Révolution

Première soirée de festival réussie, mais on n’y est pas arrivés sans peine !

Certes, tous les musiciens étaient bien là, les équipes de Radio France bien installées, le ciel était clément, mais on apprenait en milieu d’après-midi qu’Orange (France Telecom) avait « oublié » de commander et donc d’installer la ligne qui seule permettrait le soir la diffusion du concert en direct de la Basilique Sainte Germaine de Pibrac sur France Musique et les radios de l’UER. Une heureuse concomitance voulait que se tienne un conseil d’administration du Festival Radio France au siège de la Région à Toulouse, et que les deux co-présidents du Festival – Mathieu Gallet et Carole Delga – apprennent la mauvaise nouvelle en même temps que nous. Un appel de la présidente de la Région Occitanie au directeur régional d’Orange et deux heures plus tard la fameuse ligne était posée… Marc Voinchet, le patron de France Musique, soulagé !

Quand on n’est pas Toulousain, on ne connaît pas le calvaire quotidien de milliers d’automobilistes qui doivent endurer, matin et soir, des bouchons infernaux. Pour rejoindre Pibrac – distant de 20 petits kilomètres du centre de Toulouse – il nous aura fallu 65 minutes, et encore, dès qu’on avait pu franchir la barrière du périphérique, la circulation était fluide… Parisiens, Franciliens, de quoi vous plaignez-vous ?

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Mais dès que chacun eut pris place dans l’étrange nef de cette étrange église, et que les huit groupes vocaux et instrumentaux du Concert Spirituel menés par Hervé Niquet eurent lancé le voyage en polyphonie promis aux spectateurs, tous les tracas du jour disparurent instantanément.

J’avais déjà vécu l’expérience à la Cité de la Musique à Paris (lire Originaux)

L’émotion, la surprise, l’émerveillement, intensément partagés par un public qui n’avait jamais entendu pareille musique, n’en furent que décuplés.

IMG_0091IMG_0088(Le maître d’oeuvre de la soirée – Hervé Niquet – et celle qui a permis à des milliers d’auditeurs de la partager – Carole Delga)

Erreur
Cette vidéo n’existe pas

 

 

Révolution(s)

J’ai un peu l’impression d’avoir couru un marathon, la décompression est bienvenue.

Ce vendredi 10 mars n’était pas une journée comme les autres : un Conseil d’administration, une conférence de presse et la présentation au public de l’édition 2017 du Festival Radio France Occitanie Montpellier .

Faut-il que je fasse un dessin ? Sur le stress qui gagne toute l’équipe à mesure qu’on s’approche de l’échéance, les dernières corrections, les changements de dernière minute (programmer 160 concerts et événements dans 65 lieux différents, un beau défi !), les outils de communication, le site, la billetterie, les réseaux sociaux. À quoi s’ajoutaient des incertitudes liées aux agendas très compliqués des co-présidents du Festival, bref l’ordinaire d’un directeur qui a le souci – normal – que tout soit prêt le jour dit…

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La conférence de presse est visible ici, la partie musicale – un condensé des temps forts du #FestivalRF17 à partir de 35’20 »

Pourquoi le choix d’un tel thème ? Réponse ici : Révolution(s).

Précision utile, j’avais décidé il y a plus d’un an de ce choix, je constate que le mot et l’idée ont été abondamment repris depuis..

Parmi les oeuvres que je tenais à programmer, Le boulon de ChostakovitchToute l’audace, le génie créateur d’une époque – le compositeur a 25 ans – brutalement réduits au silence par la censure stalinienne en 1931. La Révolution… et après ?

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En marches

J’étais dans l’avion  quand a retenti la traditionnelle (sempiternelle !) Marche de Radetzky à la fin du concert du Nouvel an dirigé cette année par Gustavo Dudamel.

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Mais Youtube rattrape le temps perdu…(merci à la télévision publique espagnole !)

Tempo parfaitement juste pour ce genre de marche de caractère, qui n’a rien de militaire ni de guerrier. Juste parce que c’est le rythme des chevaux qui défilent, ni trot ni galop. Et puis la marche viennoise doit conserver cette Gemütlichkeit indissociable des grands rassemblements festifs.

J’ai depuis longtemps dans ma discothèque un double album que, même sous la torture, je n’aurais jamais osé avouer posséder. Il y a des plaisirs interdits… Des marches prussiennes et autrichiennes dirigées par un ex-membre du NSDAP. Impensable.

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Et pourtant lors d’un festival de mi-saison de l’Orchestre philharmonique de Liège, en janvier 2010, François-Xavier Roth n’avait pas résisté au plaisir de diriger trois harmonies spectaculairement réunies sur la scène de la Salle Philharmonique, et de faire scander par le public l’une de ces marches prussiennes, devenue un tube dans le monde entier :Alte Kameraden (ou Old Comrades)

Et chaque programme de Nouvel An comporte son lot de marches, certes souvent conçues pour célébrer un événement, un anniversaire, très rarement une victoire militaire ou un appel patriotique. Gustavo Dudamel n’y a pas coupé avec cette marche extraite de l’opérette de Franz LeharWiener Frauen. Prise trop rapidement à mon goût (ci-dessous à 2’20)

Les deux fils du père Strauss ont écrit, à leur tour, une marche « patriotique » (Vaterländischer Marsch)  qui emprunte beaucoup à la Radetzky ! Hommage au fondateur de la dynastie ?

Parfois le compositeur et avisé homme d’affaires qu’était Johann Strauss fils cherchait à s’attirer les bonnes grâces des puissants (qui l’invitaient à prix d’or avec son orchestre), ainsi cette Napoleon Marsch dédiée à Napoléon III (et pas à Napoléon 1er comme le suggère l’illustration de la vidéo ci-dessous)

De nouveau il y a certains codes à respecter, une tradition aristocratique viennoise : Boskovsky sait y faire, et pour cause ! Tandis que le fougueux octogénaire Georges Prêtre lance une attaque de cavalerie…hors sujet !

Zubin Mehta, un habitué des concerts de Nouvel An, a révélé nombre de ces marches de célébration. Comme cet hommage inattendu à la Révolution française, tiré de la dernière opérette de Johann Strauss Die Göttin der Vernunft (La Déesse de la Raison)

Parfois la marche prend une tournure plus martiale, mais ne perd jamais en élégance, comme cette marche de la garde fédérale impériale Auf’s Korn surtout dans sa version chantée.

Si l’on sort de Vienne, il n’est que de penser aux Prom’s à Londres, à nombre de fêtes populaires américaines, ou encore à l’immense concert de la Waldbühne à Berlin. Tous se concluent par des marches reprises par des foules multicolores et de tous âges…

Révolutions

Il y a des mots imprudents, l’un d’eux vient de surgir de manière inattendue dans le débat présidentiel : Révolution.

Jean-Luc Mélenchon vante les exploits des « révolutions démocratiques » de Cuba et d’Amérique du Sud et affiche une « stratégie révolutionnaire et pacifiste »François Fillon prône une « révolution conservatrice ». Quant à Emmanuel Macronil en a fait le titre de son livre-programme…

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Bigre ! Les électeurs français sont-ils prêts aux changements radicaux qu’implique la notion même de « révolution » ? Réponse dans quelques semaines…

Je vais pour ma part profiter du week-end pour revoir ou découvrir trois films extraordinaires du réalisateur russe Mikhail Kalatozov (1903-1973)

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J’ai encore en mémoire le bouleversement qui m’avait saisi lorsque, jeune étudiant en russe, j’avais vu pour la première fois Quand passent les cigognesle seul film qui a valu à Kalatozov une reconnaissance internationale grâce à la Palme d’Or qui lui fut décernée à Cannes en 1958.

Mais je ne connais que de nom les deux autres films, dont Soy Cuba :

Réalisé en 1964, ce film a connu une réhabilitation tardive. En 1992 précisément, au festival de Telluride où il fut projeté et remarqué par Martin Scorsese et Francis Ford Coppola. Alors qu’il s’agit d’une commande soviétique, en pleine guerre froide, sur la fin du régime du dictateur Batista et la révolution menée par Castro, Kalatozov échappe au film de pure propagande à travers quatre portraits de personnages emblématiques de la société cubaine (étudiant, paysan, prostituée, guérillero), il s’attarde sur les Cubaines, l’architecture et la musique locales et réalise une mise en scène en noir et blanc tout simplement flamboyante. On n’est pas loin de Welles ou d’Eisenstein.  Martin Scorsese de déclare même dans le bonus que si ce film avait connu une diffusion normale, il aurait tout simplement modifié le cours de l’histoire du 7e art !

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Pour se rappeler aussi qu’aux formidables espoirs qu’ont fait naître les Révolutions du XXème siècle ont succédé de terribles désillusions (La Révolution décrépite

La mort d’un dictateur

Fidel Castro est mort la nuit dernière. J’étais à Cuba l’été dernier lorsqu’il a « fêté » ses 90 ans, le 13 août, quelques jours après la Fête Nationale du 26 juillet.

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img_4204Un « mural » dans La Havane célébrant la Révolution et les deux frères Castro. Ci-dessous le musée de la Révolution.img_4279Je n’ai pas grand chose à rajouter aux trois articles que j’avais écrits : La Révolution décrépiteAventures et mésaventuresLa découverte de La Havane

« Il a trahi l’espoir de millions de Cubains. Pourquoi les révolutions tournent-elles toujours mal ? Et pourquoi leurs héros se transforment-ils systématiquement en tyrans pires que les dictateurs qu’ils ont combattus ? »(Juan Reinaldo Sanchez, La vie cachée de Fidel Castro).

J’ai vu ces jours derniers beau film de Walter Salles  Diarios de Motocicleta/Carnets de voyage qui s’inspire des carnets d’Ernesto (Che) Guevaral’inséparable compagnon de lutte de Castro, assassiné par la CIA en 1967. A voir absolument :

 

La musique nocive

Parmi les horreurs de l’actualité que je découvre à mon retour de Cuba – le terrible bilan humain et culturel du tremblement de terre en Ombrie, la prolifération des candidatures d’envergure (!!) aux différentes primaires – je tombe au moins sur une nouvelle réjouissante : La musique aussi nocive que le tabac

Je le concède, je fais un raccourci malhonnête dans mon titre. Mais c’est ainsi, paraît-il, qu’on suscite l’intérêt du lecteur, qu’on fait le buzz comme on dit.

Plus sérieusement, le combat de Nigel Rodgers est légitime et nécessaire. Et couvre évidemment un champ beaucoup plus large que les seuls grands magasins. Tous les lieux de convivialité, bars, cafés, restaurants, devraient aussi être interdits de musique enregistrée.

Combien de fois ai-je dû demander, avec insistance souvent, à un restaurateur de baisser, voire de supprimer la musique qu’il diffusait dans son établissement… Je me rappelle plusieurs anecdotes savoureuses avec Armin Jordan, après des concerts qu’il venait de diriger : il ne supportait pas non plus de dîner avec un fond musical quel qu’il soit (il interpellait le serveur en lui disant soit qu’il détestait la musique, soit que son état de santé ne lui permettait pas d’en entendre….On imagine la tête du serveur !). Un ami restaurateur m’a un jour confié qu’il était certes bien d’accord avec moi mais qu’il se sentait obligé de « meubler » le vide abyssal des conversations de ses hôtes, surtout en couples ! Il est vrai que, pour qui s’est trouvé un jour à dîner au restaurant un soir de Saint-Valentin, le constat est réaliste !

La pollution sonore est souvent aussi le propre des pays qui découvrent une certaine liberté d’écouter des musiques étrangères, non locales. Dans ces cas-là on ne mégote pas sur les décibels, sur de mauvaises installations, dans des conditions parfois totalement incongrues. Je me rappelle une plage au bord de la Mer Noire en Roumanie, il y a une douzaine d’années, ou tout récemment dans un complexe hôtelier à l’est de La Havane, où il était tout simplement impossible de se reposer au bord de la piscine, tant un haut-parleur crachait toutes sortes de musiques sans aucun rapport avec l’ambiance lounge qu’on est censé espérer en un tel endroit (même si le silence me paraît toujours préférable). J’ai eu beau expliquer à la responsable de l’établissement que sa programmation faisait fuir sa clientèle (heureusement la plage de sable blond n’était pas loin !), la sono était à fond même quand l’orage tropical inondait les lieux… Totalement incongru. Idem dans les taxis.

Mais sans aller chercher si loin, ce phénomène de pollution sonore semble s’accentuer dans les grands hôtels parisiens. Je me rappelle, il y a quelques semaines, un thé pris avec Menahem Pressler dans le lobby d’un établissement réputé du quartier Saint-Lazare. Il a fallu toute l’insistance de l’agent du pianiste pour qu’on réduise très fortement le volume d’une bande son résolument techno, complètement déplacée dans ce cadre et à cette heure. Le personnel semblait lui-même impuissant à lutter contre cet environnement…

J’ai bien évoqué l’interdiction de la musique enregistrée, parce que, bien au contraire, je suis extrêmement favorable, à de la musique vivante, lorsque les lieux et les cironstances s’y prêtent. De ce point de vue, autant j’ai été déçu par l’état de délabrement de Cuba (La Révolution décrépite), autant j’ai aimé la profusion de musique et de musiciens partout, dans le moindre café ou restaurant. En passant dans certaines rues, ou traversant certaines places de La Havane, cela pouvait donner de joyeuses cacophonies, mais au moins c’était de vrais musiciens, souvent excellents, comme ceux qui se produisent dans la célèbre Bodeguita del Medio :

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La Révolution décrépite

Décrépitude :  Dégradation, délabrement physique et intellectuel dû à une extrême vieillesse (Littéraire. Décadence d’une société, d’une civilisation) selon Larousse

Tout juste retour de Cuba, j’aurais vraiment du mal à confier mon enchantement, à reprendre tous les clichés attachés à l’île et à ses habitants, encore moins à faire l’éloge d’un régime cacochyme.

« Il a trahi l’espoir de millions de Cubains. Pourquoi les révolutions tournent-elles toujours mal ? Et pourquoi leurs héros se transforment-ils systématiquement en tyrans pires que les dictateurs qu’ils ont combattus ? » C’est par ces mots que Juan Reynaldo Sanchez conclut ses Mémoires. Il a été au coeur du système, du pouvoir castriste, il dit beaucoup de choses, et notamment la foi inébranlable qui l’animait, lui et ses compagnons, dans les capacités, l’envergure, le charisme de Fidel Castro. Mais lui aussi, comme tant de milliers de ses compatriotes, a fini par ne plus y croire.

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Dans un pays si beau, si riche, comment, en 2016, en est-on arrivé à ce degré de sous-développement, de totale inadaptation au monde moderne, de pénurie généralisée ? Alors que toute l’activité économique, le tourisme, l’hôtellerie sont évidemment gérés par des entreprises d’Etat entre les mains d’un clan, d’une famille même, les frères Castro, Fidel et Raul, et bien sûr plusieurs des fils du Lider Maximo et de l’actuel président.

IMG_5356(Un improbable monument à la gloire de la Révolution et du héros national José Marti)IMG_5355(Le siège de la présidence)(Etape obligée, la Place de la Révolution, l’emblème, le centre du pouvoir castriste, l’une des places les plus laides et mal fichues du monde, traversée de poteaux électriques, sans grâce ni perspective !)

Pas un seul secteur ne fonctionne normalement et c’est d’autant plus scandaleux que le touriste est plumé jusqu’au fond de son portefeuille, puisqu’il ne peut payer qu’en pesos convertibles (CUC) qui valent 25 fois la monnaie (CUP) utilisée par la population locale. Tout est cher, mais jamais la qualité de la prestation n’est en rapport avec le prix payé : hôtels, restaurants, location de voitures (cela mériterait un sujet à soi seul, un pur scandale, unique au monde !), biens courants, etc.

Mais finalement le touriste que j’ai été pendant trois semaines n’aura pas eu à subir longtemps ces inconvénients. Les Cubains, eux, vivent l’enfer au quotidien. Que ce soit à La Havane ou dans des villes de moindre importance, toutes les boutiques sont sinistrement vides. Ou comme aux temps glorieux (!!) de l’URSS des années 60, les files s’étendent sur plusieurs mètres devant les magasins de nourriture (pain, viande, riz) et les ménagères qui ont réussi à se faire conduire jusqu’à la ville repartent avec ce qu’elles ont trouvé. Je me suis trouvé exactement plongé dans mes souvenirs de voyage en Hongrie et en Roumanie de l’été 73 !

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Bien sûr, les amateurs de vieilles américaines jubilent : La Havane en a la plus belle collection au monde, avec, le plus souvent, les pièces d’origine, et des moteurs trafiqués pour fonctionner avec du carburant hyper polluant. Quelques Lada, Moskvitch, du temps où le grand frère soviétique soutenait le régime communiste qui avait mis en échec le tout puissant voisin américain (le piteux épisode de la Baie des Cochons). Des cars brinquebalants, des camions, ou faute de mieux des carioles à cheval ou des chars à boeufs, sur des dizaines de kilomètres, en dehors de la capitale, on ne voit pas une voiture hors quelques modèles modernes loués à prix d’or aux touristes. Evidemment pas de panneaux routiers ou si peu… (un petit malin a inventé une application GPS qui fonctionne – très bien – sans internet !).

Internet justement ! Le monde entier s’y est mis, même les régimes répressifs comme la Chine n’ont pas résisté. À Cuba, c’est un monopole d’Etat, qui monnaie très cher ses (très médiocres) services. Il faut voir les files d’attente devant les rares distributeurs de cartes Wi-Fi, ou accepter de payer l’heure de connexion 4 ou 5 € à l’hôtel… lorsque le système n’est pas en panne…

Je n’ai pas le coeur d’insister sur ce que j’ai vu dans les rues qui furent belles du vieux quartier de La Havane Habana Vieja. Malgré certaines belles rénovations, financées par le tourisme, l’état de délabrement est tel, les conditions de vie des habitants si répugnantes, qu’on se demande comment le pays peut encore s’en sortir. On n’a même plus envie de sourire à la lecture des slogans éculés sur les lendemains radieux de la Révolution, comme on a trouvé pathétiques ces voeux accrochés partout pour les 90 ans du fantôme qui règne encore sur Cuba, grâce à la poigne de fer de son frère Raul.

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Je ne regrette pas ce séjour – j’y reviendrai pour la partie musicale – mais j’ai l’étrange impression de sortir d’un mauvais rêve.

 

 

La découverte de La Havane

(La cathédrale de La Havane un dimanche matin)Place de la Cathédrale

Sur les docks dans le port de La HavanePlace Saint François d’Assise

Intérieur

Port pollué

« Mural » à la gloire de la Révolution et des frères Castro

Le Capitole de La Havane en rénovation  (par une entreprise allemande !)L’opéra (Gran Teatro Alicia Alonso) de La Havane et le grand hôtel d’AngleterreLe Musée de la RévolutionL’hötel Raquel, un des édifices restaurés du centre de La HavanePlaza Vieja (La place vieille) de La Havane

Cuba, la destination n’est pas anodine. On s’est dit qu’avec la « régularisation » des relations avec les États Unis, une certaine authenticité allait disparaître avec le développement d’un tourisme de masse. Voire.

Premier constat à l’arrivée à l’aéroport : la bureaucratie typique des anciens pays de l’Est européen règne en maître, tempérée a l’évidence par l’indolence du climat local. C’est en revanche une  tout autre affaire lorsqu’il s’agit de récupérer une voiture de location réservée depuis plusieurs semaines par un site européen spécialisé ! Une histoire à épisodes qui nous a pourri toute une demi-journée.

Deuxième constat : le vieux quartier de La Havane (Habana Vieja) est magnifique et la restauration entreprise depuis le début des années 2000 via un fonds alimenté par les rentrées touristiques redonne son lustre a des monuments, rues, édifices historiques de première importance. Les découvrir un dimanche matin du mois d’août est un bonheur sans pareil.

Mais on n’est pas tout à fait sûr que la population adhère sans réserve aux slogans muraux vantant le régime et célébrant les 90 ans de Fidel Castro ! Pauvreté et pénurie sont le quotidien de bien des Havanais…


Changer

Au terme d’une longue soirée partagée entre les chaînes françaises et belges de télévision, une seule musique me venait à l’esprit, obsédante :

C’est ce que chante une jeune fille errant sur le champ des morts, après une terrible bataille, à la recherche de son bien-aimé. C’est la puissance de la musique de Prokofiev écrite pour le film d’Eisenstein Alexandre Nevski. Le sentiment du ravage, de la désolation…

Je n’ai pas reconnu ma France hier soir.

Mais je ne me sens pas le droit d’insulter ces compatriotes qui ont mis beaucoup d’ombre sur le bleu de notre drapeau tricolore. Ni d’insulter qui que ce soit d’autre d’ailleurs. À un choc pareil, très largement irrationnel, dé-raisonnable, on n’oppose pas l’invective ou le mépris. On essaie de comprendre, et je ne suis pas loin de penser, comme plusieurs analystes l’ont fait remarquer hier soir, que depuis le 21 avril 2002 – pour rappel, l’élimination du candidat socialiste Lionel Jospin au 1er tour de l’élection présidentielle, et la présence au second tour de Jean-Marie Le Pen face au président sortant Jacques Chirac –  on n’a tiré aucun enseignement, on n’a rien changé au logiciel politique français. Les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, comment s’étonner que triomphe la seule parole qui s’adresse à ces millions d’électeurs déboussolés, désarçonnés, révoltés, en leur promettant des lendemains qui chantent ? L’invocation de l’Histoire, la mémoire de ses horreurs, n’ont aucun poids, quand on n’a pour horizon que son malheur quotidien.

La parole publique doit changer, les hommes et les femmes de culture doivent changer, les politiques doivent  changer. Sortir de leur entre-soi, de leurs conventions, de leurs lamentations.

Il y a bientôt 25 ans, tous nos frères d’Europe orientale ont cru de toutes leurs forces que la liberté était possible, pour peu qu’on la veuille, que le changement était possible, pour peu qu’on le veuille. A-t-on déjà oublié la dernière Révolution du siècle passé ?

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