avec quelques collègues le Boston Sinfonietta, en attendant de prendre la direction en 1930 des Boston Pops, fondés 35 ans plus tôt pour employer les musiciens du Boston Symphony durant la saison estivale.

On reviendra sur ce qui a fait la gloire du couple Boston Pops / Fiedler, cette capacité de propager, dans des conditions artistiques optimales – avec l’un des meilleurs orchestres au monde – les mélodies, les musiques de films, les thèmes populaires – cf. le premier chapitre de cette série : Fiedler l’Américain.

Mais dans l’héritage discographique du chef, il y a beaucoup d »enregistrements qui, encore une fois, ne sont jamais cités, ni critiqués, et qui sont pourtant à mettre au sommet, comme les musiques d’Europe centrale, et singulièrement les viennoises. Là où Bernstein n’a jamais trouvé la clé – la valse viennoise -, où Ormandy enjolivait parfois outrageusement, où Fritz Reiner était parfois d’une austérité excessive, Arthur Fiedler révèle le grand chef qui a tout compris de ces répertoires, parce qu’il les a appris à la source.

Vienne à Boston

Le lien d’Arthur Fiedler avec la famille Strauss est double. Il semblerait qu’il ait joué, lorsqu’il a suivi son père à Vienne, dans l’orchestre du fils d’Eduard Strauss, le dernier des frères (1835-1919). Mais c’est surtout la présence de Johann Strauss – celui dont on célèbre cette année le bicentenaire de la naissance – à Boston en 1872 pour le World’s Peace Jubilee and International Music Festival qui est restée gravée dans la mémoire des Bostoniens.

La version d’Arthur Fiedler de la fameuse Valse des Empereurs / Kaiserwalzer (*) n’est pas loin d’être ma préférée.

(*) D’abord intitulée Hand in Hand, cette valse composée lors de la visite de Guillaume II de Prusse à Vienne change de titre, lors de la visite retour de François Joseph à Berlin le 21 octobre 1889, et devient Kaiserwalzer – qu’il faudrait donc traduire par Valse des… empereurs.

La suite tirée d’airs d’opérettes de Lehar est toute nostalgie Mitteleuropa – en dépit du titre plutôt ridicule du disque qui la contient

Et que dire de cette ouverture de SuppéCavalerie légère – dont le titre est souvent contredit par l’interprétation !

Merci à Fiedler d’avoir aussi enregistré cette ouverture de l’opérette Fatinitza du même Suppé, le seul autre enregistrement que j’en ai est celui de Charles Dutoit à Montréal

Mitteleuropa

On s’éloigne du Danube pour rejoindre le cours tumultueux de la Vltava – la Moldau est nettement plus prononçable !

Il y a surtout une somptueuse version de la Symphonie n°9 dite du Nouveau Monde de Dvořák, qu’Arthur Fiedler enregistre en 1970 avec le Boston Symphony.

Une version que j’ai découverte récemment, incluse dans un coffret censé regrouper les enregistrements de William Steinberg et du Boston Symphony pour RCA !

Exemplaire aussi cette vision de la célèbre rhapsodie roumaine n°1 d’Enesco : écoutez cette vivacité, cette liberté rhapsodique dans l’énoncé des thèmes populaires – dont l’Alouette – qui ont inspiré le compositeur roumain.

Vive la France !

Ce n’est évidemment pas à Arthur Fiedler qu’on demandait d’enregistrer le grand répertoire – rien qu’à Boston, entre Koussevitzky, Munch, Leinsdorf, Steinberg, et même Ozawa, pour ne citer que les titulaires du Boston Symphony, qui étaient aux commandes durant le mandat de Fiedler aux Pops, il y avait le choix. Mais on a laissé au roi Arthur quelques « créneaux » comme cette Gaîté Parisienne (Munch l’enregistrera aussi… mais à Londres)

Et puis il y a cet enregistrement surprenant – c’était une première aux Etats-Unis – de la suite que le compositeur russe Rodion Chtchédrine (qui s’écrit en russe avec deux fois moins de lettres : Щедрин) a réalisée pour cordes et percussions sur des thèmes de Carmen de Bizet :

Les racines irlandaises

Quand on évoque les racines européennes d’Arthur Fiedler, il est impossible – et ce serait bien dommage ! – d’oublier qu’encore aujourd’hui plus de 20% de la population de Boston se déclare d’origine irlandaise. C’est dire si les concerts monumentaux – les Irish Nights – qu’a dirigés à plusieurs reprises Fiedler sont des incontournables de sa discographie

L’éditeur a laissé tous les bruits de la fête, et on se prend à entonner tel ou tel hymne à l’écoute d’un tel événement.

Prochain épisode : Fiedler star de l’époque.

Et toujours mes https://brevesdeblog.wordpress.com/

L’été 24 (VI) : les Frenchies à Hollywood

Mon ami Lionel Bringuier ne cachait pas sa joie de revenir diriger, il y a une quinzaine de jours, dans ce lieu mythique qu’est le Hollywood Bowl à Los Angeles.

En 2023, c’est Louis Langrée qui, remplaçant un jeune chef empêché, conquit le public et la critique de ce festival permanent d’été

Pour mon premier grand voyage dans l’Ouest américain, en juillet 1999, j’avais réussi à obtenir des billets (à des prix prétendument populaires, mais déjà élevés !) pour un concert sobrement intitulé Vive la France !. Avec un chef que je connaissais un peu par le disque, John Mauceri, et un invité surprenant qui y faisait ses débuts, le mime Marcel Marceau (1923-2007). A vrai dire, je venais moins pour la musique, même si écouter l’orchestre de Los Angeles (qui joue un soir sur deux sous son nom, l’autre soir comme « Hollywood Bowl Orchestra », question de contrats !) est un plaisir qui se goûte, que pour l’ambiance de ce gigantesque pique-nique en plein air ! Je n’avais pas gardé un souvenir impérissable de la prestation du chef ni même du mime. Je n’étais pas le seul si j’en crois cet article du Los Angeles Times que je viens de retrouver : Movies, Marceau Give French Accent to Bowl.

Felix Slatkin ou la grande époque

Pour les discophiles comme moi, le Hollywood Bowl Orchestra est à jamais associé à un chef disparu pourtant dans la fleur de l’âge à 47 ans, Felix Slatkin (1915-1963), père d’un autre grand chef américain Leonard Slatkin qui fête dans quelques jours son 80e anniversaire. Il y a quatre ans, j’avais évoqué un magnifique et très précieux coffret de 13 CD qui regroupe le legs discographique de Felix Slatkin avec « son » Hollywood Bowl.

Quand on consulte le détail des enregistrements (voir ci-dessous) on reste songeur et surtout admiratif de l’art fait d’autant de rigueur que de charme de Felix Slatkin, dans des répertoires qui ne se limitent pas au seul continent américain

Le coffret Scribendum est en promotion actuellement sur prestomusic !

Albéniz: Triana from « Iberia »

J. S. Bach: Air from BWV1068

J. S. Bach: Prelude & Fugue No.8, BWV 853

Bizet: Farandole from « L’Arlésienne »

Britten: Young Person’s Guide to the Orchestra, Op. 34

Caplet: Conte Fantastique (The Masque of Red Death)

Carlos Chávez: Toccata for Percussion

Debussy: Petite Suite (orch. by H. Büsser)

Delibes: Pizzicato Polka from « Sylvia »

Delius: On Hearing the First Cuckoo in Spring

Delius: Summer Night on the River

Delius: Intermezzo from ‘Hassan’

Delius: Serenade from ‘Hassan’

Delius: Caprice for Cello and Orchestra

Delius: Elegy for Cello and Orchestra

Delius: Prelude to ‘Irmelin’

Ernst von Dohnányi: Variations on a Nursery Theme, Op.25

Gershwin: Porgy and Bess, A Symphonic Picture

Gershwin: Rhapsody in Blue

Gershwin: An American in Paris

Glière: Russian Sailors’ Dance from « The Red Poppy »

Morton Gould: Latin-American Symphonette

Grieg: Norwegian Dance No.2

Grieg: Peer Gynt Suites I & II

Grofé: Grand Canyon Suite

Grofé: Mississippi Suite

Ibert: Divertissement

Ippolitov-Ivanov: Caucasian Sketches, Op.10

Kabalevsky: Galop from « The Comedians »

Khachaturian: Sabre Dance from « Gayaneh »

Mendelssohn: Piano Concerto in D flat

Mendelssohn: A Midsummer Night’s Dream

Massenet: Navarraise from « Le Cid »

Massenet: Méditation from « Thaïs »

McDonald: From Childhood Suite for Harp and Orchestra

Milhaud: Concerto for Percussion and Small Orchestra

Offenbach: Gaîté Parisienne (arr. Manuel Rosenthal)

Ravel: Boléro

Ravel: 1812 Overture

Ravel: Pavane for a dead princess

Rimsky-Korsakov: Capriccio Espagnol

Rimsky-Korsakov: Flight of the Bumble Bee

Rossini: William Tell Overture

Saint-Saëns: Carnival of the Animals

Saint-Saëns: Bacchanale from « Samson et Delilah »

Saint-Saëns: Introduction and Rondo Capriccioso

Sarasate: Zigeunerweisen 

Johann Strauss II: Artist’s Life

Johann Strauss II: Vienna Life

Johann Strauss II: Waltz from « Tales from the Vienna Wood »

Johann Strauss II: You and You from « Die Fledermaus »

Johann Strauss II: On the Beautiful Blue Danube

Johann Strauss II: Emperor Waltz

Johann Strauss II: Voices of Spring

Richard Strauss: Waltzes from « Der Rosenkavalier »

Suppé: Light Cavalry Overture 

Tchaikovsky: The Nutcracker Suite

Tchaikovsky: Andante Cantabile

Tchaikovsky: Serenade for Strings

Tchaikovsky: Waltz from « The Sleeping Beauty »

Villa-Lobos: Bachianas Brasileiras No. 1, W.246

Waldteufel: Skaters’ Waltz

Waldteufel: España 

Weinberger: Polka from « Schwanda the Bagpiper »

Arrangements by A.R. Marino:

Arkansas traveler (Traditional)

Orange blossoms special (Traditional)

Listen to the mockingbird (Traditional)

Faded love (B. Wills)

Fisher’s horn pipe (Traditional)

Chicken reel (J.M. Daly)

Devil’s dream (Traditional)

Turkey in the straw (Traditional)

Back up and push (Traditional)

Maiden’s prayer (Traditional)

Golden slippers (Traditional)

Fire on the mountain (Traditional)

Felix Slatkin (1915-1963) – Amerigo R. Marino (1925-1988)

Brass Pizzicato from « Symphony No.4 » by Tchaikovsky

Hi-Fi Hero from « Symphony No.4 » by Beethoven

For Elise from « Für Elise » by Beethoven

Pensive Prelude from « Prelude in C sharp minor by Rachmaninoff

Carmen’s Hoedown from « Carmen » by Bizet

Wistful Haven from « Symphony of the New World » by Dvořák

Run Strings Run from « Rondo in D » by Mozart

Winter’s Sadness from « Violin Concerto » by Tchaikovsky

The Merry Cobbler from « Zapeteado » by Sarasate

Havana Mist from « Havanaise » by Saint-Saëns

Three Plus Two from Symphony No.6 by Tchaikovsky

Twist the Can-Can from « Orpheus in the Underworld » by Offenbach

Reveille (Traditional)

U.S. Field Artillery march (Sousa)

Anchors Aweigh (Zimmerman)

U.S. Marines on Parade (Mancini)

U.S. Air Force song (Crawford)

Semper Paratus (van Boskerck)

Stars and Stripes Forever (Sousa)

Semper Fidelis (Sousa)

National Emblem (Bagley)

El Capitan (Sousa)

The Washington Post (Sousa)

The Thunderer (Sousa)

Under the Double Eagle (J.F. Wagner)

American Patrol (Meacham)

The Star-Spangled Banner (Smith)

Taps (Traditional)

Charge! (Arnaud)

Drummer Boys (Arnaud)

Buglers Dream (Arnaud)

Fifes and Drums (Arnaud)

Bagpipes and Drums (Arnaud)

When Johnny Comes Marching Home (Arnaud)

Bonanza (Livingston; Evans)

Golden Earrings (Livingston; Evans; Young)

Spellbound (David; Rózsa)

Terry’s Theme from Limelight (Chaplin)

Theme from A Summer Place (Steiner)

Peter Gunn (Mancini)

Love Is A Many Splendored Thing (Webster; Fain)

Three Coins in The Fountain (Styne; Cahn)

Mr. Lucky (Mancini)

Gigi (Lerner; Vian; Loewe)

Green Leaves of Summer (Tiomkin; Webster)

Around the World (Adamson; Young)

Unchained Melody (A. North; H. Zaret)

The Magnificent 7 (E. Bernstein)

My Own True Love “Tara’s Theme” (M. David; M. Steiner)

Last Date (F. Cramer)

Song from Moulin Rouge “Where Is Your Heart” (Auric; Engvick)

Theme from The Sundowners (Tiomkin)

Laura (D. Raskin; J. Mercer)

Never on Sunday (B. Towne; M. Hadjidakis)

Exodus (M. Gould)

Night Theme (R. Peterson; W. Cogswell)

Smile (Chaplin; Parsons; Turner)

It’s Not Forever (D. Marks; D. Duran)

Label