La nonne et son ténor

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C’est le spectacle à ne pas manquer, en ce début juin, à Paris. La Nonne sanglante, le deuxième opéra de Gounod, ressuscité à l’Opéra-Comique.

Deuxième représentation hier soir, devant une salle comble et à l’enthousiasme généreux, devant une brochette rare de directeurs et anciens directeurs d’opéra – on a vu ou salué Alain Surrans (Angers-Nantes Opéra), Jean-Louis Grinda (Monte-Carlo, Chorégies d’Orange), Hugues Gall, Jean-Paul Cluzel (ex-Opéra de Paris), Thierry Fouquet (ex-Opéra-Comique, ex-Bordeaux), mais aussi Philippe Meyer, Michel Fau, Bertrand Tavernier…

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Evidemment attirés, comme moi, par une rumeur très favorable, confirmée par les premières critiques parues dans ForumoperaLe Monde.

On connaît le travail du Palazzetto Bru Zane qui s’est attaché cette année à célébrer le bicentenaire de Charles Gounod pendant tout ce mois de juin à Paris. La liste est déjà longue des ouvrages – et des compositeurs – que l’enthousiasme inaltérable de l’équipe du Palazzetto a permis de remettre au jour.

Et, à l’Opéra-Comique même, que de redécouvertes : Le Comte Ory en décembre dernier, Le Timbre d’argent  en juin 2017, Fantasio, Le Pré aux Clercset bien d’autres sous l’ère Deschamps (Du rire aux larmes)

Mais toutes ces redécouvertes ne sont pas d’égal intérêt pour le mélomane, alors qu’on se demande, après la soirée d’hier, pourquoi on n’a jamais remonté cette Nonne sanglante, qui n’égale peut-être pas les chefs-d’oeuvre de Gounod, Faust et Roméo et Juliette, mais que je trouve nettement plus intéressante que Mireille. 

Pas de longueurs, de tunnels, de tournures creuses, une veine mélodique qui semble inépuisable, de très beaux airs, un choeur souvent sollicité, que demander de plus ?

Honneur d’abord au magnifique Rodolphe de Michael Spyres (Ceci n’est pas un opéra), dont on ne finirait pas de tresser les louanges, mais aussi à tous les autres rôles (la Nonne de Marion Lebègue, l’Agnès de Vannina Santoni, l’Arthur de la pétillante Jodie Devos, l’impressionnant Ermite de Jean Teitgen, l’impeccable Enguerrand de Hys, etc.), le choeur Accentus et l’Insula orchestra. 

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Le classique c’est jeune(s)

Non je ne relance pas le débat – qui n’en est pas un d’ailleurs ! – sur le public de la musique classique, l’aspect supposément élitaire du concert classique, etc.. Je me suis souvent exprimé sur ce blog, et pense avoir démontré l’inanité de ces clichés dans mes responsabilités passées et actuelles. Pour faire simple, ceux qui véhiculent ces clichés – et malheureusement ils sont encore nombreux – sont ceux qu’on ne voit jamais au concert !

Je viens d’assister coup sur coup à deux concerts, très (trop ?) classiques dans leurs programmes, dont les interprètes témoignaient, s’il en était besoin, que la valeur n’attend définitivement pas le nombre des années.

Jérémie Rhorer dirigeait jeudi soir, au Théâtre des Champs-Elysées, le Requiem de Verdi. À la tête de l’Orchestre National de France et du Choeur de Radio France. Avec un quatuor de solistes où le baryton-basse Ildebrando d’Arcangelo faisait figure de grand aîné du haut de ses 46 ans ! J’en entendais autour de moi douter qu’une aussi jeune équipe soit de taille à affronter le chef-d’oeuvre de Verdi, j’ai même lu des critiques dans le même sens. Toujours les clichés… Moi j’ai entendu des voix ardentes, musiciennes, qui ne faisaient pas un numéro de bête de scène. Et je suis sorti heureux de cette soirée*

Vendredi soir, à l’Auditorium de la Maison de la radio, l’attraction c’était un musicien de 27 ans, le pianiste et chef israélien Lahav Shani.

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Le microcosme musical ne parle que de lui depuis deux ou trois ans. Surtout depuis qu’il a remplacé, au pied levé, Philippe Jordan dans une tournée de l’Orchestre symphonique de Vienne il y a quelques mois, ou Franz Welser-Moest avec l’autre phalange viennoise, les Wiener Philharmoniker ! Un surdoué à l’évidence. Avec l’Orchestre philharmonique de Radio France, il avait choisi un programme à la fois populaire et original : les danses symphoniques de West Side Story de Bernstein, le second concerto pour piano – qu’on ne donne jamais en concert ! – et la 9ème symphonie de Chostakovitch. 

Un concert à réécouter absolument sur  France Musique*

En ce dimanche d’automne, une musique qui accompagne idéalement les couleurs de la saison, le deuxième mouvement du second concerto de Chostakovitch que Lahav Shani jouait et dirigeait du clavier.

14670825_10154047344087602_6121464812218372206_n*J’ai pris le parti de ne pas faire de critique des concerts auxquels j’assiste. Ce n’est pas mon rôle. Mais je ne peux m’interdire d’exprimer mon enthousiasme. Et ces deux soirées m’ont enthousiasmé !