Rach 3

Dans le jargon des pianistes, on a ses raccourcis pour désigner certaines oeuvres du répertoire, surtout si ce sont des must des grands concours internationaux. Ainsi le 3ème concerto pour piano de Rachmaninov est-il appelé le Rach 3 ! (On fait de même pour la Rhapsodie sur un thème de Paganini du même Rachmaninov qu’on désigne en abrégé par Rach Pag).

J’évoque aujourd’hui ce sommet de la littérature concertante pour piano parce que je viens, coup sur coup, d’en entendre deux versions extraordinaires.

La première c’était hier soir, à Montpellier, lors du concert qui célébrait le 40ème anniversaire de l’Orchestre National Montpellier Occitanie. Je retrouvais mon très cher Nelson Goerner, six ans après que je l’eus invité à Liège à jouer ce même Rach 3 dans le cadre du festival I love Rachmaninov qui présentait l’intégrale des concertos (avec Bertrand Chamayou dans le 2ème, Benedetto Lupo dans le 1er et Claire-Marie Le Guay dans le 4ème).

IMG_7200(Michael Schonwandt, Nelson Goerner et l’Orchestre National Montpellier Occitanie le 15 novembre 2019)

Ce n’est pas un hasard si, lors de plusieurs écoutes comparatives, la version, captée en concert il y a une vingtaine d’années, du pianiste genevois d’origine argentine est toujours arrivée en tête.

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Nelson Goerner y est souverain, dans cette manière supérieure de faire oublier la technique – un concentré de difficultés redoutables – pour ne donner à entendre que le chant, les élans rhapsodiques, la densité d’une partition qui n’est pas qu’un numéro d’esbroufe. Le soliste me confiait à l’entracte : « Tu es d’accord, on ne doit pas « taper » dans ce concerto ». 

On ne manquera pas d’écouter ce concert le 3 janvier sur France Musique.

Seconde version extraordinaire écoutée ce matin. Hier, Bruno Fontaine écrivait sur sa page Facebook : Ébloui…fasciné …mais surtout ému à l’écoute de ce nouveau Rach 3…
Nul besoin de s’étendre sur la fabuleuse technique de Daniel Trifon.ov .mais plutôt sur sa merveilleuse maîtrise des lignes, du contrepoint…jamais entravée par sa virtuosité …et puis…et j’allais dire, surtout…!!!
La beauté absolue de l’orchestre de Philadelphie, dirigé avec une science admirable des équilibres et des couleurs par Nézet-Séguin…!!!

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Je n’écrivais pas autre chose quand étaient parus les 2ème et 4ème concertos : Quand Rachmaninov rime avec Trifonov. « … le tandem Trifonov/Nézet-Séguin est d’une telle qualité d’écoute réciproque, de liberté poétique, qu’on accepte sans réticence leurs tempi buissonniers. Et pour le Quatrième concerto l’on tient certainement la meilleure version de la discographie rachmaninovienne (malgré les beautés du piano d’Arturo Benedetti Michelangeli, si pâlement secondé par Ettore Gracis dans la légendaire version EMI de 1957).

On imagine que le Troisième concerto suivra bientôt ». 

Voeu exaucé, ô combien. A écouter absolument ! Cette nouvelle intégrale des concertos de Rachmaninov due au trio magique que constituent Trifonov, Nézet-Séguin ET l’orchestre de Philadelphie se hisse dans le peloton de tête de la discographie pléthorique de ce corpus (où figure le légendaire tandem Peter Rösel / Kurt Sanderling)

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Un souvenir me revient, que j’avais naguère évoqué sur un précédent blog. Il y a presque trente ans j’avais été convié à un dîner à Chamonix par une relation professionnelle qui m’avait promis une surprise, quelqu’un qu’elle voulait me présenter ! Pour une surprise c’en fut une ! A peine arrivé dans le bel hôtel où se tenait ce dîner, j’eus l’impression de me trouver face à… Rachmaninov !

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Mêmes traits, même stature.

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Il s’agissait du petit-fils du compositeur, Alexandre Rachmaninoff (il tenait à cette orthographe usitée hors de Russie) – 1933-2012 – Alexandre était le fils de Tatiana Rachmaninova (1907-1961), la cadette des deux filles de Rachmaninov, Tatiana avait épousé Boris Conus (prononcer Ko-niouss), fils du violoniste et compositeur Julius Conus   (1869-1942), auteur d’un concerto pour violon jadis joué par les plus grands, aujourd’hui un peu oublié. Alexandre était né Conus et avait relevé le nom de son grand-père.

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Journal 4/11/19 : Friedemann Layer, Marie Laforêt

Friedemann Layer (1941-2019)

Le chef autrichien Friedemann Layer est mort ce 3 novembre à Berlin, à l’âge de 78 ans.  C’est peu dire que son nom est attaché à Montpellier, à l’Orchestre national de Montpellier, dont il fut le directeur musical de 1994 à 2007, et bien sûr au Festival Radio France Occitanie Montpellier. 

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Dernier souvenir de lui, un extraordinaire Fantasio d’Offenbach, donné le 18 juillet 2015 à l’opéra Berlioz de Montpellier, où Friedemann Layer retrouvait « son » orchestre après une éclipse de quelques années, et une distribution éblouissante dominée par Marianne Crebassa (Le Monde titrait Fantasio prend sa revanche à Montpellier

La discographie de Friedemann Layer avec Montpellier est impressionnante et résulte évidemment de la politique audacieuse de redécouverte de répertoires menée par l’infatigable René Koering, directeur du Festival Radio France de 1985 à 2011.

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(Le 19 juillet 2015, le lendemain de Fantasio, j’avais tenu à honorer mon prédécesseur et à créer son concerto pour piano ! De gauche à droite : René Koering, Jean Pierre Rousseau, Jean-Noël Jeanneney (PDG de Radio France en 1985), Damien Alary, alors Président de la Région Languedoc-Roussillon, Mathieu Gallet, alors PDG de Radio France, Philippe Saurel, Maire de Montpellier)

 

Friedemann Layer portait bien son prénom (homme de paix). Sa vaste culture, son humanité dans ses relations avec les musiciens et les chanteurs, sa curiosité intellectuelle, en faisaient une personnalité extrêmement attachante, à part du star system. Hommage soit rendu à un authentique musicien !

Marie Laforêt (1939-2019)

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Hier aussi on apprenait la disparition de la chanteuse et actrice Marie Laforêt.

Bien sûr tout le monde se rappelle certains de ses tubes, qui nous trottent dans la tête depuis si longtemps

Comment oublier la sublime partenaire d’Alain Delon dans Plein soleil de René Clément (1960) ?

Dans mon souvenir, Marie Laforêt incarne Maria Callas dans la pièce Master Class de Terrence McNally.

 

La reine Beatrice

Alain Lompech (sur Facebook) : Beatrice Rana vient de publier un disque fabuleux… Perlemuterorichtérogilelsien… Elle sait tout de l’art du piano et de la musique… On s’incline… et on applaudit à tout rompre…

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Jean-Charles Hoffelé (sur FB aussi, bientôt dans Classica) : Fabuleux et renversant.

Alain Lompech, encore : Elle est incroyable : la science de l’alchimie sonore et la perfection de l’analyse  plus la domination totale du clavier – alla Richter ou dans un genre différent Lipatti -, plus le son rond, ample, profond qui fait entrer tout le piano en transe sonore…
Ses Goldberg m’avaient bien sûr beaucoup plu, mais beaucoup moins que celles récentes de Gabriel Stern, je l’avais entendue en concert – malheureusement bridée par Krivine dans le 3ème de Prokofiev, entendue en récital… mais là d’un coup, elle ouvre grand ses ailes et, sans jamais faire l’intéressante, se hisse aux premiers rangs des pianistes de son temps…

J’ai téléchargé ce nouveau disque dès vendredi. Je serais bien incapable d’user de tous les qualificatifs que lui attribue Alain Lompech, je les partage complètement. Il faut aussi, et peut-être d’abord, ajouter que le programme de ce CD est d’une intelligence rare, et que c’est, à ma connaissance, la première fois que se côtoient Ravel et Stravinsky dans un disque de piano solo. Oui, tout ici est miraculeux. Finalement conforme à ce que j’ai aimé chez cette pianiste (tout juste 26 ans!) dès que je l’ai entendue en concert.

Le dimanche 26 janvier 2014, Beatrice Rana était la soliste d’un de ces concerts dominicaux qui font la joie d’un public familial à Paris. Fayçal Karoui dirigeait les Concerts Lamoureux et la jeune pianiste italienne jouait le 2ème concerto de Saint-Saëns. Subjugué, je fus immédiatement subjugué : la simplicité, l’absence de posture de la pianiste devant son clavier, une virtuosité et une maîtrise confondantes, sans esbroufe, le chic, l’allure qu’il faut dans cette oeuvre (qui commence comme Bach et finit comme Offenbach selon le bon mot de George Bernard Shaw).

Quelques mois plus tard, je retrouvais Beatrice Rana, complice du Quatuor Modigliani, au Festival d’Auvers-sur-Oise (Une fête de la musique) :

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« En seconde partie… le quintette pour piano et cordes de Schumann – on manque de superlatifs pour le qualifier ! et l’entrée en lice de Beatrice Rana, une musicienne de 22 ans dont j’ai déjà dit et écrit qu’elle a déjà tout ce qui fait d’elle une grande, une très grande artiste. Qui n’a besoin ni d’esbroufe ni de look savamment étudié pour imposer une présence. Au début du Schumann, on la trouvait presque effacée, trop discrète, face à ses compères du Modigliani, et puis on a vite compris que, mine de rien, c’est elle qui menait le train de ces quatre mouvements sublimes et suspendus de musique pure »

Il fallait absolument que j’invite Beatrice Rana au Festival Radio France à Montpellier. Elle y était déjà venue dans la série des jeunes solistes en 2012, mais cette fois je voulais qu’elle ouvre le festival dans la grande salle Berlioz du Corum. Le 11 juillet 2016. Et avec une première pour elle ! Rien moins que les Variations Goldberg de BachC’est à Montpellier qu’elle les donnerait pour la première fois en public, avant une tournée de récitals qui allait déboucher sur le premier disque de l’artiste italienne chez Warner.

Dans Le Monde du 12 juillet 2016, Marie-Aude Roux écrit : « Beatrice Rana n’a certes rien à prouver sur le plan technique. Mais sa maturité sereine et son sens architectonique impressionnent, qui font de cette œuvre monumentale – plus d’une heure et quart de musique – une véritable pierre de Rosette. Le thème initial de l’« Aria » semble en effet se poser comme une énigme. Elégance du phrasé, fluidité du jeu, sonorité d’une rondeur charnelle, Rana prendra le temps de dévoiler une à une les solutions proposées par chacune des variations ».

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Le 16 juillet 2018, Beatrice Rana revenait à Montpellier, encore pour une première pour elle : le 4ème concerto de Beethoven (« Lorsque je joue Beethoven, je ressens une grande responsabilité. C’était le cas pour ce concert ici à Montpellier, je jouais ce concerto pour la première fois, c’était beaucoup d’adrénaline ».

Entre-temps, elle avait publié son premier disque concertant, couplage à nouveau inédit, et toutes les qualités qu’on reconnaît à Beatrice Rana.

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Merci, chère Beatrice, de démontrer que virtuosité, maîtrise époustouflante du clavier peuvent se marier à la musicalité la plus pure, et que vous n’avez besoin d’aucun artifice, de ne cultiver aucun look provocateur ou aguicheur, pour avoir le public à vos pieds. Restez ce que vous êtes, une très belle personne, une très grande artiste !

 

Madame Butterfly à Montpellier

En moins de deux semaines, j’aurais pu assister à trois représentations différentes de Madama Butterfly, l’opéra de PucciniÀ Paris (dans l’inépuisable mise en scène de Bob Wilson, déjà vue au moins deux fois), à Liège et à Montpellier.

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C’est à Montpellier, dans une salle qui m’est familière – l’Opéra Berlioz – où ont lieu les soirées du Festival Radio France, que j’ai assisté à la première des trois représentations de Madame Butterfly proposées par l’Opéra-Orchestre National de Montpellier Occitanie

J’ai beaucoup aimé ce que j’ai vu et entendu mercredi soir.

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On aurait pu imaginer une direction plus investie, plus chatoyante, tant la musique sublime de Puccini y invite, mais les forces musicales de Montpellier, orchestre et choeurs, ont, quelques semaines après l’éblouissant Fervaal dans le cadre du Festival Radio Francefait une nouvelle démonstration de leurs qualités d’ensemble.

IMG_6185(Noëlle Geny et le choeur de l’Opéra national de Montpellier)

Mise en scène juste, épurée, sensible de Ted Huffman

Distribution, comme toujours à Montpellier, à peu près parfaite : les chanteurs ont la voix et le physique de leurs rôles (ce qui n’était pas tout à fait le cas lors d’un récent Don Giovanni).

Karah Son est une Butterfly bouleversante, voix d’airain qui sait user de ses fragilités, le Pinkerton du jeune ténor chilien Jonathan Tetelman a toutes les séductions, la voix n’est pas très puissante, mais le timbre est solaire et la prestance admirable. Mêmes compliments pour le Sharpless d’Armando Noguera, qu’on a déjà entendu sur d’autres scènes, et la Suzuki ombrageuse de Fleur Barronet tous les autres rôles.

Pour ceux qui le peuvent, précipitez vous ce soir ou dimanche après-midi au Corum de Montpellier. Et pour tous les autres, l’indépassable version Freni-Pavarotti-Karajan !

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Souvenir éblouissant

On ouvre Le Figaro au petit déjeuner et on y lit ceci :

« Ce ne sont pas seulement les interprètes contemporains qui sont à l’honneur en cette rentrée discographique, c’est aussi la musique de notre temps. À commencer par un prolongement de nos émotions festivalières, puisque l’un de nos grands souvenirs de l’été a été l’exécution éblouissante du Concerto pour clarinette de Magnus Lindberg par Jean-Luc Votano à Montpellier. Le musicien belge en sort maintenant un enregistrement (Fuga Libera) qui permet de mesurer toute la palette expressive de cette oeuvre qui exige énormément du soliste en termes de virtuosité, de théâtralité, d’endurance (une demi-heure de musique !). Dans un couplage original avec le trop rare Karl Amadeus Hartmann, Jean-Luc Votano se confirme comme un clarinettiste inspiré, avec lequel il faut compter dans le paysage international de son instrument. L’occasion est aussi de rappeler l’excellence de la formation à laquelle il appartient, l’Orchestre philharmonique royal de Liège, dirigé ici une dernière fois par celui qui en fut le remarquable directeur musical ces dernières années, Christian Arming. Un disque où les planètes sont alignées » (Christian Merlin, Le Figaro, 17 septembre 2019)

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Je confirme ce que dit Christian Merlin, je l’avais déjà écrit (L’air du nord : Magnus Lindberg: le concert du 25 juillet dernier au Festival Radio France fut un des temps forts de ce dernier festival. L’interprétation éblouissante de Jean-Luc Votano du concerto de Lindberg sous les yeux et les oreilles du compositeur a marqué tous les auditeurs !

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Me revient en mémoire l’un des premiers concours de recrutement qu’ait présidés Louis Langrée lorsqu’il était directeur musical (2001-2006) de l’Orchestre philharmonique de Liège. Nous devions remplacer l’historique clarinette solo de l’orchestre. C’était au printemps 2002. Beaucoup de candidats (il y a toujours beaucoup de candidats pour cet instrument !), et très vite une évidence : ce jeune Belge de 20 ans surclassait tous les autres par sa virtuosité décomplexée, son aisance décontractée. Pour la forme, le jury fit mine de s’interroger sur son manque d’expérience pour tenir un pupitre si exposé. Sa décision fut sans appel : Jean-Luc Votano, entrant à l’OPRL, allait entraîner un spectaculaire renouvellement des pupitres des vents… et devenir ce soliste ‘qui compte dans le paysage international de son instrument » !

Bravo Jean-Luc !

 

Berlioz à Versailles

On avait quitté un ténor épuisé mais rayonnant après avoir chanté l’inchantable rôle de Fervaal de Vincent d’Indy le 24 juillet dernier à Montpellier (#FestivalRF19)

IMG_4454On était impatient de retrouver Michael Spyres dans le Benvenuto Cellini de Berlioz ce dimanche à l’Opéra royal de Versailles.

D’abord on n’est jamais déçu quand on vient à Versailles, tant la programmation de Laurent Brunner est captivante. Et les lieux inspirants.

L’affiche de ce dimanche était de surcroît l’une des plus prometteuses qui se puissent imaginer. John Eliot Gardiner (qu’on avait entendu l’an passé au festival Berlioz.. mais diriger des cantates de Bach – Les Nuits de la Côte) à la tête de ses ensembles, le Choeur Monteverdi et l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique. Et une distribution de haut vol, quoique inégale :

Michael Spyres Benvenuto Cellini
Sophia Burgos Teresa
Maurizio Muraro Giacomo Balducci
Lionel Lhote Fieramosca
Tareq Nazmi Pope Clement
Adèle Charvet Ascanio
Vincent Delhoume Francesco
Ashley Riches Bernardino
Duncan Meadows Perseus

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Je laisse aux spécialistes le soin de critiquer les performances vocales des uns et des autres. J’ai pour ma part retrouvé la flamboyance de Michael Spyres, et distingué les prestations d’Adèle Charvet (elle aussi présente à Montpellier en juillet dernier… comme chaque année ou presque !), ou Lionel Lhote, mais plus que tout la direction magistrale de Gardiner et l’exceptionnelle cohésion de ses troupes. Le Choeur Monteverdi est soumis à rude épreuve tout au long de l’ouvrage par l’écriture virtuose de Berlioz d’abord et la redoutable précision de la baguette du chef britannique.

On est d’autant plus impatient de voir le DVD qui sera publié de cette représentation.

En attendant, on peut, on doit même écouter cette déjà riche collection d’enregistrements berlioziens de John Eliot Gardiner

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Les hasards du placement m’avaient fait asseoir à côté d’un voisin, que je n’ai reconnu qu’à la fin du concert, le chanteur Pascal Bertin qui a annoncé il y a quelques jours qu’il cessait de chanter pour se consacrer à d’autres activités, comme la direction artistique du festival de Pontoise. Ce qu’il dit de la musique et de son festival ne peut que nous inviter à partager quelques belles prochaines soirées. Une interview à lire ici.

Soft porn au Conservatoire ?

Est-ce parce que le numéro de septembre de Diapason connaît de sérieux problèmes de distribution ? Je n’ai vu nulle part repris les propos explosifs de l’ex-directeur du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse (CNSMD pour les intimes) de Paris, mon cher Bruno Mantovani

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Interviewé à la suite du très complet dossier que le mensuel consacre au blues des conservatoires de France, Bruno Mantovani qui, à 45 ans, fait le bilan de ses 9 ans de mandat à la tête de la prestigieuse école, n’y va pas par le dos de la cuillère.

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A la question Le CNSM prépare-t-il mieux aujourd’hui ses élèves à une insertion professionnelle qui ne va plus de soi ?, Bruno Mantovani répond :

« C’était une de mes priorités. Nous avons créé des séminaires sur la pratique du métier, avec des modules sur la santé, la culture administrative des contrats et droits, la façon de se présenter et de promouvoir, l’engagement social dans les écoles, les hopitaux, les prisons. Mon but c’est de former des honnêtes gens.

Mais je dois m’avouer un peu désabusé devant le marketing de la musique classique, je me demande si on n’aurait pas dû créer des séminaires de mannequinat et de soft porn en ligne. C’est normal de ne plus voir en scène de jeunes artistes moches ? Combien de grands génies ressemblaient jadis à des sacs à patates ?.

Je me bats contre cette dictature de l’image, contre les Victoires de la Musique, le vu à la télé et périmé dans trois ans. Contre l’impudeur des réseaux sociaux. Peut-être hélas contre les moulins à vent, tant est profonde l’anxiété face au début de carrière. »

C’est cash, direct, et c’est malheureusement la réalité. L’exposition médiatique des jeunes artistes n’est pas toujours – euphémisme – proportionnelle à leur talent.

Illustration, parmi d’autres, de ce que dénonce Bruno Mantovani, cette couverture de disque

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A l’inverse, on ne va pas se plaindre qu’un très bon musicien soit aussi joli garçon.

Mais je doute qu’on propose à une fantastique pianiste de 21 ans, qu’on a entendue cet été à Montpellier (Festival Radio France), Toulouse, La Roque d’Anthéron ou Bagatelle, d’abord un enregistrement, ensuite une « promo » sur son look. Marie-Ange Nguci est un talent formidable, une musicienne extrêmement cultivée, mais elle attache plus d’importance à son art qu’à son apparence en concert.

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La dictature de l’image a évidemment contaminé le monde de l’opéra : combien d’exemples ces dix dernières années de cantatrices recalées sur de grandes scènes parce que trop grosses, pas assez glamour !

Impensable d’imaginer aujourd’hui une couverture de disque comme celle-ci, il est vrai, particulièrement moche.

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La collection Decca Eloquence vient de rééditer ce récital d’Anita Cerquetti, en en changeant opportunément la photo de couverture…

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L’air du Nord (III) : Magnus Lindberg

Il porte bien son prénom : Lindberg le grand, le généreux, le magnifique compositeur finlandais est, pour ces trois jours, l’invité d’honneur du Festival Radio France (#FestivalRF19).

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Deux concerts de musique de chambre  à la Salle Pasteur du Corum de Montpellier, et jeudi la première française (?) de son concerto pour clarinette.

Magnus Lindberg c’est d’abord une rencontre, qui m’a profondément marqué. Je connaissais certaines de ses oeuvres, l’originalité de sa personnalité créatrice. En 2001, travaillant avec Frank Madlenerà l’époque directeur du festival belge de musique contemporaine Ars Musica (depuis 2006 directeur de l’IRCAM), à renouveler l’implication de l’Orchestre philharmonique de Liège dans ce festival, je lui avais exprimé mon souhait d’inviter une forte personnalité, dont on pourrait faire un portrait en musique, et nous étions vite tombés d’accord sur le nom de Lindberg.

À l’automne 2002, Magnus Lindberg était à Liège pour deux concerts (à Liège et à Bruxelles) qui devaient présenter pour la première fois son triptyque orchestral : Cantigas, Feria, Parada, Trois pièces pour grand orchestre toutes créées séparément par Esa-Pekka Salonen. Louis Langrée avait accepté de relever le défi; au fil des répétitions, il me confiait avoir l’impression de faire l’ascension de l’Everest !

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Lors de la soirée liégeoise, diffusée en direct sur Musiq3, la chaîne classique belge, c’est le compositeur lui-même qui officiait comme présentateur, dans un français parfait ! C’est peu dire que le public de la Salle philharmonique fut impressionné, conquis, non seulement par l’oeuvre, mais aussi et surtout par l’homme, si simple, si disponible à l’entracte du concert. Et lorsque nous nous en fûmes boire quelques bières dans un bar de la place du Marché, Magnus Lindberg fit à Louis Langrée le plus beau des compliments qu’on puisse faire à un interprète : « Ce soir, j’ai entendu mes oeuvres comme je les avais rêvées, avec les couleurs, les sonorités françaises que j’imaginais ».

De cette rencontre entre le chef et le compositeur naîtra une amitié, qui se traduira le 22 août 2006, dans le cadre du festival Mostly Mozart de New York, par la création du concerto pour violon de Lindberg sous l’archet de Lisa Batiashvili et la baguette de… Louis Langrée !

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Mais l’aventure Lindberg avec Liège se poursuivra en mai 2008 avec la première belge de son concerto pour clarinette (lire Jean-Luc Votano fait triompher Magnus Lindberg). Le public fera, en effet, un nouveau triomphe au compositeur finlandais et à la clarinette virtuose du jeune soliste de l’OPRL, cette fois sous la baguette de Christian Arming (qui deviendra en 2011 le directeur musical de la phalange wallonne). En 2010, Christian Arming et Jean-Luc Votano feront la création japonaise de l’oeuvre à Tokyo !

Lorsque j’élaborai avec Santtu-Matias Rouvali le programme du concert qu’il devrait diriger ce jeudi avec son orchestre philharmonique de Tampere, il me sembla tout naturel de proposer le concerto pour clarinette de Lindberg et… Jean-Luc Votano comme soliste : Le souffle Tampere. Et cette fois, le compositeur sera dans la salle !

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Les tableaux d’une exposition

Nelson Freire a annulé il y a quelques jours le récital qu’il devait donner ce samedi à Montpellier dans le cadre du Festival Radio FranceLa chance a voulu que le jeune pianiste russe Andrei Korobeinikov soit libre (il était déjà venu en 2007, 2012, 2015 et 2017 !) et nous offre un programme somptueux et généreux : En première partie, rien moins que trois mazurkas , les première et quatrième Ballades et la polonaise « héroïque » de Chopin !

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En seconde partie, trois préludes de l’opus 23 de Rachmaninov et surtout Les Tableaux d’une exposition de Moussorgski dans leur version primitive pour piano (après les versions orchestrales de Ravel et de Cohen que les auditeurs du Festival et de France Musique avaient pu entendre le 13 et le 15 juillet !).

Salle Berlioz comble, en dépit de la défection de Nelson Freire, longues ovations debout pour un musicien vraiment exceptionnel et des Tableaux d’anthologie (à réécouter d’urgence sur francemusique.frsuivis de…

cinq bis (« Cloches » de Chtchedrineune mazurka de Chopin, deux autres préludes de Rachmaninov, et une Etude de Scriabine) !

Cette semaine, on a aussi eu le privilège de visiter la magnifique rétrospective – Chemins de Traverse – que le musée Fabre de Montpellier consacre à l’un des artistes les plus originaux et prolifiques de notre temps, Vincent Bioulès l’enfant du pays.

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En présence du peintre et avec ses commentaires et souvenirs mêlés à l’excellente présentation faite par le directeur du musée Fabre et co-commissaire de l’exposition, Michel Hilaire.

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Impossible de résumer ici, ou même de donner un aperçu du foisonnement créatif de Bioulès, de ses différentes « périodes ». Il faut vraiment visiter cette exposition, qui donne à voir finalement un passionnant panorama des courants qui ont traversé la peinture française depuis soixante ans, et de la liberté d’un artiste qui ne s’est jamais enfermé dans un dogme ou une « marque de fabrique ». Je n’ai retenu ici que des toiles récentes, peut-être parce qu’elles me parlent plus que d’autres.

IMG_4159(Un soir d’été, 2015)

IMG_4161(Un soir l’Etang, 2016)

IMG_4163(L’Etang de l’Or, 2015)

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IMG_4167(L’île Maïre, 1995)

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Le Nord toujours

Quelques images de ces derniers jours au Festival Radio France (#FestivalRF19)

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Le samedi 13 juillet, le violoniste italien, Vikram Sedona19 ans, joue Bach devant une salle comble de spectateurs/auditeurs de 3 mois à 80 ans, attentive et silencieuse, fascinée par le son de ce seul violon, à Saint-Bauzille de Montmel (1000 habitants)

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Le même soir, l’Orchestre du Capitole de Toulouse est à la salle Berlioz de Montpellier sous la direction de Tugan Sokhiev. Bertrand Chamayou et David Guerrier sont les solistes particulièrement inspirés du 1er concerto pour piano et trompette de Chostakovitch.

IMG_4105Le lendemain, 14 juillet, journée particulièrement riche ! Trois récitals de piano (ci-dessus Lukas Krupinski),

91P2Gr81nxL._SL1500_un programme autour du Stabat Mater de Haydn avec le Concert de la Loge et Julien Chauvin à l’Opéra Comédie, et le soir, au Domaine d’O, le premier d’une belle série de concerts de Jazz, avec l’Amazing Keystone Big Band et Celia Kameni.

IMG_4122Discussion avec David Ehnco (à droite) et Pascal Rozat (à gauche), programmateur des soirées Jazz du Festival Radio France.

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Le lundi 15 juillet, dès potron-minet, rendez-vous dans les studios de France Bleu Hérault pour la matinale de France Musique animée par Clément Rochefort.

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Le soir même, une venue très attendue, Gidon Kremer, Tatiana Grindenko et la Kremerata Baltica.

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Emotion palpable, silence absolu, un auditoire bouleversé, comme le soir de la création en 1977, par Tabula Rasa d’Arvo Pärt. Un concert à réécouter ici : Kremerata Baltica

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Le lendemain, tout le monde attendait le retour d’Evgueni Kissin après dix ans d’absence de Montpellier.

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Et hier soir, Hervé Niquet reprenait, pour le public du Festival Radio France et surtout les auditeurs de France Musique, le programme qu’il avait déjà conduit chez Berlioz à La Côte Saint-André (voir Les Nuits de la Côte). 

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Et puis, les hasards d’un déjeuner en terrasse me font rencontrer un personnage très attendu de ce Festival, le ténor Michael SpyresIl est bien arrivé à Montpellier et s’apprête à chanter le rôle-titre de Fervaal de Vincent d’Indyune bagatelle !