Le meilleur du monde est à Paris

Du temps de mes années liégeoises, je revenais à Paris le week-end, quand je n’avais pas d’obligations avec l’orchestre, une fois par mois environ et, outre les amis et la famille, et souvent avec eux j’adorais me faire piéton de Paris. Depuis que j’ai déniché mes actuelles pénates près d’Auvers sur Oise, l’agenda s’est inversé et les fins de semaine parisiennes se sont faites rares.

Mais, en ce mois de septembre 2026, je les aligne. Dimanche dernier, c’était la naissance d’un orchestrePhilopera -au Palais Garnier. Dimanche prochain ce sera le Barbier de Séville à Bastille. Au milieu de la semaine c’était la phénoménale Troisième symphonie de Mahler à la Philharmonie (lire Etat de grâce) Et ce week-end c’est un double – et même triple – anniversaire qui m’a rappelé à Paris. Réservation faite il y a plusieurs semaines.

« Le meilleur restaurant du monde »

Pendant que tous les médias nous abreuvaient de Céline Dion et de ce samedi qui inaugurait sa nouvelle série de concerts, nous goûtions à nouveau le charme exceptionnel d’un lieu, d’un hôte, d’une table qui m’avaient déjà faite forte impression il y a trois ans (voir De l’intime au général). On ne va pas tous les jours chez Guy Savoy, qui est classé depuis plusieurs années comme « le meilleur restaurant du monde ». Mais ce titre n’est pas usurpé, et autant le maître des lieux que son équipe ont l’art de rendre inoubliable une soirée passée en leur compagnie, parce que la chaleur et la simplicité du contact sont l’exact reflet de l’extrême qualité de ce qui nous est servi, tant dans l’assiette que dans le verre.

J’ai félicité le jeune sommelier de nous avoir apporté de la Thonon, qu’on trouve maintenant sur les meilleures tables. Il a semblé intéressé par l’histoire longtemps ignorée de la « rivalité » entre deux sources très proches, Evian et Thonon, et du fait que les propriétaires d’Evian – le groupe Danone en l’occurrence – avaient très longtemps fait en sorte que le développement de l’eau de Thonon reste confidentiel. Quand les lois européennes ont rebattu les cartes de la concurrence, les grands groupes producteurs d’eau minérale ont été très intéressés par le potentiel de Thonon, au moins aussi important qu’Evian. Et de ce moment-là le développement de Thonon a pris un tour spectaculaire !

Guy Savoy ou l’authenticité faite homme

Avant d’arriver chez Guy Savoy, donc à l’hôtel de la Monnaie de Paris, quai Conti, on a pu saisir quelques images.

La fête du design

Quand ce n’est pas la Fashion week ou l’un de ses avatars, il y a toujours autre chose à Paris pour mobiliser l’attention des badauds et des touristes: ainsi la Paris Design Week

Magasins, galeries, bâtiments publics sont ouverts – on peut ainsi faire un parcours très étrange dans les étages du BHV, quasi déserts et vides de leurs rayons – C’est ainsi que du toit-terrasse on aperçoit les toits de Paris, et le haut de l’église Saint-Gervais

On est d’abord passé par l’Hôtel de Sully, qui abrite la direction des Monuments de France, et fait la jonction entre la place des Vosges et la rue Saint-Antoine.

On y découvre quelques oeuvres spectaculaires du designer irlandais Joseph Walsh, comme cet hymne au Fado

Joseph Walsh, Fado

Se souvenir

Je ne me rappelais pas que le président de la République avait inauguré, le 13 novembre 2025, le jardin-mémorial des attentats qui avaient endeuillé Paris dix ans plus tôt.

C’est une émotion singulière qui étreint le visiteur quand on découvre ici et là sur des blocs de pierre les noms des victimes des tueries de Saint-Denis, des cafés de Paris et du Bataclan..

La renaissance de Saint-Gervais

Longtemps j’ai connu l’église des Couperin – Saint-Gervais Saint-Protais – couverte d’échafaudages à l’extérieur comme à l’intérieur. L’immense nef se dresse aujourd’hui dans sa clarté originelle.

Jardin ouvert

Depuis 2018 les jardins de l’Hôtel des Archives étaient fermés aux visiteurs et aux promeneurs, le temps d’une rénovation qui semble avoir pris beaucoup plus de temps que prévu de l’hôtel de Rohan. Il faudra encore attendre 2027 pour que l’ensemble rouvre au public. En attendant on admire la bel éclat de la façade de ce splendide édifice niché au coeur du Marais

Cadeau

La musique qui nous accueillait très discrètement chez Guy Savoy samedi soir était la Valse de la Sérénade pour cordes de Tchaikovski, l’une des œuvres les plus lumineuses et heureuses de son auteur.

Des multiples versions – 35 ! – que j’ai dans ma discothèque- j’ai une affection très particulière pour celle de Charles Munch, qu’on n’attend pas forcément dans ce répertoire, et qui de bout en bout avec ses Bostoniens virtuoses et généreux, en livre une lecture absolument enthousiasmante.

Et comme le font certains magazines anglais, the one to avoid (à éviter) : J’adore Bernstein, mais là vraiment non…

Et toujours humeurs et rumeurs du moment dans mes brèves de blog

Etat de grâce

11 septembre

« Banalité que de rappeler que nous, les gens de plus de 30 ans, nous souvenons exactement de ce que nous faisions, le 11 septembre 2001, lorsque les tours jumelles du World Trade Center de New York ont été attaquées« . Rien à ajouter (ou retrancher) à cet article posté il y a cinq ans : 11 Septembre, vingt ans après

Louis Langrée m’avait rapporté que le soir même des attentats à New York, je ne sais plus si c’est le New York Philharmonic ou le Met, en tout cas des musiciens new yorkais avaient joué le dernier mouvement de la Troisième symphonie de Mahler.

Bucarest et Chicago

Il y a trois ans, à Bucarest, l’émotion m’avait submergé lorsque Klaus Mäkelä avait entamé l’adagio final de la 3e symphonie de Mahler, à la tête de l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam (lire sur Bachtrack : Le Concertgebouw en majesté). Il y avait longtemps que je n’avais pas entendu une interprétation aussi aboutie, passionnante de bout en bout, de cette oeuvre-monde.

Je vois sur YouTube cet extrait d’un concert donné cette fois à Chicago, dont le chef finlandais va aussi prendre la direction musicale dans un an.

L’osmose

C’est peu dire que le concert de ce mercredi à la Philharmonie m’a laissé dans le même état de bouleversement que celui de Bucarest, mais avec une dimension supplémentaire. C’était à Paris, le premier concert de la dernière saison de Klaus Mäkelä à l’Orchestre de Paris. Comme je l’ai écrit pour Bachtrack (Mäkelä et l’Orchestre de Paris en état de grâce), on n’a pas fini de regretter la brièveté – un quinquennat – du mandat du jeune chef à Paris.

Une très longue ovation pour l’Orchestre de Paris et Klaus Mäkelä après une prodigieuse 3e symphonie de Mahler

C’est un bonheur très rare pour le mélomane que d’entendre d’abord une telle osmose entre un orchestre et un chef, ensuite et surtout une si parfaite adéquation entre une oeuvre et son interprète. J’espère que cette 3e de Mahler a été captée et nous sera restituée très vite en audio et/ou vidéo.

Cadeau

Les larmes me montent aux yeux chaque fois que je revois ce moment fabuleux entre deux monstres sacrés ou que j’entends cette chanson éternelle

Et toujours humeurs du moment dans mes brèves de blog.

Music forever

Bouquet d’hommages

Preuve s’il en était besoin de la place qu’occupe Felicity Lott dans nos coeurs et nos mémoires, j’ai rarement lu autant d’hommages personnels, sensibles, chaleureux à la cantatrice disparue ce 15 mai.

Ici même je rappelais les articles que je lui ai consacrés, le plus récent – Les bonheurs de Felicity Lott -, le plus ancien sur ce blog, le 30 octobre 2014 – Voisine – et celui du 23 février 2020 – Dame Felicity – à la suite de son récital à l’Athénée, la dernière fois que je l’ai entendue en concert.

Pour ceux qui l’ont aimée, et qui l’aiment toujours, comme pour ceux qui ne la connaissaient pas bien, cette interview que je viens de retrouver sur YouTube, qui date justement de février 2020, nous restitue la Felicity Lott telle que nous l’avons connue, telle qu’en elle-même elle a définitivement conquis nos coeurs.

Sa petite remarque sur la manière de l’appeler m’amuse et me conforte dans le minuscule combat que je mène et qui n’a aucune espèce d’importance : quand Arnaud Laporte lui demande comment on doit utiliser le « Dame » qu’elle portait devant son nom depuis qu’elle avait été anoblie par la reine. Elle répond : « Dame Felicity »… et surtout pas « Dame Lott ». Il en va de même avec l’équivalent masculin comme je le rappelle dans chacun de ces articles (Les planètes de Sir Adrian, Le centenaire de Sir Charles, Les bons choeurs de Sir Roger). Mais, en France, on continue de voir sur les programmes de concerts : le concert de l’Orchestre symphonique de Londres sera dirigé par Sir Simon Rattle

Barenboim bis

Warner continue à récapituler le legs discographique, qui n’est pas mince, de Daniel Barenboim chef d’orchestre. Après ses années à l’Orchestre de Paris (lire Mon premier Barenboim), un coffret reprend les enregistrements réalisés à Chicago, qu’on avait, à vrai dire, soit négligés soit peu remarqués.

Tout n’est pas de première importance, mais on retrouve avec plaisir une séduisante intégrale des symphonies de Brahms.

En revanche, quelle raideur dans ce Tricorne bien sérieux !

Belle découverte que cette Nuit transfigurée de Schoenberg que je ne connaissais pas – et ces cordes de Chicago ! –

On ne se privera pas d’écouter cette version plutôt exotique de la Marseillaise…

Bain de jouvence

Quelle vraiment bonne idée – elles sont rares en ce moment chez les « majors » ! – que cette nouvelle intégrale des symphonies de Martinů proposée par Jakub Hrůša à la tête de son orchestre de Bamberg.

A ajouter dans ma discothèque aux versions de Neeme Järvi (aussi avec Bamberg !), Václav Neumann (avec l’orchestre philharmonique tchèque) et Jiří Bělohlávek (avec le BBC Symphony), et à bon nombre de versions éparses (Karel Ančerl, Walter Weller, Martin Turnovský, Charles Munch et Wolfgang Sawallisch pour la 6e symphonie)

Et toujours humeurs du moment dans mes brèves de blog

Début de mai

La folie de Lucie

L’Opéra Comique programme en ce moment la version française du chef-d’oeuvre lyrique de Donizetti : Lucie de Lammermoor, comme je l’ai déjà évoqué dans ma brève de blog du 1er mai.

Je n’ai rien à ajouter à ce que j’ai écrit pour Bachtrack : La Lucie superlative de Sabine Deveilhe à l’Opéra Comique

Je n’avais pas vu cet extrait des dernières Victoires de la musique classique et cette formidable prestation de Sabine Devieilhe, qui n’a heureusement nul besoin de la mise en scène « gore » qu’on lui inflige à l’Opéra Comique

L’autre révélation de ce spectacle est pour moi le jeune ténor Léo Vermot-Desroches, que j’ai eu la chance d’entendre à plusieurs reprises dans des rôles moins importants ces derniers mois. Ici il incarne un Edgard magnifique, tourmenté, romantique.

Une flûte enchantée

Pour ma génération, c’était le grand flûtiste français, moins célèbre sans doute que Jean-Pierre Rampal, mais immense musicien, surtout dans ses fonctions de flûte solo de la Société des Concerts du Conservatoire puis de l’Orchestre de Paris de 1960 à 1990 : Michel Debost vient de mourir à 92 ans.

Dans le coffret récent des enregistrements de Daniel Barenboim avec l’Orchestre de Paris (voir Mon premier Barenboim), il y a tout un disque Mozart, dont je n’avais aucun souvenir, où brillent les solistes de l’orchestre dont Michel Debost.

Claviers contrastés

L’affiche était attirante : ce dimanche 3 mai, la série Piano 4 étoiles avait convié Martha Argerich et Ivo Pogorelich à donner les deux concertos de Chopin en version de chambre (avec quatuor à cordes). Et puis Martha a dû déclarer forfait en raison d’un conflit d’agenda – que non seulement l’organisateur n’a pas cherché à dissimuler et dont il a donné l’explication à son public. Et le duo s’est transformé en récital solo pour Pogorelich.

Ni mon camarade Alain Lompech ni moi, il y a trois ans, n’étions sortis très convaincus par ses dernières « apparitions » parisiennes (si l’on en croit les rédacteurs des « bios » des artistes, ceux-ci, tels la Vierge à Lourdes font des « apparitions » en concert ou sur scène…)

C’est un rituel pour le pianiste croate que de passer de longues minutes devant son piano sous un déguisement qui ne trompe personne…

Et puis on sort de ce long récital assez retourné par ce qu’on a entendu, cette sorte de chemin de rigueur qu’emprunte désormais Ivo Pogorelich qui se débarrasse de toutes ces joliesses narcissiques qui masquaient la réalité d’un talent hors normes. Lire sur Bachtrack : Le retour à Chopin d’Ivo Pogorelich

Mardi soir au théâtre des Champs-Elysées, c’était au tour de Nelson Goerner de s’inscrire dans la série Piano 4 étoiles de l’infatigable André Furno, 88 printemps au compteur !

Comptes-rendus de ces deux soirées à lire bientôt sur Bachtrack !

Une disparition

Au moment de clore ce billet, j’apprends la disparition de Pierre-François Veil. Un homme bien, un homme de bien. Je l’apercevais parfois au concert, notamment à Radio France, dont sa nièce (l’épouse de son neveu Sébastien Veil) est la PDG. D’évidence mélomane. Et puis j’ai un vague souvenir d’une rencontre, il y a cinquante ans, chez les voisins de ses parents place Vauban, où une de mes amies, Françoise C. fêtait son anniversaire. Le prénom était peu courant à l’époque.

Et toujours mes breves de blog sur les humeurs et les bonheurs du temps (07.05.2026)

Des nouvelles du monde (Alloncle, Radio France, Taylor Swift)

L’actualité n’est pas avare de menaces sur la musique et les musiciens, menaces qu’on peut essayer de parer par les bonnes réponses.

Un orchestre en moins ?

Il semble que le rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, le député ciottiste de l’Hérault, Charles Alloncle, préconise dans son rapport – qui devrait être rendu public le 4 mai – la suppression d’un orchestre de Radio France. Il ne fait que ressortir une vieille lune, j’ai l’impression de me retrouver douze ans en arrière, lorsque Mathieu Gallet, tout nouvellement désigné PDG de Radio France, me proposait la direction de la Musique de Radio France (lire Ma part de vérité).

Cela me rappelle un autre souvenir, plus ancien, qui remonte à la décennie 90, lorsque j’étais directeur délégué de France Musique. J’avais reçu un jeune inspecteur de la Cour des Comptes qui essayait de comprendre le fonctionnement de la musique à Radio France, souci louable ô combien. Mais l’une de ses questions m’avait sidéré : il avait comparé le coût d’achat d’une captation et de diffusion d’un concert d’un orchestre extérieur et le coût d’un concert produit par l’une des formations de Radio France et demandé pourquoi France Musique ne se contentait pas d’acheter des concerts (à 10000 €) au lieu de « supporter » dans tous les sens du terme les quatre formations musicales de RF au coût de revient cent fois plus élevé ?

Mais la « menace » proférée par le rapporteur Alloncle trouve et trouvera un écho de plus en plus large dans la population et même – et c’est plus grave – chez les décideurs politiques ou institutionnels. Il faut dire que, quand les médias, privés comme publics, dressent un piédestal à la « star » du Sofiane Pamart, et négligent les vraies stars du piano. Quand Télérama fait la promotion du dernier film de Philippe Béziat « Nous l »orchestre » et parle de « l’orchestre national de Paris » (sans que personne ne corrige), on peut s’inquiéter…

Je ne suis pas encore allé voir ce film, l’aimerai-je autant que Tár ce film dont Cate Blanchett est l’extraordinaire interprète ?

Je lis des critiques plutôt bonnes sur le film Vivaldi et moi de Damiano Michieletto, dont j’avais vu la mise en scène de Rigoletto, précisément à la Fenice de Venise (lire Rigoletto vénitien)

L’IA chance ou menace

On n’a pas fini de mesurer les conséquences de l’essor de l’Intelligence Artificielle dans tous les domaines de notre vie. Et particulièrement dans le domaine artistique.

J’ai découvert ce matin l’intervention sur France Info d’un avocat spécialisé dans le droit de la propriété interllectuelle à propos de l’intention de Taylor Swift de « protéger » sa voix à l’égard de l’IA. Explications convaincantes non ?

Une stratégie des artistes américains

J »ajoute que la fille de cet avocat, ma petite-fille, est une grande fan de Taylor Swift ! Elle n’a pas vraiment réussi à me convaincre…

Et toujours humeurs et réactions du moment dans mes brèves de blog !

Zubin #90

En dehors de dix années supplémentaires, je n’ai pas grand chose à ajouter à l’article – Zubin 80 – que j’avais consacré au chef d’orchestre d’origine indienne Zubin Mehta.

Je ne suis pas sûr que l’obstination qui est la sienne à continuer à diriger coûte que coûte serve sa cause pour la postérité, mais j’ai moi-même cédé à la nostalgie en le voyant diriger les Wiener Philharmoniker il y a un an au théâtre des Champs-Elysées (lire mon article sur Bachtrack : Zubin Mehta au rendez-vous de la nostalgie

Mon premier Barenboim

Erwan Gentric n’est pas très tendre, dans le dernier numéro de Diapason, avec le tout récent coffret Warner consacré à Daniel Barenboïm et à ses années parisiennes

Je n’ai pas les mêmes préventions que mon jeune confrère, pour des raisons très personnelles. A l’occasion du 80e anniversaire du pianiste/chef d’orchestre (Barenboim 80) j’écrivais ceci :

« Je renvoie aux deux articles que j’avais consacrés à Daniel Barenboim… il y a cinq ans : Barenboim 75 ou l’artiste prolifiqueBarenboim 75 première salve. Rien à changer dans mes choix de discophile, ni dans mes souvenirs de jeunesse. Les concertos et les sonates de Mozart, les concertos de Beethoven, les symphonies de Franck et Saint-Saëns, la 4ème symphonie de Bruckner, ce sont mes premiers disques… avec Barenboim.« 

Et précisément dans l’impressionnante collection de rééditions parues chez Sony, Deutsche Grammophon et chez Warner, il manquait ces disques enregistrés avec l’Orchestre de Paris pour EMI, du temps où Barenboim en était le directeur musical (lire ce que j’avais écrit il y a quelques mois pour ce qui fut à la fois un retour et un adieu : L’apothéose de Daniel Barenboïm).

Un très beau texte de Remy Louis documente remarquablement ces quinze ans passés (1975-1989) à la tête de l’Orchestre de Paris et ne cache rien des succès et des péripéties qui ont marqué ce mandat.

Je retrouve avec une émotion intacte mes premiers 33 tours de Bizet et Fauré…

CD 1 et 3 Bizet / Carmen, l’Arlésienne suites, Jeux d’enfants, La jolie fille de Perth, Symphonie, Patrie

CD 2 Fauré / Requiem

CD 4 Mozart / concertos flûte, hautbois (Michel Debost, Maurice Bourgue)

CD 5 Vieuxtemps / Concertos 4 et 5 (Perlman)

CD 6 Mozart / symphonie 41, petite musique de nuit

CD 7 Mozart / Requiem (Battle, Murray, Rendall, Salminen)

CD 8 Falla / Nuits dans les jardins d’Espagne (Argerich), Albeniz / Iberia

CD 9 Stravinsky / Le sacre du printemps, Scriabine / Poème de l’extase

CD 10 Dutilleux / Symphonies 1 et 2

CD 11 Stravinsky / Symphonie de psaumes, Scriabine / Symphonie n°3

CD 12 Mahler / Kindertotenlieder, Wagner / Wesendonck Lieder, Wolf / 3 Lieder (Waltraud Meier)

CD 13 Wolf / Penthesilea, Sérénade italienne, der Corregidor

CD 14 Denisov / Symphonie n°1

CD 15 Boulez / Rituel, Messagesquisse, Notations I-IV

Je n’oublierai jamais ce direct sur France Musique en juin 1980 au cours duquel j’entendis pour la première fois les Notations de Boulez, celles qui étaient alors orchestrées (lire Un certain Pierre Boulez)

Et toujours humeurs et bonheurs à suivre sur mes brèves de blog

Maestra

Je n’ai pas actualisé le billet que j’écrivais il y a cinq ans Atout cheffes. Il est plus que temps de le faire après la 4e édition du concours de cheffes d’orchestre La Maestra, lancé à l’initiative de Claire Gibault, la doyenne des cheffes françaises. Félicitations à la lauréate de cette 4e édition, la Slovène Mojca Lavrenčič.

J’assistais mercredi dernier à un concert de l’Orchestre de Paris dirigé par la présidente du jury du concours 2026, la cheffe ukrainienne Oksana Lyniv, comme j’en ai rendu compte pour Bachtrack (L’âme slave exaltée par Oksana Lyniv)

« Le public a longuement applaudi l’énergie conquérante d’une authentique maestra » . C’est ainsi que je conclus ma 150e critique sur Bachtrack !

Le chemin parcouru depuis la première édition de ce concours ne se mesure pas en chiffres, même si l’indicateur est important. Il s’apprécie par rapport à l’attitude du public d’abord – souvent beaucoup plus avancé que les organisateurs, voire les orchestres, à l’égard des cheffes d’orchestre. Et l’on parvient tout doucement mais sûrement à ce que prévoyait, en 1983, Françoise Giroud qui fut la première secrétaire d’Etat à la Condition féminine de Giscard (de 1974 à 1976) : « La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. » Appliquée à la direction d’orchestre, la formule reste provocante, mais je l’analyse comme une évidence : l’art – et le succès – d’un chef d’orchestre ne s’apprécie plus à l’aune de son sexe. Et s’il a fallu des quota, s’il en faut encore, on souhaite que ceux-ci n’aient plus d’utilité pour mettre au jour les talents des cheffes autant que des chefs.

Comme critique – mais d’abord comme auditeur – j’ai eu, ces dernières années, plusieurs occasions, que j’avais d’ailleurs saisies et choisies, de voir des cheffes d’orchestre à l’oeuvre, avec des bonheurs aussi divers que leurs talents.

Laurence Equilbey célèbre Mendelssohn

Première new-yorkaise de  Mirga Gražinytė-Tyla

Marina Rebeka, Karine Deshayes et Speranza Scappucci reines d’un soir

Nathalie Stutzmann et Sheku Kanneh-Mason à la Philharmonie

Un concert confus avec Marie Jacquot à Radio France

Les paysages pastoraux d’Emilia Hoving

La prodigieuse Voix humaine de Barbara Hannigan

Soir de fête pour Simone Young et l’Orchestre national de France

Humeurs et bonheurs du jour à suivre dans mes brèves de blog

Irritants

C’est l’un de ces mots à la mode pour évoquer une réaction, une colère, un énervement.. L’actualité ne manque pas d’irritants.

En finir avec Jack L.

La démission forcée de Jack Lang de la présidence de l’institut du Monde Arabe (lire La honte) nous vaut dans pratiquement tous les médias l’habituelle litanie sur le grand Ministre de la Culture, le seul après Malraux, qu’il fut et serait resté dans la mémoire collective. Sans qu’évidemment personne ne s’avise de creuser le sujet, de sortir des formules faciles et fallacieuses. Et surtout sans que personne ne s’étonne que ce monsieur n’ait jamais cessé d’être considéré comme un dignitaire d’Etat, attaché à tous les privilèges d’une réputation largement surfaite. A-t-il jamais payé un centime de sa poche pour assister à un spectacle, pour acquérir une oeuvre d’art (ses « amis » s’en occupaient pour lui).ou même pour payer ses notes d’hôtel (si l’on en croit Pierre Lescure) Tout Paris bruissait de ses interventions ou de celles de sa femme pour être de toutes les réceptions qui comptent. La manière dont il s’est accroché à son poste – rémunéré – de président de l’IMA, obtenant d’Emmanuel Macron d’être renommé en 2023 (alors que le poste avait été promis à Jean-Yves Le Drian, qui, lui, s’y connaissait en matière de relations avec les pays arabes et de diversité des cultures de cette région du monde). L’homme était mielleux avec les puissants, détestable avec les petits.

Il faut relire ce que Michel Schneider disait de Jack Lang et de sa « politique » culturelle dans un précieux essai : La comédie de la culture.

Banalité

Je ne peux pas ne pas regretter que l’un des festivals les plus originaux de France, et même d’Europe, soit tombé à un niveau de banalité qui efface quarante années d’audace et de succès public. Dommage ! Déjà l’an passé Christian Merlin le déplorait dans Le Figaro

Qu’il est loin le temps où l’on invitait le jeune Jonas Kaufmann dans un chef-d’oeuvre méconnu…

Finalement pas si mal

J’ai rarement pu écouter sans interruption ce que j’ai toujours – peut-être à tort – considéré comme un saucisson*, Une symphonie alpestre / Eine Alpensinfonie de Richard Strauss. Je redoutais un peu la seconde partie du concert que dirigeait Semyon Bychkov la semaine dernière à la tête de l’Orchestre de Paris (lire ma critique sur Bachtrack : Les ascensions de Kirill Gerstein et Semyon Bychkov)

J’ai été surpris de voir que, chez les jeunes chefs, c’est devenu un tube. Rien qu’à l’Orchestre de Paris, Andris Nelsons, Daniel Harding, et Klaus Mäkelä l’ont dirigée en moins de dix ans !

Belle réussite que celle de Semyon Bychkov, qui a réussi le petit exploit de me rendre cette Alpensinfonie moins indigeste !

Et toujours mes humeurs et bonheurs dans mes brèves de blog (ma « campagne », Lang et Santini, Radio France)

*saucisson : C’est un terme que j’entendais souvent en Suisse pour désigner une pièce musicale longue et indigeste. Ce n’est pas la définition qu’en donne Stéphane Gendron dans son ouvrage C’est du pipeau ! (lire Les mots et les notes)

Découvertes et redécouvertes

Cette dernière quinzaine a été l’occasion, pour moi, de découvertes et de redécouvertes, dont j’ai envie de faire part ici, sans ordre précis autre que résultant des vagabondages de ma mémoire.

Markus Poschner

Comme je l’écrivais sur Bachtrack dans ma critique sur La Chauve-Souris donnée le 31 décembre à l’opéra de Vienne, « on ne connaît le chef Markus Poschner que par une récente intégrale au disque des symphonies de Bruckner « . Je l’avoue, je n’avais jamais entendu ce chef « en vrai ». Ce n’est pourtant pas un perdreau de l’année, mais c’est une fois de plus la preuve que les frontières existent toujours et encore dans le monde de la musique, comme je le dénonçais déjà il y a plus de dix ans (Frontières). Le chef allemand est certes venu diriger à deux reprises l’Orchestre philharmonique de Radio France (lire l’article de Pierre Michel sur Bachtrack), mais voilà, je ne l’avais pas repéré !

Dans cette récente captation réalisée à Stuttgart, on a un bel aperçu de l’art de Markus Poschner. D’abord une gestique, une attitude au pupitre qu’on ne peut s’empêcher de penser inspirées du grand Carlos Kleiber (comme on l’avait relevé avec Manfred Honeck dirigeant l’Orchestre national en octobre dernier), ensuite et surtout une conception anti-monumentale de Brahms, qui me séduit beaucoup.

On va donc suivre plus attentivement la carrière de ce chef !

Cornelius Meister

Quant au chef qui dirigeait Hänsel und Gretel à l’opéra de Vienne le 29 décembre (Vienne sur son 31), Cornelius Meister, c’était aussi une première pour moi de le voir et l’entendre « en vrai ». Je connaissais sa réputation de wagnérien (il a dirigé récemment à Bayreuth, à Lille), je n’ai donc pas été surpris qu’il réussisse particulièrement la partition d’Humperdinck.

Au disque, Cornelius Meister a signé deux références pour des oeuvres que j’aime particulièrement :

Humperdinck à l’orchestre

Pour la cérémonie d’adieu à ma mère le 6 janvier dernier, j’avais choisi parmi quelques autres pièces musicales, le duo du 2e acte de Hänsel und Gretel, la prière des enfants dans la version de Georg Solti.

Le même passage – la pantomime -existe en version purement orchestrale. J’ai l’embarras du choix dans ma discothèque, mais je relève que la pièce n’est plus à la mode, si j’en juge par l’âge vénérable des enregistrements.

Bruckner à Chicago

Sauf erreur de ma part, deux chefs seulement ont enregistré une intégrale des symphonies de Bruckner à Chicago : Georg Solti et son successeur Daniel Barenboïm

Je n’ai jamais été convaincu par la sorte de perfection formelle de Solti, qui était beaucoup plus intéressant dans ses premières versions gravées à Vienne (5,7,8) à la fin des années 50.

En revanche, c’est par un disque de la 4e symphonie de Barenboim/Chicago que j’ai fait mon apprentissage de Bruckner

J’ai entrepris de réécouter cette première intégrale tout juste rééditée, que la critique a l’air de redécouvrir.

Inoubliable Moffo

J’ai le sentiment que cette artiste – Anna Moffo (1932-2006) – est aujourd’hui un peu oubliée. Je reprends, les uns après les autres, les enregistrements que j’ai d’elles, et je me délecte d’une voix toujours somptueuse, d’une sensualité, d’une chaleur qui reposent sur une technique infaillible. Et je fais régulièrement comme de bons camarades, je me balade dans ma discothèque avec des envies soudaines de réécouter de plus ou moins vieilles cires…

Et dans le cas de Traviata, c’est un fameux chef de théâtre que je redécouvre, Fernando Previtali (1907-1985)

Bychkov à Paris

La surprise étant passée (la nomination surprise à l’Opéra de Paris) je revisite le legs discographique de Semyon Bychkov qui mérite plus et mieux qu’un intérêt distrait. J’avais oublié une très belle 2e symphonie de Rachmaninov, enregistrée avec l’Orchestre de Paris. Je suis d’autant plus impatient d’assister bientôt à son prochain concert à la tête de son ancienne phalange.

Et toujours humeurs et réactions dans mes brèves de blog

Les meilleures notes de 2025

Oublier l’encombrant, le navrant, l’accessoire, ne garder que l’exceptionnel, le singulier, l’essentiel. C’est ainsi que je fais mon bilan d’une année musicale dont je ne veux retenir que les moments de grâce. Ces souvenirs de concert, j’ai la chance de les avoir consignés pour Bachtrack.

C’est ce que j’écrivais le 31 décembre 2024 (Les meilleures notes de 2024). Je n’attends pas le dernier jour de cette année, parce que j’espère le passer dans un lieu très emblématique pour célébrer un anniversaire dont j’ai beaucoup parlé sur ce blog.

J’ai fait le compte : 48 concerts ou représentations d’opéra chroniques pour Bachtrack au cours d’une année pas encore tout à fait terminée ! Des déceptions bien sûr, des avis mitigés parfois, mais surtout beaucoup d’enthousiasmes et de joies partagés. Ce sont ces temps forts que je veux rappeler aujourd’hui

Klaus Mäkelä exalte l’esprit français (Orchestre de Paris, 9 janvier 2025)

La petite renarde rusée à l’Opéra Bastille (Opéra de Paris, 15 janvier 2025)

Deux maîtrises pour Notre Dame (Notre-Dame de Paris, 5 février 2025)

L’intense poésie de Renaud Capuçon et Daniel Harding (Radio France, 27 février 2025)

« En quelques minutes, Éric Tanguy nous empoigne pour ne plus nous lâcher : la narration qu’il confie au violon, et l’espace qu’il dessine autour de lui dans l’orchestre provoquent toutes sortes de sentiments chez l’auditeur. On retrouve cette singularité du compositeur aujourd’hui quinquagénaire, qui se défie des modes, des dogmes, sans renier ses modèles – Dutilleux, Messiaen, Sibelius – et nous livre une musique libre, romantique au sens où Chopin ou Liszt l’entendaient. Comme un costume bien coupé, une robe bien faite, rien n’est de trop, tout est à sa juste place« 

Le Printemps des Arts de Monte Carlo (16 mars 2025)

« Un mot d’abord d’un festival qui porte bien et haut son nom, qui n’est pas juste une addition de grands noms et de tubes du classique, qui rempliraient à coup sûr le Forum Grimaldi ou l’Auditorium Rainier III, mais un patchwork astucieux de rencontres d’avant (les before) ou d’après (les after) concert, de soirées de musique de chambre, de récitals, de concerts symphoniques, et à l’intérieur de ces formats habituels, des surprises, des aventures, et toujours ce lien entre un directeur artistique, le compositeur Bruno Mantovani, aussi savant que pédagogue, et le public qui boit ses paroles introductives, rit à ses souvenirs croustillants ou admire sa capacité d’expliquer simplement des concepts bien complexes.« 
Dans la salle du Conseil National, un exemple de ces before entre Bruno Mantovani (à gauche) et Tristan Labouret (à droite)

Dusapin, Il Viaggio, Dante (Opéra Garnier, 22 mars 2025)

Après l’enthousiasme de la reprise à Garnier d’un spectacle créé à Aix, c’était une nouvelle création de Pascal Dusapin à la Philharmonie cette fois – Antigone – en octobre dernier (voir Pendant ce temps)

Le sacre des frères Jussen (Théâtre des Champs-Elysées, 2 avril 2025)

Trop glamour ? les deux frères blonds doivent en énerver plus d’un. Arthur et Lucas Jussen sont beaux et incroyablement doués. J’en avais déjà eu la preuve à l’automne 2009 à Liège, ça se confirmait en avril à Paris

La prodigieuse Voix humaine de Barbara Hannigan (Philharmonie de Paris, 3 avril 2025)

Qui n’aime pas Barbara Hannigan ? À jamais pour moi liée à une date définitivement impossible à oublier : Le silence des larmes

Les joyeuses Pâques musicales de Deauville (Deauville, 19 avril 2025)

À Deauville, il y a toujours de la musique, des musiciens… et des instruments à découvrir !

La noblesse du Chevalier à la rose de Warlikowski (Théâtre des Champs-Elysées, 21 mai 2025)

Personne n’a plus douté, après cette série de représentations, que Véronique Gens est une Maréchale idéale…

Herbert Blomstedt et l’Orchestre de Paris pour l’éternité (Philharmonie, 22 mai 2025)

Sonya Yoncheva enchante le festival d’Auvers (Auvers-sur-Oise, 12 juin 2025)

L’exultation de Sabine Devieilhe et Maxim Emelyanychev (Théâtre des Champs-Elysées, 27 juin 2025)

Fin août, ce furent Les miracles de La Chaise-Dieu

Vivaldi et Mozart avec Julien Chauvin (La Chaise-Dieu, 28 août 2025)

Le concert référence de Langrée et Degout (La Chaise-Dieu, 30 août 2025)

Le succès des Prem’s à la Philharmonie (3 septembre 2025)

Entente parfaite au festival de Laon (Laon, 11 septembre 2025)

L’éclatant succès du Chineke! Orchestra (Philharmonie, 26 septembre 2025)

L’apothéose de Daniel Barenboim (Philharmonie, 16 octobre 2025)

Un trio radieux à la Fondation Vuitton (24 octobre 2025)

Lahav Shani et l’orchestre philharmonique d’Israël (Philharmonie, 6 novembre 2025)
Je ne peux pas ne pas mentionner ce concert comme étant un des événements de mon année musicale, mais tout ce qui s’est passé avant, pendant et après continue de me navrer (La haine, la honte et finalement la musique)

L’heure exquise du duo Ancelle-Berlinskaia (Musée d’Orsay, 25 novembre 2025)

Les mélodies du bonheur de Lea Desandre (Opéra-Comique, 14 décembre 2025)

L’accomplissement ravélien d’Alain Altinoglu (Philharmonie, 17 décembre 2025)