Pour cet été 2026, je me lance dans une série qui n’a d’autre prétention que d’explorer quelques secrets de la discographie et/ou de la carrière de grands chefs d’orchestre que j’admire. Et comme la canicule menace, mon choix se portera sur des musiques plutôt rafraîchissantes!
J’ai une profonde admiration pour Colin Davis (1927-2013) que j’ai eu la chance d’applaudir plusieurs fois en concert, la dernière fois à Londres en 2012 un an avant sa mort, ou en 2009 à l’Opéra Comique dirigeant l’Orchestre national de France dans un programme tout Berlioz.
Celui-ci s’ouvrait par la première et la moins connue des « ouvertures » de Berlioz : Waverley s’inspire d’un roman de Walter Scott et évoque.. l’Ecosse et ses climats d’ordinaire plus frais que notre continent. Quoique…
La collection Eloquence réédite tous les enregistrements réalisés par le chef anglais à Boston, où on lui avait le poste de directeur musical, qu’il avait refusé au profit d’une nomination comme « principal guest conductor » beaucoup moins contraignante.
Les mélomanes connaissent depuis longtemps le cycle Sibelius qu’il y a enregistré. Il y a vingt ans, j’avais eu le bonheur de parcourir la Carélie, cette longue frontière naturelle de la Finlande avec la Russie, et de visiter la demeure de Sibelius, Ainola.
On sait que Sibelius a puisé l’essentiel de son inspiration dans les paysages qui l’entouraient. J’ai toujours eu une affection particulière pour sa dernière oeuvre symphonique, tout juste centenaire, puisque Tapiola a été écrit et créé en 1926. Colin Davis en donne avec Boston une version de pure splendeur.
Et toujours mes brèves de blog pour le tout venant de mes humeurs
Comme tout le monde, j’ai découvert Lalo Schifrin grâce au générique d’un feuilleton dont je n’aurais pas voulu rater un épisode :
Comme tous les grands compositeurs de musiques de film ou de séries, Lalo Schifrin, a eu une formation tout ce qu’il y a de plus classique (rappelons ici qu’à ses débuts Maurice Jarre était un compositeur plus radical encore que son contemporain Pierre Boulez !). C’est assez sympathique de découvrir qu’en 1952, Lalo Schifrin, au consulat de France à Buenos Aires, passe le concours d’entrée au Conservatoire de Paris. Il étudiera auprès d’Olivier Messiaen (qu’il écoutera régulièrement à la tribune de l’orgue de la Trinité) et fréquentera les clubs de jazz.
Il faut écouter les hommages que France Musique a rendus au compositeur, avec Max Dozolme par exemple
Lalo par Beecham
J’ai, à plusieurs reprises, raconté ma découverte de l’unique symphonie en sol mineur d’Edouard Lalo (Lalo ou l’éternel second) grâce à un disque de Thomas Beecham et de l’Orchestre national à l’époque de la RTF ! C’est d’ailleurs avec le même disque que j’avais découvert la symphonie de Bizet (lire Le jeune homme et l’orchestre).
Warner vient de rééditer l’ensemble des enregistrements stéréo du chef britannique après un « remastering » très réussi, réalisé par Art et Son à Annecy (*)
Ne me demandez pas pourquoi mon admiration pour Thomas Beecham (1879-1961) n’a jamais baissé, et qu’au contraire, plus je l’écoute, plus j’aime son art si singulier fait d’une élégance rare, d’une justesse stylistique absolue en particulier dans la musique française dont il est l »un des serviteurs les plus exceptionnels. C’est tout de même celui qui nous a laissé la version de référence de Carmen de Bizet (malgré toutes les difficultés qu’a connues cet enregistrement : lire L’impossible Carmen). Tout est à entendre, à aimer dans ce coffret, à part peut-être des Haendel un peu surannés, mais les rares Beethoven et Mozart, les « Londoniennes » de Haydn, les trois symphonies de Schubert d’une grâce inouïe (exception faite du scherzo inexplicablement lent de la 3e symphonie) sans parler des Delius juste parfaits..
Ce qui frappe aussi chez Beecham – c’est bien la caractéristique des plus grands ! – c’est la capacité de saisir l’architecture d’une oeuvre, les rapports de tempo entre les mouvements, la manière unique qu’il a de faire vivre la musique de l’intérieur. Un très bel exemple nous en est fourni par la 5e symphonie de Schubert : Beecham prend son temps dans l’énoncé du 1er mouvement, y crée une atmosphère pastorale, qui n’est pas pour autant placide et molle.
Que dire de l’excitation, de l’exaltation qui nous saisit à l’écoute de la 7e symphonie de Beethoven, le vivace du 1er mouvement est pure folie ! Et quel sens des transitions !
On voudrait aussi citer un Peer Gynt de Grieg d’anthologie :
Contenu du coffret Warner (enregistrements stéréo de 1955 à 1959)
Sibelius: The Oceanides, Op. 73
Sibelius: Symphony No. 7 in C major, Op. 105
Sibelius: Pelléas and Mélisande
Schubert: Symphony No. 6 in C major, D589
Grieg: In Autumn, Op. 11
Grieg: Old Norwegian Romance with Variations, Op. 51
Balakirev: Symphony No. 1 in C major
Borodin: Prince Igor: Polovtsian Dances
Handel: Samson
Brahms: Schicksalslied, Op. 54
Brahms: Academic Festival Overture, Op. 80
Liszt: Psalm XIII 3 “Herr, wie lange willst du » lange willst du”
Mozart: Symphony No. 41 in C major, K551 ‘Jupiter’
Mozart: Divertimento No. 2
Mozart: Die Entführung aus dem Serail
Beethoven: Symphony No. 2
Beethoven: Incidental music to The Ruins of Athens
Bizet: L’Arlésienne Suites 1 & 2
Sibelius: Tapiola
Fauré: Pavane
Delius: Summer Evening
Delius: Irmelin Prelude
Dvořák: Legend in B flat major, B. 117
Grieg: Symphonic Dance, Op. 64 No. 2
Delius: Brigg Fair
Delius: A Song Before Sunrise
Delius: Marche Caprice
Delius: Pieces (2) for Small Orchestra
Delius: Sleigh Ride
Delius: Intermezzo
Delius: Florida Suite
Delius: Dance Rhapsody No. 2
Delius: Over the hills and far away
Delius: Songs of Sunset (John Cameron, Maureen Forrester)
Grieg: Peer Gynt
Haydn: The Seasons
Handel: Love in Bath (suite on Handel arias by Sir Thomas Beecham)
Rimsky Korsakov: Scheherazade
Lollipops
Fauré: Dolly Suite
Bizet: Carmen Suite No. 1
Franck: Symphony in D minor
Liszt: A Faust Symphony
Liszt: Orpheus, symphonic poem No. 4
Strauss, R: Ein Heldenleben
Beethoven: Mass in C major
Handel: The Gods go A’Begging (Ballet Suite)
Handel: Amaryllis Suite arr. By Beecham
Handel: Arrival of the Queen of Sheba (from Solomon)
Mozart: Die Entführung aus dem Serail, ouv.
Rossini: Semiramide our.
Haydn: Symphony No. 99
Haydn: Symphony No. 100
Haydn: Symphony No. 103
Haydn: Symphony No. 101
Haydn: Symphony No. 102
Haydn: Symphony No. 104
Schubert: Symphony No. 3
Schubert: Symphony No. 5
Mozart: Bassoon Concerto (Gwydion Brooke)
Mozart: Clarinet Concerto (Jack Brymer)
Bizet: Carmen
Beethoven: Symphony No. 7
Brahms: Symphony No. 2
Rossini: La gazza ladra Overture
Rossini: La cambiale di matrimonio Overture
Mendelssohn: A Midsummer Night’s Dream Overture, Op. 21
Mendelssohn: The Fair Melusine
Delibes: Le roi s’amuse
Berlioz : Symphonie fantastique
Bizet : Symphonie
Lalo : Symphonie
*Apparemment, la remasterisation n’a pas permis d’effacer un téléphone intempestif qu’on entend très nettement (au casque) sonner dans le 2e mouvement « Un bal » de la Symphonie fantastique de Berlioz (à 0’56 du début du mouvement) !)
Et toujours les bonnes ou moins bonnes nouvelles des jours sur mes brèves de blog
On savait par son biographe, l’ami François Hudry, que Decca avait prévu d’honorer le chef suisse Ernest Ansermet (1883-1969) par une monumentale réédition de son legs discographique à l’occasion des 50 ans de sa mort en 2019. Puis silence radio (lire mon billet de décembre 2021 Disques fantômes). Sur la foi d’une nouvelle date de parution annoncée pour avril 2022, j’avais commandé le premier et plus important coffret de cette édition – Ernest Ansermet, the Stéréo Years – chez l’éditeur allemand jpc.de. C’est finalement un an après la date annoncée que j’ai reçu le précieux coffret.
On n’a pas à regretter le retard pris sur la date initiale de publication, tant l’objet qui nous est livré est à tous égards remarquable.
A la différence d’autres éditeurs (Sony, Decca pour le récent Dorati/Detroit), on a ici des minutages très généreux… et des pochettes d’origine. Sur chaque pochette, figurent tous les détails qu’un mélomane curieux est en droit d’attendre, les interprètes bien sûr, les minutages, les dates et lieux précis d’enregistrement.. et de première publication, les équipes de prise de son, etc… Dans le livret quadrilingue (français, anglais, allemand, japonais), d’excellents, quoique trop brefs à notre goût, textes de François Hudry et Jon Tolansky. Et le tableau extrêmement détaillé de tous les enregistrements réalisés par Ansermet, de leurs dates de publication, etc. Un coffret « mono » doit suivre.
Je connaissais déjà la quasi totalité de ces enregistrements, et en admirais de longue date les prises de son, presque toutes réalisées au Victoria Hall de Genève, par les ingénieurs de Decca de la grande époque. De ce que j’ai pu entendre de ce nouveau coffret, les remastérisations sont impressionnantes, en ce qu’elles gomment les défauts des premières prises stéréo, sans altérer – au contraire – leur parfait équilibre. Et quand Decca annonce toutes les captations stéréo cela comprend aussi des enregistrements qu’on ne connaissait pas en CD, comme une 1ère et une 8ème symphonies de Beethoven captées en mai 1956 (sept ans avant l’intégrale des symphonies)
En terres germaniques
Quant au contenu, il permettra, on l’espère, d’élargir la perception qu’on a de ce grand chef, une fois pour toutes catalogué comme spécialiste de la musique française. On aime tellement enfermer les musiciens dans des cases…
Qu’on écoute seulement ce qu’Ansermet fait de la demi-douzaine de cantates de Bach qu’il a gravées, des symphonies parisiennes de Haydn (la première intégrale en stéréo !), bien sûr des symphonies de Brahms et Beethoven, si proches de conception de son contemporain Monteux…
Les Weber, Mendelssohn, Schumann (magnifique 2ème symphonie) ne manquent ni d’élan ni de saveur.
Maître de ballet
Qui pourrait oublier qu’Ansermet a été, de 1915 à 1923, le chef des Ballets Russes, qu’il a, à ce titre, créé les partitions du Tricorne de Manuel de Falla, de Noces de Stravinsky, qu’il a étroitement connu ceux dont il dirigeait les oeuvres ! Ses enregistrements des trois grands ballets de Tchaikovski, de Coppélia de Delibes, de Glazounov, évidemment de Stravinsky (malgré la brouille qui les a séparés après la guerre, Ansermet refusant de jouer les partitions « révisées » par Stravinsky, qui, ce faisant, régénérait le compteur de ses droits d’auteur!). Dans Tchaikovski en particulier, les tempi d’Ansermet peuvent parfois surprendre, on ne doit jamais oublier que lui savait ce qu’était qu’accompagner des danseurs !
Une curiosité sans limite
On ne peut résumer ici ce que fut l’incroyable carrière du chef suisse, fondateur en 1918 de l’Orchestre de la Suisse Romande qu’il dirigea jusqu’en 1967, ni l’étendue de ses curiosités et de ses répertoires. Mais on en trouve, dans ce coffret, l’éclatant témoignage.
De Sibelius, il a laissé deux symphonies, dont une surprenante Quatrième :
En septembre 1968 pour l’un de ses tout derniers enregistrements, il grave la 3ème symphonie d’Albéric Magnard.
Il n’oublie jamais ses contemporains suisses, Honegger bien sûr (c’est Ansermet qui crée le poème symphonique Pacific 2.3.1, Frank Martin
On l’a bien compris, ce coffret est une malle aux trésors, qu’on n’a pas fini de redécouvrir.