Musiciens du dimanche et des autres jours

Avant mon récent voyage, je n’étais allé qu’une seule fois en Chine, à Pékin. Pour le passage de l’an 2005. Il faisait très beau et très froid. J’avais déjà observé qu’en dépit de la température polaire, les jardins et les parcs étaient le terrain de jeu de dizaines de groupes de gymnastique, de tai shi, de chanteurs, de danseurs.

Le phénomène s’est encore amplifié, et ce qu’on a vu à Pékin (dans l’enceinte du Temple du Ciel) comme dans les jardins de Shanghai semble attester de la vivacité de ces traditions. Même si les jeunes n’y participent guère. Où et comment s’amusent-ils ? Je n’ai pas de réponse…

IMG_2451IMG_2452(Pékin, temple du Ciel)

À Shanghai, le fait que le dimanche 1er mai et le lundi 2 mai étaient fériés cette année a sans doute amplifié (Premier mai en rouge) le phénomène.

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(Le monde en images : Shanghai)

Dernière vue de Shanghai la nuit du Bund vers Pudong.

Nouveaux publics

Quand on a, depuis toujours, la conviction que la musique classique n’est pas moribonde ni élitiste ni réservée aux mélomanes etc. (tous poncifs qui continuent d’être alignés à défaut d’arguments), quand on l’a prouvé, en inventant des formats, des formules, qui font salles combles de publics heureux, on est d’autant plus intéressé de découvrir des publics aussi différents que ceux que la récente tournée de l’Orchestre de la Suisse romande, en Chine et en Inde, nous a permis de rencontrer.

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Pékin dans l’immense bulle dessinée par l’architecte français Paul Andreu, inaugurée en 2007 juste avant les Jeux Olympiques, le National Center for Performing Arts (NCPA) comprenant une salle de concert et un opéra !

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Le public qui se presse ce premier soir à Pékin est très varié, beaucoup de familles, sans doute peu informé du programme qui lui est proposé (Prélude à l’après-midi d’un faune, Introduction et rondo capriccioso, Tzigane,  une large suite de Roméo et Juliette). La poésie intimiste de Debussy les surprend, les pièces virtuoses du violon pourtant peu démonstratif de Renaud Capuçon suscitent plus d’élans, le Prokofiev décontenance, le chef a fait le choix de terminer par les épisodes recueillis de la mort de Juliette, donc peu susceptibles d’enflammer les foules. Il faudra un bis chinois (« Murmures du printemps ») pour réchauffer le public.

Le lendemain, à 150 km au sud de Pékin, c’est à Jinan qu’on se retrouve dans un complexe encore plus récent que celui de la capitale chinoise, au milieu d’une toute nouvelle zone inhabitée. Dans la très belle salle de concert, l’organisateur local a une saison de 5 concerts symphoniques par saison, 3 d’entre eux étant concentrés entre le 28 et le 30 avril ! (La veille de l’OSR, c’était la Staatskapelle de Dresde, le lendemain l’Orchestre de chambre de Moscou). La salle est distante de 11 km du centre de la ville ! et aucune commodité à proximité. Il faut vraiment avoir envie de venir !IMG_2673

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Le programme est tout sauf familier à un public très jeune et familial, qui n’a manifestement aucune habitude du concert classique : Pavane pour une infante défunte, concerto pour violon de Beethoven et 2ème symphonie de Brahms. Assise à ma gauche, une fillette de 7/8 ans est captivée par Beethoven, elle danse quasiment sur place, beaucoup d’autres ont du mal à se concentrer sur une oeuvre longue et peu spectaculaire. Renaud Capuçon m’avouera après le concert avoir dû subir au premier rang les bavardages ininterrompus de spectateurs qui n’avaient manifestement pas intégré la dimension silencieuse de l’écoute. Mais c’est l’exception – malheureuse – qui confirme l’aptitude de ce public à simplement se laisser porter par une musique dont elle ne connaît ni les codes ni l’histoire. Il aurait fallu pouvoir interroger ce millier de Chinois sur ce qu’ils avaient ressenti et retenu de ce parcours dans la musique la plus européenne qui soit.

IMG_2674Shanghai c’est tout de suite une autre histoire, la salle est plus ancienne, sonne plus sec, le public est manifestement plus habitué. La bonne idée c’est l’affichage de part et d’autre de la scène du programme et des interprètes. Le même programme qu’à Pékin, mais reçu plus chaleureusement, l’intuition que la pratique du concert classique est plus répandue ici.

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A la sortie beaucoup de demandes d’autographes au chef d’orchestre, Osmo Vänskä.

À Bombay changement complet d’ambiance, la salle de 1100 places du NCPA porte mal son âge, les abords sont peu entretenus – comme un grand nombre de bâtiments publics – c’est un euphémisme !

IMG_2968C’est pourtant là qu’ont lieu les grands événements musicaux (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/04/30/zubin-80/)

Manifestement la recherche de nouveaux publics, plus familiaux ou jeunes, ne fait pas partie des objectifs du Centre, présidé par une personnalité aussi vénérable qu’inamovible.  On est dans l’entre-soi, ce qui n’empêche pas une partie du public d’applaudir inopinément entre les mouvements de Beethoven ou Brahms.

Comme le disait le violoncelle solo « historique » de l’OSR, François Guye, ce type de rencontres avec des publics si différents de ceux qui fréquentent le Victoria Hall de Genève ou les salles de concert de Paris ou Londres, remet en question salutairement les modes de transmission traditionnels de la musique classique. Depuis le temps qu’on le dit…

Les géants

Impressionnant finalement de visiter en moins de deux semaines les deux pays les plus peuplés du monde et trois mégalopoles à côté desquelles Paris ou même Londres font figure de villages : Pékin, Shanghai et maintenant Bombay.

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Il faudra refaire défiler les souvenirs et les photos à tête reposée lorsque l’excitation et les fatigues d’une tournée seront retombées.

Autant Shanghai donne le sentiment d’une planification et d’un développement méthodiques et organisés, autant Bombay confirme un sentiment déjà perçu l’an dernier, d’une immensité en mouvement perpétuel, peu regardante sur l’état du patrimoine… et des humains. Malheur/Bonheur sont plus que jamais des notions aux contours flous.

Quelques photos prises dans la vie trépidante de Bombay l’attestent.

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Emportés par la foule

« Day off » ce mardi, comme on dit en bon français, pour permettre à l’orchestre (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/04/27/les-premiers-jours-de-pekin/) de récupérer d’un long voyage et de se préparer dans les meilleures conditions à des concerts devant des publics inconnus.

Et pour beaucoup, la découverte des quelques trésors – finalement assez rares – de la capitale chinoise, comme la Cité interdite, où ont été tournées des scènes du Dernier Empereur et d’un Turandot de Puccini dirigé par Zubin Mehta

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En moins de douze ans, l’évolution est impressionnante, certes la première fois c’était au coeur de l’hiver et la gigantesque place Tian’anmen était déserte, l’immense complexe de palais, de demeures et de jardins que forme la Cité interdite comptait de rares touristes qui pouvaient encore pénétrer dans les différents bâtiments admirer mobilier, trônes, objets décoratifs, etc.

Aujourd’hui, la plus grande place de Pékin – qui est aussi l’une des plus vastes au monde – est soigneusement quadrillée, barrières et forces de police partout, interdiction de la traverser pour les non-Chinois, et aux abords de la Cité, puis dans toutes les cours intérieures, une foule incroyable, des dizaines de groupes, d’écoliers et de lycéens revêtus de survêtements (leurs uniformes sans doute) d’un goût exquis. Inutile d’attendre le moindre geste de politesse, de courtoisie de ces hordes qui bousculent, heurtent sans complexe le pauvre touriste qui se risquerait à se mettre en travers de leur chemin. Tous sont vissés à leur perche à selfie et dès que quelque chose semble photographiable, tous se piétinent, se cognent, se pressent sans pitié. C’est la loi du plus fort… Triste et bruyant spectacle !

IMG_2485D’un côté le musée national d’histoire, de l’autre le Palais du Peuple !IMG_2486IMG_2487IMG_2488

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D’autres photos de la Cité interdite à voir ici : (https://lemondenimages.me/2016/04/28/cite-interdite/)

 

 

Les premiers jours de Pékin

En 1900, les membres de la société secrète chinoise du Yihetuan,  » Poings de justice et de concorde « , surnommés  » Boxers « , se soulèvent contre la présence étrangère, envahissent les missions catholiques, assiègent les légations étrangères et tuent des prêtres. Les puissances coloniales, présentes en Chine depuis la guerre de l’Opium de 1840, réagissent aussitôt, obligeant l’impératrice douairière Cixi à s’enfuir de Pékin. Voyageur sans pareil autour du monde, Pierre Loti (1850-1923), marin en mission, est témoin de cette répression. Il traverse les campagnes pour se rendre à Pékin où il fait deux séjours en 1900 et en 1901. Au sein de cette  » Babel inouïe « , il en profite pour découvrir une partie de la Chine jusque-là inconnue de l’Occident. Pour la première fois, ces lieux sacrés, temples, palais, jardins somptueux et énigmatiques, dévoilent leurs secrets. Entre l’horreur de la guerre et la splendeur de l’architecture chinoise, Pierre Loti contemple et admire des trésors longtemps ignorés : le temple du Ciel, la Cité interdite, le temple des Lamas, les fabuleux tombeaux des empereurs de Chine… et constate qu’une civilisation disparaît sous ses yeux.

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J’étais déjà venu à Pékin pour un court séjour à la toute fin 2004, et j’avais découvert émerveillé, sous un soleil éclatant et par une température de -10°, une ville qui n’était pas encore ce qu’elle se préparait à devenir pour les Jeux Olympiques de 2008, immense, inhumaine, polluée, avec des gratte-ciel à perte de vue.

Première étape de la tournée de l’Orchestre de la Suisse romande que j’accompagne, Pékin en ce mois d’avril 2016 ressemble à celle que Pierre Loti décrivait il y a plus d’un siècle : des trésors de moins en moins cachés, abîmés par l’invasion de la publicité, un tourisme de masse où la brutalité, le sans-gêne font la loi, le vrai sentiment qu’une civilisation millénaire disparaît définitivement sous nos yeux.

Le paradoxe c’est que la ville n’est pas plus accueillante qu’auparavant au visiteur, au touriste étranger. Dans les hôtels, les lieux touristiques, il est encore difficile de trouver un locuteur anglais, aucun taxi ne comprend un traître mot de la langue de Shakespeare, on se demande même parfois si certains lisent le chinois ! Et l’amabilité, la serviabilité sont des notions encore imaginaires. Quel contraste saisissant avec le Japon, et les souvenirs que j’ai d’une visite à Tokyo à l’été 2013 !

Attendons de voir demain comment le public, les mélomanes pékinois, reçoivent le concert que l’OSR leur propose avec Osmo Vänskä et Renaud Capuçon. On aura peut-être d’heureuses surprises…

Tout juste arrivés hier, nous en avons profité avec une amie journaliste qui ne connaissait pas l’endroit, pour aller au Temple du Ciel, au sud de la Cité interdite et de la célèbre place Tiananmen (que les Chinois orthographient plutôt Qianmen)

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(Ravissant panneau vidéo de publicité au pied de l’enceinte du jardin du temple du Ciel !)

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