Les raretés du confinement (X) : Rimbaud, Orozco, Susskind, Seefried, Lalo, Saint-Saëns etc.

#Confinement2 Une rubrique quotidienne sur Facebook qui n’est malheureusement pas près de s’éteindre… Puisqu’on évoque même, avec une sorte de gourmandise malsaine, la perspective d’un reconfinement dans certaines régions de France !

17 février : Les Illuminations de Felicity Lott

Hommage à Steuart Bedford (1939-2021) suite : un extrait de l’une des oeuvres les plus fortes de Benjamin Britten, le cycle de mélodies « Les Illuminations » (sur des poèmes de Rimbaud), une interprète d’exception de ce cycle, ma très chère Felicity Lott (lire : Dame Felicity) ici accompagnée par Steuart Bedford :

18 février : le Chopin de Rafael

Rafael Orozco (1946-1996) est un immense musicien, un pianiste majeur, un interprète d’élection des grands romantiques. Malheureusement ses disques (EMI, Philips, Valois) sont pour l’essentiel devenus introuvables, voire non édités en CD. Souhaitons que la magnifique réédition de ce double album Chopin (une première en CD pour les Préludes) par Warner soit le prélude à d’autres rééditions indispensables (excellente notice de Jean-charles Hoffelé sur les raisons d’une discographie erratique)

19 février : L’Empereur Rafael

#RafaelOrozco Pour prolonger mon billet d’hier sur le pianiste Rafael Orozco (1946-1996) – lire Le Chopin de Rafael – cette captation très émouvante d’un concert à Londres, probablement en 1995, un splendide « Empereur » de Beethoven, où Rafael Orozco retrouve Neville Marriner (1924-2016)

20 février : Un premier disque pour l’éternel second

Ce disque a vingt ans et une histoire. J’avais découvert et aussitôt aimé passionnément la bien trop méconnue Symphonie en sol mineur d’Edouard Lalo grâce à la version impérissable de Thomas Beecham. Je ne l’avais jamais entendue en concert et jusqu’à ma nomination à la direction générale de l’ Orchestre Philharmonique Royal de Liège, je n’étais jamais parvenu à la programmer (lire L’éternel second). Dès la saison 2000/2001 je la confiai au jeune chef belge Jean-Pierre Haeck et dans la foulée proposai au label Cypres un disque tout Lalo, avec la Symphonie en sol mineur (1886), contemporaine de la 3ème symphonie de Saint-Saëns et de la symphonie cévenole de D’Indy.

21 février : Claude Carrière et le Duke

Pour rendre hommage à notre cher Claude Carrière disparu samedi (lire La belle carrière de Claude) et à sa passion pour Duke Ellington, cette soirée du 28 juillet 1965 au festival de Tanglewood où le génial pianiste et compositeur de jazz partageait la scène avec Arthur Fiedler et ses Boston Pops

22 février : Céleste duo

Peut-être pas « historiquement informé », mais depuis longtemps un trésor de ma discothèque. Une bonne dose de jubilation, si nécessaire en cette période.La voix plus « céleste » que jamais de Teresa Stich-Randall mariée à celle de Dagmar Hermann sous la direction de Felix Prohaska (1960)

23 février : Les enfants de Jonas K.

Une des grandes soirées du Festival Radio France Occitanie Montpellier, le 27 juillet 2005, l’opéra d’Engelbert Humperdinck, Les enfants du Roi / Die Köningskinder, un ténor de 36 ans qui n’est pas encore la star qu’il est devenu, Jonas Kaufmann, un merveilleux chef qui dirigeait pour la dernière fois à Montpellier, Armin Jordan

24 février : les Cent de Saint-Saëns

#SaintSaens100 #FestivalRF21 Saint-Saëns (1835-1921) va être à l’honneur toute cette année, centenaire de sa mort oblige, et ce n’est que justice. J’ai découvert le plus connu de ses cinq concertos pour piano, le Deuxième, grâce à Artur Rubinstein, et à sa première version stéréo en 1958, sous la direction d’Alfred Wallenstein (lire : La découverte de la musique)

25 février : Cheffe d’orchestre

On parle et on entend – heureusement – de plus en plus des cheffes d’orchestre. Dans une collection « super-économique » j’ai retrouvé dans ma discothèque un disque magnifique de l’une de ces cheffes pionnières, la Française Claire Gibault – organisatrice du concours La Maestra, fondatrice du Paris Mozart Orchestra – Claire Gibault – un disque gravé au milieu des années 80, à Londres, avec le Royal Philharmonic Orchestra. Sur ce disque une splendide 5ème symphonie de Beethoven, et surtout l’une des versions les plus vivantes, joyeuses, allantes (aux antipodes des accents wagnériens qu’y mettent beaucoup de chefs) de la symphonie n°8 dite « Inachevée » de Schubert.

26 février : Vivement l’été

Un très beau disque, un peu passé inaperçu à sa sortie en 2011, dont je suis fier. De beaux artistes, Anne-Catherine Gillet, le chef Paul Daniel, mon cher Orchestre Philharmonique Royal de Liège, et un programme original et sans concurrence discographique !Envie, en ces temps de morosité, de fatigue morale, de penser à l’été, avec ce titre si évocateur de Samuel Barber (1910-1981) : Knoxville : Summer of 1915 est une « rhapsodie lyrique » qui évoque un soir d’été à Knoxville dans le Tennessee sur un texte de James Agee. L’oeuvre a été créée en 1948 par Eleanor Steber et le Boston Symphony Orchestra dirigé par Serge Koussevitzky

27 février : Walter le Tchèque

Un grand chef d’origine tchèque, Walter Susskind (1913-1980), une discographie remarquable mais disparate (lire : Les sans-grade: Walter Susskind) Ici un extrait des Spirituals de Morton Gould, qui doit rappeler des souvenirs aux plus âgés des téléspectateurs français.

28 février : Dvořák l’Américain

Un chef d’orchestre britannique, d’origine tchèque, Walter Susskind (lire Les sans-grade: Walter Susskind), une violoncelliste canadienne d’origine russe, Zara Nelsova (1918-2002), ça donne une splendide version du concerto pour violoncelle de Dvořák :

Concerto pour violoncelle (3ème mouvement)

Zara Nelsova, violoncelle

St. Louis Symphony Orchestra

dir. Walter Susskind. (Vox/Brilliant Classics)

1er mars : Respighi au couchant

Dans la discographie de la grande soprano allemande Irmgard Seefried (1919-1988) une vraie rareté : cette longue mélodie pour soprano et cordes d’Ottorino Respighi, qui date de 1914, intitulée Il Tramonto.

La critique (suite)

Décidément, la critique de la critique n’est pas plus aisée que la critique elle-même (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/09/09/le-difficile-art-de-la-critique/) !

Rien à retirer de ce que j’ai écrit, mais le reproche, justifié, d’une vision trop pessimiste. Comme si la critique n’était que négative.

Or, coup sur coup, c’est l’enthousiasme, la ferveur même, qui s’expriment à propos d’un disque et d’un concert tout récents.

France Musique consacrait tout son vendredi à Jonas Kaufmann (quoi ? la radio de service public au service du marketing d’une star du lyrique ? ) et forumopera.com exprimait hier matin une admiration inconditionnelle, quasi amoureuse, sous la plume d’ordinaire moins encline à la tendresse de Sylvain Fort, pour le nouveau disque du ténor allemand (http://www.forumopera.com/cd/jonas-kaufmann-nessun-dorma-the-puccini-album-un-peu-plus-que-sublime)

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Preuve s’il en était besoin que les critiques les plus critiques sont capables d’enthousiasme, d’émotion, de plaisir. J’ai, à mon tour, écouté ce disque (comme une partie de la journée de France Musique) et je n’aurais pas trouvé meilleurs mots que Sylvain Fort. Cet enregistrement fait honneur au chanteur (et au chef qu’on a connu parfois moins soigneux), à l’intelligence de sa démarche de musicien, à son exigence artistique. C’est sans doute pour cela qu’on aime et respecte Jonas Kaufmann depuis si longtemps.

Il y a dix ans (le 27 juillet 2005) , le Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon l’avait invité, un parmi d’autres d’une belle équipe de chanteurs, pour un ouvrage inconnu, Die Königskinder/Les enfants du Roi d’Engelbert Humperdinck : « Sa voix de ténor lyrique, aux accents virils exerce une séduction immédiate et le timbre, égal sur toute la tessiture est capable de vaillance tout autant que de suavité sans une once de mièvrerie. Autant de qualités qui font de lui l’incarnation idéale du prince de conte de fées » (http://www.forumopera.com/v1/concerts/konigskinder_mp05.htm)

kaufmann_sala (Photos Marc Ginot)

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Mardi soir, Nicholas Angelich ouvrait la 36ème édition de Piano aux Jacobins à Toulouse. Comme pour Kaufmann, cet article du Monde prouve que la critique peut parfois rendre les armes face à l’exceptionnel : http://abonnes.lemonde.fr/musiques/article/2015/09/10/le-pianiste-nicholas-angelich-ouvre-des-mondes-sous-ses-doigts_4750775_1654986.html.

Une réserve, une critique ? Les premières lignes de l’article sont-elles nécessaires : « La démarche incertaine de qui sortirait d’un mauvais rêve, les yeux encore clos, la tête lourde d’une pensée si profonde qu’elle donne au visage le quasi-aspect d’un masque, Nicholas Angelich a gravi lentement les trois marches qui mènent au piano » ? C’est ainsi qu’on forge la légende d’un bon géant balourd, à l’écart du monde, perdu dans son propre univers. Ceux qui connaissent bien le pianiste savent que le trait, pour n’être pas infondé, ne décrit que très imparfaitement une personnalité joviale, épicurienne, attentive à ceux qui l’entourent, bref le contraire d’un ermite. Et puis quelle importance quand seul compte ce qu’il fait au piano, et qui est, à chaque concert, nouveau, différent, audacieux, surprenant ! Marie-Aude Roux a raison : Nicholas Angelich ouvre des mondes et révèle des partitions.

Le lendemain, j’avais la chance de retrouver Menahem Pressler, rescapé d’un accident de santé qui nous avait fait craindre le pire au printemps dernier. 92 ans et un programme aux couleurs d’éternité. Des couleurs infinies dans Mozart, Schubert, Chopin, l’agilité et la puissance sont comme assourdies, qu’importe, reste la musique. À l’état pur.

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Indispensable : le beau coffret que Decca (ex-Philips) publie avec l’intégrale des enregistrements du Beaux Arts Trio, dont Menahem Pressler fut le créateur et l’âme pendant près de 50 ans.

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