Un fils de théâtre

Toujours cette méfiance initiale pour les pièces à succès. Ridicule, comme si le succès était nécessairement démagogique…

Après le Tartuffe d’Arditi  et Weber, au théâtre de la Porte Saint-Martin (lire La Scala et Tartuffe), j’ai finalement vu une pièce de Florian Zeller, qui enchaîne les succès sur les planches.

J’avais deux bonnes raisons de voir la reprise du Fils, une histoire de père, de mère, et d’enfant. Histoire de culpabilité qui lamine ; histoire d’écritures aussi… Que Florian Zeller s’attaque au Fils, et on a l’impression que la boucle est bouclée, ou plutôt une trilogie familiale patraque et disloquée. En 2010, il créait la Mère, personnage ultra dépressif magistralement interprété par Catherine Hiegel. En 2012, vint un Père possédé par Alzheimer qu’incarnait superbement Robert Hirsch. Voilà qu’apparaît aujourd’hui ce fils adolescent en proie au naufrage intérieur — Nicolas —, que le metteur en scène Ladislas Chollat, habitué des univers tortueux de Zeller, a confié au jeune et très électrique acteur de cinéma Rod Paradot (Télérama).

Rod Paradot, 22 ans, Molière de la révélation théâtrale pour ce rôle qui lui colle à l’âme et à la peau, qu’on avait découvert comme beaucoup dans La Tête haute d’Emmanuelle Bercot (2016) qui lui avait valu un César du meilleur espoir masculin.

Ma deuxième raison, c’était Florence Darel, l’amie, l’épouse de Pascal Dusapin, l’actrice de cinéma (Rohmer, Biette, Rivette…) encore jamais vue – à ma grande honte – sur une scène de théâtre.

img_1696(Ici chez Chaumette, en janvier 2015, avec, de gauche à droite, Pascal Dusapin, Florence Darel, Daniel Harding et Barbara Hannigan)

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Comment qualifier ce qu’on a vu à la Comédie des Champs-Elysées ? On a craint au départ, avouons-le, d’assister à une sorte de télé-réalité, une suite de séquences assez convenue – un divorce, un ado mal dans sa peau, des personnages de parents un peu caricaturaux -, et puis on s’est laissé prendre comme le critique de Télérama :

« Le drame de Zeller bouleverse parce qu’il raconte — pour une fois sobrement — tout ce que la douleur d’un enfant qui se tait, qui ne peut plus parler, peut avoir de tragiquement énigmatique. Rendant l’entourage impuissant et même l’amour inutile. Les scènes s’enchaînent ; sèches et cliniques. Le père et sa jeune épouse tentent de remettre Nicolas dans les rails ; sa mère le couve désespérément de loin. « Le mal vient de plus loin », dirait la Phèdre de Racine. D’où ? C’est l’horreur sans fond des indicibles peines et invincibles chagrins, de ces abîmes de l’être dont nul n’est responsable ni coupable que Florian Zeller donne à pressentir ici avec une lumineuse et terrible délicatesse. Dans des décors presque abstraits, comme pour parer à la difficulté d’exister, Ladislas Chollat a dirigé avec rigueur ses acteurs. Et tous sont d’une magnifique et émouvante justesse. Qui concernera bien des pères, bien des mères. Bien des adolescents peut-être. » 

Les larmes affleurent plus d’une fois. Tous les acteurs sont justes, vraisemblables, pudiques. Une pièce à voir assurément, au risque d’une émotion persistante.

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555, nombre magique ! Celui des sonates pour clavier de Domenico Scarlattice compositeur génial, né à Naples en 1685 mort à Madrid en 1727.

1RKa0gAuTcaWSkN3f41cvwLe numéro de juin-juillet de Diapason évoque ce corpus absolument unique dans l’histoire de la musique, parce que c’est le projet phare, le projet fou, du 34ème Festival Radio France Occitanie Montpellier et de France Musique : une première mondiale, donner en 35 concerts, du 14 au 23 juillet, la totalité de ces 555 sonates sous les doigts de 30 clavecinistes : Jean-Marc Aymes, Enrico Baiano, Olivier Baumont, Carole Cerasi, Francesco Corti, Bertrand Cuiller, Aurélien Delage, Mathieu Dupouy, Christiano Gaudio, Maud Gratton, Luca Guglielmi, François Guerrier, Kazuya Gungi, Frédérik Haas – le coordinateur artistique du projet -, Jean-Luc Ho, Béatrice Martin, Lars-Ulrik Mortensen, Giulia Nuti, Olga Pachtchenko, Arnaud de Pasquale, Rossella Policardo, Mario Raskin, Thomas Ragossnig, Jean Rondeau, Mayako Sone, Miklos Spanyi, Justin Taylor, Violaine Cochard, Kenneth Weiss, Paolo Zanzu

Il y a 30 ans, Scott Ross achevait la seule intégrale réalisée à ce jour de ces 555 sonates.

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Préparant cet article, je suis tombé sur un très beau papier de François Ekchajzer, paru en 2011 dans Télérama : lire Scott Ross, l’autre neveu de Rameau

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La vie, le travail et la mort du claveciniste américain, disparu en 1989, sont intimement liés à un lieu, le Château d’Assas, près de Montpellier.

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Entre histoire de famille, d’architecture et de musique, le château d’Assas est un territoire situé à quelques kilomètres au nord de Montpellier, datant du XVIIIe siècle.

Les seigneurs d’Assas sont mentionnés dès le début du XIIsiècle. Le domaine est vendu en 1486 par Hugues d’Assas à Guillaume Bonnal, qui le vend par la suite en 1747 à Jean Mouton de la Clotte. Devenus banquiers, les Mouton sont anoblis au début du  XVIIIe siècle et achètent le château de la Clotte dont ils prennent le nom. Jean Mouton de la Clotte décide de faire abattre le château féodal d’Assas qu’il vient d’acheter et d’y faire construire une résidence d’été en 1759-1760. C’est l’édifice que nous connaissons aujourd’hui. C’est en 1949 que Robert Demangel, ancien directeur de l’École française d’Athènes en fait l’acquisition. Il appartient aujourd’hui à ses héritiers.

On attribue la paternité du château d’Assas à Jean-Antoine Giral, membre d’une influente dynastie d’architectes montpelliérains. Celle-ci est flanquée de deux pavillons à pans coupés, dotés d’un étage supplémentaire dominant le corps central. Le rythme est accentué par des pilastres ioniques en ordre colossal, couronné d’une balustrade de pierre.

La démolition du château de la Mosson (1758) ayant précédé de peu la construction d’Assas, divers éléments provenant de cet édifice ont été remployés, notamment la ferronnerie des balcons du premier étage et un grand lustre. Les boiseries qui décoraient le grand salon ovale d’Assas, elles aussi en provenance de la Mosson, ne sont cependant plus visibles : elles ont été vendues au XIXesiècle.

L’intérieur a conservé sa disposition et les circulations d’origine. En remplacement des boiseries de la Mosson, de grandes toiles peintes par Jacques de Lajoüe ornent les murs du grand salon. Elles ont pour sujet les arts et les sciences. Ce salon présente un petit orgue positif baroque et, surtout, le clavecin du XVIIIe siècle dont nous retrouvons plusieurs enregistrements du claveciniste Scott Ross. 

L’ensemble comprenant le château et ses deux galeries fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 14 septembre 1975. Les façades et toitures de la tour-pigeonnier font l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 10 avril 1989.

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Simone Demangel, propriétaire du château d’Assas, grande résistante bien connue des habitants de la région pour son civisme et ses actions au sein du conseil municipal de Montpellier, fait l’acquisition en 1965 d’un clavecin français du XVIIIème siècle attribué au facteur lyonnais Donzelague.

Il s’agit d’un des plus beaux spécimens de la facture instrumentale française, grâce auquel Simone Demangel sût créer à Assas une ambiance favorable à la culture et aux échanges artistiques, faisant de sa maison un des hauts lieux de la musique baroque. Les grands clavecinistes deviendront alors des habitués d’Assas, Scott Ross, Gustav Leonhardt, William Christie, Kenneth Gilbert, Pierre Hantaï, Frédérick Haas, Benjamin Alard, Jean Rondeau…

C’est le 12 août 1969 que Scott Ross, jeune claveciniste surdoué alors inconnu du public, donnait son premier récital au château d’Assas, ouvrant la voie à cinquante années de vie musicale intense où récitals, enregistrements et masterclasses se succédèrent. Ainsi, de nombreux étudiants européens, américains ou japonais participeront à la création des premières Académies Internationales de Musique Ancienne en Occitanie. (Source : lefestival.eu)

Bien entendu, tous les concerts seront captés en audio et vidéo par les équipes de France Musique !

Un avant-goût avec ma sonate fétiche de Scarlatti, la K 141 (K comme Kirkpatrick) :

D’abord avec Scott Ross :

Puis dans un tout autre tempo – ce qui prouve, s’il en était besoin, l’extraordinaire liberté, la fantaisie inépuisable du compositeur…et de l’interpète ! – Jean Rondeau

Et comme c’est « le » bis favori de Martha Argerich

Scarlatti au piano, c’est un autre sujet ! On y reviendra !

Harcèlement

Tandis que les feux de l’actualité étaient – à juste titre – braqués sur la violence et le harcèlement que subissent les femmes – lire Les annonces d’Emmanuel Macron – le film que je suis allé voir hier évoque d’autres formes de violence et de harcèlement, tout aussi insupportables, et malheureusement trop souvent recouvertes par le silence de la honte.

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C’est Pierre Murat, dans Télérama, qui a le mieux écrit ce que j’ai ressenti en découvrant le nouveau film d’Anne Fontaine :

Le nouveau film d’Anne Fontaine (Perfect Mothers, Les Innocentes) est une balade fiévreuse sur un être humilié et offensé chez qui la lumière finit par l’emporter sur l’ombre. Du roman d’Edouard Louis En finir avec Eddy Bellegueule, elle n’a gardé, en fait, que l’enfance qu’elle a stylisée avec aplomb. Avec le personnage du père, surtout, qu’interprète Grégory Gadebois avec une ampleur et une puissance dignes des grands comédiens de jadis (on songe à Harry Baur, par moments). Le père hurle, éructe, ment : la réalisatrice le montre dans sa misère, son abrutissement, son obscurantisme, mais sans le condamner jamais. D’ailleurs, il évolue : lorsqu’il retrouve Marvin, presque célèbre, il balbutie une phrase maladroite sur « les gays ». « Ce n’est pas le mot que tu employais avant », dit Marvin. Il passe alors dans les yeux et le vague sourire du père comme une gêne. Et l’ombre d’un regret…

Le plus troublant et le plus touchant sont les moments intenses qui parsèment ce conte moral. Quand Marvin écoute son prof de théâtre, Abel, révéler à tous ce que lui n’ose dire à personne. Il s’approche de lui, alors, le regarde de longues secondes, comme pétrifié, et finit par lui murmurer « Je suis comme vous », avant d’éclater en longs sanglots sans fin. Anne Fontaine filme cet instant comme une naissance. L’humilié et l’offensé de jadis n’existe plus. Marvin s’est trouvé. Il s’accepte. S’offre à lui-même et aux autres. Il est lui, enfin.

Peu importe, à vrai dire, que le film s’inspire du livre coup de poing d’Edouard Louis – qui a finalement refusé d’être cité et crédité, Anne Fontaine en fait une histoire universelle, celle de l’enfance humiliée, magnifiquement incarnée par deux comédiens, Jules Porier jouant Marvin enfant, avec une justesse, une mélancolie sans fond, et Finnegan Oldfield incarnant l’adolescent Marvin devenu Martin avec une bouleversante intensité.

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5326676.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxFinnegan Oldfield

Toute la distribution est à l’unisson, formidables Grégory Gadebois et Catherine Salée, en parents moins indignes qu’il n’y paraît, Charles Berling, Catherine Mouchet, Vincent Macaigne, Isabelle Huppert (dans son propre rôle). Aucun personnage n’est dans la caricature ou le cliché.

Sans doute un film qui peut remuer des souvenirs enfouis au creux de la mémoire de chacun, un film salutaire, un film à voir !

Huis clos sans fausse note

C’est une histoire de fou : un fan s’introduit dans la loge d’un célèbre musicien, il le prend en otage et ne quittera l’endroit qu’une fois parvenu à ses fins (qu’on ne dévoilera pas ici). Le théâtre raffole des duos de comédiens qui bataillent à coups de mots dans des pièces si tendues qu’elles pourraient se jouer sur des rings de boxe. Il ne manque qu’un arbitre pour compter les coups. En l’occurrence, cet arbitre est le public, témoin du face-à-face entre les deux héros, dont l’un (Christophe Malavoy) traque la vérité quand le second (Tom Novembre) fait tout pour l’esquiver. Les masques tombent, et ce qu’ils dissimulent sent mauvais. De grands thèmes sont brassés : la faute, le pardon, la culpabilité. La pièce est ambitieuse mais cousue à traits si épais qu’il faut aux acteurs une finesse de jeu singulière pour échapper à la caricature. (Télérama)

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Ce n’est pas la première fois que le théâtre explore l’histoire compliquée des liens entre musiciens et politique. On a pu voir à Paris deux pièces à succès  de Ronald Harwood,

La première À torts et à raisons (Taking sides) confrontait Furtwängler à l’officier américain chargé de l’enquête en vue du procès en dénazification du chef allemand, la seconde Collaboration mettait en scène, sous les traits éblouissants de Michel Aumont et Didier Sandrele compositeur Richard Strauss et l’écrivain Stefan Zweig.

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Le propos de Didier Caronl’auteur de cette Fausse note puise à la même inspiration, comme l’expliquent les deux interprètes :

Je n’ai pas vu ni entendu les longueurs ni les « traits épais » que certains ont critiqués, le face-à-face est dense, l’histoire est prévisible certes, le contexte historique et artistique crédible – ce qui est loin d’être toujours le cas dans ce type d’ouvrages -. Et les deux acteurs sont parfaits. Assis au premier rang, je ne pouvais rien manquer de leur belle performance. Chapeau bas Messieurs !

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L’insupportable Jean-Luc G.

Je n’ai lu les critiques qu’après avoir vu le film. Ceux du Monde ou de Télérama n’ont pas dû voir le même que moi…

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Moi j’ai bien aimé Le Redoutable, affiché, à juste titre, comme une comédie de Michel Hazanavicius.

D’abord parce que j’avais lu les trois livres de souvenirs (lire Des livres pour rentrerd’Anne Wiazemskypetite-fille de François Mauriacéphémère épouse de Jean-Luc Godard dont Un an après qui sert de trame à ce film :

À Paris, en 1967. Le célèbre réalisateur Jean-Luc Godard tourne son film La Chinoise. La tête d’affiche n’est autre que la femme qu’il aime, Anne Wiazemsky, de 17 ans sa cadette. Ils se sont rencontrés peu de temps avant, sur le tournage du film Au hasard Balthazar de Robert Bresson en 1966. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient.

À sa sortie, La Chinoise reçoit un accueil assez négatif et cela déclenche chez Jean-Luc une profonde remise en question. À cela vont s’ajouter les évènements de Mai 68. Cette crise que traverse le cinéaste va profondément le transformer. Il va passer d’un statut de réalisateur « star » à celui d’un artiste maoïste hors du système autant incompris qu’incompréhensible

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« La traque des étudiants se poursuivait boulevard Saint-Germain et rue Saint-Jacques. Des groupes de jeunes, garçons et filles mélangés, se battaient à mains nues contre les matraques des policiers, d’autres lançaient différents objets ramassés sur les trottoirs. Parfois, des fumées m’empêchaient de distinguer qui attaquait qui. Nous apprendrions plus tard qu’il s’agissait de gaz lacrymogènes. Le téléphone sonna. C’était Jean-Luc, très inquiet, qui craignait que je n’aie pas eu le temps de regagner notre appartement. « Ecoute Europe numéro 1, ça barde au Quartier latin !« Nous étions le 3 mai 1968. » (A.W.)

D’abord la composition de Louis Garrel. Etonnante ! Il n’imite pas, il est Jean-Luc Godard, chuintement caractéristique et imperceptible accent suisse compris. Je suis moins convaincu par l’évanescente Stacy Martin qui peine à restituer les ambiguïtés de la jeune fille qu’était Anne Wiazemsky. Surtout j’aime, sans me poser de questions métaphysiques, le style décalé, irrespectueux, d’Hazanavicius (que j’appréciais déjà dans les deux OSS 117). On l’a compris, ce n’est en rien un biopic, oui le cinéaste suisse n’est pas toujours présenté sous son meilleur jour. Il n’en apparaît que plus attachant.

Excellente bande-son, et un mystère non résolu : peu avant la fin du film – que je ne vais pas dévoiler – on entend le dernier des Vier letzte Lieder de Richard Strauss, Im Abendrot. Mais je n’en ai pas reconnu l’interprète, ni trouvé la mention sur les sites que j’ai visités…

En attendant d’élucider cette voix mystère, voici la version de Kiri Te Kanawaqui a annoncé prendre sa retraite lors des récents Gramophone Awards à Londres.

L’histoire d’un mec

Alors que je suis plutôt opposé à la mode des anniversaires et des commémorations, j’ai trouvé plutôt bien – et utile ! – que les médias rappellent la mort de Coluche, il y a trente ans, le 19 juin 1986, des suites d’un accident de moto.

J’avais déjà exprimé dans Génération Le Luron le regret que ni Coluche ni Thierry Le Luron, dans des genres très différents, et pourtant si proches, n’aient jamais été remplacés. Il y a d’excellents humoristes, des personnages très sympathiques et drôles sur  nos petits écrans ou au micro des grandes radios. Mais plus personne qui ait le culot, l’audace de l’irrévérence, de la satire corrosive, alors même que les médias se sont multipliés.

On a taxé Coluche de vulgarité, parce qu’il parlait populaire. J’aime cette vulgarité là si c’est ainsi qu’on doit vraiment la nommer. Elle est si proche d’un Michel Audiard (qui lui aussi manque cruellement au cinéma).

Rien à ajouter ou à retrancher à cet excellent papier de Télérama Au cinéma Coluche était un autre.

Quand on voit l’inflation de candidatures aux primaires pour la prochaine présidentielle, on n’en mesure que plus tristement l’absence d’un « mec » comme Coluche dans le débat français. Je n’ose imaginer les sketches dont il nous gratifierait…

Choc et toc

C’était un week-end à salle obscure. Ce furent donc deux films présentés à Cannes. Une fois n’est pas coutume, on a suivi la tendance, la rumeur. Résultat des courses : 1 – 0.

D’abord le dernier opus de Paul VerhoevenElle. Plus que le pitch du film, c’est son interprète principale qui m’a attiré : ce n’est pas très original de s’affirmer inconditionnel d’Isabelle Huppert. Je ne me rappelle pas avoir jamais été déçu par cette actrice exceptionnelle. C’est sans doute le propre des très grands que se fondre aisément dans tous les rôles et tous les registres en restant toujours eux-mêmes.

Le film de Verhoeven n’est pas sans défauts, le cinéaste sait mener une intrigue, construire un thrillermais le suspense est vite levé. Une demi-heure de moins aurait été bienvenue. Mais on accroche à cette histoire, ces histoires, amorales, ou plus exactement sans morale, à tous ces personnages doubles, troubles qui gravitent autour d’Isabelle Huppert, sa mère – Judith Magre – entichée d’un gigolo, son ex – Charles Berling – en écrivain raté, sa meilleure amie – Anne Consigny – flanquée d’un mari volage et primaire, son fils perturbé – le frémissant Jonas Bloquet – , et cet énigmatique couple de voisins, la très pieuse Virgine Efira et son mari à la tête de gendre idéal, Laurent Lafitte, dans un rôle de composition qu’on ne lui connaissait pas encore. Et Huppert impériale.

En revanche, on a perdu deux longues heures avec Ma Loute de Bruno Dumont, mis en condition par une bande-annonce trompeuse et une rumeur savamment distillée.

Comme Pierre Murat a, beaucoup mieux que je ne saurais le faire, écrit dans Télérama l’agacement que ce film provoque, je le cite :

Avec P’tit Quinquin, Bruno Dumont a découvert que la farce, qui lui était un terrain inconnu, pouvait l’aider à exprimer le profond mépris que lui inspire l’humanité : c’était le titre d’un de ses premiers films, qu’il avait tenu, d’ailleurs, à orthographier avec un « h » minuscule. Pour lui dénier toute grandeur. Il a, aussi, découvert, avec Juliette Binoche, venue le supplier de la faire tourner (le très discutable Camille Claudel 1915), que les stars étaient plus masochistes qu’il n’imaginait — ou espérait. Certaines étaient prêtes à devenir ce qu’il voulait que soient tous ses comédiens : des marionnettes.

D’où Ma Loute, où, sous prétexte d’originalité et de subversion, il oblige Fabrice Luchini à être ridicule, volontairement, mais involontairement ­aussi, hélas. Où il demande à Juliette Binoche, dont le goût pour la souffrance semble infini, de se livrer à de semblables imbécillités… On le sent émerveillé, et presque gêné, par moments, d’y être parvenu. On le devine tout faraud, encore, d’avoir parsemé son intrigue sans véritable histoire de gags pseudo-poétiques…. 

Quelle audace y a-t-il, en 2016, à montrer des bourgeois comme une race finissante, dégénérée, et les « pauvres » comme des brutes épaisses, éructant des borborygmes tout en saignant leurs ennemis de classe ? Si la subversion en est à ce degré de nullité, tout est perdu…

Le grand problème de Bruno Dumont — et il reste immuable, qu’il change d’univers ou de style —, c’est sa misandrie. Vraie ou fausse. Revendiquée, en tout cas. C’est une impasse. 

À fuir !

Une forme olympique

Après l’affaire – qui n’en est pas une – de l’accent circonflexe, voici qu’on atteint les sommets du ridicule, avec cette histoire parfaitement relatée dans cet article de l’excellent blog http://wunderkammern.fr/2016/02/09/pour-le-concert-de-la-loge-olympique-cest-bien-plus-quune-question-de-forme/. 

Une jeune formation fait revivre l’une des plus prestigieuses organisations musicales du Siècle des Lumières, le Concert de la Loge Olympique, et la voici taxée d’usurpation d’identité. Mais que disent les instances franc-maçonnes ? elles aussi sont mises en cause par l’utilisation du mot Loge… Comme l’écrit Jean-Christophe Pucek, il est vrai que les instances prétendument représentatives du sport donnent un tel exemple de désintéressement et de droiture, et j’ajouterai de culture… qu’on ne peut être étonné de l’intelligence de la réaction du CNOSF (Pierre de Coubertin réveille toi !)

S’ils écoutaient un peu de Haydn, de ces Symphonies parisiennes écrites par un compositeur en forme olympique :

Longue vie à Julien Chauvin et à ses musiciens de la Loge Olympique version 2016 !

Autre lecture cette fois très réjouissante, le long article que Télérama consacre à Sofi Jeannin, qui est la formidable « dame de choeurs » de Radio France : après la Maitrise – depuis 2008 – Sofi a accepté de prendre la direction du Choeur en 2015. Les résultats artistiques sont là, l’avenir est prometteur, et la personnalité de cette musicienne est exceptionnelle : http://www.telerama.fr/musique/sofi-jeannin-directrice-de-choeurs-de-radio-france-la-musique-classique-renforce-l-estime-de-soi,137684.php#xtor=RSS-28

Pour rire

Rire fait vivre, survivre parfois quand le monde pleure (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/09/03/chants-pour-les-enfants-morts/).

Cette semaine, Zouc est revenue, Sylvie Joly a disparu. Elles sont de ma famille, je vis avec elles depuis qu’elles ont eu la bonté de paraître sur scène. La petite fourmi, le téléphone, le bébé ou la petite vieille (Zouc), Catherine, la coiffeuse, le permis de conduire, l’avocate commise d’office, l’après-dîner (Sylvie Joly) peuplent mon univers.

Je me rappelle leurs premières scènes à Paris, à l’une comme à l’autre. Zouc a dû renoncer, recluse dans de terribles souffrances, Sylvie Joly, je n’ai manqué aucun de ses spectacles, pas comme un inconditionnel – elle fut inégale -, comme quelqu’un de la famille. Comme le rappelle Télérama (http://www.telerama.fr/scenes/l-humoriste-sylvie-joly-est-decedee-a-l-age-de-80-ans,130969.php) elle a inventé le one woman show, une galerie de personnages qui n’ont pas pris une ride – la preuve, ses sketches sont toujours actuels – Ce qui la distingue d’autres humoristes plus vachards, plus « tendance » ? Finalement sa bienveillance pour les personnages qu’elle incarne, et les situations qu’elle décrit et que nous avons tous, un jour ou l’autre, vécues comme celle-ci :

J’étais présent au Casino de Paris pour son dernier spectacle, en 2001.

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Elle avait gardé pour la fin Catherine, une bonne moitié de la salle disait le sketch avec elle, tant certaines répliques sont devenues culte (un peu le phénomène, même génération, « Le père Noël est une ordure« )

Atteinte par la maladie de Parkinson, Sylvie Joly a fini par confier ses souvenirs à Stéphane Foenkinos et Jacques Brinaire. Pas indispensable, mais pour compléter le portrait d’une belle personne.

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Zouc, Isabelle von Allmen de son vrai nom, plus personne ne sait qui c’est. Rares sont ceux qui se rappellent l’avoir vue sur scène, il y a au moins trente ans. D’abord parce qu’elle y était rare, qu’elle ne fréquentait pas les plateaux de télévision. Et puis elle a disparu, victime d’abord de la rumeur qui la disait folle – comme certains personnages qu’elle incarnait – enfermée dans un asile psychiatrique. Victime surtout d’une terrible maladie invalidante, dont elle ne s’est jamais plainte, qui l’a isolée du monde. Jusqu’à ce que, il y a quelques jours, le canton du Jura, dont elle est originaire, l’honore de son Prix des Arts, des Lettres et des Sciences, et nous permette de retrouver comme nous l’avions laissée, « notre » Zouc, le souffle plus court, la timidité et l’humour intacts.

http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/humour/la-suisse-celebre-lhumoriste-zouc-apres-20-ans-dabsence-226891

Je me rappelle, comme si c’était hier, ce spectacle de 1977 et cet indémodable, universel sketch du téléphone :

http://www.ina.fr/video/I07120242

Dans un registre à peine différent, le volubile et versatile directeur du théâtre du Rond-Point à Paris, Jean-Michel Ribes, a, à son tour, cédé à la tentation de l’autobiographie. Une de plus ? En réalité, une petite merveille, d’écriture d’abord, et de vrais souvenirs de vraies rencontres, de vraies situations, cocasses ou désespérées, qui peut s’aborder en ordre dispersé :

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C’est Jean-Michel Ribes, qui, avec deux séries culte, à peine imaginables aujourd’hui sur une chaîne de télévision publique – Merci Bernard et Palace – est à l’origine de la découverte de plusieurs talents comiques, comme l’inénarrable Valérie Lemercier en Lady Palace…