Les cloches de Pâques

Qu’il croie au Ciel ou qu’il n’y croie pas, le mélomane peut difficilement échapper aux grands rituels catholiques, comme ceux de la Semaine Sainte et de Pâques (les Passions de Bach et de tous les autres, les oratorios de Handel, Telemann..). Je suggère la lecture du dernier billet de l’excellent blog de Jean-Christophe Pucek : La Passion selon Saint Jean d’Alessandro Scarlatti.

En ce dimanche pascal, j’ai en tête un ouvrage qui, en dépit de son nom, n’a rien à voir avec la fête de la Résurrection : Les Cloches de Rachmaninov. Je me demande d’ailleurs pourquoi j’associe les cloches à Pâques, j’avoue l’avoir ignoré jusqu’à ce que je découvre ce matin l’origine de cette légende sur le site… de l’Eglise catholique de France : Pourquoi parle-t-on des cloches de Pâques ?

Revenons à la Russie et à Rachmaninov. Ses Cloches sont un « poème pour orchestre symphonique, solistes et choeurs » créé en 1913, sur un poème d’Edgar Allan Poe, arrangé par Constantin Balmont (lire ici la traduction française de MallarméLes Cloches).

Je n’ai jamais compris pourquoi ce chef-d’oeuvre est longtemps resté dans l’ombre, et l’apanage de quelques versions russes historiques. La discographie s’en est heureusement enrichie spectaculairement ces dernières années.

Indépassables Svetlanov et Kondrachine, le souffle épique, la puissance inimitable des choeurs russes. Dans un coffret Decca apparemment indisponible pour le moment, ne pas oublier la somptueuse vision d’Ashkenazy avec le Concertgebouw.

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Et Previn, Rattle, Noseda, Dutoit, Pletnev, et le jeune Andris Poga

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Puisqu’on est en Russie, souvenir personnel du printemps 2011, et d’un voyage mémorable dans les villes historiques du Cercle d’Or (voir les photos : Bulbes)

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Je me trouvais à Iaroslavl le jour de la Pâque orthodoxeEt le lendemain au monastère de Sergiev PossadInoubliable !

La grande pâque russe

Je me rappelle avoir dû corriger un texte de programme de concert d’une prestigieuse salle parisienne qui mentionnait « La grande Pâques russe » (sic). Le rédacteur me soutenait que Pâques n’avait qu’une orthographe, celle que les catholiques ont adoptée pour la fête religieuse célébrée ce dimanche (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pâques).

En l’occurrence, il s’agit bien du poème symphonique de Rimski-Korsakov, intitulé : Светлый праздник. La première édition (1890) chez Bélaieff précise, en français : La Grande Pâque Russe. Ouverture sur des thèmes de l’Église russe pour grand orchestre.

C’est une musique de concert, évidemment pas de liturgie. Mais Rimski-Korsakov sait magnifier la tradition chorale ancestrale de l’église orthodoxe russe.  Comme l’ont fait nombre de compositeurs, moins connus dans nos contrées, qui se sont voués à l’art choral comme Sviridov, Bortnianski ou Chesnokov :

En 2011, les fêtes de Pâques catholique et orthodoxe coïncidaient, et j’étais alors en voyage en Russie, dans ce qu’on appelle l’anneau d’or, les villes historiques (Souzdal, Vladimir, Rostov le Haut, Iaroslavl, Kostroma, etc.). J’avais eu la chance d’assister, par hasard, à la célébration pascale dans la cathédrale de Iaroslavl, en présence de plusieurs hauts dignitaires de l’Eglise orthodoxe de Russie.

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Le surlendemain j’étais à Zagorsk (aujourd’hui Sergiev Possad), visitant la Laure de la Trinité Saint-Serge qui est pour les Russes orthodoxes ce que Saint-Pierre de Rome est aux catholiques.

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Et j’ai pu saisir quelques images, qui disent la ferveur intacte de ceux qui n’ont jamais cessé de croire, même pendant le glacis soviétique.