Gothique

Ce blog prend du retard… Dès lors que j’ai accepté d’écrire des chroniques pour Forumopera.com sur des disques (De la nuit à la lumière, De si de Sa) et maintenant sur des concerts (Ainsi chantait Caligula, Douceur de la douleur), je leur consacre le temps et l’attention que l’exercice requiert. Et je n’entends pas, a priori, mélanger les deux disciplines.

Précision

Un ami musicien à qui je racontais mes nouvelles aventures de critique musical me disait mi-sérieux mi-moqueur : « Tu vas pouvoir balancer ! »… Comme si j’avais des comptes à régler, des vengeances à assouvir. C’est mal me connaître. Il n’y a que les aigris, les jaloux, les envieux (et il y en a quelques-uns – euphémisme -dans le milieu artistique) qui puissent nourrir de tels sentiments. J’ai eu la chance d’approcher, parfois de faire jouer, de très grands artistes, qui étaient aussi, pour l’immense majorité, de magnifiques êtres humains. De quoi et pourquoi devrais-je me « venger » ? Sans doute me priverai-je moins de dire ce que je pense, de dégonfler certaines baudruches, mais c’est tellement mieux, plus rassurant, de dire du bien…

Retour à Laon

Mais je peux raconter mes visites du week-end. Gothiques à plein. Grâce à de beaux concerts : Laon, Royaumont.

Pas des inconnues. Mais Laon ça faisait un sacré bail: un concert à la mi-octobre il y a une vingtaine d’années avec l’Orchestre philharmonique de Liège, George Pehlivanian à la baguette et Pierre Amoyal au violon. Il avait failli jouer avec des mitaines tant il faisait cru dans la haute nef de la cathédrale Notre Dame. Quant à l’orchestre ils n’étaient pas loin de faire jouer la clause du règlement de travail interdisant de jouer à moins de 18 degrés de température ambiante. Plus lointain encore, 1997 je crois, un Requiem allemand de Brahms avec lOrchestre philharmonique de Radio France, un chef que je n’aimais vraiment pas – Marek Janowski – mais ce soir-là je baissai la garde. Il avait invité le choeur du Singverein de Vienne (on avait encore les moyens à Radio France !). J’en ressens encore l’émotion.

Ci-dessus Les Siècles et l’ensemble Aedes dirigés par Mathieu Romano vendredi soir dans la cathédrale Notre-Dame.

Mon « papier » paru ce mardi sur Forumopera.com : Douceur de la douleur

En bis, une chanson de Clément Janequin chantée par les musiciens debout et le choeur. Beau.

Royaumont en majesté

L’abbaye de Royaumont, ce que c’est devenu depuis bientôt quarante ans, grâce à la volonté, l’énergie inlassable de Francis Maréchal, un centre de formation, de création voué à l’art vocal et à la danse. Dans un site exceptionnel. Deux concerts ce week-end, beaucoup de bonheur avec quatre jeunes duos (lire La relève à Royaumont) et une chanteuse qui me bouleverse toujours, Véronique Gens.

Des Champs-Elysées à l’hôpital

Semaine parisienne chargée et achevée de façon inattendue à l’hôpital.

J’ai manqué lundi le récital de Jean-Marc Luisada à la salle Gaveau. Imprévu familial. Mais il y a ce beau dernier disque Schubert. Comme l’écrivait Jean-Charles Hoffelé : Et si après Chopin et GranadosJean-Marc Luisada avait trouvé en Schubert son nouveau compagnon de route ? Qu’il poursuive ce voyage ! (Artalinna, 8 octobre 2021)

J’ai manqué aussi Tedi Papavrami et Martha Argerich dans cette même salle Gaveau mercredi (lire le papier d’Alain Lompech sur Bachtrack : Argerich et Papavrami à l’unisson), et sans doute plusieurs autres concerts et artistes que j’aurais aimé entendre.

Mercredi la présence de l’Orchestre national de France dans la fosse, de chanteurs français de premier rang dans la distribution, et le plaisir de retrouver un ouvrage connu et aimé m’avaient conduit au théâtre des Champs-Elysées pour l’avant-dernière représentation d’Eugène Onéguine, l’opéra de Tchaikovski inspiré du poème éponyme de Pouchkine.

On va penser que je manque singulièrement de personnalité, puisque je me réfère à d’autres papiers que les miens. Mais quand ils disent mieux que moi ce que j’ai vu, entendu, pensé, alors autant en conseiller la lecture. Ainsi, pour Eugène Onéguine, je n’ai rien à ajouter à la critique de Diapason, sauf peut-être pour remarquer combien il est difficile pour des chanteurs français (en l’occurrence les excellents Jean-François Borras/Lenski, Jean-Sébastien Bou/Onéguine, Jean Teitgen/Grémine) de s’approprier la langue russe. C’était moins flagrant pour les deux autres Françaises de la distribution, Mireille Delunsch et Delphine Haidan. Mais c’est bien de la fosse que la déception est venue.

Jeudi retour au TCE, pour un programme que je n’avais pas d’avance repéré mais qui m’a immédiatement séduit : l’Orchestre de chambre de Paris, dirigé par un expert en réjouissances musicales, Hervé Niquet, donnait un programme « Paris en fête« , qui n’a pas attiré la foule, mais infiniment ravi les présents.

Pourquoi ne joue-t-on jamais ce type de programme à Paris ?

Hahn Mozart, ouverture
Duparc Aux étoiles
Hahn Concerto pour piano
Dukas Villanelle
Milhaud Scaramouche
Chabrier Lamento, Habanera
Anderson The Typewriter
Delibes Fanfare des chasseresses, extraite de Sylvia 

C’était l’occasion de faire briller les solistes de l’orchestre, d’entendre des raretés, comme le concerto pour piano de Reynaldo Hahn que le talent de la pianiste Shani Diluka ne sauve pas d’un verbiage assez creux.

Avant ce concert, j’avais passé l’après-midi à la Bibliothèque naguère Gustav Mahler, aujourd’hui La Grange / Fleuret du nom de ceux qui la fondèrent, Henry-Louis de la Grange et Maurice Fleuret.

Pour y auditionner de jeunes chanteurs et chanteuses sélectionnées par le pôle voix de la fondation Royaumont (plaisir de saluer son fondateur Francis Maréchal), dans la perspective d’une future production au Festival Radio France

Un week-end à l’hôpital

Je n’avais pas vraiment prévu d’achever cette semaine à l’hôpital de Pontoise. Je ressentais depuis quelques jours des douleurs thoraciques tenaces, j’ai fini par appeler le 15 vendredi après-midi. Bien m’en a pris, puisqu’ on a détecté et immédiatement opéré un infarctus coronarien. Mon père, mon oncle, mon grand-père n’avaient pas eu cette chance…

Je voulais juste mentionner ici – puisque, après tout, c’est un blog personnel – l’expérience que j’ai faite de la fantastique chaîne humaine et professionnelle qui m’a pris en charge. Les pompiers, le SMUR, l’accueil aux urgences de l’hôpital public de Pontoise, tout le personnel soignant, cardiologues, chirurgiens, mobilisés un vendredi soir, avec cette chaleur humaine qui fait tant de bien quand on est en situation de souffrance. Grâce à eux, je peux écrire ce soir ce billet et regarder la vie devant moi. Merci !