Retour chez Felix

Retour, comme promis, à Leipzig ville musique. Sur les traces de Bach, Mendelssohn, Wagner, mais aussi Telemann ou Schumann. Autour de l’un des plus anciens orchestres d’Europe, le Gewandhausorchester (1781).

Visite de la maison Mendelssohn, dernière et unique demeure privée du compositeur de 1845 à sa mort en 1847.

IMG_3739Tout près du Goldschmidtstrasse 12, la maison Mendelssohn.

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IMG_3742Le bureau de travail de Felix Mendelssohn.

IMG_3743Au mur le célèbre portrait du compositeur par Eduard Magnus(1845)

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IMG_3744Une petite salle de musique de chambre.

IMG_3745 2La maison-musée évoque aussi l’incroyable précocité et multiplicité des talents de Felix Mendelssohn-Bartholdy. Avec une série d’aquarelles faites par le compositeur durant ses nombreux voyages, comme celle-ci réalisée à Lucerne (Suisse) le 2 juillet 1847… quatre mois avant sa mort.

Autre particularité de la maison, toute une série d’assiettes, en porcelaine de Saxe aux murs de l’un des salons du premier étage, nous rappelle le grand voyageur que fut Mendelssohn. Evidemment cette assiette a immédiatement attiré mon attention : Mendelssohn à Liège le 11 mais juin 1846, de surcroît pour une circonstance et dans un lieu que j’ai bien connu, puisqu’à mon arrivée à la direction de l’Orchestre philharmonique de Liège fin 1999, l’orchestre était « hébergé » dans la basilique Saint-Martin

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Ainsi donc, Mendelssohn en personne vint assister à la création d’un motet Lauda Sion écrit pour le 600ème anniversaire de la célébration de la Fête-Dieu dans la basilique. Jean-Marc Onkelinx, à qui rien de ce qui a trait à la musique à Liège n’a jamais échappé, en avait parlé en détail sur son blog : Mendelssohn et Liège. Je ne me souvenais pas de cet article, que j’ai relu avec intérêt après la découverte de cette assiette commémorative !

Au deuxième étage de la maison, une évocation moins convaincante de la soeur aînée de Felix, Fanny Hensel-Mendelssohn, et quelques panneaux, chiches en informations, sur le chef d’orchestre Kurt Masur qui fit tant pour la restauration de cette demeure et l’installation de ce musée.

Et dont le nom, comme celui de Mendelssohn, sont indissolublement liés à l’institution musicale phare de Leipzig, l’orchestre du Gewandhaus !

Mendelssohn en est le directeur musical de 1835 à sa mort. Il faudrait pouvoir citer toutes les oeuvres de ses contemporains qu’il a créées, comme Liszt il fut un infatigable propagateur de la musique et des musiciens de son temps. Il a aussi, on le sait moins, contribué à la réhabilitation de son très illustre prédécesseur, le Cantor de Saint-Thomas,   dont l’oeuvre avait peu à peu cessé d’être jouée après sa mort en 1750.

Comme cette Passion selon Saint-Matthieu « arrangée » par Mendelssohn et donnée à Leipzig en 1841 (version Fasolis chaleureusement recommandée !)

 

C’est toujours Mendelssohn qui crée, la même année, le 31 mars 1841, à la tête du Gewandhaus, la première symphonie de son ami Schumann – qui vivra quatre années heureuses à Leipzig après avoir – enfin – pu épouser Clara, la fille de Friedrich Wieck.

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Cette première intégrale des symphonies de Schumann par Masur – bien préférable à son remake londonien ultérieur – est aussi trouvable dans ce coffret, sorti il y a quelques semaines, qui comprend aussi une intégrale très inégale, et bizarrement enregistrée (alors que toutes les captations réalisées à Leipzig par la Deutsche Schallplatten VEB – le label officiel de la RDA – étaient d’ordinaire exemplaires), des symphonies de Bruckner

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Mais on trouve aussi dans ce coffret la première intégrale des Symphonies de Mendelssohn justement gravée par Masur au tout début de son mandat au Gewandhaus, On la préfère à celle qu’il a refaite entre 1987 et 1989 (voir ci-dessous)

Republié tout récemment, un coffret idéal avec les « grandes » symphonies de Mendelssohn dirigées par Masur, et les symphonies de jeunesse dans la version du Concerto Köln.

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Encore plus récente, l’intégrale des Symphonies de Beethoven par le vétéran Herbert Blomstedt.

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Scribendum vient aussi de rééditer le legs discographique d’un grand chef, Franz Konwitschny, intimement lié à Leipzig et à son orchestre, à la réputation beaucoup plus sulfureuse que ses glorieux contemporains, Furtwängler ou Karajan. Mais ses Beethoven, Mendelssohn, Schumann, Wagner, Bruckner méritent plus qu’une écoute distraite…

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La discographie de l’orchestre du Gewandhaus est impressionnante. Impossible d’être exhaustif. J’y reviendrai avec quelques pépites glanées au fil des ans dans ma discothèque…

Leipzig, ville musique

Comme Dresde, plus encore peut-être, la grande ville voisine de Saxe, Leipzig est une ville musique.

De part et d’autre de l’Augustusplatz, se font face l’opéra et le Gewandhaus, à quelques mètres du Gewandhaus se trouve la maison de la famille Mendelssohn. Bien entendu, on ne saurait manquer les églises Saint-Nicolas et surtout Saint-Thomas, où Jean-Sébastien Bach a officié comme Cantor – directeur de la musique – de 1723 à sa mort en 1750.

IMG_3654(L’Opéra de Leipzig, construit en 1960)

IMG_3655(La nouvelle salle du Gewandhaus, inauguré le 8 octobre 1981, pour célébrer le bicentenaire de la fondation de l’orchestre)

IMG_3701(L’ancien hôtel de ville)

IMG_3658(L’église Saint-Nicolas)

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IMG_3677(L’église Saint-Thomas)

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IMG_3686(Le choeur de l’église Saint-Thomas et la tombe de J.S.Bach)

IMG_3663(L’école Saint-Nicolas, devenue musée, où Richard Wagner, né à Leipzig le 22 mai 1813, fit ses études primaires)

IMG_3672(La statue de Goethe qui a étudié le droit à Leipzig de 1765 à 1768)

D’autres photos suivront, d’autres commentaires aussi sur une cité aussi riche.

C’est à l’opéra de Leipzig que j’ai entendu hier l’orchestre du Gewandhaus, dans un ouvrage emblématique des théâtres lyriques allemands, Der Freischütz de Carl-Maria von Weber. Mêmes remarques que pour Eugène Onéguine avant hier : une honnête représentation d’un théâtre de troupe sans grand relief, les deux rôles féminins étant tenus par deux dames qui manquent de la grâce la plus élémentaire. Chef peu inspiré, incapable de faire jouer ensemble son bel orchestre – ah les cors du Gewandhaus ! – et le choeur bien indiscipliné. Mais c’était à Leipzig, et c’était bon d’entendre un ouvrage qu’on connaît par coeur. Evidemment quand on a dans l’oreille – dans l’ordre décroissant de mes préférences Carlos Kleiber (et l’orchestre voisin de Dresde !) avec Gundula Janowitz et Edith Mathis, Joseph Keilberth à Berlin avec Elisabeth Grümmer, Eugen Jochum à Munich avec Irmgard Seefried et la suave Rita Streich, c’est un peu difficile de se contenter d’une version simplement honnête.

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Barenboim 75 ou l’artiste prolifique

Daniel Barenboim fête aujourd’hui son 75ème anniversaire ! On ne sait que lui souhaiter qu’il n’ait déjà eu ou vécu. Une carrière incroyable, à nulle autre comparable. Pianiste prodige, il embrasse dès ses jeunes années tout ce que la musique peut lui offrir, l’opéra, la musique de chambre, le répertoire symphonique, la pédagogie, de Bach à Boulez. Impossible de décrire en quelques lignes cette trajectoire unique, alliée à une intelligence exceptionnelle qui le conduit à prendre des positions courageuses dans les conflits qui agitent le siècle.

La boulimie, la prolixité ont leur revers. Dans une production considérable de concerts, de représentations et de disques, il est inévitable que l’exceptionnel côtoie le médiocre ou l’inachevé.

Comme on l’écrivait dans Barenboim 75 première salve, la discographie du pianiste-chef est trop abondante et inégale pour ne pas plonger le discophile dans l’embarras. Que choisir ? que retenir d’un aussi généreux parcours ?

Mon choix vaut ce qu’il vaut, guidé sans doute par mes découvertes de jeunesse, et par l’expérience d’un passé tout récent.

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La meilleure des trois intégrales gravées par Barenboim des concertos de Mozart, dans les années 60 et 70.

A la même époque, c’est l’entente parfaite, juvénile, avec Jacqueline du Pré et Pinchas Zukerman, dans des sonates et trios de Beethoven qui sont une référence.

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Le pianiste Barenboim a beaucoup enregistré, sans laisser de versions incontestées. Parfois à contre-emploi (lire Le difficile art de la critique). C’est peut-être là où on ne l’attend pas qu’il se révèle à son meilleur.

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Dans le répertoire symphonique, outre les curiosités qui figurent dans le coffret Sony (voir Barenboim 75 première salve), on ne retiendra ni des Beethoven, ni des Brahms lorgnant du côté de Furtwängler sans y atteindre, mais des réussites répétées par exemple dans Schumann (deux intégrales avec Chicago et Berlin) et Bruckner (trois intégrales avec Chicago, le philharmonique de Berlin… et la Staatskapelle de la même ville!)

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Les années Herreweghe

Il est tellement discret, et peu soucieux de sa « com », qu’on a loupé son 70ème anniversaire. Pourtant on aurait dû être alerté par la parution, au printemps dernier de cette « Conversation » menée par Camille de Rijck.

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Philippe Herreweghe est donc septuagénaire depuis le 2 mai 2017. On a peine à le croire, tant le chef de choeur et d’orchestre gantois, qui a fait ses débuts à Liège (il a créé et animé l’éphémère choeur symphonique qui devait compléter l’orchestre philharmonique de Liège)  a conservé un air d’éternel adolescent.

Avec d’autres moyens, par d’autres voies moins impérieuses, moins radicales qu’un Harnoncourt, Herreweghe a ravivé, ressourcé notre écoute des grandes partitions baroques et classiques, et quand il s’est aventuré dans le romantisme, d’aucuns lui ont reproché une certaine timidité, une absence d’extraversion, alors que nous aimions cette approche fraternelle, empathique, de l’intimité de Beethoven, Schubert, Mendelssohn ou Schumann.

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Un très beau et copieux coffret, à très petit prix, nous restitue, en 30 CD, près de 30 ans d’aventure discographique partagée entre Philippe Herreweghe et Harmonia Mundi. couvrant quatre siècles de répertoire : de la Renaissance (Palestrina, Hassler…) au XXème siècle (Pierrot Lunaire de Schoenberg, Das Berliner Requiem de Weill), en passant par les Requiem de Fauré, Mozart, Brahms, la Passion selon Saint Matthieu et le Magnificat de Bach, les Nuits d’été de Berlioz, entre autres chefs-d’œuvre.

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Détails du coffret à voir ici : Philippe Herreweghe 70 : Les années Harmonia Mundi

Ouvertures

IMG_2139(L’Opéra-Comédie, Montpellier)

À quelques jours d’intervalle, les deux maisons d’opéra de la région Occitanie, Montpellier et Toulouse, ont fait l’ouverture de leur saison. Deux réussites, saluées comme telles d’abord par le public qui se pressait très nombreux à la première de l’Italienne à Alger à l’Opéra-Comédie le 26 septembre, et qui a fait un triomphe à la troisième représentation de Tiefland hier soir au Capitole.

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Pari toujours osé de ne pas choisir un « tube » du répertoire lyrique, encore que le Rossini de Montpellier ne soit pas une rareté.

Un Rossini dirigé comme du Mozart par le maître des lieux, Michael Schonwandt, que je n’avais jamais entendu dans ce répertoire, et qui porte très haut la réussite de ce spectacle à la tête d’un orchestre en très grande forme (savoureux solos de cor, clarinette, flûte) et d’une distribution très jeune et homogène – mention spéciale pour le tout jeune ténor authentiquement rossinien Alasdair Kent ,timbre, virtuosité, ligne de chant, élégance.

À Toulouse, le choix de l’ancienne direction du Capitole d’ouvrir la saison avec un ouvrage doublement méconnu a surpris, et sans doute refroidi un public plus friand d’italianita.

Mais ce Tiefland d’Eugen d’Albert est un magnifique ouvrage qu’on ne connaissait que par le disque.

La réussite est totale, sur scène, dans la fosse, avec une distribution de très haute tenue, et l’oeuvre, musicalement, dramatiquement, est fascinante de bout en bout. L’orchestre et les choeurs du Capitole brillent de tous leurs feux sous la baguette très. inspirée d’un expert du romantisme allemand Claus Peter Flor (lire Forumopera : l’amour rédempteur)

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Deux références discographiques :

71m1BCM67KL._SL1400_L’Italienne d’Abbado permet de retrouver l’art incomparable d’Enzo Dara disparu il y a quelques semaines.

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J’en profite pour signaler la réédition à tout petit prix d’un très bel ensemble Mendelssohn dirigé par Claus Peter Flor

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Salut les artistes !

D’abord salut respectueux à un artiste parfait, admirable et admiré dans tout ce qu’il a joué, Claude Rich. 

Retour sur une première partie de Festival qui, depuis son ouverture polyphonique à Pibrac (Révolution) semble séduire des publics de plus en plus nombreux. Et salut à tous ces amis musiciens qui, de concert en concert, enchantent nos oreilles et…frustrent le directeur que je suis et qui n’a pas le temps de suivre tous ces concerts, surtout lorsqu’ils se déroulent simultanément en plusieurs lieux du grand territoire de l’Occitanie.

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Première revue de détail non exhaustive.

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Cette vidéo n’existe pas

(Jean Paul Gasparian sur une place noire de monde de Saint Jean de Védas le 12 juillet)

IMG_0235(Edgar Moreau et Andris Poga avec l’Orchestre national du Capitole de Toulouse le 17 juillet)

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IMG_0251(Frederik Steenbrink et Isabelle Georges le 17 juillet après un bouleversant Happy End)

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Retrouvailles avec Renaud Capuçon et Emmanuel Krivine après un magnifique concert de l’Orchestre National le 19 juillet.

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Un trio de choc et de grâce avec Marc Bouchkov, Christian-Pierre La Marca et Philippe Cassard (ici un extrait du mouvement lent du 1er trio de Mendelssohn)

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(Répétition du poème symphonique (1912) Aux Heures de la nouvelle lune de Nikolai Roslavets) Alexandre Bloch  aux commandes de l’Orchestre National de Lille en grande forme dans un programme idéal pour le Festival : De Moscou à Rome. 

Tous les concerts du festival à écouter ou réécouter sur Francemusique.fr et toutes les vidéos du Festival à retrouver sur la chaîne Youtube #FestivalRF17

Au violon

En ces temps d’actualité politico-judiciaire chargée, un peu d’histoire ne saurait nuire.

Comme par exemple l’origine et le sens de l’expression aller au violon ?

Les candidats empêtrés dans les affaires peuvent être suspectés de pisser dans un violon. On ne leur souhaite pas pour autant de finir au violon !

De violon, l’instrument, il est question dans deux coffrets reçus ces dernières semaines, via la filiale italienne d’Universal. Deux violonistes, deux générations, deux trajectoires bien différentes : Henryk Szeryng (1918-1988), Shlomo Mintz (né en 1957).

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Je me rappelle – c’était dans Disques en Lice, la plus ancienne émission de critique de disques ininterrompue depuis sa création fin 1987 * – un des invités, violoniste de son état, ne parvenant pas à identifier l’une des versions comparées d’un concerto pour violon, affirmant tout à trac : « Quand c’est du violon très bien joué, et qu’on n’arrive pas à le reconnaître, c’est sûrement Szeryng ! »

Au-delà de la boutade, il y a une réalité. Autant on peut immédiatement reconnaître, à l’aveugle, le style, la sonorité, la technique des Heifetz, Menuhin, Oistrakh, Milstein, Ferras, Grumiaux – tous contemporains du violoniste mexicain – autant Szeryng se tient dans une sorte de perfection un peu neutre. Mais il y a des amateurs pour cet art !

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Si Szeryng est la glace, Shlomo Mintz est le feu. Particulièrement dans ses toutes premières gravures que nous restitue ce coffret miraculeux. Pris sous l’aile de Sinopoli, Abbado, Levine, Mehta – excusez du peu ! – les grands concertos de Beethoven, Brahms, Sibelius, Dvorak, Mendelssohn, Bruch, Prokofiev gagnent, sous l’archet du jeune Mintz, une intensité, une fièvre, une lumière admirables. Le violon seul de Bach ou Paganini rayonne de la même chaleur et la musique de chambre n’est pas en reste.

 

*La critique est une école de l’humilité. J’en ai fait l’expérience grâce à la première émission de critiques de disques qui a reposé sur le principe de l’écoute à l’aveugle, Disques en lice, lancée fin 1987 sur Espace 2, la chaîne culturelle de la Radio suisse romande, par François Hudry. Pendant six ans, jusqu’à mon départ pour France Musique, semaine après semaine, nous avons exploré tous les répertoires, entendu, comparé des centaines de versions et appris la modestie. Tel(le) pianiste présenté(e) comme une référence absolue ne passait jamais l’épreuve de la première écoute, tel orchestre au son typiquement américain s’avérait être plus français que français, tel(le) chanteur/euse  si reconnaissable était un(e) illustre inconnu(e). (Le difficile art de la critique)

 

 

Présences

Activité de concert intense cette semaine. Après Yannick Nézet-Séguin mardi à la Philharmonie de Paris, l’Orchestre National de France rendait hommage jeudi à son ancien directeur musical Kurt Masur, l’Orchestre philharmonique de Radio France ouvrait hier la 27ème édition du Festival Présences, à l’Auditorium de la Maison de la radio.

Kurt Masur a laissé une forte empreinte sur les musiciens de l’Orchestre National, le concert de jeudi en a témoigné doublement, par le programme et la chaleur de la soirée. C’est le fils du chef allemand, David Ken, qui officiait au pupitre, devant une salle comble et sa mère Tomoko.

Festival of Contemporary Music Tanglewood Conductor Kurt Masur gives his son Ken- David Masur a congratulatory hug after the younger Masur conducted  " In Summer" as part of the Festival  ©Michael J. Lutch for The new York Times

L’hommage commençait par le Chant du destin de Brahms, l’une des plus belles pages chorales du compositeur hambourgeois, contemporaine de la Rhapsodie pour contralto : le Choeur de Radio France retrouvant pour la circonstance son ancien chef Matthias Brauer, donnait le ton d’une soirée placée sous le signe du recueillement. La Cinquième symphonie de Schubert rappelait l’attachement de Masur au grand romantisme allemand – Mendelssohn, Schubert, Schumann – qui a fait quelques-unes des grandes heures de son mandat à la tête du National.

En deuxième partie, le public était impatient d’entendre la star de la soirée, la violoniste Anne Sophie Mutter, qui a été l’une des partenaires de prédilection de Kurt Masur.

C’est dans une autre longue robe fourreau bleue que la violoniste allemande est apparue sur la scène de l’Auditorium pour d’abord Sur le même accord, la pièce que Dutilleux avait écrite pour elle, et qu’elle avait créée à Londres en 2002 avec Kurt Masur !

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Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu Anne Sophie Mutter en concert, je n’avais pas beaucoup aimé ses disques récents dans le répertoire classique, mais toutes mes préventions ont été levées dans le 1er concerto pour violon de Mozart : la très grande classe, la justesse de ton et de style, la pure beauté du son, la souplesse de l’archet, en parfaite osmose avec les musiciens du National. En bis, comme murmuré, l’air de la 3ème suite de Bach.

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Vendredi, c’était l’ouverture du 27ème festival Présences. Quel beau nom pour une manifestation qui donne à entendre la musique qui s’écrit aujourd’hui, les compositeurs vivants, nos contemporains ! Son créateur, Claude Samuel, était là, toujours aussi passionné. Tant de souvenirs partagés. Beaucoup d’acteurs, d’interprètes, de créateurs de la scène contemporaine évidemment, Eric Tanguy – je me rappelle la création de son quatuor à cordes à Présences 1993 ! – Philippe Schoeller, Philippe Manoury, Olivier Latry, Pascal Rophé, Alain Altinoglu, Stéphane Lissner… mais pas de ministre de la Culture – la concurrence des Victoires de la Musique ?.

Une édition qui renoue avec les portraits de grandes figures de la composition, cette année Kaija Saariaho. Un Orchestre philharmonique de Radio France très sollicité, à son meilleur dans trois oeuvres contrastées, d’inégal intérêt – mais c’est le propre d’un festival de création que de confronter les esthétiques, les partitions, sans imposer une hiérarchie – sous la houlette du jeune chef russe Dima Slobodeniouk. Deux partitions de Kaija Saariaho, Graal theatre, un concerto pour violon datant de 1994, partie soliste virtuose et exigeante, transparence orchestrale jouant sur les effets de timbres – un peu long peut-être, en seconde partie un magnifique cycle de mélodies Adriana Songs (2006) sur des textes d’Amin Maalouf, donné en création française par l’excellente Nora Gubisch. Je n’ai pas été le seul à avoir été moins convaincu par la pièce Denkklänge du compositeur français Raphaël Cendo, création d’une commande d’Etat, qui use et abuse de procédés si souvent entendus dans les années 70 à Donaueschingen ou Darmstadt. À réécouter sur France Musique.

img_7646(Nora Gubisch, Kaija Saariaho, Dima Slobodeniouk et les musiciens de l’Orchestre philharmonique de Radio France)

 

Samedi cinéma

Petite session de rattrapage ce week-end côté cinéma.

Un hommage un peu tardif, vendredi soir, sur France 3 à Michèle Morgan. Recyclage habile d’interviews, de magazines déjà souvent diffusés, mais revus avec plaisir. En revanche, malgré la touche (et les tics) Lelouch, je trouve que Le Chat et la souris a mal vieilli.

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Entre deux averses de neige, cap ce samedi après-midi sur un petit complexe associatif multi-salles qui propose toujours une belle programmation. Pour voir Neruda, le film du Chilien Pablo Larrain, auteur par ailleurs du très attendu Jackie qui sort en France le 1er février (lire la critique des Inrocks).

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Comme l’a souligné la critique, le film ne ressortit pas vraiment au genre du biopic, ni hagiographie d’un grand personnage, le poète communiste Pablo Neruda, ni documentaire critique sur une personnalité complexe. Un récit parfois sinueux, à double entrée, somptueusement filmé, des images et des paysages à couper le souffle, d’excellents acteurs pour incarner notamment Neruda, sa compagne, et le petit flic qui le poursuit.

Et une bande-son absolument admirable qui comblera les plus exigeants des spectateurs mélomanes (due au jeune compositeur argentin Federico Jusid) par ses nombreux emprunts à Grieg, Penderecki, Gavin Bryars, Charles Ives et Mendelssohn.

Un film à voir absolument.

Je me promets – mais y arriverai-je ? – de me replonger dans Canto General le grand oeuvre de Neruda.

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Suite de cette cure de rattrapage cinématographique, cette fois près d’un feu de cheminée. L’embarras du choix devant un coffret de DVD très soigneusement réédités de la première période de Costa Gavras :

91xetzceq5l-_sl1500_Choix vite fait puisque je n’avais encore jamais regardé le tout premier film du cinéaste d’origine grecque Compartiment tueurs. 

Distribution éblouissante, la fine fleur de tout ce que le cinéma français de l’époque comptait de stars confirmées et de débutants prometteurs – et à ma connaissance le seul film où sont réunis le mari (Montand), la mère (Signoret) et la fille (Catherine Allégret). Un premier film haletant, hitchcockien par certains plans, une authentique série noire.

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Le discours d’un roi

Une semaine après la France, nos amis belges célèbrent aujourd’hui leur fête nationale. Dans la douleur du terrible souvenir des attentats du 22 mars. Le roi Philippe a prononcé hier soir une allocution tout sauf convenue ou banale. Un grand discours, qu’on aurait aimé entendre de la part de nos responsables politiques français ces derniers jours. Un message de courage et d’espoir : Le discours du roi des Belges.

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Comme si l’histoire se jouait des agendas et des souvenirs, c’est ce même 22 mars 2016 que j’avais vu pour la dernière fois sur scène Natalie Dessay, dans un rôle étonnant sur la scène du Châtelet : Une tragédie, une Passion.

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Quatre mois plus tard, je retrouvais Natalie Dessay hier soir à Montpellier, venue chanter quelques Lieder de Mendelssohn avec son partenaire Philippe Cassard, au milieu d’un concert de l’Orchestre de chambre de Paris tout entier voué au compositeur du Songe d’une nuit d’été. 

13709822_10153801301112602_6805704933239361760_n(de gauche à droite, Douglas Boyd, Philippe Cassard, Natalie Dessay, Jean Pierre Rousseau)