L’aristocrate et le moujik

Presque simultanément Deutsche Grammophon nous livre deux beaux coffrets sur l’art de deux des plus grands violoncellistes du XXème siècle, qui ont fait les riches heures de la marque jaune (et accessoirement de Philips et Decca) : Mstislav Rostropovitch* et Pierre Fournier.

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Deux immenses personnalités, deux styles pour le moins opposés (pour user de clichés un peu faciles, l’élégance aristocratique du Français, l’intensité contagieuse du Russe). On peut aimer l’un et l’autre, et s’amuser au jeu des comparaisons lorsque le même chef (Karajan) les accompagne dans la même oeuvre (Don Quichotte de Richard Strauss).

Le coffret Rostropovitch ne contient rien qui n’ait été déjà réédité, mais regroupe tout ce qui est paru sous les labels DGG, Decca et Philips (et par Melodia pour ce qui est des séances de trios avec Kogan et Gilels), et inclut – à la différence du coffret EMI/Warner – les prestations du violoncelliste comme chef d’orchestre (et d’opéra) et pianiste accompagnateur de son épouse Galina Vichnievskaia. Plusieurs doublons, voire triplons (le Quintette à deux violoncelles de Schubert avec les Taneiev, les Melos et les Emerson) Détails ici : Rostropovitch l’intégrale Deutsche Grammophon.

Dans le cas de Pierre Fournier, on attendait depuis longtemps pareil hommage (après le coffret Warner). La longue carrière du violoncelliste français y est richement documentée, depuis les premières gravures avec Clemens Krauss et Karl Münchinger en 1953, jusqu’à une ultime séance en 1984 deux ans avant sa mort avec son fils Jean Fonda. Deux versions du Don Quichotte de Richard Strauss. Deux intégrales magnifiques des sonates piano-violoncelle de Beethoven avec Friedrich Gulda et Wilhelm Kempff, et de celles de Brahms  avec Rudolf Firkusny et Wilhelm Backhaus. Et ce qui reste pour moi une référence des Suites pour violoncelle de Bach. Détails à lire ici : Pierre Fournier, l’aristocrate du violoncelle

De Pierre Fournier, Rostropovitch*, jamais avare d’un superlatif, avait dit qu’il était son « dieu », son « maître ».

*Sur l’orthographe et la prononciation de Rostropovitch, lire Comment prononcer les noms de musiciens

Les soeurs aimées

Autant l’ouvrage consacré à Felicity Lott (voir Il nous faut de l’amour) m’avait laissé sur ma faim, autant celui que signe Renaud Machart relève le défi d’une biographie-interview documentée, qui évite l’anecdote futile.

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Le célèbre duo des soeurs pianistes Katia et Marielle Labèque fait pour la première fois l’objet d’une biographie… Il y a en effet beaucoup à dire sur ce singulier parcours double : les Labèque se produisent avec les plus grands orchestres internationaux, jouent des pianos anciens avec leurs amis baroqueux, Katia a un « band », fait des duos avec le chanteur Sting ou son compagnon David Chalmin (du groupe Red Velvet), Marielle s’en tient au duo avec sa grande soeur et à sa vie de couple avec son mari, le chef d’orchestre Semyon Bychkov.
Elles pourraient se contenter d’accumuler les cachets en jouant le Concerto de Poulenc et celui de Mozart, mais elles ne cessent, depuis leurs débuts, de commander des oeuvres. Leur coeur balance entre concertos avant-gardistes et oeuvres grand public. Mais l’essentiel est cette quête, cette envie farouche de nouveauté, ce constant renouvellement.
Illustré par des photographies rares, l’ouvrage de Renaud Machart nous fait entrer dans l’intimité de ce duo détonant (Présentation de l’éditeur)

Renaud Machart a l’honnêteté de reconnaître, dans sa préface, que sa relation avec les deux soeurs avait très mal commencé. Agacé par les extravagances du duo, il avait signé un papier méchant dans Le Monde, jusqu’à ce que, quelques années plus tard, il se ravise et leur découvre bien des talents cachés.

Bref, ce nouveau bouquin est passionnant, d’abord par la liberté de ton revendiquée par Katia et Marielle, la curiosité, l’appétit de découverte qui les caractérise depuis… si longtemps.

J’en ai encore eu deux magnifiques preuves ces dernières années. Lorsque j’avais interrogé le grand Philippe Boesmans dans la perspective du cinquantenaire de l’Orchestre philharmonique de Liège – la dernière commande faite par l’orchestre au compositeur belge remontait à…1980 ! – il m’avait spontanément dit vouloir écrire pour les soeurs Labèque. Et ce fut un petit bijou concertant qui fut créé le 5 mars 2011 !

Nous nous étions alors promis, Katia, Marielle et moi, de refaire très vite d’autres projets. Le 14 juillet 2015, les 30 ans du Festival de Radio France nous en offrirent l’occasion…

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Cette vidéo n’existe pas

Deutsche Grammophon publie un joli coffret constitué d’enregistrements récents, où les soeurs Labèque paraissent comme assagies, moins tentées par la pure virtuosité, d’autant plus émouvantes en particulier dans une Fantaisie de Schubert toute de retenue.

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Et la musique ?

L’actualité s’est invitée dans ce blog mais ne m’a pas détourné de mes vraies passions !

Précisément dimanche dernier, dans le calme d’une belle demeure en vallée de la Bièvre, j’avais été convié par mon ami Michel Dalberto à un Voyage d’Hiver en compagnie du jeune baryton-basse français Edwin Crossley Mercer.

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Un fabuleux voyage en effet. Ce cycle de mélodies de Schubert me bouleverse à chaque écoute, quand je mets sur ma platine Hans Hotter, Fischer-Dieskau ou les plus jeunes Goerne ou Gerhaher. Autant dire que le partage est plus fort encore, dans le cadre idéal d’un salon, où chaque nuance, chaque inflexion, porte sans artifices. Et qu’on découvre la richesse d’un timbre, la parfaite diction d’une voix qui s’assombrit au fil des années. On ne pouvait rêver duo mieux apparié dans Schubert que celui que formaient Michel Dalberto et Edwin Crossley-Mercer. Un disque bientôt ?

Plusieurs coffrets se sont accumulés sur ma table d’écoute : à déguster calmement, mais sans modération !

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On y reviendra !

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Voici rassemblées en un seul coffret les symphonies de Beethoven que Paavo Jârvi a gravées en une petite dizaine d’années avec la Deutsche Kammerphilharmonie. J’avais entendu une extraordinaire Héroïque dans le cadre du festival Mostly Mozart de New York (dirigé par Louis Langrée), puis attendu avec curiosité chaque sortie. L’ensemble est passionnant, mais contrasté. La vision « objective » du chef estonien peut déconcerter dans la 9ème symphonie par exemple, et au contraire séduire dans les 3ème, 5ème et 6ème…

Et puis des livres, qu’on achète parce qu’on aime bien les artistes et les auteurs :

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Enfin, comme il arrive souvent, un disque qu’on a depuis plusieurs semaines sur sa table de chevet et qu’on n’avait pas trouvé le temps (ou les conditions propices) d’écouter. La belle équipe autour de Karine Deshayes !

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 Mes petits bonheurs

Tempus fugit…l’âge avance, mais je ne suis blasé de rien, surtout pas dans le domaine de la musique.

Comme Jean Gabin…  Il y a 60 coups qui ont sonné à l’horloge 
Je suis encore à ma fenêtre, je regarde, et j’m’interroge.. La vie, l’amour, l’argent, les amis et les roses…On ne sait jamais le bruit ni la couleur des choses 

Bref, je n’ai pas beaucoup changé depuis mes 20 ans et mes enthousiasmes de jeunesse.

Je fréquente toujours assidûment les quelques bonnes adresses qui restent en activité, à la recherche de quelque trésor caché, d’une édition rare, d’un inédit. Chez Melomania, 38 bd St Germain à Paris – l’adresse incontournable ! – qui a le bon goût de proposer quantité d’imports japonais, je suis tombé sur une petite merveille, un CD Denon au programme a priori banal, deux concertos de Beethoven, mais avec des interprètes peu banals…

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Monique de la Bruchollerie, un peu comme Yvonne Lefébure (Clavier pas tempéré), c’était pour moi un nom, entouré de mystère (privée de l’usage de ses mains à 40 ans après un grave accident de la route, morte à 47 ans). Et ici je l’entends, je la découvre plutôt, fulgurante, incandescente, passionnée dans mon concerto préféré de Beethoven (le 3eme)  une captation stéréo de concert de 1966, à Budapest, avec le grand Janos Ferencsik dirigeant son orchestre d’Etat hongrois. Il y a bien quelques notes à côté, des traits un peu boulés, mais quelle ardeur, quel son, quelle autorité ! Et c’était sans doute l’un des derniers concerts de la pianiste avant son terrible accident.

Quant à Jacob Gimpel, j’avais déjà dans ma discothèque un très précieux 1er concerto de Brahms, enregistré en 1967 avec Rudolf Kempe et l’orchestre philharmonique de Berlin. Un CD prodigieux naguère éditée dans une collection éphémère Royal Classics (puisée dans le fonds EMI) aujourd’hui impossible à trouver ! Mais disponible sur Youtube :

Sur le CD Denon, il s’agit d’un enregistrement de studio – 1964 – du 4ème concerto de Beethoven réalisé à Berlin avec le vénérable Artur Rother. Du grand piano dans la grande tradition allemande.

Toujours chez Melomania, je me laisse tenter par une « occasion », même si j’ai toujours du mal avec ce type de voix (Paroles de star), et je tombe sous le charme. Surtout du récital de mélodies (Schubert, Mendelssohn, Johann Strauss !) et d’airs de soprano du répertoire sacré qui se trouve sur le 3e CD de ce coffret-compilation. Max Emanuel Cenčić ne réalise pas seulement une performance, il fait de la musique, et de la très belle !

Et puis voilà qu’un long article du dernier numéro de Gramophone revient sur l’enregistrement d’un choix de sonates de Scarlatti réalisé en 1994 par Mikhail Pletnev, et me donne envie de m’y replonger. Et de retrouver l’un des musiciens, pianiste et chef, les plus insolemment doués, l’un des plus originaux aussi, que la Russie ait produits au XXème siècle.

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Ce double CD est bien un must !

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Clavier pas tempéré

Je connaissais le nom bien sûr, j’avais dû l’écouter distraitement une ou deux fois mais cette pianiste ne faisait pas partie de mon univers discophilique. Pas d’explication à cette ignorance.

Il a fallu qu’à nouveau Jean-Charles Hoffelé signale une très belle parution pour que je m’intéresse à Yvonne Lefébure et que je sois captivé d’emblée par un art et une personnalité qui ne donnent pas dans la tiédeur. Un clavier tout sauf tempéré !

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Il faut d’abord saluer le magnifique travail éditorial du label Solstice/FY fondé en 1972 par François et Yvette Carbou. Certes c’est l’éditeur historique de la pianiste française, mais le coffret, le livret, et surtout le contenu de ces 24 CD sont impressionnants. Nombre d’inédits puisés dans les archives de l’INA. Et le tout pour un prix très modeste.

La musique française se taille la part du lion, et on a du bonheur à écouter ce son franc et direct, d’une puissance qui n’est jamais brutale (passionnante comparaison entre trois versions du Concerto en sol de Ravel, dirigées par Auberson, Ansermet et Paray). En concert, Yvonne Lefébure n’est jamais à l’abri de quelques dérapages, mais qu’importe quand l’esprit souffle à ce point.

Ses Bach, ses Mozart ne sont jamais corsetés, tandis que les romantiques, Brahms, Chopin, Schumann, Schubert (comme une jolie suite de valses et de danses allemandes arrangée par la pianiste) évitent les minauderies. Quant à ses Beethoven – les derniers opus – ils appartiennent depuis longtemps à la légende.

Contenu du coffret (les inédits sont indiqués en italiques)

CD 1 MOZART Concerto 20 (Casals), 21 (Oubradous), Sonate 457

CD 2 SCHUMANN Concerto (Dervaux), Papillons, Fantaisie

CD 3 BACH Prélude et fugue 543, Fantaisie et fugue 542, 2 chorals / MOZART Concerto 20 (Furtwängler)

CD 4 BEETHOVEN Sonates op.109 & 110, Variations Diabelli

CD 5 RAVEL Concerto sol (Auberson), Le tombeau de Couperin, DEBUSSY La boîte à joujoux

CD 6 BACH Fantaisie et fugue 542, Concerto 1052 (Oubradous), Prélude et fugue 848, Partita 830

CD 7 MOZART Concerto 466 (Dervaux), Sonate violon 379 (J.Gautier), Fantaisies 396 & 475, Variations 265 / HAYDN Variations fa m

CD 8 BEETHOVEN Sonates op.2 & 111, Concerto 4 (Skrowaczewski), Bagatelles op.119 extr.

CD 9 BEETHOVEN Sonate op.106, Variations Diabelli

CD 10 BEETHOVEN Sonates op.109,110,111, Bagatelles op.126, Lettre à Elise

CD 11 DEBUSSY Préludes (II) / RAVEL Valses nobles et sentimentales / FAURE Nocturnes 6,13, Barcarolle 6 / SCHUBERT 15 valses

CD 12 DEBUSSY Préludes (I), Etudes / RAMEAU Gavotte et six doubles / COUPERIN Les barricades mystérieuses / DUKAS Variations, Interlude et Finale

CD 13 RAVEL Concerto sol (Ansermet), Valses nobles et sentimentales, Le tombeau de Couperin, Jeux d’eau / FAURE Thème et variations op.73, Nocturne 13

CD 14 SCHUBERT Sonate D 958, 15 Valses / SCHUMANN Concerto (Sebastian) / WEBER Konzertstück

CD 15 BRAHMS Intermezzi / LISZT Ballade, chant des fileuses, la gondole funèbre / CHOPIN Barcarolle, Scherzo 2, Ballade 3, 5 Mazurkas

CD 16 BEETHOVEN Sonates violon op.12/3, op.23, op.96 (Vegh, violon)

CD 17 RAVEL Concerto sol (Paray) / SCHUMANN Concerto (Paray), Scènes d’enfants

CD 18 FAURE Thème et variations op.73, Nocturnes 1,6,7,12,13, Impromptus 2,5 / DUKAS Variations, interlude et finale, Prélude élégiaque

CD 19 EMMANUEL Sonatines op.19,20 &23 / DEBUSSY Images, Masques, L’Isle joyeuse

CD 20 RAVEL Le tombeau de Couperin, Valses nobles et sentimentales, Jeux d’eau, Ma Mère l’Oye (+G.de Sabran)

CD 21 SCHUBERT Sonate D 960 / SCHUMANN Davidsbündlertänze, Variations op.13 posthumes

CD 22 BARTOK 6 Danses / BARRAUD Concerto (Rosenthal) / MARTELLI 5 Danses / EMMANUEL Sonatines op.11 & 20 / ROUSSEL 3 pièces op.49

CD 23 BACH Prélude et fugue 543, Fantaisie chromatique, Toccata 912, Partita 825, 3 chorals, Clavier bien tempéré extr.

CD 24 Entretiens avec Bernard Deutsch (1981), Laurent Asselineau (1978), Radioscopie avec Jacques Chancel (1976)

PS Qui pourrait oublier ce qui s’est passé il y a tout juste un an ? Ces lignes nous le rappellent : Le chagrin et la raison

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Frontières sans traité

Le Monde daté d’aujourd’hui titre : Le fiasco du CETA oblige l’Europe à repenser son fonctionnement. Oui, en effet !  Relire Refonder l’Europe et (Mal)traité. 

Le paradoxe c’est qu’il est un domaine, minuscule certes au regard des enjeux économiques de ce type de traités mondiaux, celui de la culture, de la musique, où les frontières demeurent, invisibles, psychologiques parfois. J’ai plusieurs fois abordé ici l’étrangeté de ces situations d’artistes admirés, adulés même dans leur pays, ou une région du monde, et quasiment ignorés chez leurs voisins (Frontières).

J’ai trouvé la semaine dernière à Cologne un coffret de 8 CD d’un pianiste qui me disait vaguement quelque chose (Jean-Charles Hoffelé en avait, en effet, parlé sur son blog : Le maître des timbres), un musicien allemand né en Roumanie, Herbert Schuch.

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Avant même d’avoir ouvert ce boîtier, la seule lecture des programmes proposés m’avait convaincu de l’intelligence de la personnalité qui les avait conçus. Et puis, à l’écoute, commencée dans ma voiture, j’ai eu confirmation d’un talent hors normes.

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J’ai lancé sur ma page Facebook un « fil » de discussion sur cet artiste, voulant savoir ce qu’en pensaient mes « amis », plus avertis que moi, critiques professionnels ou occasionnels, ou juste très grands amateurs et connaisseurs de la chose pianistique. Avalanche de commentaires, d’invectives aussi, aboutissant tous au même constat : ce pianiste, invité dans la saison 2014/2015 de Bozar (vidéo) à Bruxelles, est resté quasiment absent des scènes françaises. Pourquoi ? on renvoie à notre précédent papier sur le sujet !

En attendant de voir (bientôt ?) Herbert Schuch dans une salle de concert ou un festival en France, on se régalera de chaque instant de ce précieux coffret.

Un jeune centenaire

Rappelez-vous, pour célébrer le centenaire de Sviatoslav Richter l’an dernier, Melodiya n’avait pas lésiné : un coffret à tous égards exceptionnel (lire Edition limitée). 

Ce 19 octobre, on célèbre un autre centenaire, celui d’un autre géant du piano russe, Emil Gilels (1916-1985).

Après que ses divers éditeurs occidentaux ont anticipé, de belle manière, ce centenaire, c’est à nouveau le label russe qui propose un somptueux coffret – peut-être moins luxueux dans sa présentation que le coffret Richter – en édition limitée (à 2016 exemplaires).

Ce qui est le plus captivant dans la boîte rouge de Melodiya, ce sont tous les témoignages des jeunes années du pianiste au masque de lion, l’étendue incroyable du répertoire, une technique qui semble sans limites, et l’électricité du concert. Avec un très beau travail de remastérisation, qui n’efface pas cependant toutes les scories inhérentes à des prises de concert.

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Tous les détails et dates à lire ici : Emil Gilels centenaire 

Des bizarreries parfois, comme le Concert champêtre de Poulenc, écrit pour le clavecin, joué ici sur un piano délicat et enjoué, des oeuvres souvent remises sur le métier – comparaison passionnante au fil des années – des Schubert taillés dans le roc, comme d’époustouflantes Etudes symphoniques de Schumann. Mais tout vaut d’être écouté.

Regrets cependant de trouver peu de témoignages des années de maturité de Gilels en URSS. Comme si le label ex-soviétique ne disposait plus de certaines bandes , publiées par d’autres voies, comme cette intégrale survoltée des concertos de Beethoven, captée à Moscou en 1974 sous la baguette de Kurt Masur.

Ce coffret, en édition limitée, a un prix, sensiblement plus élevé que ceux qui fleurissent cet automne. C’est sur Amazon.it qu’on trouve la meilleure offre (100 € d’écart avec les sites français !).

Sous les pavés la musique (III) : le grand Charles

Sony s’est fait une spécialité de la réédition exhaustive du prestigieux fonds de catalogue du label américain RCA. Après Arthur Rubinstein, Vladimir Horowitz, Jascha Heifetz et – pour les chefs – Pierre Monteux, Fritz Reiner, c’est Charles Munch qui en bénéficie. 71eiyyffknl-_sl1200_

Le coffret est imposant, il aurait pu compter moitié moins de galettes (86 CD) si l’on n’avait pas strictement respecté les minutages (et la couverture) des LP d’origine. Livret trilingue de grande qualité, très bien documenté.

Peu d’inédits, les enregistrements mythiques de la grande époque Munch/Boston ont souvent été réédités, surtout les Berlioz, la musique française. On admire au passage la splendeur des prises de son, notamment les toutes premières en stéréo (1954/1955 !) malgré l’acoustique confinée (donc non trafiquée artificiellement) du Boston Symphony Hall. Il y a évidemment plusieurs doublons (Ravel, Berlioz), des déceptions (une Inachevée de Schubert étonnamment prosaïque), mais beaucoup de bonnes surprises (Milhaud, Martinů – la 6ème symphonie dont Munch est le dédicataire et le créateur en 1955), des curiosités, et pour les amateurs les plus anciennes gravures new-yorkaises excellemment remastérisées.

Un coffret indispensable, qui ne fera pas oublier que Charles Munch était un chef de l’instant, capable comme personne d’enflammer musiciens et public. On aimerait une réédition – aussi soignée que l’édition d’origine – de tous les live de Munch avec l’Orchestre National au Théâtre des Champs-Elysées…

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Détails du coffret RCA à lire ici : Bestofclassic : le grand Charles

Le ténor magnifique

Il est mort il y a cinquante ans, le 17 septembre 1966, né trente-six ans plus tôt, le 26 septembre 1930. Une carrière abrégée par un accident domestique. Mais un éclat jamais oublié. Le ténor Fritz Wunderlich portait bien son nom.

Ses disques n’ont jamais quitté les bacs, tous – notamment le répertoire léger germanique – n’ont pas toujours été disponibles en France. EMI devenu Warner lui avait déjà consacré un beau coffret, avec pas mal de raretés.

Deutsche Grammophon avait aussi proposé un coffret patchwork.

La nouveauté de cet automne c’est la réédition dans un magnifique boîtier, et à tout petit prix, de tous les enregistrements de studio réalisés par le ténor allemand pour le célèbre label jaune (et ses sous-marques comme Polydor). 

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Aucun inédit, mais enfin rassemblés des enregistrements légendaires, où la voix solaire, virile et lumineuse de Wunderlich transcende des versions parfois un peu datées (les Bach avec Karl Richter) ou restées insurpassées (comme la première Création de Haydn due à Karajan, que Wunderlich n’eut pas le temps d’achever), les opéras de Mozart avec Karl Bôhm, les quelques cycles sublimes de Lieder de Schubert ou Schumann.

Détails de ce coffret de 32 CD :

Bach : Oratorio de Noël (K.Richter), Passion selon St Matthieu (Münchinger), Oratorio de Pâques (Couraud), Magnificat + cantate 41 (Couraud) /

Beethoven : Missa Solemnis (Karajan)

Haydn : La Création (Karajan)

Berg : Wozzeck (Böhm)

Monteverdi : Orfeo (Wenzinger)

Mozart : L’enlèvement au sérail (Jochum), La flûte enchantée (Böhm)

Lortzing : Zar und Zimmermann

Tchaikovski : Eugène Onéguine, extr. en allemand (Gerdes)

Verdi : La Traviata, extr. en allemand (Bartoletti)

Airs de Haendel, Gluck, Bellini, Rossini, Verdi, Puccini, Lortzing, Bizet, Maillart, Kreutzer, Mozart, Kalman, etc.

Schubert : La belle meunière

Schumann : Dichterliebe + Mélodies de Beethoven, Schubert

Chansons populaires allemandes et italiennes, chants de Noël, opérette viennoise.

PS Je me demande ce qui justifie une différence de 20 € sur le prix de ce coffret selon qu’on l’achète en Allemagne (Amazon.de) ou en France (Amazon, Fnac ou Gibert)

 

 

Légendes vivantes

Demain, peut-être, je commenterai l’actualité politique de ce week-end. Mais en cette fin de dimanche après-midi pluvieuse, je veux plutôt faire partager mes enthousiasmes… pianistiques. J’ai acheté trois magnifiques coffrets, dont je reparlerai en détail, et en ai profité pour ressortir de ma discothèque des disques que je n’avais plus écoutés depuis longtemps. Et quelles (re)découvertes !!

Grâce à François Hudry, j’ai eu la chance de faire la connaissance, il y a maintenant un bon quart de siècle, d’une merveilleuse musicienne, la pianiste espagnole Teresa Llacuna, qui a enregistré quelques trop rares disques, dans les années 70, pour EMI. Je me rappelais ses  Falla de référence, mais je n’avais prêté qu’une oreille distraite à ses Granados, qui m’ont littéralement scotché sur mon fauteuil cet après-midi. Warner serait très inspiré de republier ces enregistrements, surtout en cette année centenaire de la mort de Granados !

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Honte à moi, je n’avais jamais écouté Elisabeth Leonskaia dans Schubert, alors que je l’admire depuis longtemps dans Brahms, Chopin ou Schumann. Mais, allez savoir pourquoi, je n’associais pas spontanément la grande pianiste russe à l’univers schubertien. Et j’avais grand tort. On ne peut que remercier Warner de publier ce magnifique coffret, sur lequel je reviendrai.

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Qui se rappelle aujourd’hui les débuts, couvés par le grand Artur Rubinstein, d’un tout jeune pianiste français François-René Duchâble ? Et d’admirables disques Chopin, comme une intégrale des Etudes que je ne suis pas loin de considérer comme une référence.

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Enfin une fabuleuse réédition, tout le legs discographique du pianiste américain, parisien d’adoption Julius Katchen. On y reviendra avec gourmandise, tant il y a de trésors dans ce coffret.

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Et puis, pour illuminer définitivement ce dimanche soir, cet écho d’un tout récent concert des Prom’s. Phénoménal en effet…