L’été 24 (V): retrouver Rafael Orozco et José Iturbi

Ridicule

Qu’est-ce qu’on aime, en France, s’auto-flageller, se disputer pour tout et rien, surtout rien d’ailleurs ! Se réjouir, simplement se réjouir, c’est possible ? pour moi oui : Paris 2024, hymnes à l’amour, Les classiques de l’ouverture.

Ridicules ces polémiques à propos d’une scène – qui n’est pas la Cène – sur la Seine, toutes ces photos de la Maire de Paris (médaille d’or pour elle) avec des athlètes qui ne lui doivent rien, ces visites en province d’une autoproclamée Première ministre qui ne sera pas nommée…

Orozco enfin

Cela faisait longtemps qu’on l’attendait, la réédition des enregistrements réalisés au mitan des années 70 par le pianiste espagnol Rafael Orozco (1946-1996) à qui j’ai consacré déjà plusieurs billets ici (Un grand d’Espagne), que j’avais applaudi une seule fois en récital, au Théâtre des Champs-Elysées, dans une fabuleuse intégrale d’Iberia d’Albeniz

Je râle toujours à propos du coût de ces rééditions, surtout en France (20 € d’écart entre la FNAC et un site anglais !)

Mais le contenu est à la hauteur de nos attentes, et de nos souvenirs. Les concertos de Rachmaninov sont bien connus depuis toujours, le reste avait peu ou prou disparu.

CD 1
CHOPIN 
Piano Concerto No. 2
Andante spianato et Grande Polonaise brillante
Edo de Waart

CD 2
CHOPIN 
The Four Scherzos
Nocturne Op. 62 No. 2;* Berceuse
*FIRST RELEASE ON CD

CD 3
CHOPIN Piano Sonata No. 2
LISZT Piano Sonata in B minor

CD 4
SCHUMANN Kreisleriana; Fantasie

CD 5
RACHMANINOFF Works for Piano
Preludes Opp. 3/2, 32/10* & 23/5; Melodie Op. 3/3; Polichinelle Op. 3/4*; Liebesleid (after Kreisler); Études-tableaux Opp. 33/3,* 33/6* & 39/5*; Moment musical Op. 16/3*
*FIRST RELEASE ON CD

CD 6
RACHMANINOFF Piano Concertos Nos. 1 & 4
Edo de Waart

CD 7
TCHAIKOVSKY Piano Concerto No. 1
RACHMANINOFF Piano Concerto No. 2
Edo de Waart

CD 8
RACHMANINOFF Piano Concerto No. 3
Rhapsody on a theme of Paganini
Edo de Waart

L’Espagnol d’Hollywood

J’ai ressorti de ma discothèque un double CD que j’y avais à vrai dire un peu oublié.

Jean-Charles Hoffelé a rappelé quel Prince du son était le pianiste né en 1895 à Valence, mort à Los Angeles en 1980.

On lira l’excellent article de Christophe Huss dans Le Devoir pour retrouver le destin exceptionnel de ce musicien : José Iturbi, l’inconnu le plus célèbre de la musique

J’ai sur mon piano une photo que je conserve précieusement depuis que la compagne du chef d’orchestre Paul Strauss (1922-2007), directeur musical de l’orchestre de Liège de 1967 à 1977, m’avait confié plusieurs documents lui ayant appartenu.

Quel bonheur ineffable d’écouter de superbes enregistrements réalisés à la fin des années 50, ce piano profond très bien capté, où la virtuosité n’efface jamais l’élégance du chant.

Comme L’Isle joyeuse de Debussy :

Les raretés du confinement (XV) : Déconfinement, Thomas Pesquet, Milva, Christa Ludwig, André Previn, Svetlanov

Déconfinement

Dans Le Figaro du 22 avril, ceci : Beaucoup de directeurs de festival poussent au pass sanitaire ou au QR code sur l’application Anti-Covid: « «Je ne trouve pas ça plus attentatoire aux libertés que l’attitude irresponsable de quelques-uns, qui empêche tous les autres de travailler ou de vivre. Et je suis sûr que le public comprendrait», dit Jean-Pierre Rousseau (lire Les festivals de l’été).

Il arrive – parfois – qu’on soit entendu, et que l’optimisme raisonnable que je manifestais le 7 avril dernier en annonçant l’édition 2021 du Festival Radio France Occitanie Montpellier se traduise désormais en certitude.

Le président de la République, ce matin dans la presse régionale (voir Le Midi Libre), donne enfin des perspectives, un calendrier précis. Oui l’été sera festif !

Cette chronique est peut-être une des dernières !

19 avril : Veronica la cheffe russe

Du compositeur arménien Aram Khatchaturian (1903-1978) on connaît surtout ses ballets Gayaneh et Spartacus ou Mascarade, une musique de scène pour une pièce de Liermontov. J’ai redécouvert dans ma discothèque une oeuvre beaucoup plus rare… dirigée par une cheffe d’orchestre russe ! La Veuve de Valence est une musique de scène écrite par Khatchaturian, en 1939/40, pour la pièce éponyme de Lope de la Vega, qui devient une brillante suite d’orchestre en 1953. Espagnolades garanties, revues à la manière arménienne !

Quant à Veronica Dudarova (1916-2009) c’est la première femme cheffe d’orchestre au monde à diriger un orchestre permanent au XXème siècle. Elle prend la direction de l’orchestre symphonique d’Etat de Moscou en 1947 et dirigera jusqu’en 2007 !

Aram Khatchaturian : La Veuve de Valence, suite d’orchestre

Orchestre symphonique d’Etat de Moscou

dir. Veronica Dudarova

20 avril : La Veuve de Gardiner

John Eliot Gardiner fête aujourd’hui ses 78 ans.Dans son abondante discographie, où dominent Bach, Haendel, les baroques, les premiers romantiques, la Veuve joyeuse enregistrée il y a 25 ans à Vienne fait figure de glorieuse exception. On n’a pas refait mieux depuis…

21 avril : Elizabeth a 95 ans

Nul ne peut ignorer que la reine Elizabeth fête aujourd’hui ses 95 ans, cinq jours après les funérailles de celui qu’elle épousa en 1947. C’est pour le couronnement du roi George II en 1727 que George Friedrich Haendel écrit Zadok the Priest. Depuis lors, ce Coronation Anthem est joué à chaque couronnement.

Il le fut donc en 1953 lors de celui d’Elizabeth II.

Neville Marriner (1924-2016) dirige le choeur et l’ Academy of St Martin in the Fields

22 avril : Julia Varady, bientôt 80 ans

J’ai depuis longtemps une admiration infinie pour la cantatrice d’origine roumaine, Julia Varady (lire mes souvenirs de ses débuts à Carnegie Hall : Julia Varady à Carnegie Hall)

Je me rappelle, entre bien d’autres prestations incomparables, sa formidable incarnation d’Abigaille dans le Nabucco de Verdi qui a ouvert l’ère Gall à l’Opéra Bastille en septembre 1995.

Julia Varady a gravé, pour Orfeo, plusieurs disques d’airs d’opéra, de Verdi notamment, avec le plus aimant et le plus aimé des chefs d’orchestre, son mari Dietrich Fischer-Dieskau (1925-2012)

23 avril : Thomas Pesquet, de la Terre aux étoiles

Au moment où Thomas Pesquet se confine pour six mois dans la station spatiale internationale, revue – non exhaustive – de quelques musiques des sphères (De la terre aux étoiles) et pour moi la plus ardente, et pourtant méconnue, des versions des Planètes de Holst. Et quelle prise de son !

James Levine dirige le Chicago Symphony Orchestra

24 avril : Le roi des étoiles

Thomas Pesquet est le nouveau roi des étoiles. En 1911, Stravinsky écrit « Le roi des étoiles » une brève cantate (moins de 6′) sur un poème de Constantin Balmont, pour choeur d’hommes et grand orchestre.

Au début de sa carrière, Michael Tilson Thomas en donne une très belle version.

Stravinsky : Le roi des étoiles / The King of Stars (Zvezdoliki)

New England Conservatory Chorus · Lorna Cooke De Varon

Boston Symphony Orchestra

dir. Michael Tilson Thomas (1972)

25 avril : Christa Ludwig… et Milva

La disparition de Christa Ludwig ce 24 avril a occulté celle d’une autre chanteuse, la veille, Maria Ilva Biolcati, plus connue sous le pseudonyme de Milva.

Christa Ludwig est morte hier à 93 ans.

Carrière immense, personnalité rayonnante, voix admirable, tous les hommages seront rendus à la cantatrice disparue (Eternelle Christa Ludwig)

Elle n’était pas que l’inoubliable interprète de Beethoven, Schubert, Schumann, Mahler, Wagner, elle pouvait aussi être la facétieuse Old Lady du Candide d’un Leonard Bernstein qu’elle adorait :

26 avril : Christa en Adalgise

Hommage à Christa Ludwig (suite): (Eternelle Christa Ludwig).

Cette fois, dans un répertoire où elle n’a fait que de rares incursions, mais un duo inoubliable avec Maria Callas dans l’enregistrement de Norma de Bellini dirigé par Tullio Serafin en 1961;

Bellini: Norma (duo Mira o Norma)

Maria Callas

Christa Ludwig

Orchestre du Teatro alla Scala Milan

dir. Tullio Serafin

27 avril : Christa en Orlofsky

Christa Ludwig était plutôt Richard que Johann Strauss. Elle a tout de même interprété – au disque en tout cas – le rôle travesti du prince Orlofsky dans La Chauve-souris / Die Fledermaus de Johann Strauss, dans une version injustement méconnue de 1959 – Elisabeth Schwarzkopf avait été remplacée au dernier moment par Gerda Schreyer – dirigée par le chef suisse, d’origine roumaine, Otto Ackermann, trop tôt disparu en 1960.

Christa Ludwig n’en rajoute pas dans l’exotisme de pacotille, ni dans la caricature.

28 avril : la valse des empereurs

Warner Classics & Erato publie un coffret de 96 CD avec la totalité des enregistrements réalisés par André Previn (1929-2019) pour HMV et Teldec (lire :Réévaluation).

Du très connu, et du très rare, comme l’unique valse de Johann Strauss que Previn ait jamais enregistrée.

D’abord intitulée Hand in Hand, cette valse composée lors de la visite de Guillaume II de Prusse à Vienne change de titre, lors de la visite retour de François Joseph à Berlin le 21 octobre 1889, et devient Kaiserwalzer – qu’il faudrait donc traduire par Valse des… empereurs.

Sans doute cette valse rappelait-elle à André Previn ses origines berlinoises…

29 avril : Svetlanov au piano

Le grand chef russe Evgueni Svetlanov (1928-2002) – lire Le génie de Genia – était aussi un excellent pianiste et un compositeur qui s’est soigneusement tenu à l’écart de la modernité.

Dans son unique concerto pour piano, il est le soliste, dirigé par Maxime Chostakovitch à la tête de l’Orchestre de la radio-télévision d’URSS.

Evgueni Svetlanov: concerto pour piano en do m

Evgueni Svetlanov, piano

Orchestre symphonique de la Radio-Télévision d’URSS dir. Maxime Chostakovitch

Légendes vivantes

Demain, peut-être, je commenterai l’actualité politique de ce week-end. Mais en cette fin de dimanche après-midi pluvieuse, je veux plutôt faire partager mes enthousiasmes… pianistiques. J’ai acheté trois magnifiques coffrets, dont je reparlerai en détail, et en ai profité pour ressortir de ma discothèque des disques que je n’avais plus écoutés depuis longtemps. Et quelles (re)découvertes !!

Grâce à François Hudry, j’ai eu la chance de faire la connaissance, il y a maintenant un bon quart de siècle, d’une merveilleuse musicienne, la pianiste espagnole Teresa Llacuna, qui a enregistré quelques trop rares disques, dans les années 70, pour EMI. Je me rappelais ses  Falla de référence, mais je n’avais prêté qu’une oreille distraite à ses Granados, qui m’ont littéralement scotché sur mon fauteuil cet après-midi. Warner serait très inspiré de republier ces enregistrements, surtout en cette année centenaire de la mort de Granados !

61topMd0K6L

Honte à moi, je n’avais jamais écouté Elisabeth Leonskaia dans Schubert, alors que je l’admire depuis longtemps dans Brahms, Chopin ou Schumann. Mais, allez savoir pourquoi, je n’associais pas spontanément la grande pianiste russe à l’univers schubertien. Et j’avais grand tort. On ne peut que remercier Warner de publier ce magnifique coffret, sur lequel je reviendrai.

71a2irTGkDL._SL1216_

Qui se rappelle aujourd’hui les débuts, couvés par le grand Artur Rubinstein, d’un tout jeune pianiste français François-René Duchâble ? Et d’admirables disques Chopin, comme une intégrale des Etudes que je ne suis pas loin de considérer comme une référence.

710OJ17o--L._SL1216_

Enfin une fabuleuse réédition, tout le legs discographique du pianiste américain, parisien d’adoption Julius KatchenOn y reviendra avec gourmandise, tant il y a de trésors dans ce coffret.

51lsnetD72L

Et puis, pour illuminer définitivement ce dimanche soir, cet écho d’un tout récent concert des Prom’s. Phénoménal en effet…