Le chef néerlandais, qui avait dirigé la 9ème symphonie de Bruckner en février 2015, avait expressément souhaité un programme français, sachant que l’ensemble de cette saison 2016-2017 du National serait placée sous l’égide de la musique française : le Gloriade Poulenc et l’intégrale de Daphnis et Chloé, « symphonie chorégraphique pour orchestre et choeurs sans paroles » de Ravel.
L’oeuvre de Poulenc est étrange, ambigüe – comme l’était le compositeur « moine et voyou » et on avait plutôt l’impression hier soir d’un requiem que d’un gloria, la voix cristalline et d’une impeccable justesse de Patricia Petibon nous rapprochant du requiem de Fauré. Haitink a fait le choix de la gravité, de la grandeur même, et c’est un parti parfaitement assumé.
En deuxième partie, on était impatient d’entendre l’intégralité de la partition de Ravel, plutôt rare au concert (à cause des interventions chorales ?). On retrouve – mieux que dans le « live » qu’il a gravé à Chicago, voir ci-dessous – les qualités de celui qui fut le légendaire patron du Concertgebouw, respect du texte et des mélanges instrumentaux – si importants chez Ravel – contrôle des masses sonores, au risque d’une modération qui manque parfois de fantaisie. Mais la performance, pour un homme de cet âge, reste éblouissante, et, en l’applaudissant aussi longuement, le public, dans lequel étaient assis deux étoiles montantes de la direction, Lorenzo Viottiet Alexandre Bloch, avait peut-être ce pincement au coeur qui vous vient lorsque l’au-revoir prend la forme d’un adieu…
Je connaissais le nom bien sûr, j’avais dû l’écouter distraitement une ou deux fois mais cette pianiste ne faisait pas partie de mon univers discophilique. Pas d’explication à cette ignorance.
Il a fallu qu’à nouveau Jean-Charles Hoffelé signale une très belle parution pour que je m’intéresse à Yvonne Lefébureet que je sois captivé d’emblée par un art et une personnalité qui ne donnent pas dans la tiédeur. Un clavier tout sauf tempéré !
Il faut d’abord saluer le magnifique travail éditorial du label Solstice/FYfondé en 1972 par François et Yvette Carbou. Certes c’est l’éditeur historique de la pianiste française, mais le coffret, le livret, et surtout le contenu de ces 24 CD sont impressionnants. Nombre d’inédits puisés dans les archives de l’INA. Et le tout pour un prix très modeste.
La musique française se taille la part du lion, et on a du bonheur à écouter ce son franc et direct, d’une puissance qui n’est jamais brutale (passionnante comparaison entre trois versions du Concerto en solde Ravel, dirigées par Auberson, Ansermet et Paray). En concert, Yvonne Lefébure n’est jamais à l’abri de quelques dérapages, mais qu’importe quand l’esprit souffle à ce point.
Ses Bach, ses Mozart ne sont jamais corsetés, tandis que les romantiques, Brahms, Chopin, Schumann, Schubert (comme une jolie suite de valses et de danses allemandes arrangée par la pianiste) évitent les minauderies. Quant à ses Beethoven – les derniers opus – ils appartiennent depuis longtemps à la légende.
Contenu du coffret (les inédits sont indiqués en italiques)
CD 1 MOZART Concerto 20 (Casals), 21 (Oubradous), Sonate 457
CD 2 SCHUMANN Concerto (Dervaux), Papillons, Fantaisie
CD 3 BACH Prélude et fugue 543, Fantaisie et fugue 542, 2 chorals / MOZART Concerto 20 (Furtwängler)
CD 4 BEETHOVEN Sonates op.109 & 110, Variations Diabelli
CD 5 RAVEL Concerto sol (Auberson), Le tombeau de Couperin, DEBUSSY La boîte à joujoux
CD 6 BACH Fantaisie et fugue 542, Concerto 1052 (Oubradous), Prélude et fugue 848, Partita 830
CD 7 MOZART Concerto 466 (Dervaux), Sonate violon 379 (J.Gautier), Fantaisies 396 & 475, Variations 265 / HAYDN Variations fa m
CD 8 BEETHOVEN Sonates op.2 & 111, Concerto 4 (Skrowaczewski), Bagatelles op.119 extr.
CD 9 BEETHOVEN Sonate op.106, Variations Diabelli
CD 10 BEETHOVEN Sonates op.109,110,111, Bagatelles op.126, Lettre à Elise
CD 11 DEBUSSY Préludes (II) / RAVEL Valses nobles et sentimentales / FAURE Nocturnes 6,13, Barcarolle 6 / SCHUBERT 15 valses
CD 12 DEBUSSY Préludes (I), Etudes / RAMEAU Gavotte et six doubles / COUPERIN Les barricades mystérieuses / DUKAS Variations, Interlude et Finale
CD 13 RAVEL Concerto sol (Ansermet), Valses nobles et sentimentales, Le tombeau de Couperin, Jeux d’eau / FAURE Thème et variations op.73, Nocturne 13
CD 14 SCHUBERT Sonate D 958, 15 Valses / SCHUMANN Concerto (Sebastian) / WEBER Konzertstück
CD 15 BRAHMS Intermezzi / LISZT Ballade, chant des fileuses, la gondole funèbre / CHOPIN Barcarolle, Scherzo 2, Ballade 3, 5 Mazurkas
CD 16 BEETHOVEN Sonates violon op.12/3, op.23, op.96 (Vegh, violon)
CD 17 RAVEL Concerto sol (Paray) / SCHUMANN Concerto (Paray), Scènes d’enfants
CD 18 FAURE Thème et variations op.73, Nocturnes 1,6,7,12,13, Impromptus 2,5 / DUKAS Variations, interlude et finale, Prélude élégiaque
Son coeur a lâché ce dimanche. Zoltan Kocsisen était malade depuis plusieurs années.
J’aimais beaucoup ce grand musicien, que j’ai vu trop rarement sur scène, mais il occupe depuis longtemps une place essentielle dans ma discothèque, et comme pianiste et comme chef d’orchestre. J’ai trouvé un grand nombre de ses disques à Budapest, l’essentiel de sa production pour le label hongrois Hungarotonayant été peu ou mal distribué en Europe occidentale. Heureusement Philips en avait fait un de ses artistes « maison », ce qui nous vaut des intégrales de haut vol. Qui restituent l’acuité, la vigueur, la subtilité, l’élan d’un jeu de piano débarrassé de toute fioriture inutile. Tom Deacon l’avait justement retenu dans sa collection des Grands Pianistes du XXème siècle.
Dans l’ordre de mes préférences, d’abord l’une des plus alertes visions de Rachmaninov, des concertos et une Rhapsodieà la pointe sèche.
Une formidable intégrale Bartók, un Debussy lumineux.
Les mêmes qualités se retrouvent dans Chopin, Haydn, Mozart, Brahms, tous ses disques méritent plus que l’intérêt.
Mais le chef d’orchestre Kocsis est tout aussi passionnant que le pianiste, et il applique au traitement du grand orchestre la même palette de couleurs et de transparences qu’au clavier.
Peut-on espérer que Decca – qui a repris l’exploitation du catalogue Philips – rende au musicien disparu l’hommage qui lui est dû ? Peut-on espérer que les labels hongrois qui ont de splendides références à la fois du jeune pianiste et du chef dans sa maturité nous restituent cet impressionnant catalogue en mémoire de l’un de leurs plus illustres musiciens ?
L’automne à Liège, ce sont ces grands ciels clairs et l’air vif qui pique sur la Meuse. J’ai emprunté ce mercredi matin la nouvelle passerelle qui conduit du quai de Rome au parc de la Boverie (lire Nostalgie).
J’avais déjà visité le nouvel ensemble muséal de Liège, inauguré en mai dernier, La Boverie, installé dans un pavillon construit en 1905 pour l’Exposition universelle.
La venue d’Anne Sinclairà Liège, il y a un mois, avait fait l’événement de cette rentrée. Elle était venue inaugurer l’exposition 21 rue La Boétie(vidéo), qui relate les aventures peu ordinaires de son grand-père, Paul Rosenberg, collectionneur, galeriste, ami de Picasso, Matisse, Chagall, Marie Laurencin et quelques autres du même acabit ! Aventures que la star des médias avait contées dans un émouvant livre de souvenirs :
Disons-le sans réserves : on ne regrette pas un droit d’entrée assez élevé (17 €). La réalisation touche à la perfection, les oeuvres présentées sont de premier rayon, le parcours pédagogique est exceptionnellement documenté, les explications concises… et compréhensibles par tous (on échappe, pour une fois, à ce jargon abscons qui fleurit sur les cimaises de nos grands musées). Une exposition à voir absolument, à Liège puis dans quelques mois à Paris.
Parmi les pièces exposées, une série qui ne pouvait manquer de me toucher : les esquisses du décor que Picasso avait conçu pour Le Tricornede Manuel de Falla, créé à Londres par Ansermet en 1919 dans le cadre des Ballets russes.
Symbole d’une cité qui a entamé une mue profonde depuis une vingtaine d’années, cette « Tour des Finances » qui a autant d’admirateurs que de détracteurs, selon la bonne tradition liégeoise (française ?)…
Il y avait une logique certaine dans le choix de ma soirée de mercredi. D’abord le compositeur que j’allais écouter avait justement visité Liège à l’occasion de l’Exposition de 1905, et toute son oeuvre était contemporaine des artistes vus à La Boverie : Ravel. L’opéra de Cologne propose en ce moment, dans ses locaux provisoires en bord de Rhin, le diptyque lyrique de Ravel, L’Heure espagnoleetL’Enfant et les sortilèges.
Là encore une réussite complète. Le nouveau Generalmusikdirektor de la cité rhénane, François-Xavier Rothen est le premier artisan, toutes les couleurs, les subtilités, la sensualité, si françaises, de l’orchestre ravélien semblent ne plus avoir de secret pour sa phalange germanique. Les chanteurs sont tous à l’unisson, même si tous ne sont pas francophones – mais les petits défauts sont à peine perceptibles – la mise en scène est un régal. Seul bémol, le texte, l’histoire même de l’Heure espagnole a moins bien vieilli que la poésie facétieuse de l’Enfant et les sortilèges. Mais Franc-Nohain n’est pas Colette !
On a un peu oublié aujourd’hui l’art et la personnalité de Robert Casadesus(1899-1972), le pianiste français préféré des Américains, en tout cas de George Szell.
J’ai déjà raconté, dans une précédente version de ce blog, ce rendez-vous avec Gaby Casadesusqui, à 96 ans, avait tenu à se déplacer à mon bureau de France Musique pour s’assurer que le centenaire de son mari serait bien célébré comme elle entendait qu’il le soit, par les formations et les antennes de Radio France. Elle tenait, en particulier, à ce qu’on joue Casadesus compositeur, ce qui était rien moins qu’évident… La conversation avait été passionnante avec cette dame d’une élégance et d’une courtoisie hors d’âge. Je m’étais dit qu’elle tiendrait jusqu’à ce centenaire, elle est morte six mois après à 98 ans.
Aujourd’hui nous sont restitués quantité d’enregistrements devenus introuvables, ou très partiellement réédités au fil des ans, de Robert Casadesus, de sa femme Gaby et de leur fils Jean, tragiquement disparu en 1972 à 44 ans d’un accident de voiture au Canada.
On trouvera ci-dessous les détails de ce coffret de 30 CD, des enregistrements qui vont de 1947 à 1972. Des références déjà connues – les Ravel – et rééditées – les concertos de Mozart avec Szell, mais curieusement pas la totalité, qu’on peut avoir dans le coffret très bon marché ci-dessous. Les formidables 1er et 4eme concertos de Beethoven captés à Amsterdam avec Eduard van Beinum, la sonate de Bartok pour 2 pianos et percussions (avec le neveu Jean-Claude !), mais surtout des Chopin,Bach, Scarlatti et Rameau absolument admirables. Et puis, enfin disponibles (on les avait déjà dans un import japonais) ces sonates de Brahms et Beethoven avec le complice de toujours, le violon solaire de Zino Francescatti. Mais quand donc SONY se décidera-t-il à rééditer le legs américain de ce fabuleux violoniste ?
Béla Bartók (1881-1945) Sonata for 2 pianos and percussion Sz.110 Camille Saint-Saëns (1835-1921) Concerto for piano and orchestra No.4 in C minor Op.44 Carl Maria von Weber (1786-1826) Konzertstück for piano and orchestra in F minor Op.79 César Franck (1822-1890) Sonata for violin and piano in A major, Symphonic Variations for piano and orchestra Claude Debussy (1862-1918) Arabesques, Children’s Corner, En blanc et noir, pour deux pianos, Estampes, Images Livre I et II, L’Ile joyeuse, Masques, Petite suite (for piano four hands), Préludes Livre I et II, Sonata for violin and piano in G minor, Sonata for violoncello and piano in D minor Erik Satie (1866-1925) Trois morceaux en forme de poire Ernest Chausson (1855-1899) Concert, Op.21 Franz Liszt (1811-1886) Concerto for piano and orchestra No.2 in A major Franz Schubert (1797-1828) Divertimento « sur des motifs originaux francais » D.823 Andantino varié Op.84 No.1, Fantasia for piano 4 hands in F minor D.940 Frédéric Chopin (1810-1849) Ballades, Sonata No.2 in B flat minor Op.35 Gabriel Fauré (1845-1924) Ballad for piano and orchestra Op.19, Dolly Suite Op.56 for piano four hands, Quartet for piano and strings No.1 in C minor Op.15, Sonata for violin and piano No.1 in A minor Op.13, Sonata for violin and piano No.2 in E minor Op.108, Two Préludes Op.103 Johann Sebastian Bach (1685-1750) French Suite No.6 in E major BWV817, Italian Concerto in F major BWV971, Partita No.2 in C minor BWV826, Sonata No.2 in A major for violin and piano BWV1015, Toccata in E minor BWV914 Johannes Brahms (1833-1897) Piano concerto No.2 in B flat major Op.83, Sonatas for violin and piano in A minor Op.100, in D minor Op.108, in G major Op.78 Manuel de Falla (1876-1946) Noches en los Jardines de España Jean Philippe Rameau (1683-1764) Gavotte, Le Rappel des Oiseaux, Les Niais de Sologne, Les Sauvages
Domenico Scarlatti (1685-1757) Sonata in A major K.533, Sonata in B minor K.27, Sonata in D major K.23, Sonata in D major K.430, Sonata in E major K.380, Sonata in G major K.14 Ludwig van Beethoven (1770-1827) Concertos for piano and orchestra No.1 in C major Op.15, No.4 in G major Op.58, No.5 in E flat major Op.73 « Emperor », Sonatas No.1 in D major Op.12 No.1, No.10 in G major Op.96, No.14 in C sharp minor Op.27 No.2 « Moonlight », Sonata No.2 in A major Op.12 No.2, No.2 in A major Op.2 No.2, No.23 in F minor Op.57 « Appassionata », No.24 in F sharp major Op.78 « A Thérèse », No.26 in E flat major Op.81a « Les Adieux », No.3 in E flat major Op.12 No.3, No.31 in A flat major Op.110, No.4 in A minor Op.23, No.5 in F major Op.24 « Spring », No.6 in A major Op.30 No.1, No.7 in C minor Op.30 No.2, No.8 in G major Op.30 No.3, No.9 in A major Op.47 « Kreutzer », Maurice Ravel (1875-1937) A la manière de Borodine (valse), A la manière de Chabrier, Berceuse sur le nom de Gabriel Faure, Gaspard de la nuit, Habanera, Jeux d’eau, Le Tombeau de Couperin, Ma mére l’Oye, Menuet Antique, Menuet sur le nom d’Haydn, Miroirs, Pavane pour une infante défunte, Piano concerto « for the left hand », Prélude in A minor, Sonatine, Valses nobles et sentimentales Robert Casadesus (1899-1972) Toccata Op.40, Sextet for piano and wind instruments Op.58, Sonata No.2 for violin and piano Op.34, Three Mediterranean Dances for 2 pianos Op.36 Robert Schumann (1810-1856) Carnaval Op.9, Dichterliebe Op.48 (from the « Lyrisches Intermezzo » by H. Heine), Fantasia in C major Op.17, Papillons Op.2, Romance Op.28 No.2 in F sharp major, Symphonische Etüden, Waldszenen Op.82 Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) Andante and Variations for piano four hands in G major K.501, Concerto for 2 pianos and orchestra No.10 in E flat major K.365, Concerto for 3 pianos and orchestra No.7 in F major K.242, Concertos for piano No.12 in A major K.414, No.18 in B flat major K.456, No.20 in D minor K.466, No.21 in C minor K.467, No.22 in E flat major K.482, No.24 in C minor K.491, No.26 in D major K.537 « Coronation », piano No.27 in B flat major K.595, Concerto in F major for 3 pianos KV.242, Quintet in E flat major for piano and winds K.452, Sonata for 2 pianos in D major K.448 (K.375a), Sonatas for piano No.13 in B flat major K.333, No.14 in C minor K.457, No.17 in D major K.576 Robert Casadesus, Gaby Casadesus, Jean Casadesus, pianos, Jean-Claude Casadesus, percussions Zino Francescatti, violin Maurice Marechal, cello Jean-Pierre Drouet, percussions Pierre Bernac, barítono André Sagnier, flute – Lucien Debray, oboe – Marcel Jean, clarinet – Gérard Tantôt, bassoon J. de Lancie, oboe – A. Gigliotti, clarinet – B. Garfield, bassoon – M. Jones, French horn Joseph Calvet, violin – Léon Pascal, Alto – Paul Mas, cello Guilet Quartet Columbia Symphony Orchestra, Dir. George Szell Cleveland Orchestra, Dir. George Szell Concertgebouw Orchestra, Dir: Edward van Beinum Philadelphia Orchestra, Dir. Eugene Ormandy Orchestre National de France, Dir. Carl Schuricht Orchestra della RAI di Torino, Dir. Fernando Previtali New York Philharmonic, Dir. Leonard Bernstein New York Philharmonic, Dir. Dimitri Mitropoulos
Un conseil d’achat : pour une fois éviter les magasins et les sites en ligne qui proposent ce coffret à 100-120 €. En le commandant directement à l’éditeur Scribendumrecordings.com, il vous en coûtera 60 £ (env. 67 €), et vous le recevrez dans les huit jours par la poste.
Sony s’est fait une spécialité de la réédition exhaustive du prestigieux fonds de catalogue du label américain RCA. Après Arthur Rubinstein, Vladimir Horowitz, Jascha Heifetz et – pour les chefs – Pierre Monteux, Fritz Reiner, c’est Charles Munchqui en bénéficie.
Le coffret est imposant, il aurait pu compter moitié moins de galettes (86 CD) si l’on n’avait pas strictement respecté les minutages (et la couverture) des LP d’origine. Livret trilingue de grande qualité, très bien documenté.
Peu d’inédits, les enregistrements mythiques de la grande époque Munch/Boston ont souvent été réédités, surtout les Berlioz, la musique française. On admire au passage la splendeur des prises de son, notamment les toutes premières en stéréo (1954/1955 !) malgré l’acoustique confinée (donc non trafiquée artificiellement) du Boston Symphony Hall. Il y a évidemment plusieurs doublons (Ravel, Berlioz), des déceptions (une Inachevéede Schubert étonnamment prosaïque), mais beaucoup de bonnes surprises (Milhaud,Martinů– la 6ème symphonie dont Munch est le dédicataire et le créateur en 1955), des curiosités, et pour les amateurs les plus anciennes gravures new-yorkaises excellemment remastérisées.
Un coffret indispensable, qui ne fera pas oublier que Charles Munch était un chef de l’instant, capable comme personne d’enflammer musiciens et public. On aimerait une réédition – aussi soignée que l’édition d’origine – de tous les live de Munch avec l’Orchestre National au Théâtre des Champs-Elysées…
Un présentateur du journal télévisé de la mi-journée l’affirmait : tout le monde se rappelle exactement où il était, ce qu’il était en train de faire, lorsqu’est survenue la première attaque sur l’une des tours du World Trade Center de New York le 11 septembre 2001. Exact.
C’était un mardi. Depuis la veille Louis Langréerépétait le programme qui devait inaugurer sa première saison comme directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Liège (qui ne deviendra « royal » qu’en 2010). Un programme emblématiquement français qui comportait en son coeur le Poème de l’amour et de la merde Chausson. Chanté par une artiste de 22 ans, la merveilleuse Alexia Cousin.
Vers 15h 15, le comptable de l’Orchestre lance dans le couloir du 5ème étage de la Salle Philharmonique, où nous avions nos bureaux : « Il se passe quelque chose de bizarre sur mon écran, il y a eu un accident d’avion à New York ! » J’allume le téléviseur de mon bureau, et quelques instants plus tard je vois le deuxième avion percuter la deuxième tour. Plus aucun doute n’est permis, il ne s’agit plus d' »accidents ».
J’ai promis au délégué artistique de l’orchestre, Stéphane Dado, qui est hospitalisé pour quelques jours à l’hôpital de la Citadelle de Liège de lui apporter des documents et de passer le voir – il enrage de ne pouvoir être à son poste la semaine où Louis Langrée entame son mandat ! Je prends ma voiture, me branche sur une des chaînes de la RTBF qui commente l’actualité américaine, j’entends qu’un autre avion s’est écrasé sur le Pentagone. Affolant ! François Bayrou déclare qu’on est vraisemblablement entré dans une nouvelle guerre mondiale, nul ne sait si d’autres attaques ne vont pas s’abattre sur les grandes capitales du monde.
Je sors hagard de ma voiture sur le parking de la Citadelle, je rejoins Stéphane dans sa chambre. Il n’est pas encore au courant, au moment où je branche son petit appareil de télévision, il reçoit un appel de son compagnon qui est alors le porte-parole du Premier ministre belge, en déplacement ce jour-là en Ukraine, à Yalta !!Toutes les capitales essaient de comprendre, de parer aussi à d’autres attaques du même type. Le chef du gouvernement de Belgique décide de rentrer immédiatement en Belgique, son porte-parole se veut rassurant.
Je rentre ensuite à l’orchestre, toujours aussi sonné. J’appelle mes enfants à Paris. Puis je descends dans la loge du chef. La répétition est terminée depuis un bon moment, mais Louis Langrée travaille encore avec Alexia Cousin. L’un et l’autre n’ont évidemment rien suivi de la tragique actualité de l’après-midi, et c’est moi qui relate les événements à Louis Langrée. Il passera la nuit suivante essayant d’avoir des nouvelles d’un ami, son ancien agent, qui devait s’installer dans ses nouveaux bureaux à proximité des tours, accroché aux images qui tournent en boucle sur toutes les chaînes de télévision. Moi aussi.
Le lendemain, il faut prendre une décision quant au sort des trois concerts prévus, le 13 à Bruxelles, le 14 et le 15 à Liège. Annuler ? modifier ? Finalement nous décidons de maintenir et de ne rien changer à un programme qui est parfaitement compatible avec l’atmosphère de recueillement et de compassion qui s’imposera à tous. Le public bruxellois est clairsemé, celui de Liège plus dense.
Louis Langrée a, à chaque fois, les mots justes. Il a été frappé par l’attitude des Américains qui, le soir du 11 septembre, se sont spontanément rassemblés sur toutes les places, dans toutes les villes des Etats-Unis, pour chanter ensemble leur émotion, leur douleur, leur refus de la terreur aveugle. Oui, la musique comme réponse à l’horreur, comme partage de la solidarité avec les victimes, les familles et tout un peuple.
Il aura fallu attendre le dixième anniversaire de sa mort, le 20 septembre 2006, pour qu’enfin un hommage discographique digne de ce nom, et surtout digne de sa personnalité, soit rendu à Armin Jordan.
C’est dans la prestigieuse collection Icon de Warner que l’ami Jean-Charles Hoffelé a regroupé tout le legs symphonique français du grand chef suisse, publié jadis par Erato, 13 galettes généreusement remplies, avec plusieurs inédits en CD – notamment les références des deux chefs-d’oeuvre symphoniques de Guillaume Lekeu, cet extraordinaire compositeur belge, prématurément disparu à 24 ans, son Adagio pour orchestre à cordes (qui préfigure la Nuit transfigurée de Schoenberg) et sa Fantaisie sur deux airs populaires angevins.
J’ai souvent évoqué ici , et dans de précédentes éditions de ce blog, l’attachement presque filial qui me liait au chef suisse. Il était le patron de l’Orchestre de la SuisseRomande, lorsque, il y a exactement trente ans aujourd’hui, j’ai intégré la Radio suisse romande comme « producteur responsable de la musique symphonique » (ça ne s’invente pas un titre pareil), empruntant un nouveau chemin professionnel – la radio, la musique – que je n’ai jamais regretté d’avoir choisi ! J’ai coutume de dire qu’Armin m’a tout appris d’un métier où l’expérience, la sensibilité, le sens des rapports humains, la perception des forces et des fragilités des artistes ne sont inscrits dans aucune règle. Puisque le 13ème CD de ce coffret nous restitue un enregistrement resté confidentiel de mélodies françaises avec Felicity Lott, ce souvenir de la première rencontre entre la cantatrice britannique et le chef suisse : Voisine.
Un autre souvenir lié à Disques en lice, l’émission de critique de disques créée fin 1987 par la chaîne culturelle (Espace 2) de la radio suisse, sous la houlette de François Hudry (Pierre Gorjat et moi formions avec lui le trio infernal de l’émission !). Lorsque, au printemps 1988, paraît l’enregistrement de la Symphonie de Franck réalisé par Armin Jordan à la tête de « son » OSR, François Hudry invite le chef à participer à l’émission. Pari risqué, même si l’écoute se fait à l’aveugle. Mais Armin est un bon client et joue le jeu (dommage que l’émission n’ait pas été filmée : ce qui s’est dit et montré hors micro valait le détour, comme toujours avec lui !). Six versions en lice, dont un « live » mythique de Furtwängler avec le Philharmonique de Vienne qui commence en catastrophe (Jordan est scandalisé « mais c’est pas possible » !), et parmi elles, les deux versions de l’Orchestre de la Suisse romande, celle d’Ansermet en 1961 et la sienne. Sans nous forcer (ni nous influencer) les uns les autres, nous reconnaissons immédiatement le son de l’OSR, même à 25 ans d’écart.
Ce coffret, à petit prix, est évidemment un indispensable de toute discothèque. Pour retrouver l’état de grâce dans lequel public et musiciens étaient placés chaque fois qu’Armin Jordan dirigeait cette musique française qu’il aimait tant. On espère maintenant la réédition de tout le reste, notamment le répertoire germanique, et les opéras !
Le disque est heureusement là pour préserver et entretenir la mémoire de ceux qui sont morts trop tôt, emportés par la maladie. Je citais Lipatti dans mon billet du 2 août. Je voudrais évoquer les pianistes Daniel Varsano et Youri Egorov, disparus à 35 ans au printemps 1988 à quelques semaines d’intervalle
Le premier n’a guère eu le temps de construire une discographie digne de son talent. Le sesquicentenaire de la naissance d’Erik Satiea été l’occasion de rééditer l’un des plus beaux disques qui aient été consacrés au compositeur d’Arcueil.
Sony serait bien inspiré de rééditer ses versions aussi originales que passionnantes des Variations Goldberg de Bach – jamais éditées en CD à ma connaissance – et des Variations Diabellicouplées à la sonate Waldstein de Beethoven fugitivement disponibles en CD.
Quant à Youri Egorov, on doit à ses amis proches, sa famille d’adoption et de coeur qui l’a accompagné jusqu’au bout de ses souffrances aux Pays Bas, de nous avoir offert une magnifique collection, d’abord d’enregistrements de studio pour EMI ou la radio néerlandaise essentiellement, puis de « live » tous plus émouvants, prodigieux, radieux les uns que les autres.
Et juste avant l’été à nouveau un double CD qui porte si tristement son titre de Chants d’automne.
Quelques mois avant sa mort, Youri Egorov se confiait à Schubert. La tendresse avait ce soir-là un visage. Pour l’éternité.
J’avais prévenu, ce blog prendrait quelques libertés avec la régularité. Pas eu le temps de souffler depuis 72 heures. Les réseaux sociaux et les médias ont largement rendu compte de ce qui m’a occupé, et qui valait bien qu’on y consacre toute son énergie et tout son temps.
Quelques photos, quelques échos, tout sourire, de ces premiers jours de festival. Heureux que le public ait répondu si nombreux et si enthousiaste à l’invitation au Voyage d’Orient que nous lui avons lancée.
(Avec Karine Deshayes et Lambert Wilson, soliste et récitant du concert d’ouverture du 11 juillet / Photo Marc Ginot)(Lucas Debargue, Andris Poga et l’orchestre national du Capitole de Toulouse hier soir)
(Enguerrand de Hys, Stéphanie Varnerin, Rémy Mathieu, Jean Gabriel Saint-Martin irrésistibles dans Ba-Ta-Clan d’Offenbach, sous la houlette de Jean-Christophe Keck)