Les nouveaux ridicules

Il faut que je vide mon sac ! Désolé pour ceux qui ne veulent lire ici qu’histoires de musique et heureux événements.

Une minorité hurlante

Mais comme l’écrit la maire de Paris, Anne Hidalgo, dans un tweet cet après-midi : « Ça suffit ! Hier, des propos indignes ont été proférés et des banderoles infamantes brandies. Je déférerai devant les tribunaux les graves injures publiques qui ont été dirigées contre la mairie de Paris. Je ne laisserai rien passer » ! 

Son adjoint à la Culture, Christophe Girard, a préféré démissionner pour ne plus subir des attaques aussi indignes qu’infondées (lire Anne Hidalgo saisit la justice)

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Même si je suis loin d’avoir toujours partagé les vues de Christophe Girard, a fortiori de la maire réélue de Paris, je ne peux que partager cette indignation.

Cette indignation salutaire, on eût aimé l’entendre s’exprimer à propos d’autres « affaires » où le droit le plus élémentaire est piétiné par une infime minorité qui gueule plus fort et investit les réseaux sociaux de sa haine sans limite. Depuis sa nomination au ministère de l’Intérieur, Gérald Darmanin est poursuivi par des hordes de pseudo-féministes, à propos d’une « affaire » qui n’en est pas une (Une ex-plaignante prend sa défense par SMS). Les mêmes hurleuses sont allées jusqu’à accuser le président de la République et le nouveau Premier Ministre d’encourager la « culture du viol » !

Les chefs blacklistés

Souvenons-nous, il y a quelques mois, la chasse aux chefs d’orchestre avait été ouverte sans aucune retenue, au motif qu’ils auraient eu des comportements déplacés…. sans qu’il y ait eu de plainte, a fortiori d’action judiciaire, à leur encontre ! Je l’avais écrit ici – Remugles– à propos notamment de Daniele Gatti viré sans autre forme de procès de son poste de chef de l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam et blacklisté pendant plusieurs mois…. jusqu’à ce que l’orchestre néerlandais reconnaisse qu’il n’y avait rien à reprocher au chef italien et soit obligé de le dédommager pour un « préjudice » qui restera comme une tache indélébile.

Rappelons-nous ce qui est arrivé au mari d’Anne-Sofie von Otter, directeur de théâtre injustement accusé, qui a fini par se suicider après une longue dépression…

Les nouveaux ridicules

Anne Hidalgo cible deux élues Vertes, qui font (ou faisaient ?) partie de sa majorité municipale, qui auraient initié la manifestation anti-Christophe Girard.

Mais, à lire pas mal de déclarations des nouveaux élus Verts aux dernières municipales, à les entendre jargonner dans une novlangue bobo-écolo, parfaitement incompréhensible à « cellezéceux » qu’ils prétendent défendre et représenter, on peut, on doit s’interroger sur cette nouvelle génération moralisatrice, qui prétend dire le bien et le mal, s’insinue dans la sphère privée, et défend l’indéfendable :

« On vit à l’ère du tribunal populaire et de la présomption de culpabilité, où plainte vaut condamnation, mandat de dépôt et opprobre universel. Tandis que des élus ceints de leur écharpe tricolore sont convaincus, malgré les décisions de justice, qu’Adama Traoré a été « tué » par les forces de l’ordre et défilent aux cris de « À bas la police ! »ou « Policiers assassins », certaines « féministes » jugent, toujours malgré les décisions de justice, que M. Darmanin est un criminel et manifestent à chacun de ses déplacements en scandant : « Un violeur à l’Intérieur ! » (Franz-Olivier Giesbert, Le Point, 23 juillet 2020)

Violeur ou pas ?

Que nous disent aujourd’hui toutes les ligues de vertu, Camélia Jordana en tête, de la « victime » Adama Traoré, reconnu clairement coupable de viol envers son co-détenu ? Certes rien ne justifie la mort d’un homme, celle d’Adama Traoré comme une autre. Mais la complaisance avec laquelle on l’a présenté, manifestation après manifestation, comme la victime de violonces policières, donc d’un Etat policier, le seul fait de présenter sa famille comme des parangons de vertu, la seule comparaison avec le sort de George Floyd aux Etats-Unis, tout cela est proprement insupportable.

Inclusif excluant

On n’ose même pas relever le ridicule de la décision du nouveau maire de Lyon, décision illégale (mais c’est vraiment secondaire !), d’adopter désormais l’écriture inclusive dans les actes et textes de la nouvelle municipalité. Peut-on recommander à ces nouveaux moralistes de lire cet excellent article de Wikipedia sur le langage épicène ? Peut-on rappeler à ces nouveaux élus que l’apprentissage du français si difficile pour beaucoup d’écoliers, et particulièrement pour des enfants (ou des adultes) handicapés, devient un authentique chemin de croix avec cette écriture prétendument inclusi.v.e, totalement incompréhensible et complètement… excluante ?

Allez je vais mettre à profit mon week-end pour réécouter ce très beau coffret !

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Sexisme

Si les chiffres – et les situations humaines qu’ils décrivent – n’étaient aussi tragiques, on aimerait en rester à l’humour pour dénoncer les violences faites aux femmes.

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« Les féministes dénoncent depuis fort longtemps le sexisme de notre langue et en particulier de la grammaire, mais c’est au vocabulaire qu’il convient d’abord de s’attaquer. Ce sont ces innombrables mots ouvertement ou traitreusement machistes qu’il est urgent de dénoncer.
Jean-Loup Chiflet, amoureux des mots, et Marie Deveaux, lexicographe, ont décidé de les débusquer, de les recenser et de les analyser pour faire prendre conscience aux hommes (et même parfois aux femmes) de l’extrême misogynie du français.
Avec humour et sérieux, ils démontrent que rien n’est plus facile que d’éliminer de notre vocabulaire des mots qui n’ont d’autre utilité que d’insulter, de mépriser, de rabaisser les femmes. Le  » politiquement correct  » s’est imposé, ils décident d’imposer le  » sexuellement correct « . (Présentation de l’éditeur).

Je ne compte plus les ouvrages de Jean-Loup Chiflet dans ma bibliothèque, amoureux fou de la langue française, doté d’un humour souvent ravageur. Ce dernier petit bouquin vient à point nommé. Autant je réfute la nouvelle mode de l’écriture inclusive (lire Le français est un combat), autant j’approuve la « dénonciation » façon Chiflet du machisme originel de notre langue. Quelques exemples suffisent : au masculin ces substantifs ou adjectifs sont honorables, au féminin ils deviennent péjoratifs voire insultants. Professionnel/professionnelle, entraîneur/entraîneuse, public/publique, léger/légère…

Sans vouloir relancer un autre débat – la place des femmes dans la musique  (Et pourtant elles dirigent), j’aimerais faire part d’une découverte que j’ai faite cet été : un nom, une oeuvre que j’ignorais complètement avant d’entendre ce disque.

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Ruth Gipps est une musicienne et compositrice anglaise née en 1921, morte il y a trente ans en 1989

Enfant prodige, elle remporte très jeune ses premiers concours, écrit sa première oeuvre à l’âge de huit ans !

En 1937, Ruth Gipps entre au Royal College of Music, où elle étudie le hautbois avec Léon Goossens, le piano avec Arthur Alexander et la composition, d’abord avec Gordon Jacob et plus tard avec Ralph Vaughan Williams. Plusieurs de ses œuvres y sont jouées. Elle poursuit ses études à l’université de Durham où elle rencontre son futur mari, le clarinettiste Robert Baker4.

Ruth Gipps est une compositrice accomplie et prolifique, mais également une instrumentiste soliste, jouant tout autant le hautbois que le piano. Son répertoire comprend des œuvres comme le concerto pour piano d’Arthur Bliss et Le Rio Grande de Constant Lambert. À l’âge de 33 ans, une blessure à la main abrège sa carrière de soliste. Elle décide de se focaliser sur la direction d’orchestre et la composition.

Son premier grand succès survient lorsque le chef d’orchestre Henry Wood, dirige son poème symphonique Le Chevalier en armure lors de la dernière nuit des Proms en 1942.

Le début de sa carrière est fortement touché par la discrimination à l’égard des femmes dans le domaine de la musique (et en particulier dans celui de la composition), par les professeurs et les jurys ainsi que le monde de la critique musicale. Elle n’a pas, par exemple, été prise en considération pour le poste de chef d’orchestre vacant de l’Orchestre symphonique de Birmingham, où elle a été associée de longue date avec George Weldon, jusqu’en 1950, parce que la pensée d’une femme chef d’orchestre était « indécent ». C’est pour cette raison qu’elle développe une personnalité difficile que beaucoup estiment rebutante, et surtout une farouche détermination à faire ses preuves grâce à son œuvre6.

En 1955, elle fonde à Londres le London Repertoire Orchestra7 comme une opportunité pour de jeunes musiciens professionnels à être exposés à un large éventail de musique, et le Chanticleer Orchestra en 19618, un ensemble professionnel qui produit une œuvre d’un compositeur contemporain dans chacun de ses programmes, souvent en création. Plus tard, elle est nommée à la faculté de Trinity College de Londres (de 1959 à 1966), au Royal College of Music (de 1967 à 1977), puis à Kingston Polytechnic à Gypsy Hill9.

Elle meurt en 1999, âgée de 78 ans, après avoir subi les effets du cancer et un accident vasculaire cérébral.

 

Le français est un combat

Il n’y a bien qu’en France qu’on peut s’enflammer pour ce genre de combat, qu’on peut en faire un sujet d’actualité, la une d’un hebdomadaire et une flopée de bouquins : la langue, celle qu’on parle, celle qu’on écrit, notre langue française !

Je ne suis pas en reste sur ce blog, dernier article en date : Inclusif intrusif.

Le Point  en faisait sa une la semaine dernière : Qui en veut à la langue française ?

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Il faut croire que l’heure est grave pour que l’Académie française, d’ordinaire plutôt taiseuse et discrète, se fende d’une déclaration adoptée à l’unanimité  : Déclaration de l’Académie française sur l’écriture dite inclusive.

« On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs. »

Hier soir, France Inter consacrait son émission Le téléphone sonne (#TelSonne) à la même polémique, avec deux invités particulièrement éloquents. Une émission qu’on peut, qu’on doit réécouter ici : Prêt.e.s pour l’écriture inclusive ?

« Si on fait autant d’histoires autour d’elle, c’est sans doute une bonne nouvelle. On parle d’attachement à une langue. « Non à l’écriture inclusive, volontairement machiste, rendue machiste par les hommes » disent certaines et certains… « Une langue mise en péril. La langue française parle d’histoire et d’héritage. Y toucher, c’est la mettre en péril » disent les autres, comme l’Académie française pour qui le masculin est neutre. . 

Nous adorons, nous les français* (Dommage d’avoir laissé cette faute sur le site de France Inter : nous les Français, et pas les français !), les querelles linguistiques et historiques. Nous en faisons des débats qui tournent souvent au vinaigre. La réforme de l’orthographe il n’y a pas si longtemps… L’écriture inclusive depuis quelques semaines, depuis que Hatier a introduit, dans un manuel scolaire, ce point milieu qui met sur le même niveau féminin/masculin : Auditeur.trice.s ou encore agriculteur.trice.s. Quelle histoire et bien parlons-en ! »

Je dois reconnaître que le président de l’Académie Goncourt, le toujours vert Bernard Pivot est bien plus convaincant qu’Eliane Viennot

Au-delà de cette question, que je trouve parfaitement ridicule et surtout inopérante – en quoi cette déformation de la langue française favoriserait-elle l’égalité hommes-femmes ? – demeurent de vraies interrogations sur l’évolution du français (cf. le remarquable dossier du Point la semaine dernière). Dans l’entreprise, sur les réseaux sociaux, dans les médias.

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Tous les jours, que ce soit dans les journaux, à la télévision, mais aussi dans la publicité ou au supermarché (sans parler des réseaux sociaux), l’orthographe et la grammaire sont maltraitées… Il est temps que cela cesse ! Je t’apprends le français bordel ! se propose de rétablir les vérités les plus évidentes (par exemple, connaître l’utilité des accents : « DSK à la barre » ne signifie pas la même chose que « DSK a la barre ») aux plus subtiles (la différence entre « apporter » et « emmener », ou entre « censé » et « sensé », les noms à double consonne, l’accord des adjectifs et des couleurs).

Tel un justicier de l’orthographe, l’auteur (Julien Szewczykillustre dans un style ironique et grinçant, avec de vrais exemples à l’appui, toutes ces fautes que nous ne voulons plus jamais voir, comme ces « comme même » au lieu de « quand même », ces « en dirait » au lieu de « on dirait », ou ces « entre guimets » au lieu de « entre guillemets », mais aussi ces étiquettes de supermarché faites à la va-vite qui promeuvent fièrement des « tronches de pastèque », des « merguez de beauf », des « jambons péchés en Côte d’Ivoire », ou des « qui oui ».

L’humour n’est pas de trop dans un combat qui est tout sauf rétrograde ou réactionnaire, mais un combat pour la richesse et la diversité d’une langue qu’on aime, qu’on admire, et qu’on pratique dans le monde entier.

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Inclusif intrusif

Excellent article dans Le Monde daté d’aujourd’hui : Prêt.e.s. pour l’écriture inclusive ? 

qui fait suite à d’autres prises de position comme celle de Raphael Enthoven  sur Europe 1 : Le désir d’égalité n’excuse pas le façonnage des consciences.

Mais ce n’est pas le ridicule de cette nouvelle mode de l’écriture « inclusive » qui motive ce billet, qui me trotte dans la tête depuis un bon moment.

C’est l’usage abus-if , dérivé de l’anglais évidemment, d’adject-ifs ou de substant-ifs se terminant par -if, qui contamine le discours public, comme les relations professionnelles.

Quelques exemples, liste malheureusement non exhaust-ive ! :

Emmanuel Macron est-il un président « disruptif » ? (lire Libération : pourquoi tout le monde sort ce mot)

« La soirée, organisée par le réceptif local, a été très déceptive » – traduction pour ceux qui causent encore en vieux français : La soirée, organisée par le correspondant ou responsable local, a été très décevante.

« L’Etat encourage les comportements performatifs et innovatifs des créatifs des start-upers » Innovant, performant c’est ringard ? Certes « créatif » est entré dans le langage courant, comme substantif, il ne prend la place d’aucun mot pré-existant.

J’en appelle au travail collaboratif des lecteurs de ce blog pour enrichir cette rubrique…inclusive !

Et puisque je dénonce le mésusage de ce suffixe -if , je ne résiste pas au plaisir de citer le célèbre poème de Rudyard Kiplingau titre aussi bref qu’évocateur : If

If you can keep your head when all about you   
    Are losing theirs and blaming it on you,   
If you can trust yourself when all men doubt you,
    But make allowance for their doubting too;   
If you can wait and not be tired by waiting,
    Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
    And yet don’t look too good, nor talk too wise:
If you can dream—and not make dreams your master;   
    If you can think—and not make thoughts your aim;   
If you can meet with Triumph and Disaster
    And treat those two impostors just the same;   
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
    Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to, broken,
    And stoop and build ’em up with worn-out tools:
If you can make one heap of all your winnings
    And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
    And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
    To serve your turn long after they are gone,   
And so hold on when there is nothing in you
    Except the Will which says to them: ‘Hold on!’
If you can talk with crowds and keep your virtue,   
    Or walk with Kings—nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
    If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute
    With sixty seconds’ worth of distance run,   
Yours is the Earth and everything that’s in it,   
    And—which is more—you’ll be a Man, my son!

 

On attend avec impatience une traduction en français…inclusif !