J’ai failli devenir organiste. Ayant grandi à Poitiers, j’avais pour copain de classe un des enfants de Jean-Albert Villard, l’organiste titulaire des grandes orgues Clicquot de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers



Mais je n’ai jamais franchi le pas, j’avais déjà assez à faire avec mes leçons de piano, de solfège, et même de violon (trois ans non concluants !) au Conservatoire, j’ai résisté aux amicales pressions de Jean-Albert Villard, qui était par ailleurs un formidable conteur, un pédagogue historien passionné, peut-être pas le plus grand des organistes ! Mais il invitait chaque saison les meilleurs de ses collègues à la tribune de la Cathédrale. Je me rappelle très bien un récital de Xavier Darasse et ma découverte de l’orgue de Liszt, et tout autant une soirée mortelle, soporifique avec… Marie-Claire Alain, qui était alors présentée comme l’Organiste incontournable…
(Un magnifique CD jadis réédité par Erato, aujourd’hui introuvable !)
Un souvenir plus confus de Pierre Cochereau. Je ne sais plus si c’est après ou avant de l’avoir entendu que j’ai acheté un disque de « tubes », ou parce que j’avais repéré dans une cérémonie ou une autre la fameuse Toccata de la 5ème symphonie pour orgue de Widor.

(Ici la magnifique version d’Olivier Latry, successeur de Pierre Cochereau aux grandes orgues de Notre-Dame de Paris).
De là sans doute mon intérêt, ma passion même pour ce que l’on a coutume d’appeler l’orgue symphonique.
J’aurai en tout et pour tout deux occasions de jouer de l’orgue et de jouir de ce sentiment incroyable de puissance qui s’empare de celui qui, d’une simple pression sur quelques touches du clavier peut déclencher un ouragan sonore.
Pendant un été où j’étais moniteur d’une colonie de vacances musicale à Aire sur l’Adour, je profitais de mes rares moments de liberté pour monter à la tribune de l’orgue de l’église locale et improviser ce qui me passait par la tête, et qui ne devait pas être d’un grand intérêt. Mais je m’amusais bien, jusqu’au jour où j’entendis des applaudissements. Une bonne dizaine de touristes avait suivi mes élucubrations et en redemandait. Rouge de honte, je me tapis dans un recoin de la tribune, attendant que l’église soit de nouveau déserte, et sortis en jurant qu’on ne m’y prendrait plus.
Pourtant il y eut une autre prestation, la seconde et dernière. Dans l’abbatiale de Saint-Michel-de-Frigolet cette fois, lors d’une « université » politique d’été, en août 1976. Je ne me rappelle plus qui eut l’idée saugrenue de me faire jouer de l’orgue devant un parterre de ministres et sommités politiques nationales. Je tentai d’ânonner la toccata et fugue en ré mineur de Bach, puis, n’écoutant que mon inconscience, la toccata de la 5ème symphonie de Widor. J’avais beau avoir prévenu de mon amateurisme, il se trouva quelques jeunes gens bien mis, chefs ou membres de cabinets ministériels, pour me féliciter chaleureusement et bruyamment (devant leurs ministres évidemment) pour ma performance exceptionnelle. Ce jour-là je compris définitivement que le ridicule n’avait jamais tué aucun courtisan. Et que je n’embrasserais jamais le métier d’organiste…
Salut respectueux à l’un des grands organistes français, André Isoir, récemment disparu.






Première halte à Munich un samedi, mon cousin Pierre étant catholique pratiquant, nous repérons une église où suivre la messe le lendemain. Il est indiqué sur la porte que l’orchestre et le choeur de l’église en question joueront pendant l’office la messe dite « des moineaux » de Mozart. 



(Martin Grubinger, père et fils)







(Le Choeur de Radio France dirigé par Sofi Jeannin / Photo Marc Ginot)
(Sonya Yoncheva et Domingo Hindoyan qui font la clôture du Festival demain soir avec l’étonnant opéra 


L’actualité nous rattrapait aussi au dîner qui suivit le concert. Tandis que les trois percussionnistes rempaquetaient tout le matériel, les deux soeurs pianistes profitèrent de la douceur de la nuit montpelliéraine pour reprendre des forces. Ferzan me racontait qu’elle et son mari (Martin Grubinger) hébergeaient depuis plusieurs mois dans leur maison des environs de Vienne, un réfugié syrien, qui s’était parfaitement intégré, était devenu en peu de temps un fameux cuisinier, mais demeurait séparé de sa femme et de ses enfants qui étaient toujours bloqués en Turquie. Cet homme charmant, devenu un ami du couple, ne convenant pas à la femme de ménage (autrichienne) de Ferzan, celle-ci refuse de le voir, de nettoyer sa chambre et ses affaires, parce que « vous comprenez Madame, mon mari est au chômage et je ne vois pas pourquoi on accueille des étrangers qui nous coûtent cher »…. C’est bien l’Autriche en effet qui a failli élire un président de la République d’extrême droite il y a quelques semaines…





(La cour du Palais Royal et les fameuses colonnes de Buren, vues du ministère de la Culture)