Polémiques

Un Timothée ne devrait pas dire ça

J’avoue n’avoir suivi, au départ, que de très loin la polémique suscitée par les propos de Timothée Chalamet. Je n’en suis que plus surpris par l’ampleur des réactions du monde de l’opéra.

Bravo aux maisons d’opéra qui ont réagi avec humour, comme Seattle, Avignon ou l’Opéra Comique à Paris.

Mais fallait-il que ces propos touchent peut-être juste, ou fassent mal ce qui revient au même, pour qu’ils provoquent des réactions souvent très corporatistes ?

J’ai écrit ici même, et à plusieurs reprises, que le modèle culturel institutionnel français qui date tout de même pour l’essentiel des années Malraux/Landowski, était obsolète, ne serait-ce que sur le seul déséquilibre de moins en moins acceptable entre Paris et la province.

Je viens de lire l’éditorial de Lila Hajosi – que je n’ai pas l’heur de connaître – sur Forumopera.com. J’en conseille vivement la lecture, même si je n’en partage pas toutes les conclusions.

C’est justement grâce à l’Opéra de Montpellier que j’avais découvert – dans une superbe production de Madame Butterfly – en 2019 le ténor que tout le monde s’arrache désormais, Jonathan Tetelman

Départs / Arrivées

On a appris cette semaine que le « board » de l’Orchestre symphonique de Boston met fin de manière anticipée (en juin 2027) au contrat qui liait l’orchestre à son chef Andris Nelsons. Apparemment le chef n’est pas content, et les musiciens non plus : Andris Nelsons quitte la direction du Boston Symphony.

Je n’ai pas d’éléments qui me permettent de prendre parti dans cette affaire. J’avais naguère été surpris que le même chef ait une fonction de directeur musical dans deux orchestres aussi dissemblables – dans leur histoire, leur répertoire, leur recrutement – que le Gewandhaus de Leipzig et le Boston Symphony. Le concept si à la mode dans le monde de l’entreprise de « mutualisation » n’a, en l’espèce, aucune pertinence.

L’histoire dira ce qu’il faudra retenir de l’ère Nelsons à Boston, mais je doute qu’on puisse la comparer, ne serait-ce qu’en terme de longévité, à ses glorieux prédécesseurs Charles Munch ou Seiji Ozawa.

Autre nomination annoncée, celle de Paavo Järvi à la tête du London Philharmonic à partir de la saison 28/29. Nouvel épisode d’un sujet inépuisable (lire Bâtons migrateurs). On peut tout de même être interpellé par un parcours, celui de Paavo Järvi, qui l’a mené de Malmö à Stockholm, de Birmingham à Cincinnati, de Francfort à Paris, de la NHK à la Tonhalle de Zürich. Où est la cohérence? où est la trace durable laissée dans chaque formation ? Comment s’y retrouver aussi dans une discographie éclatée, qui a sans doute pour ambition cachée d’égaler celle du papa, Neeme Jârvi…

D’autres humeurs dans mes brèves de blog !

Enchanteurs

Reçu avant-hier deux coffrets commandés en Grande-Bretagne (parce que nettement moins chers qu’en France). C’est peu dire que j’attendais l’un d’eux avec impatience

Dmitri Hvorostovsky (1962-2017)

Il aurait dû fêter son soixantième anniversaire dans quelques jours. Le cancer l’a emporté il y a cinq ans en pleine gloire. Lire Le combat perdu de Dmitri H.

La collection Eloquence réédite tous les enregistrements réalisés par l’immense baryton russe Dmitri Hvorostovsky pour Philips dans ses jeunes années. Rien d’inédit, mais plusieurs de ces disques étaient devenus rares. 11 CD (voir détails ici)

Je ne vais pas répéter ici l’admiration sans borne que je portais à cette voix d’or et de bronze.

Comment ne pas être bouleversé par cette « dernière fois » sur la scène de l’opéra de Vienne, dans l’un de ses plus rôles, quelques mois avant sa mort. La canne sur laquelle il s’appuyait n’était pas dans la mise en scène… le chanteur au physique de colosse était atteint d’une tumeur au cerveau qui lui causait des vertiges et qui l’avait contraint à plusieurs interruptions (Dmitri Hvorostovsky, sans exhibitionnisme, tenait sur les réseaux sociaux une sorte de journal de bord les dernières années de sa vie)

Ecouter aussi Hvorostovsky dans le répertoire mélodique et lyrique russe, et même dans des chansons populaires ou sacrées, pour ne pas oublier que la Russie, les Russes, c’est une culture, une langue, une civilisation immémoriales qu’un sinistre dictateur est en train de détruire en prétendant le contraire (Poutine signe l’annexion de quatre régions d’Ukraine)

Bella Davidovitch, la pianiste soviétique devenue américaine

Elle n’est pas morte, même si elle a l’âge respectable de 94 ans. Née à Bakou en 1928, Bella Davidovitch épouse en 1950 le grand violoniste Julian Sitkovetsky qui meurt d’un cancer en 1958. Entre temps est né Dmitri, qui va suivre les traces de son père, en devenant l’un des plus brillants violonistes de notre temps. Le fils émigre aux Etats-Unis en 1977, la maman pianiste le suit en 1978, et devient citoyenne des Etats-Unis en 1984.

Etrangement, Bella Davidovitch n’a pas fait en Europe la carrière que d’autres de ses collègues y ont faite (on pense à Elisabeth Leonskaia par exemple). Ses disques n’ont pas connu un rayonnement important.

Le coffret qu’Eloquence publie aujourd’hui rattrape, de ce point de vue, une injustice, même si, à la réécoute, certains enregistrements que je connaissais, comme le 2ème concerto de Saint-Saëns, enregistré à Amsterdam sous la baguette de Neeme Järvi, se révèlent bien décevants. S’il fallait une démonstration que la perfection d’un jeu pianistique n’est pas toujours synonyme de perfection stylistique, qu’on écoute le presto de ce concerto. Toutes les notes, mais rien de l’esprit léger, aérien qu’y met Saint-Saëns.

On est beaucoup plus gâtés du côté de Chopin, où l’absolue maîtrise technique sert une fantaisie, une poésie, un art du chant remarquables (contenu du coffret ici)

En rédigeant cet article, je découvre ce « live » du second concerto de Chopin donné en 1990 aux Nations Unies à New York, l’orchestre philharmonique tchèque étant dirigé par Jiri Belohlavek. Malgré la précarité de l’image et de la restitution sonore, on voit et on entend une grande musicienne.

Le beau chant

Enfin je voudrais signaler cette nouveauté chez DGG, un chanteur qui n’est pas encore très connu, le ténor chilien Jonathan Tetelman, 34 ans.

Il y a trois ans, j’avais vu et entendu, à Montpellier, une Madame Butterfly qui m’avait beaucoup séduit. De celui qui incarnait Pinkerton, j’avais écrit : Le Pinkerton du jeune ténor chilien Jonathan Tetelman a toutes les séductions, la voix n’est pas très puissante, mais le timbre est solaire et la prestance admirable.

Ce disque le confirme.