On est sur du lourd

Cela faisait un moment que ça me démangeait (Les mots/maux du samedi), que je note aussi souvent que possible les mots, les expressions à la mode. Et voici que mon hebdomadaire préféré du mercredi me tend une perche :

Quel régal ! On pourrait bien y rajouter : « Bonne dégustation » (« bon appétit » ça fait trop cheap !).

Enjeux et accompagnement

La langue qu’affectionnent tout ensemble les politiques, l’administration, les services dits publics – liste absolument non exhaustive ! – évolue elle aussi. Il suffit de lire par exemple les annonces de nominations du Ministère de la Culture : ce sont toujours les mêmes mots, les mêmes expressions passe-partout, qui ne veulent finalement rien dire, qui n’expriment aucun point de vue.

Exemple récent (on a masqué les noms et les lieux) :

« Elle propose un projet artistique et culturel pluridisciplinaire intitulé « Imaginons ensemble », qui prône l’éclectisme, prend en compte les enjeux contemporains liés à l’environnement, aux mutations technologiques, au rapport au vivant ou encore à l’inclusion./…./ D’autres artistes, d’esthétiques différentes, seront associés, choisis pour leur capacité d’ouverture, leur engagement et leur générosité en direction des publics les plus divers… pour raconter le monde.

X. accompagnera la jeune création dans le cadre du dispositif Emergences, et les compagnies régionales bénéficieront de soutiens en résidence. Une attention particulière sera apportée à la jeunesse, par des formes dédiées pour les adolescents, et un festival dédié aux pratiques amateurs.« 

Cette phraséologie, ce vocabulaire, sont le lot commun de tous les rapports, documents administratifs.

Deux termes m’irritent particulièrement : l’enjeu a remplacé, en fréquence d’usage, le mot sujet – plus neutre sans doute que « problème » ou « question ». Pas un ministre, un responsable public qui n’évoque les « enjeux » du moment… Pire sans doute, le détournement du mot « accompagner » : on vous annonce une mauvaise nouvelle (la perte d’un emploi, une maladie, une situation conflictuelle, etc.), ne vous inquiétez pas, on va vous « accompagner« ….

Ce petit bouquin de Jean-Loup Chiflet est toujours d’actualité

Chiflet aime faire la chasse aux mots flous et vagues, creux et inutiles, qui polluent, qui irritent, bref, qui agacent notre langue au quotidien !

« Il s’inscrit donc en faux contre ce n’importe quoi qui le gave gravesi vous voyez ce qu’il veut dire, mais il juge personnellement qu’il existe au jour d’aujourd’hui un consensus franco-français au niveau de cette dangerosité. Voilà. C’est clair ? Y a pas de soucis ? Alors, bon courage ! A plus ! Et bonne fin de journée !« 

Sexisme

Si les chiffres – et les situations humaines qu’ils décrivent – n’étaient aussi tragiques, on aimerait en rester à l’humour pour dénoncer les violences faites aux femmes.

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« Les féministes dénoncent depuis fort longtemps le sexisme de notre langue et en particulier de la grammaire, mais c’est au vocabulaire qu’il convient d’abord de s’attaquer. Ce sont ces innombrables mots ouvertement ou traitreusement machistes qu’il est urgent de dénoncer.
Jean-Loup Chiflet, amoureux des mots, et Marie Deveaux, lexicographe, ont décidé de les débusquer, de les recenser et de les analyser pour faire prendre conscience aux hommes (et même parfois aux femmes) de l’extrême misogynie du français.
Avec humour et sérieux, ils démontrent que rien n’est plus facile que d’éliminer de notre vocabulaire des mots qui n’ont d’autre utilité que d’insulter, de mépriser, de rabaisser les femmes. Le  » politiquement correct  » s’est imposé, ils décident d’imposer le  » sexuellement correct « . (Présentation de l’éditeur).

Je ne compte plus les ouvrages de Jean-Loup Chiflet dans ma bibliothèque, amoureux fou de la langue française, doté d’un humour souvent ravageur. Ce dernier petit bouquin vient à point nommé. Autant je réfute la nouvelle mode de l’écriture inclusive (lire Le français est un combat), autant j’approuve la « dénonciation » façon Chiflet du machisme originel de notre langue. Quelques exemples suffisent : au masculin ces substantifs ou adjectifs sont honorables, au féminin ils deviennent péjoratifs voire insultants. Professionnel/professionnelle, entraîneur/entraîneuse, public/publique, léger/légère…

Sans vouloir relancer un autre débat – la place des femmes dans la musique  (Et pourtant elles dirigent), j’aimerais faire part d’une découverte que j’ai faite cet été : un nom, une oeuvre que j’ignorais complètement avant d’entendre ce disque.

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Ruth Gipps est une musicienne et compositrice anglaise née en 1921, morte il y a trente ans en 1989

Enfant prodige, elle remporte très jeune ses premiers concours, écrit sa première oeuvre à l’âge de huit ans !

En 1937, Ruth Gipps entre au Royal College of Music, où elle étudie le hautbois avec Léon Goossens, le piano avec Arthur Alexander et la composition, d’abord avec Gordon Jacob et plus tard avec Ralph Vaughan Williams. Plusieurs de ses œuvres y sont jouées. Elle poursuit ses études à l’université de Durham où elle rencontre son futur mari, le clarinettiste Robert Baker4.

Ruth Gipps est une compositrice accomplie et prolifique, mais également une instrumentiste soliste, jouant tout autant le hautbois que le piano. Son répertoire comprend des œuvres comme le concerto pour piano d’Arthur Bliss et Le Rio Grande de Constant Lambert. À l’âge de 33 ans, une blessure à la main abrège sa carrière de soliste. Elle décide de se focaliser sur la direction d’orchestre et la composition.

Son premier grand succès survient lorsque le chef d’orchestre Henry Wood, dirige son poème symphonique Le Chevalier en armure lors de la dernière nuit des Proms en 1942.

Le début de sa carrière est fortement touché par la discrimination à l’égard des femmes dans le domaine de la musique (et en particulier dans celui de la composition), par les professeurs et les jurys ainsi que le monde de la critique musicale. Elle n’a pas, par exemple, été prise en considération pour le poste de chef d’orchestre vacant de l’Orchestre symphonique de Birmingham, où elle a été associée de longue date avec George Weldon, jusqu’en 1950, parce que la pensée d’une femme chef d’orchestre était « indécent ». C’est pour cette raison qu’elle développe une personnalité difficile que beaucoup estiment rebutante, et surtout une farouche détermination à faire ses preuves grâce à son œuvre6.

En 1955, elle fonde à Londres le London Repertoire Orchestra7 comme une opportunité pour de jeunes musiciens professionnels à être exposés à un large éventail de musique, et le Chanticleer Orchestra en 19618, un ensemble professionnel qui produit une œuvre d’un compositeur contemporain dans chacun de ses programmes, souvent en création. Plus tard, elle est nommée à la faculté de Trinity College de Londres (de 1959 à 1966), au Royal College of Music (de 1967 à 1977), puis à Kingston Polytechnic à Gypsy Hill9.

Elle meurt en 1999, âgée de 78 ans, après avoir subi les effets du cancer et un accident vasculaire cérébral.