Les raretés du confinement (III)

« Depuis le reconfinement intervenu en France le 30 octobre dernier, j’ai entamé la diffusion d’une nouvelle série d’enregistrements, tirés de ma discothèque personnelle, qui présentent un caractère de rareté, une oeuvre inhabituelle dans le répertoire d’un interprète, un musicien qui emprunte des chemins de traverse, un chef qui se hasarde là où on ne l’attend pas… «

Après les épisodes Les raretés du confinement I et II, voici le troisième (et avant-dernier?) :

23 novembre : Carlo Maria Giulini et Schumann

C’est un Carlo-Maria Giulini dans la force de l’âge – il a 44 ans – qui enregistre pour EMI le 2 juin 1958 ce qui reste pour moi la version de référence de l’ouverture de Manfred – poème dramatique en trois parties de Schumann (1852). Tout y est: la fougue implacable des trois premiers accords, les émois romantiques du héros, tempête et tendresse mêlées, un orchestre qui chante éperdument. Vingt ans plus tard le chef ne retrouvera pas le même élan à Los Angeles pour Deutsche Grammophon.

24 novembre : Armin Jordan, Audrey Michael et Schubert

Schubert: Messe n°6 D 950

Audrey Michael/ Brigitte Balleys/ Aldo Baldin/ Christoph Homberger/ Michel BrodardChoeur de chambre Romand

Orchestre de la Suisse Romande, direction Armin Jordan – Cascavelle/Erato (1987)

Tout est rare dans ce disque : c’est le moins connu de la discographie du très regretté Armin Jordan (1932-2006). La dernière messe de Schubert, sa 6ème, est énigmatique, ce sublime « Et incarnatus est » écrit pour deux ténors et une soprano. Dans la version/vision d’Armin Jordan, la plus fervente, la moins « opératique », de toute la discographie de cette oeuvre, le miracle vient du parfait mélange des voix des ténors Christoph Homberger et Aldo Baldin, mais surtout de la sublime soprano suisse Audrey Michael.

Ce passage me bouleverse à chaque écoute. Je le dédie à mon père, disparu il y a 48 ans, le 6 décembre 1972.

25 novembre : Une formidable Miss Julie

Sur Forumopera, j’écrivais ceci à propos de l’opéra Miss Julie du compositeur anglais William Alwyn ;

J’y ai… entendu, aussi bien dans le traitement de l’orchestre que de la ligne vocale, des réminiscences de Korngold (Miss Julie a vocalement tant en commun avec la Marie de Die tote Stadt !), Schreker, Zemlinsky, tout ce début de XXe siècle viennois. Les rythmes et les langueurs de la valse parcourent tout l’ouvrage, et on soupçonne Alwyn d’avoir un peu abusé de l’accord de septième ! Si l’on ne craignait le cliché, on reconnaîtrait dans cette Miss Julie une écriture très… cinématographique. Alwyn n’a pas oublié son premier métier et manie à la perfection les effets dramatiques, la description des atmosphères

Lire l’article ici : Le confinement de Julie

26 novembre : Maradona et le tango

#Maradona Je lis cette anecdote : « Juillet 1984. Stade San Paolo, à Naples. Les notes d’ El Choclo s’égrènent sur la pelouse, dans les tribunes italiennes. Un homme en a presque les larmes aux yeux. Cette musique l’émeut depuis toujours. Il l’a en lui, ce son. Ce jour-là, El Choclo, un incontournable tango de 1903, est joué en son honneur. En guise de bienvenue. L’homme, c’est Diego Maradona. Le mythique n°10 argentin va faire rêver les supporters du Napoli des années durant… »Je retrouve dans ma discothèque un CD de Stanley Black (1913-2002), compositeur, chef, arrangeur britannique, avec ce célèbre tango, El Choclo. Angel Villoldo l’écrit en 1903, plusieurs versions s’ensuivent, dont une, en 1947, avec des paroles du poète Enrique Carlos Discepolo, que chante Libertad Lamarque dans Le Grand Casino de Luis Buñuel.

27 novembre : un Beethoven tchèque

En 1962, en pleine guerre froide, le pianiste tchèque Ivan Moravec (1930-2015) – voir Beethoven: le piano d’Ivan Moravec– est invité une première fois aux Etats-Unis, où il enregistrera plusieurs disques pour le label Connoisseur Society. En 1963, avec son beau-frère, le chef autrichien d’origine tchèque, Martin Turnovsky (1928-), il grave l’une des plus belles versions du Quatrième concerto de Beethoven avec un orchestre composé de musiciens de Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker.

28 novembre : La liberté de la presse

Sibelius: Finlandia (version chantée) extrait de la Musique pour célébrer la presse (1899)

Tandis qu’en France on manifestait aujourd’hui pour la liberté de la presse, on peut rappeler que l’oeuvre la plus célèbre de Jean Sibelius – Finlandia – a fait partie initialement de la Musique pour la célébration de la presse (créée le 3 novembre 1899) pour soutenir la liberté de la presse finlandaise face à l’occupant russe. Au point que, dans ses diverses versions, Finlandia est devenue comme un second hymne national. Ici une version moins souvent donnée que la version purement orchestrale, arrangée par Sibelius lui-même en 1938 pour choeur d’hommes et orchestre, puis le 7 décembre 1940 pour choeur mixte.

29 novembre : Scarlatti et Martha Argerich

#MarthaArgerich #Scarlatti Scarlatti : Sonate K. 141

Sauf erreur de ma part, Martha Argerich n’a jamais enregistré de sonates de Scarlatti en studio. En revanche, il y a de multiples versions de concert – comme ici le 13 juin 2018 à Singapour – de « sa » sonate K 141. Un miracle toujours renouvelé !

30 novembre : mon concerto de Beethoven

#Beethoven250

Des cinq concertos de Beethoven, le Troisième est mon préféré, comme je le raconte ici (https://jeanpierrerousseaublog.com/…/beethoven-250-xvi…/). Dans ma discothèque, une rareté, un « live » capté à Moscou en 1976 sous les doigts brûlants d’Emile Guilels, Kurt Masur dirigeant l’orchestre symphonique d’URSS.

1er décembre : Du très beau piano

Dans deux beaux coffrets de piano (lire https://jeanpierrerousseaublog.com/2020/12/01/le-beau-piano/) une version pleine de fièvre romantique du concerto pour piano n°1 de Chopin, avec le jeune Eric Heidsieck, Pierre Dervaux et l’orchestre Colonne, enregistrée en 1961:

2 décembre : les sons magiques de Nicolai Gedda

Grâce à un admirateur de Nicolai Gedda (1925-2017) – j’en suis un aussi, lire Le Tsar Nicolai – je redécouvre cette pépite cachée dans le coffret Icon/Warner consacré au ténor suédois, ce sublime air tiré de l’opéra « La reine de Saba » de Károly Goldmark (1830-1915) : Magische Töne

A-t-on jamais mieux chanté ?

3 décembre : VGE, l’accordéon et Tchaikovski

#VGE

Les médias ont rappelé, à l’occasion du décès de l’ancien président de la République (lire Giscard et la princesse) le goût de Valéry Giscard d’Estaing pour le piano à bretelles, l’accordéon, instrument populaire par excellence.Mais on sait peu que le premier compositeur « classique » à faire entrer l’accordéon dans l’orchestre fut Tchaikovski, qui, écrivant sa Suite n°2 pour orchestre en 1853, fait appel à quatre accordéons (en l’occurrence des « Bayan », l’accordéon russe inventé en 1850 !). Ecoutez bien à 2′ du début du « scherzo » de cette suite l’intervention des accordéons.Hommage par la même occasion au grand chef Antal Dorati (1906-1988) qui a signé une version définitive des quatre Suites pour orchestre de Tchaikovski

4 décembre : Milstein et Saint-Saëns

J’ai eu beau en écouter, en programmer maintes versions : le Troisième concerto pour violon de Saint-Saëns, dédié à et créé par le grand Pablo de Sarasate en 1880, c’est pour moi l’indépassable Nathan Milstein (1903-1992) – lire Nathan Milstein, le violon de mon coeur) accompagné à la perfection par le trop oublié Anatol Fistoulari (1907-1995)

Camille Saint-SäensConcerto pour violon n°3 op.61Nathan Milstein, violonPhiharmonia Orchestra, dir. Anatol Fistoulari (enr. 1959) / EMI

Top départ

Le soleil de printemps inonde Montpellier cette semaine.

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Cette vidéo n’existe pas

Et ça tombe bien pour commencer à dévoiler ce que sera le prochain Festival Radio France Occitanie Montpellier (que tout le monde ici, dans la région, nomme simplement « Festival Radio France« … alors qu’à Paris, dans la Maison ronde même, on continue d’appeler « Festival de Montpellier » !!)

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Le vieux chat noir un peu cabossé du coin de ma rue ne se départ jamais d’une sérénité éprouvée !

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L’Esplanade Charles de Gaulle est en fête ! N’était la fraîcheur matinale, on s’imaginerait presque en été.

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Cette semaine donc, à l’usage des Montpelliérains, on a commencé à feuilleter le programme des soirées du #FestivalRF19En essayant de sortir des habitudes qui prévalent pour ce genre de présentation – conférence de presse « officielle », invitations VIP -. Ce qui me plaît, et ce pour quoi finalement toute l’équipe du Festival travaille, c’est de rencontrer le public, notre public, de lui réserver la primeur du programme que nous lui avons concocté avec amour, d’échanger avec lui, de prendre les compliments et de répondre aux critiques. C’est ce que nous avons fait déjà mardi soir devant une salle Pasteur archi-comble, c’est un exercice que nous rééditons en fin d’après-midi au foyer de l’Opéra Comédie. Et cela en musique, avec la participation exceptionnelle, mardi, de l’Orchestre National Montpellier Occitanie et de Magnus Fryklund, ce soir, de Marina Chiche et Félicien Brut, tous artistes qui, bien évidemment, seront de l’aventure du Festival en juillet prochain.

Mais on ne déballe pas tout d’un coup, les 150 concerts, les 70 lieux de toute l’Occitanie où se déploiera la 35ème édition d’un festival qui n’a pas d’équivalent dans la sphère musicale : musique de chambre, chorale, jazz, musiques électroniques, événements symphoniques, etc…

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Ceux qui me suivent et me lisent ne seront pas surpris du choix des rivages de la Baltique  comme cadre de nos prochaines nuits blanches…

« Deux souvenirs : en juin 1998, l’immense place du Palais à Saint-Petersbourg, devant l’Hermitage, traversée à 3 heures du matin, la douceur indicible de la voûte céleste ni jour ni nuit ; en juillet 2016, à Montpellier, Valery Gergiev me citant le Festival Radio France Occitanie Montpellier comme modèle des Nuits blanches qu’il organise chaque été dans la ville de Pierre le Grand.

C’était décidé, la 35ème édition du Festival serait consacrée à ces légendaires musiques du Nord, des rives de la  mer Baltique, à l’incroyable foisonnement créatif de générations de compositeurs et d’artistes exceptionnels. » (Suite à lire sur lefestival.eu)

Je me suis promis de ne pas répondre à la question que les journalistes ne manqueront pas de me poser : « Quels sont vos coups de coeur » ?  Je n’y répondrai pas, parce que cette programmation n’est qu’une suite de coups de coeur, ceux de l’équipe de programmation, les miens…

J’éprouve une fierté particulière et personnelle à ouvrir ce Festival 2019 avec une personnalité que j’admire infiniment, Neeme Järvi, et l’orchestre national d’Estonie.

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Révolution(s)

J’ai un peu l’impression d’avoir couru un marathon, la décompression est bienvenue.

Ce vendredi 10 mars n’était pas une journée comme les autres : un Conseil d’administration, une conférence de presse et la présentation au public de l’édition 2017 du Festival Radio France Occitanie Montpellier .

Faut-il que je fasse un dessin ? Sur le stress qui gagne toute l’équipe à mesure qu’on s’approche de l’échéance, les dernières corrections, les changements de dernière minute (programmer 160 concerts et événements dans 65 lieux différents, un beau défi !), les outils de communication, le site, la billetterie, les réseaux sociaux. À quoi s’ajoutaient des incertitudes liées aux agendas très compliqués des co-présidents du Festival, bref l’ordinaire d’un directeur qui a le souci – normal – que tout soit prêt le jour dit…

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La conférence de presse est visible ici, la partie musicale – un condensé des temps forts du #FestivalRF17 à partir de 35’20 »

Pourquoi le choix d’un tel thème ? Réponse ici : Révolution(s).

Précision utile, j’avais décidé il y a plus d’un an de ce choix, je constate que le mot et l’idée ont été abondamment repris depuis..

Parmi les oeuvres que je tenais à programmer, Le boulon de ChostakovitchToute l’audace, le génie créateur d’une époque – le compositeur a 25 ans – brutalement réduits au silence par la censure stalinienne en 1931. La Révolution… et après ?

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Le roi et le président

Suis-je définitivement déconnecté de la réalité ?  Si je revenais aujourd’hui d’un séjour d’un mois sur une île déserte, je trouverais à la une des journaux télévisés ou papier deux événements essentiels. La conférence mondiale sur le climat ? la lutte contre le terrorisme ? Non évidemment.

Il n’est question que du bond spectaculaire de popularité du président de la République française et du séjour balnéothérapeutique du roi des Belges. Pour être complet, juste après, l’affaire Benzema/Valbuena, et la percée du Front National aux élections régionales de dimanche (un détail sans doute)

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Si j’ai bien lu, Philippe et Mathilde de Belgique sont accusés d’avoir séjourné en Bretagne, sous un nom d’emprunt (mais celui qui a volé la photo et l’a vendue, sans doute pour un bon prix, est resté anonyme !) alors que le gouvernement belge allait décider de hausser le niveau d’alerte au maximum, le lendemain de l’arrivée du couple royal…

Si j’ai bien lu aussi, le roi – qui n’a aucun pouvoir de gouvernement – est rentré à Bruxelles dès que sa sécurité a pu être assurée, et, scandale absolu, il s’est abstenu d’apparaître dans les médias, respectant en cela les prérogatives du gouvernement fédéral.

De toute façon le débat était piégé d’avance : s’il était intervenu, les mêmes commentateurs n’auraient pas manqué de dénoncer cette entorse aux règles institutionnelles du Royaume. Aurait-il dû annuler son séjour breton ? sur la base de quelles informations ? et dans quel but ?

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Quant à François Hollande, selon Le Monde, il « conquiert » désormais la moitié des Français : « Bond de popularité pour le président de la République. La cote de François Hollande a augmenté de 22 points en un mois pour atteindre 50 % d’opinions positives, son meilleur score depuis juillet 2012, selon le tableau de bord IFOP/Fiducial pour Paris Match et Sud Radio réalisé après les attentats du 13 novembre et publié mardi 1er décembre » . À la toute fin de l’article, en tout petit, on lit ceci : Enquête réalisée par téléphone du 27 au 28 novembre 2015, sur un échantillon de 983 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

J’ai tout de même entendu un journaliste dire qu’il n’était peut-être pas très « décent » de gloser sur les raisons de ce rebond.

Ah oui, il y a aussi ce curé de l’Ariège qui a piqué l’argent de ses paroissiens (on dirait un scénario pour Jean-Pierre Mocky) et un reportage sur place. Et puis l’attente impatiente des révélations que doit faire aujourd’hui le maître à penser du sport français, Karim Benzema…

Un mardi presque idéal en somme !