Sous les pavés la musique (IX) : Karl Böhm et Deutsche Grammophon

J’étais tellement persuadé d’en avoir parlé… que j’ai oublié de le faire.

Après le coffret des enregistrements Philips et Decca (lire Karl Böhm : l’héritage Philips et Decca), c’est au tour de Deutsche Grammophon d’honorer Karl Böhm, quarante ans après sa mort.

Remy Louis ne m’en voudra pas de citer in extenso le papier qu’il consacre aujourd’hui sur Diapason au grand chef disparu en 1981. Il n’y a pas meilleur « böhmologue » sur la planète musique :

« Le quarantième anniversaire de la mort de Karl Böhm (1894-1981) a enfin décidé DG à redonner sa place légitime à l’une de ses grandes signatures, en réunissant dans un son glorieux toutes ses gravures orchestrales de studio (et quelques live), concertos inclus (Guilels et Pollini). Un parcours ouvert (Symphonie no 5, 1953) et refermé (9e, 1980) avec Beethoven. Tous les témoignages parlés (en allemand) sont là aussi. De 1953 à 1980, au Böhm mature succède celui du grand âge, de Berlin à Vienne, avec des retours à Dresde (Schubert, Strauss bien sûr), et l’arrivée tardive du Lon-don Symphony. De la mono à la stéréo digitale, on retrouve ce qui était éparpillé dans les coffrets « Great Recordings 1953-1972 », « The Symphonies » (cycles Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms) et « Late Recordings ». Ajout majeur : l’« intégrale » Mozart (1959-1968) bénéficie d’une édition Blu-ray audio à la présence aérée qui la fait revivre comme jamais.

Berlin et Vienne

Berlin a été l’orchestre principal de Böhm chez DG jusqu’au début des années 1970 car Vienne était d’abord sous contrat Decca. Mais le désir du chef d’enregistrer avec « son » Philharmonique était tel qu’un accord fut trouvé : Haydn (Symphonies nos 88 à 92, Symphonie concertante), les concertos pour vents de Mozart, les intégrales Beethoven et Brahms, les géniales 7e et 8e de Bruckner – assurément deux sommets – incarnent profondément une culture que Böhm – styrien, pas viennois – a entretenue et façonnée à son tour avec exigence ; l’évocation parlée de sa relation avec les Wiener (près de douze minutes, inédites en CD) en est le précieux écho.

On s’en souvient comme si c’était hier : rayonnant du cœur même de la sonorité, cette fluidité et ces mille reflets d’or entendus dans la trilogie mozartienne au Théâtre des Champs-Elysées en 1979. S’en rapprochent les concertos pour cor de Mozart, les Haydn (vraiment uniques, sans prédécesseur ni successeur), la « Pastorale » ou l’ultime 9e de 1980 (étrangement pré-mahlérienne dans ses timbres, ses espaces sonores), le Largo inouï de la « Nouveau Monde », les Wagner sublimés. Cette quintessence imprègne aussi les Tchaïkovski tardifs et extraordinairement épurés du LSO (4e, 5e, et « Pathétique »), ni allemands, ni russes, mais d’ailleurs : un monde en soi, sans descendance.

Comparaisons

Pour avoir joué avec les trois, un musicien de Chicago disait que Solti était d’abord un chef rythmique, Barenboim harmonique, Muti mélodique. Böhm fusionne ces éléments dans un point d’équilibre qui n’est pas ce juste milieu que raillait Schönberg, mais ce seuil où l’œuvre semble réalisée sans effort dans toutes ses potentialités, en écartant tout extrémisme extérieur. Et dans une conscience aiguë du style, doublée de l’accueil libéral des couleurs et de la sonorité de chaque formation.

Rapprocher les prises effectuées avec Berlin, puis Vienne (divers Mozart dont la Symphonie concertante pour vents, 3e et 7e de Beethoven, 5e et 8e de Schubert, 1re et 2e de Brahms… ) est révélateur ; la différence est marquée chez Brahms, impérieux et emporté par de sombres élans à Berlin, plus relaxé à Vienne. Elle vaut aussi pour les deux formidables Vie de héros de Strauss de Dresde et Vienne : on croit d’abord entendre un autre chef, mais…

Sur la question des tempos, nos goûts ont évolué pour le répertoire classique, les premiers Schubert ; mais les siens ne sont-ils pas salvateurs dans un monde hystérisé ? Böhm est à la fois précis, articulé, savamment contrasté et toujours narratif. Sombre avec Berlin, il est lumineux avec Vienne… mais partout clair, intérieurement intense.

Le charme et la joie

Un été indien réchauffe les Mozart de Vienne (les 38e et 39e !), préservant cet élan qui faisait écrire au compositeur André Boucourechliev, chroniquant les Concertos nos 19 et 23 avec Pollini, que le vrai soliste de ce disque était Böhm lui-même. Walter Legge admirait « sa manière si naturelle de faire de la musique, l’aisance suprême avec laquelle il passait d’un tempo à un autre, la chaleur humaine, l’humour, le pathos contenu ». Ajoutons : le charme – les Haydn, les valses de Strauss, les cordes si viennoises de Pierre et le loup !

Pourtant, une dimension plus faustienne sous-tend ses Mozart berlinois, d’une unité surprenante si on songe qu’il n’a jamais dirigé nombre d’entre eux en concert. Il déclarait dans une interview télévisée ne pas croire totalement à la joie chez Mozart – aveu remarquable. Ses lectures sont exemptes de sentimentalisme mais non de tourments, strictes de forme mais nuancées dans le détail, et d’un naturel agogique et d’une plénitude sonore exaltants – ainsi des fabuleuses Sérénades « Haffner » et « Posthorn ». Que d’aucuns, aujourd’hui, n’adhèrent pas à ce son, à cette vision, se comprend, et ne tient pas seulement aux bouleversements stylistiques intervenus depuis sa disparition : du vivant de Böhm, le Mozart de Szell, par exemple, traçait une tout autre voie.

Voilà bien une somme, dont l’écoute ne dissipe jamais, en dépit de son évidence musicale, le mystère que recelait l’homme. Visuels (pas toujours les tout premiers) originaux, brève notice de Richard Osborne (sans traduction française). Regrettons que DG n’ait pas repris l’hommage pénétrant, signé Erik Werba, qui ouvrait l’édition vinyle originale de l’intégrale Mozart. Le pianiste savait ce que Böhm représentait. » (Remy Louis, DiapasonMag).

Mes préférences à moi

Je n’ai rien découvert dans ce coffret, qui a toutefois l’immense avantage de regrouper des parutions jusqu’alors disparates, et d’être richement documenté.

Remy Louis souligne, à juste titre, qu’on peut être décontenancé par la « paisibilité » des Mozart et des Schubert de Böhm, surtout si on a dans l’oreille les Harnoncourt, Gardiner et autres tenants de l’interprétation « historiquement informée ».

Tout admiratif que je sois du chef autrichien, je n’arrive vraiment pas à me faire à ces Mozart sans vie ni ressort (le finale de cette 25ème symphonie !!)

La comparaison avec son aîné d’une dizaine d’années, pourtant réputé pour ses lenteurs, Otto Klemperer, est… édifiante !

En revanche, Haydn réussit plutôt au natif de Styrie, et le bouquet de symphonies (88-92 et 105) qu’il grava avec les timbres fruités de Vienne, figure depuis longtemps dans les favoris de ma discothèque

« La » Première de Brahms

Ce coffret contient, pour moi, « la » version définitive de la Première symphonie de Brahms. Je ne connais pas de finale plus rageur, plus tourmenté, plus contrasté aussi, que celui de Böhm à Berlin en 1959.

Mais toutes les symphonies de Brahms – l’intégrale viennoise – sont de la même eau sous la baguette à la fois si impérieuse et souple de Böhm.

Prokofiev et Saint-Saëns

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer deux raretés de la discographie de Böhm : un fantastique Carnaval des animaux de Saint-Saëns, et ce qu’on pourrait considérer comme la version de référence, pas moins, de Pierre et le Loup de Prokofiev. Avec juste un bémol : le coffret comprend les versions en anglais et en allemand (c’est le propre fils de Karl Böhm, l’acteur Karlheinz, qui en est le récitant) mais omet la version française parue jadis avec Jean Richard !

Johann et Richard Strauss

On sait les affinités électives entre Richard Strauss et Karl Böhm (pour les opéras voir le coffret paru en 2018 : Böhm les opéras Deutsche Grammophon) C’est évident dans les poèmes symphoniques.

De l’autre Strauss, Böhm, outre une Fledermaus d’anthologie avec Gundula Janowitz, n’a gravé qu’un seul disque de valses et polkas. Des modèles, comme ces Roses du Sud de haute école.

Je suis plus circonspect que Remy Louis sur les Tchaikovski gravés à Londres, une Neuvième de Dvorak bien sérieuse.

Mais rien n’est médiocre ni négligeable dans ce beau coffret !

Régime de fête (I): un duo à Vienne

Chaque année, je crois, j’écris ici que je n’aime pas cette période de l’année, où la fête devient obligatoire, sans que plus personne ne sache ce que sont, ce qu’étaient, l’Avent, la Saint-Nicolas, Noël, la Saint-Sylvestre, a fortiori la légende du père Noël. Même dans la matinale de France 2, on ouvre chaque jour un volet d’un calendrier de l’Avent : qui, parmi les téléspectateurs, en connaît l’origine ?

Pas plus cette année que les précédentes, je n’aurai à me forcer pour adopter un régime alimentaire raisonnable, même si de récentes circonstances (Une expérience singulière) m’obligent à une prudence plus grande encore.

Des cadeaux

Puisque cadeaux il doit y avoir, je vais proposer, dans les jours qui viennent, quelques idées, peut-être originales, inattendues.

Il y a des dizaines de compilations, de best of, d’airs d’opéras, d’opérettes, de crooners, parmi lesquelles on est bien embarrassé de choisir, ou qui parfois échappent à la vigilance du collectionneur.

En revisitant ma discothèque, je suis tombé sur ce CD qui n’avait pas spécialement retenu mon attention. Un chef, Anton Paulik, deux chanteurs, Werner Krenn, Renate Holm, qui ne font pas partie des stars multi-rééditées, et pourtant un modèle absolu ce que peuvent être le charme, le raffinement, le bon goût de l’opérette viennoise.

La couverture du double CD est muette sur les chanteurs – inhabituel oubli dans cette collection d’excellence – et pourtant leurs noms ne sont pas inconnus des discophiles.

Renate Holm, 90 ans, a commencé sa carrière comme actrice chanteuse, il faut reconnaître qu’elle en avait tous les atouts. Sa célébrité, sa notoriété, n’ont jamais vraiment franchi les limites de la sphère germanique. Sa discographie n’est pas pléthorique, à la différence d’autres de ses contemporaines, comme Anneliese Rothenberger (1924-2010) qui a littéralement phagocyté la branche allemande d’EMI, Electrola.

Ce qu’on aime chez Renate Holm, c’est qu’elle n’est pas simplement un rossignol virtuose, une de ces petites voix pointues et agiles, qui foisonnent dans les enregistrements viennois de l’époque. Elle a du corps, de la chair, et par dessus tout une classe, une élégance, qui la distinguent de ses concurrentes. Ainsi dans le rôle d’Adèle de La Chauve-Souris de Johann Strauss, elle ne surjoue pas la soubrette nunuche, elle pourrait presque tenir la dragée haute à la Rosalinde de Gundula Janowitz, surtout quand la troupe est tenue par Karl Böhm.

Werner Krenn est né en 1943 à Vienne. Il a commencé sa carrière de musicien comme basson solo de l’Orchestre symphonique de Vienne de 1962 à 1966, mais il a reçu son éducation musicale comme membre des Petits Chanteurs de Vienne (Wiener Sängerknaben). De nouveau, comme pour sa partenaire sur ce double album, Werner Krenn est resté dans l’ombre d’autres stars de l’époque, comme Fritz Wunderlich, repéré toutefois par les grands chefs des années 60 et 70. C’est d’ailleurs à lui que Karajan fit appel pour « compléter » son premier enregistrement de la Création de Haydn, Fritz Wunderlich étant mort (accidentellement) au cours de la période d’enregistrement !

On retrouve Werner Krenn dans pas mal de disques, mais on cherchera en vain un disque portrait ou monographique. Pas assez star pour y avoir droit ?

Quant au chef, Anton Paulik (1901-1975) on cherchera en vain une notice biographique, sauf une fiche Wikipedia en néerlandais ! On dira, faute de mieux, que c’était un honnête spécialiste de l’opérette et de la valse viennoise. Et on dira beaucoup mieux de son art lorsqu’on aura entendu ce double album où le chic, la classe le disputent à l’élégance. Une bonne dose de Paulik semble bien nécessaire avant d’affronter le concert viennois du Nouvel an 2022 qui ne promet rien de bon sous la baguette octogénaire d’un chef qui n’a jamais compris l’essence ni le sens de cette musique.

Krips le Viennois

Josef Krips, né à Vienne en 1902, mort à Genève en 1974, est sans doute l’incarnation du chef d’orchestre viennois. Reste à définir ce qui distingue Vienne du reste des capitales européennes.. et ce n’est pas ici qu’on va s’y risquer en quelques mots. Historiquement, c’est en tous cas le centre et le phare de l’Europe musicale aux XVIIIème, XIXème et (début du) XXème siècles.

J’ai failli ne pas apercevoir une édition/réédition qui me réjouit au plus haut point.

L’intérêt considérable de ce coffret c’est de regrouper des disques publiés jusqu’alors sous des labels disparates, voire de révéler des enregistrements que je ne connaissais pas. Voir le détail ci-dessous.

Premier souvenir personnel : pour l’option musique du bac, il y avait au programme la première symphonie de Beethoven. J’ai déjà raconté mes premiers pas dans la constitution d’une discothèque classique (Initiation), c’était à Poitiers. Priorité aux collections « économiques », vu la modestie de mes moyens. Et pour écouter cette première symphonie de Beethoven, c’est sur ce disque bon marché que je jetai mon dévolu :

Déjà à l’époque, sur ma petite chaîne stéréo Dual, et malgré un diamant de bonne qualité sur ma platine, je trouvais que la prise de son et/ou la gravure n’étaient pas satisfaisantes.

Plus tard, sous différents labels, je chercherais à acquérir l’intégrale de ces symphonies gravées à Londres par Josef Krips au début des années 60. On frisait souvent la catastrophe, comme le montre cet extrait :

Le coffret Scribendum nous restitue enfin cette intégrale de référence dans un son enfin lumineux.

Il y a bien sûr quelques enregistrements bien connus, déjà réédités par Decca, et récemment dans la merveilleuse collection Eloquence (les Strauss par exemple).

C’est ici que s’exprime le mieux l’art de Krips le Viennois, le sens parfait des proportions, la justesse des tempi, des articulations : rien n’est plus difficile à diriger qu’une valse de Strauss, on en a la démonstration chaque année le 1er janvier. Avec Krips tout semble si naturel. Comme dans ses Schubert.

Pour le reste, les collectionneurs avaient depuis longtemps repéré des Mozart et Haydn parus, entre autres, sous le label Chesky, les ouvertures de Beethoven (avec un « orchestre du festival de Vienne » qui n’est autre que le faux nez des Wiener Philharmoniker), des Brahms et Schubert chez Concert Hall, et – pour moi une découverte – des Brahms et Richard Strauss gravés avec le Philharmonia, réédités par Testament.

Encore un indispensable de toute discothèque.

Les détails du coffret

CD 1
  Franz Joseph Haydn (1732-1809)
Symphony No.94 in G major « Surprise »
Symphony No.99 in E flat major
  Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Symphony No.40 in G minor KV 550 *

Wiener Philharmoniker
Orchestre National de France *
Recording: Sept. 1957 [Haydn]; Nov. 2, 1965 [Mozart]  

CD 2
  J. Strauss II (1825-1899)
An der schönen blauen Donau Op.314
  J. Strauss II (1825-1899) & Josef Strauss (1827-1870)
Pizzicato-Polka Op.447 
  J. Strauss II (1825-1899)
Kaiser – Walzer Op.437 
Rosen aus dem Süden – Walzer Op.338 
Accelerationen – Walzer Op.234 
  Josef Strauss (1827-1870)
Dorfschwalben aus Österreich – Walzer Op.164 *
  J. Strauss II (1825-1899)
Frühlingsstimmen – Walzer Op.410 *

Hilde Gueden soprano (*)
Wiener Philharmoniker
Recording: Sept. 9-14, 1957; Oct. 12, 1956 [*] 

CD 3
  Piotr Illich Tchaikovsky (1840-1893)
Symphony No.5 in E minor Op.64
  Franz Peter Schubert (1797-1828)
Symphony No.8 in B minor D. 759 « Unfinished » *

Wiener Philharmoniker
Wiener Symphoniker *
Recording: Sept. 1958; June 3, 1962 [*] 

CD 4
  Johannes Brahms (1833-1897)
Symphony No.1 in C minor Op.68 *
  Robert Schumann (1810-1856)
Symphony No.1 in B flat major Op.38 « Spring » 

Wiener Philharmoniker *
London Symphony Orchestra
Recording: Oct. 1956 [*]; May 1957 

CD 5
  Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Overtures:
Fidelio, Op.72 
Egmont, Op.84 
Coriolan, Op.62 
Leonore No.3, Op.72a 
Die Weihe des Hauses, Op.124 

Wiener Festspielorchester
Recording: 1962 

CD 6
  Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Symphony No.1 in C major Op.21
Symphony No.3 in E flat major Op.55 « Eroica »

London Symphony Orchestra
Recording: Jan. 1960 

CD 7
  Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Symphony No.2 in D major Op.36 
Symphony No.6 in F major Op.68 « Pastorale »

London Symphony Orchestra
Recording: Jan. 1960 

CD 8
  Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Symphony No.5 in C minor Op.67 
Symphony No.7 in A major Op.92 

London Symphony Orchestra
Recording: Jan. 1960 

CD 9
  Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Symphony No.4 in B flat major Op.60 
Symphony No.8 in F major Op.93 
Egmont; Overture Op.84

London Symphony Orchestra
Recording: Jan. 1960 

CD 10
  Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Symphony No.9 in D minor Op.125 « Choral »

Jennifer Vyvyan soprano, Shirley Verrett mezzo-soprano
Rudolf Petrak tenor, Donald Bell bass
BBC Chorus, Leslie Woodgate Chorus Master 
London Symphony Orchestra 
Recording: Jan. 1960 

CD 11
  Robert Schumann (1810-1856)
Symphony No.4 in D minor Op.120 *
  Franz Peter Schubert (1797-1828)
Symphony No.9 in C major D. 944 « The Great »

London Symphony Orchestra
Recording: Oct. 1956 [*]; May 1958 

CD 12
  Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Symphony No.35 in D major KV 385 « Haffner »
  Franz Joseph Haydn (1732-1809)
Symphony No.104 in D major « London »
  Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Symphony No.41 in C major KV 551 « Jupiter » *

Royal Philharmonic Orchestra
Israel Philharmonic Orchestra *
Recording: Sept. 28-29, 1962; April 1957 [*] 

CD 13
  Johannes Brahms (1833-1897)
Academic Festival Overture Op.80 *
Variations on a theme by Joseph Haydn, Op.56a
Tragic Overture Op.81 *
  Richard Strauss (1864-1949)  
Der Rosenkavalier Suite

Philharmonia Orchestra
Recording: June 22, 1963 [*]; June 1, 1963  

CD 14
  Johannes Brahms (1833-1897)
Symphony No.2 in B minor Op.73  *
  Richard Strauss (1864-1949)  
Till Eulenspiegels lustige Streiche Op.28

Tonhalle Orchester, Zürich  *
Wiener Symphoniker
Recording: May-June 1960 [*]; August 1972

Sous les pavés la musique (XI) : Solti à Londres

Reprenons le fil après l’interruption involontaire survenue il y a une semaine (Une expérience singulière) non sans avoir exprimé ma gratitude aux amis et lecteurs de ce blog pour leurs messages de soutien et de réconfort.

J’avais donc reçu un coffret de 36 CD, commandé il y a plusieurs semaines :

Decca a entrepris, semble-t-il, de rééditer, au fil des ans, le legs discographique considérable du chef anglais d’origine hongroise, Georg Solti (né le 21 octobre 1912 à Budapest et mort le 5 décembre 1997 à Antibes). En 2017, un énorme pavé de 108 CD reprenait tous les enregistrements réalisés à Chicago (lire : Solti à Chicago). Normal après tout, puisque Solti a été le patron du Chicago Symphony durant 22 ans, de 1969 à 1991, et directeur musical honoraire jusqu’à sa mort.

Ce nouveau coffret « londonien » couvre une première période de 1949 au début des années 70 – avec le London Symphony, le London Philharmonic et l’orchestre de l’opéra royal de Covent Garden – puis plus tardivement dans les années 90 essentiellement avec le LPO.

Ce coffret est un bon résumé de ce qu’on a aimé… et moins aimé chez ce grand chef.

Les gravures londoniennes des oeuvres qu’il a enregistrées plusieurs fois ou avec plusieurs orchestres sont toujours préférables – c’est vrai pour Bartok et Mahler. L’énergie débordante, la précision rythmique, qui sont la marque du jeune Solti y sont flagrantes, y compris dans des répertoires inattendus : la Gaîté parisienne de Rosenthal d’après Offenbach, gravée en 1958 avec l’orchestre de Covent Garden, est menée à un rythme d’enfer.

Plus les années passent, plus Solti succombe à une sorte de perfection marmoréenne, glacée comme dans les symphonies londoniennes de Haydn, gravée dans les années 80 (quelle lourdeur dans les menuets !). il n’est que de comparer les mêmes symphonies enregistrées avec le même orchestre (le London Philharmonic) avec Eugen Jochum ! Chez Jochum, tout vit, tout pétille… avec Solti on passe complètement à côté de l’esprit même du compositeur.

Les Anglais, Elgar, Walton, réussissent particulièrement à Solti. On se demande ce qu’il aurait fait des symphonies de Vaughan Williams par exemple.

Mozart: Symphony No. 25 in G minor, K183

  • London Symphony Orchestra
  • Sir Georg Solti

Mozart: Symphony No. 38 in D major, K504 ‘Prague’

  • London Symphony Orchestra
  • Sir Georg Solti

Mozart: Piano Concerto No. 20 in D minor, K466

  • Sir Georg Solti (piano/conductor)
  • Chamber Orchestra of Europe

Mozart: Piano Concerto No. 24 in C minor, K491

  • Alicia de Larrocha (piano)
  • Chamber Orchestra of Europe

Mozart: Piano Concerto No. 25 in C major, K503

  • Alicia de Larrocha (piano)
  • London Philharmonic Orchestra

Mozart: Piano Concerto No. 26 in D major, K537 ‘Coronation’

  • Alicia de Larrocha (piano)
  • Chamber Orchestra of Europe

Mozart: Piano Concerto No. 27 in B flat major, K595

  • Alicia de Larrocha (piano)
  • London Philharmonic Orchestra

Mozart: Concerto for 2 Pianos and Orchestra No. 10 in E flat, K365

  • Daniel Barenboim (piano), Sir Georg Solti (piano/conductor)
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Concerto for Three Pianos & Orchestra, K242

  • András Schiff (piano), Daniel Barenboim (piano), Sir Georg Solti (piano/conductor)
  • English Chamber Orchestra

Haydn: Symphonies Nos. 93 – 104 (the London Symphonies)

  • London Philharmonic Orchestra

Beethoven: Symphony No. 4 in B flat major, Op. 60

  • London Philharmonic Orchestra

Beethoven: Violin Concerto in D major, Op. 61

  • Mischa Elman (violin)
  • London Philharmonic Orchestra

Mendelssohn: Symphony No. 3 in A minor, Op. 56 ‘Scottish’

  • London Symphony Orchestra

Mahler: Symphony No. 1 in D major ‘Titan’

  • London Symphony Orchestra

Mahler: Symphony No. 2 ‘Resurrection’

  • London Symphony Orchestra, Heather Harper, Helen Watts

Mahler: Symphony No. 3

  • London Symphony Orchestra, Helen Watts

Mahler: Symphony No. 9

  • London Symphony Orchestra

Liszt: Les Préludes, symphonic poem No. 3, S97

  • London Philharmonic Orchestra

Liszt: Prometheus, symphonic poem No. 5, S99

  • London Philharmonic Orchestra

Liszt: Festklänge, symphonic poem No. 7, S101

  • London Philharmonic Orchestra

Liszt: Wandererfantasie (Schubert), S366

  • Jorge Bolet (piano)
  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Symphony No. 1 in A flat major, Op. 55

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Symphony No. 2 in E flat major, Op. 63

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Violin Concerto in B minor, Op. 61

  • Kyung Wha Chung (violin)
  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Falstaff – Symphonic Study in C minor, Op. 68

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: In the South (Alassio), Op. 50

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Cockaigne Overture, Op. 40 ‘In London Town’

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Pomp and Circumstance Marches Nos. 1-5, Op. 39

Holst: The Planets, Op. 32

  • London Philharmonic Orchestra

Walton: Belshazzar’s Feast

  • London Philharmonic Orchestra

Walton: Coronation Te Deum

  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Piano Concertos Nos. 1, 2 & 3

  • Vladimir Ashkenazy (piano)
  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Violin Concerto No. 2, Sz 112

  • Kyung Wha Chung (violin)
  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Music for Strings, Percussion & Celesta, BB 114, Sz. 106

  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Music for Strings, Percussion & Celesta, BB 114, Sz. 106

  • London Symphony Orchestra

Bartók: Dance Suite, BB 86, Sz. 77

  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Dance Suite, BB 86, Sz. 77

  • London Symphony Orchestra

Bartók: Concerto for Orchestra, BB 123, Sz.116

  • London Symphony Orchestra

Bartók: The Miraculous Mandarin, Op. 19, Sz. 73 (suite)

  • London Symphony Orchestra

Bartók: Duke Bluebeard’s Castle, Sz. 48, Op. 11

  • London Philharmonic Orchestra, Sylvia Sass, Kolos Kovats

Kodály: Háry János Suite

  • London Philharmonic Orchestra

Kodály: Psalmus hungaricus, Op. 13

  • London Philharmonic Orchestra

Kodály: Dances of Galanta

Kodály: Variations on a Hungarian Folksong ‘The Peacock’

  • London Philharmonic Orchestra

Rachmaninov: Piano Concerto No. 2 in C minor, Op. 18

  • Julius Katchen (piano)
  • London Symphony Orchestra

Stravinsky: Oedipus Rex

  • London Philharmonic Orchestra

Gounod: Faust – Ballet Music

  • Royal Opera House Covent Garden

Offenbach/Rosenthal: Gaîté Parisienne

  • Royal Opera House Covent Garden

Rossini: L’Italiana in Algeri Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Rossini: Il barbiere di Siviglia Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Verdi: La forza del destino Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Suppe: Leichte Kavallerie Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Suppe: Dichter und Bauer Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Suppe: Ein Morgen, ein Mittag, ein Abend in Wien Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Suppe: Pique Dame Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Verdi: La forza del destino Overture

Verdi: La traviata: Prelude to Act 1

Offenbach: Barcarolle (from Les Contes d’Hoffmann )

  • Royal Opera House Covent Garden

Verdi: La traviata: Prelude to Act 3

Rossini: Semiramide Overture

  • Royal Opera House Covent Garden

Ponchielli: Dance of the Hours (from La Gioconda)

  • Royal Opera House Covent Garden

Rossini: L’Italiana in Algeri Overture

  • Royal Opera House Covent Garden

Glinka: Ruslan & Lyudmila Overture

  • London Symphony Orchestra

Mussorgsky: Khovanshchina – Introduction

  • London Symphony Orchestra

Mussorgsky: A Night on the Bare Mountain

  • London Symphony Orchestra

Borodin: Prince Igor Overture

  • London Symphony Orchestra

Borodin: Prince Igor: Polovtsian Dances

  • London Symphony Orchestra

On garde pour la fin ce que je considère depuis toujours comme ma version de chevet du Deuxième concerto de Rachmaninov. Julius Katchen et Solti c’est une assurance anti-guimauve et la garantie d’une virtuosité assumée.

L’hommage à Mariss

La Radio bavaroise n’a pas fait les choses à moitié pour rendre hommage à celui qui fut le directeur musical de l’orchestre symphonique de la radio bavaroise de 2003 à 2019, Mariss Jansons, disparu le 30 novembre 2019 (lire Mariss Jansons : la grande tradition). Un magnifique coffret de 68 CD et 2 DVD, format vinyle, regroupe tous les enregistrements « live » laissés par le chef letton à Munich. La plupart avait déjà été édités, mais il y a beaucoup d’inédits en CD.

J’avais déjà évoqué le legs discographique du chef letton (Mariss Jansons : la grande tradition et Les années Oslo). De manière générale, Jansons, dans le répertoire qui lui était familier (Sibelius, Chostakovitch, Mahler) ralentit les tempi, arrondit les angles. Il n’est que de comparer, quand c’est possible, les enregistrements de jeunesse à Oslo, les « live » d’Amsterdam, et la dernière décennie à Munich.

Le répertoire choral lui sied plutôt bien, on a quelques « premières » dans ce coffret (Haydn, le requiem de Mozart, la messe n°3 de Bruckner, etc.) sans que jamais Jansons révolutionne les choses.

Dans ce coffret (très beau livret), il y a bien sûr une galette – le CD 13 ) qui nous touche plus que les autres : le dernier concert de Jansons, de l’orchestre de la radio bavaroise, au Carnegie Hall de New York… trois semaines avant la mort du chef ! Un programme rare : les interludes symphoniques d’Intermezzo de Richard Strauss et la Quatrième symphonie de Brahms.

Sous les pavés la musique (X) : Igor Markevitch chez Deutsche Grammophon

Et voilà la suite de Igor Markevitch la collection Philips (lire Sous les pavés la musique IX). A la différence du coffret Eloquence Philips, ce nouveau coffret Eloquence ne recèle pas d’inédit ou de rareté. Tous les disques réunis ici avaient déjà été réédités séparément ou en de petits coffrets, sauf peut-être les symphonies de Beethoven (il y en a une partie ici, l’autre partie dans le coffret Philips, et l’ensemble était disponible dans un coffret DG japonais, trouvable aussi en Allemagne)

Références et raretés

Quatre grandes périodes d’enregistrement pour la marque jaune :

  • de 1953 à 1955 avec l’Orchestre philharmonique de Berlin, des versions bien connues de Berlioz (une première Fantastique ainsi qu’Harold en Italie), de Tchaikovski (la Pathétique), mais surtout les 3ème et 4ème symphonies de Berwald (pour les Berliner un coup unique!), et les 3ème et 4ème de Schubert, qui étaient de vraies raretés au disque.
  • à New York à peu près à la même époque, un orchestre constitué pour la circonstance (en fait des musiciens du Philharmonique) enregistre avec Markevitch deux symphonies de Beethoven (3 et 6) ainsi que la Première de Brahms
  • de 1957 à 1960, malheureusement trop souvent en mono (alors que les Américains et Decca enregistraient en stéréo depuis 1954), une série légendaire de captations avec l’orchestre des Concerts Lamoureux. Joyau de cette série, une Symphonie fantastique qui fait d’abord entendre la splendeur des vents français (ce basson !) et un chef qui fait du 4ème mouvement une véritable Marche au supplice (écoutez le terrifiant grincement du trombone basse, qui viendrait rappeler aux insouciants qu’il ne s’agit ni d’une marche triomphale ni d’une cavalerie légère !)
  • en 1965, les équipes de DG se transportent à Prague, pour nous offrir deux versions jamais démodées du requiem en ré mineur de Cherubini, et une étonnante Messe de Sainte-Cécile de Gounod avec un trio de chanteurs inattendus dans ce répertoire.

Un mot d’une oeuvre – Les Choéphores – de Darius Milhaud (lire l’excellent papier de Jean-Charles Hoffelé : Le chef-d’oeuvre de Darius) que j’ai toujours trouvée très.. datée. Ecrite en 1915 – c’est la mode des oeuvres avec récitant (Honegger – Le Roi David – Debussy – Le Martyre de Saint-Sébastien – Stravinsky – Oedipus Rex), elle n’a connu que deux versions au disque : celle de Markevitch en 1957 (mono), suivie de celle de Bernstein à New York en 1961 (stéréo)

CD 1 Cherubini: Requiem in D minor for male chorus & orchestra

  • Czech Philharmonic Chorus
  • Czech Philharmonic Orchestra
  • Igor Markevitch

Mozart: Mass in C major, K317 ‘Coronation Mass’

  • Maria Stader (soprano), Oralia Dominguez (mezzo-soprano), Ernst Haefliger (tenor), Michel Roux,
  • Choeurs Elisabeth Brasseur
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 2 Mozart: Symphony No. 34 in C major, K338

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

Mozart: Symphony No. 38 in D major, K504 ‘Prague’

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

Mozart: Symphony No. 35 in D major, K385 ‘Haffner’

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Gluck: Sinfonia in G major

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 3 Mozart: Bassoon Concerto in B flat major, K191

  • Maurice Allard (bassoon)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Haydn: Sinfonia Concertante in B flat major, Op. 84, Hob. I / 105

  • Georges Alès (violin), André Remond (cello), Émile Mayousse (oboe), Raymond Droulez (bassoon)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Cimarosa: Concerto in G major for two flutes

  • Aurèle Nicolet (flute), Fritz Demmler (flute)
  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

Schubert: Symphony No. 3 in D major, D200

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 4 Beethoven: Egmont Overture, Op. 84

Beethoven: Leonore Overture No. 3, Op. 72b

Beethoven: Fidelio Overture Op. 72c

Beethoven: Coriolan Overture, Op. 62

Beethoven: Zur Namensfeier overture, Op. 115

Beethoven: Consecration of the House Overture, Op. 124

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 5 Beethoven: Symphony No. 3 in E flat major, Op. 55 ‘Eroica’

  • Symphony of the Air
  • Igor Markevitch

CD 6 Beethoven: Symphony No. 6 in F major, Op. 68 ‘Pastoral’

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 7 Brahms: Symphony No. 1 in C minor, Op. 68

  • Symphony of the Air
  • Igor Markevitch

CD 8 Brahms: Symphony No. 4 in E minor, Op. 98

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Berlioz: Harold en Italie, Op. 16

  • Heinz Kirchner (viola)
  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 9 Berlioz: Symphonie fantastique, Op. 14

Cherubini: Anacréon Overture

Auber: La muette de Portici: Overture

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 10-11 Berlioz: La Damnation de Faust, Op. 24

  • Richard Verreau (Faust), Consuelo Rubio (Marguerite), Michel Roux (Méphistophélès), Pierre Mollet (Brander)
  • Chœurs Elisabeth Brasseur, Chœur d’Enfants de la RTF
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 12 Gounod: Symphony No. 2 in E flat

Bizet: Jeux d’enfants (Petite Suite), Op. 22

Debussy: La Mer

Debussy: Danses sacrée et profane

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 13 Rimski Korsakov: Russian Easter Festival Overture, Op. 3

Rimski Korsakov: May Night Overtur

Rimski Korsakov: Le Coq d’Or Suite

Borodin: In the Steppes of Central Asi

Liadov: From the Apocalypse, Op. 66

Glinka: Ruslan & Lyudmila Overture

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 14 Tchaikovski: Symphony No. 6 in B minor, Op. 74 ‘Pathétique’

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

Tchaikovski: Francesca da Rimini, Op. 32

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 15 Wagner: Lohengrin: Prelude to Act 3

Wagner: Parsifal: Prelude to Act 3

Wagner: Tannhäuser: Overture

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Wagner: Tannhäuser: Venusberg Music (bacchanale)

Wagner: Siegfried Idyll

Wagner: Die Walküre: Ride of the Valkyries

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 16 Milhaud: Les Choéphores, Op. 24

  • Genevieve Moizan (soprano), Hélène Bouvier (mezzo-soprano), Heinz Rehfuss (baritone)
  • Chorale de l’Université de Paris
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Honegger: Symphony No. 5 ‘Di tre re’

Roussel: Bacchus et Ariane, Op. 43 – Suite No. 2

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 17 Berlioz: Symphonie fantastique, Op. 14

Moussorgski/Ravel: Pictures at an Exhibition

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 18 Berwald: Symphony No. 3 in C major ‘Sinfonie singulière’

Berwald: Symphony No. 4 in E flat major ‘Sinfonie naïve’

Schubert: Symphony No. 4 in C minor, D417 ‘Tragic’

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 19-20 Haydn: Die Schöpfung

  • Irmgard Seefried, Richard Holm, Kim Borg, Chor der St Hedwigs-Kathedrale
  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

Mozart: Mass in C major, K317 ‘Coronation Mass’

  • Maria Stader, Sieglinde Wagner, Helmut Krebs, Josef Greindl, Chor der St Hedwigs-Kathedrale
  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 21 Gounod: Messe solennelle de Ste Cécile

  • Irmgard Seefried, Gerhard Stolze, Hermann Ute, Czech Philharmonic Chorus
  • Czech Philharmonic Orchestra
  • Igor Markevitch

Sous les pavés la musique (IX) : Igor Markevitch la collection Philips

C’était annoncé depuis l’été (lire Igor Markevitch et la zarzuela), attendu avec impatience. Deux coffrets reprenant les disques gravés par Igor Markevitch (1912-1983) pour Philips et pour Deutsche Grammophon.

C’est peu dire qu’on est comblé par le travail, une fois de plus remarquable, que le responsable de la collection Eloquence, Cyrus Meher-Homji a effectué d’abord pour rassembler l’intégralité des enregistrements réalisés par le chef d’origine russe pour le label hollandais Philips, et restaurer (« remasteriser » dit-on maintenant) les bandes d’origine, le plus spectaculaire étant la véritable résurrection des captations moscovites de 1962 (cf.ci-dessous)

Le « nettoyage » des bandes a aussi pour effet secondaire de rendre plus audibles les sonorités parfois crues de certaines phalanges – on a tant perdu l’habitude des saveurs parfois acidulées des bois français dans l’orchestre Lamoureux du début des années 60 ! – et, pour ce qui est des troupes espagnoles, chanteurs et orchestre, de défauts d’intonation et de justesse qui ne doivent pas cependant nous faire regretter de disposer enfin de ce patrimoine inattendu de la part de Markevitch.

CD 1
FRANZ JOSEPH HAYDN (1732–1809)
1–4 Symphony No. 103 in E flat major, H.I:103 ‘Drum Roll’*
5–8 Symphony No. 104 in D major, H.I:104 ‘London’*
Orchestre des Concerts Lamoureux

CARL MARIA VON WEBER (1786–1826)
Preciosa – Overture, Op. 78, J.279
Orquesta Sinfónica de la RTV Española

*FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA

CD 2
WOLFGANG AMADEUS MOZART (1756–1791)
1–3 Piano Concerto No. 20 in D minor, KV 466
4–6  Piano Concerto No. 24 in C minor, KV 491
Clara Haskil, piano
Orchestre des Concerts Lamoureux

CD 3
LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770–1827)
1–4 Symphony No. 1 in C major, Op. 21*
5–8  Symphony No. 5 in C minor, Op. 67*
9–12 Symphony No. 8 in F major, Op. 93*
Orchestre des Concerts Lamoureux
*FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA

CD 4
LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770–1827)
1–4 Symphony No. 9 in D minor, Op. 125 ‘Choral’*
Hilde Gueden, soprano
Aafje Heynis, contralto
Fritz Uhl, tenor
Heinz Rehfuss, baritone
Oratorienchor Karlsruhe
Orchestre des Concerts Lamoureux

*FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA

CD 5
LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770–1827)
1–3 Piano Concerto No. 3 in C minor, Op. 37

FRÉDÉRIC CHOPIN
 (1810–1849)
4–6 Piano Concerto No. 2 in F minor, Op. 21
Clara Haskil, piano
Orchestre des Concerts Lamoureux

CD 6
ALBAN BERG (1885–1935)
1–2 Violin Concerto ‘To the Memory of an Angel’
Arthur Grumiaux, violin
Concertgebouworkest

JOHANNES BRAHMS (1833–1897)
Tragic Overture, Op. 81
Alto Rhapsody, Op. 53

ZOLTÁN KODÁLY (1882–1967)
Psalmus Hungaricus, Op. 13
Irina Arkhipova, contralto (Alto Rhapsody)
Róbert Ilosfalvy, tenor (Psalmus Hungaricus)
Russian State Academy Choir
USSR State Symphony Orchestra

CD 7
GEORGES BIZET (1838–1875)
1–5 Carmen – Suite No. 1
6–10 Carmen – Suite No. 2
11–14 L’Arlésienne – Suite No. 1
15–17 L’Arlésienne – Suite No. 2
Orchestre des Concerts Lamoureux

CD 8
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–4 Symphony No. 1 in G minor, Op. 13, TH.24 ‘Winter Daydreams’
5–8 Symphony No. 2 in C minor, Op. 17, TH.25 ‘Little Russian’
London Symphony Orchestra

CD 9
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–5 Symphony No. 3 in D major, Op. 29, TH.26 ‘Polish’
London Symphony Orchestra
Francesca da Rimini, Op. 32, TH.46
New Philharmonia Orchestra

CD 10
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–4 Symphony No. 4 in F minor, Op. 36, TH.27
Hamlet, Op. 67
London Symphony Orchestra
New Philharmonia Orchestra

CD 11
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–4 Symphony No. 5 in E minor, Op. 64, TH.29
London Symphony Orchestra

CD 12
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–4 Symphony No. 6 in B minor, Op. 74, TH.30 ‘Pathétique’
London Symphony Orchestra

CD 13
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–4 Manfred Symphony, Op. 58, TH.28
London Symphony Orchestra

CD 14
NIKOLAI RIMSKY-KORSAKOV (1844–1908)
1–5 Capriccio Espagnol, Op. 34
6–9 Scheherazade, Op. 35
Erich Gruenberg, solo violin
London Symphony Orchestra

CD 15
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
Ouverture solennelle ‘1812,’ Op. 49

NIKOLAI RIMSKY-KORSAKOV (1844–1908)
Russian Easter Festival, Overture, Op. 36

ALEXANDER BORODIN (1833–1887)
Polovtsian Dances (from Prince Igor)
Netherlands Radio Chorus (Borodin)
Concertgebouworkest

CD 16
IGOR STRAVINSKY (1882–1971)
1–10 Apollon musagète (1947 version)
11–14 Suite No. 1 for Small Orchestra
15–18 Suite No. 2 for Small Orchestra
19–22 Four Norwegian Moods
23 Circus Polka for a Young Elephant
London Symphony Orchestra

CD 17
IGOR STRAVINSKY (1882–1971)
1–24 L’Histoire du Soldat
Jean Cocteau, Jean-Marie Fertey, Peter Ustinov, narrators
Manoug Parikian, violin
Joachim Gut, double bass
Ulysse Delécluse, clarinet · Henri Helaerts, bassoon
Maurice André, trumpet · Roland Schnorkh, trombone
Charles Peschier, percussion

25–27 Symphonie de Psaumes
Boys’ and Male Voices of the Russian State Academic Choir
Russian State Academy Orchestra

CD 18
MODEST MUSSORGSKY (1839–1881)
Orch. Markevitch
1 Cradle Song
2 The Magpie
3 Night
4 Where art thou, little star?
5 The Ragamuffin
6 On The Dnieper
Galina Vishnevskaya, soprano

NIKOLAI TCHEREPNIN (1873–1945)
7–13 Tàti-Tàti*
Olga Rostropovich, piano

LEOPOLD MOZART (1719–1787)
14–16 Toy Symphony (Cassation in G major for Orchestra and Toys)°

GEORGES BIZET (1838–1875)
17–21 Jeux d’enfants – Petite Suite, Op. 22°
Children’s Ensemble of the Moscow School of Music (Toy Symphony)
USSR State Symphony Orchestra

*FIRST CD RELEASE ON DECCA
°FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA

CD 19
GIUSEPPE VERDI (1813–1901)
La forza del destino – Sinfonia
Macbeth – Ballet Music (Act III)
La traviata – Prelude (Act I)
Luisa Miller – Overture
Aida – Overture
Giovanna d’Arco – Overture
La traviata – Prelude (Act III)
I vespri siciliani – Overture
New Philharmonia Orchestra

Messa da Requiem*
beginning
9–10 Requiem et Kyrie

CD 20
GIUSEPPE VERDI (1813–1901)
1–19 Messa da Requiem*
conclusion
Galina Vishnevskaya, soprano
Nina Isakova, mezzo-soprano
Vladimir Ivanovsky, tenor
Ivan Petrov, bass
Russian State Academy Choir
Moscow Philharmonic Orchestra

*FIRST STEREO CD RELEASE ON CD

CD 21
FEDERICO MOMPOU (1893–1987)
1–8 Los Improperios
Peter Christoph Runge, baritone
Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

TOMÁS LUIS DE VICTORIA (c. 1548–1611)
Ave Maria
10 Vexilla regis
Escolania de nuestra Señora del Buen Retiro
César Sanchez, Maestro de la Escolanía
Coro de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

PADRE JAIME FERRER (1762–1824)
11–16 Lamentación 1a
Ángeles Chamorro, soprano
Norma Lerer, contralto
Julian Molina, tenor
Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española

CD 22
TOMÁS LUIS DE VICTORIA (c. 1548–1611)
1–8 Magnificat primi toni
Coro de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

ÓSCAR ESPLÁ Y TRIAY (1886–1976)
9–12 De Profundis
Ángeles Chamorro, soprano
Ines Rivadeneyra, mezzo-soprano
Carlo del Monte, tenor
Antonio Blancas, baritone
Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

ERNESTO HALFFTER (1905–1989)
13 Canticum in P.P. Johannem XXIII*

IGNACIO RAMONEDA (1735–1781)
14 Veni Creator*
Ángeles Chamorro, soprano
Antonio Blancas, baritone
Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

*FIRST CD RELEASE ON DECCA

CD 23
MANUEL DE FALLA (1876–1946)
1–7 Siete Canciones populares españolas*
Orchestrated by Igor Markevitch

ISAAC ALBÉNIZ (1860–1909)
8 Catalonia°

ERNESTO HALFFTER (1905–1989)
9 Fanfare (a la memoria de Enrique Granados)*

ENRIQUE GRANADOS (1867–1916)
10 Spanish Dance, Op. 37 No. 9 ‘Romantica’°
11 Spanish Dance, Op. 37 No. 4 ‘Villanesca’°
12 Intermezzo (from Goyescas)°
13 Zapateado (from Six Pieces on Spanish Folksongs)°
14 Spanish Dance, Op. 37 No. 8 ‘Asturiana’°
Ángeles Chamorro, soprano (Falla)
Orquesta Sinfónica de la RTV Española

*FIRST CD RELEASE ON DECCA
°FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA

CD 24
MANUEL DE FALLA (1876–1946)
1–3 Noches en los jardines de España
Clara Haskil, piano
Orchestre des Concerts Lamoureux

4–16 El amor brujo

EMMANUEL CHABRIER (1841–1894)
17 España – rapsodie pour orchestre

MAURICE RAVEL (1875–1937)
18 Boléro
Ines Rivadeneyra, contralto (El amor brujo)
Orquesta Sinfónica de la RTV Española

CD 25
ANTOLOGIA DE LA ZARZUELA
*
GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923)
1–3 La Tempranica (excerpts)

AMADEO VIVES (1871–1932)
4–5 Doña Francisquita (excerpts)

GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923)
El baile de Luis Alonso: Intermedio

VICENTE LLEÓ BALBASTRE (1870–1922)
La corte de Faraón: Son las mujeres de Babilonia – ¡Ay ba!

PABLO LUNA (1879–1942)
8–10 El Niño Judio (excerpts)

TOMÁS BRETÓN (1850–1923)
11–13 La Verbena de la Paloma (excerpts)
Ángeles Chamorro, Alicia de la Victoria, sopranos · Norma Lerer, contralto
Angel Custodio, Gregorio Gil, Carlo del Monte, tenors
Rafael Enderis, baritone
Julio Catania, Jesus Coiras, José Granados, Antonio Lagar, José Le Matt, basses
Coro y Orquesta Sinfónica de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

CD 26
MANUEL PENELLA (1880–1939)
El Gato Montés: Pasadoble

FRANCISCO ALONSO (1887–1948)
La Calesera: Dice el Rey que le debe guardar

RUPERTO CHAPÍ Y LORENTE (1851–1909)
3–4 La Revoltosa (excerpts)

FEDERICO CHUECA (1846–1908)
Agua, Azucarillos y Aguardiente: Vivimos en la Ronda de Embajadores

GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923)
La Tempranica: Zapateado
La boda de Luis Alonso: Intermedio

RUPERTO CHAPÍ Y LORENTE (1851–1909)
El tambor de Granaderos: Preludio

FRANCISCO ASENJO BARBIERI (1823–1894)
9–11 El barberillo de Lavapiés (excerpts)

RUPERTO CHAPI Y LORENTE (1851–1909)
12 El Rey que Rabio: Coro de doctores

GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923)
13 Enseñanza Libre: Gavota

MANUEL FERNANDEZ-CABALLERO (1835–1906)
14 Gigantes y Cabezudos: Jota
Ángeles Chamorro, Alicia de la Victoria, sopranos · Norma Lerer, contralto
Carlo del Monte, José Antonio Viñe, tenors · Antonio Lagar, bass
Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

IGOR MARKEVITCH
*FIRST COMPLETE RELEASE ON CD OF ‘ANTOLOGIA DE LA ZARZUELA’

STEREO RECORDINGS

On attend maintenant avec autant d’impatience le coffret Eloquence Deutsche Grammophon !

Les chefs de l’été (VIII) : Boulez, Haydn, Mozart, Beethoven et Schubert

Si l’association Haydn/Ansermet (voir Les chefs de l’été III) n’était pas la plus attendue, on imagine encore moins Pierre Boulez, l’un des interprètes majeurs de la modernité du XXème siècle, diriger Haydn ou Mozart. Ni même Beethoven et Schubert.

Et pourtant l’un des tout premiers disques du compositeur et chef français, disparu en 2016, est à tous égards une curiosité : les quatre premiers concertos pour piano de Mozart, enregistrés pour Vega en 1956, avec l’orchestre du Domaine musical, et surtout Yvonne Loriod

Une curiosité !

Pierre Boulez accompagnera, à plusieurs reprises, de grand(e)s solistes, dans des concertos de Mozart

J’avais assisté à un concert de l’Orchestre philharmonique de Vienne au Théâtre des Champs-Elysées, le 24 mars 1996. Pierre Boulez y dirigeait la Cinquième symphonie de Mahler, et en première partie, la Symphonie n°104 de Haydn.

L’Orchestre viennois a réédité un coffret de quelques-uns des concerts Haydn donnés par les Wiener Philharmoniker. La 104 « boulezienne » n’a pas marqué les mémoires…

Tout aussi « classique », une symphonie n°103 captée à Chicago en 2003 n’intéresserait pas beaucoup l’auditeur si le nom de Boulez n’y était associé.

L’éditeur québécois Yves St.Laurent – le parfait homonyme du couturier français – s’est spécialisé dans l’édition de bandes radio, avec un soin tout particulier, et c’est avec autant de surprise que de curiosité qu’on découvre dans son catalogue (www.78experience.com) plusieurs « live » du chef français du temps qu’il était directeur musical de l’orchestre de Cleveland, et même avant à New York, où il devait se forcer à diriger du répertoire classique pour complaire au public (et aux sponsors!). Des Beethoven, même du Schubert, souvent neutres, voire raides (le menuet de la Troisième symphonie !)

On trouve sur YouTube une 9ème de Schubert captée à New York en 1976. Là encore une curiosité à défaut d’une référence !

Quant à Beethoven, je n’avais vraiment pas aimé une Cinquième symphonie gravée à New York (et rééditée dans le coffret Sony/Boulez – voir détails ici). Le premier mouvement est rédhibitoire !

Depuis lors, plusieurs bandes de concerts sont disponibles sur YouTube. Lectures souvent « neutres », mais pouvant réserver quelques surprises. En tout cas, elles nous découvrent une part de l’art de Boulez chef d’orchestre, que l’intéressé lui-même a très rarement mise en valeur pour le public européen.

Les chefs de l’été (VII) : Bernstein et Elgar

Leonard Bernstein, né le 25 août 1918, mort le 14 octobre 1990, a laissé une abondante discographie d’abord pour l’essentiel avec le New York Philharmonic pour CBS/Sony puis avec les Wiener Philharmoniker et d’autres grands orchestres européens, Israël et Los Angeles pour Deutsche Grammophon. Réenregistrant souvent les mêmes répertoires (intégrales des symphonies de Beethoven, Brahms, Schumann, Mahler).

L’une des raretés de cet héritage est l’unique disque enregistré par Bernstein avec l’orchestre symphonique de la BBC et consacré à Elgar. Une version très personnelle, presque mahlerienne des Variations Enigma.

Il n’y a que Bernstein pour tenir un tempo aussi lent dans Nimrod. Il n’y a que lui aussi pour assumer le kitsch de la marche des empereurs moghols (The Crown of India) qui clôt le disque !

Les chefs de l’été (III) : Ansermet et Haydn

Le légendaire fondateur de l’Orchestre de la Suisse romande, Ernest Ansermet (1883-1969) a laissé un prodigieux legs discographique, pour l’essentiel gravé pour et par Decca avec l’orchestre suisse dont il fut le directeur musical durant 50 ans !

La musique française bien sûr, les Russes tout autant, comme son ami Stravinsky, et tout un répertoire considérable.

Haydn n’est pas le compositeur qu’on associerait spontanément à Ansermet. Et pourtant on lui doit l’une des très belles versions des Symphonies parisiennes :

Pour la symphonie n°85, un document que je ne connaissais pas : Ernest Ansermet dirige l’orchestre symphonique de la BBC en studio le 2 février 1964 !

Etonnamment, Ansermet n’a pas enregistré au disque, la symphonie n°88 qui était un « tube » pour à peu près tous ses contemporains (Furtwängler, Walter, Klemperer, Reiner…) mais on dispose d’un « live » enregistré par la Radio suisse romande lors du festival de Montreux, le 31 août 1960 :

Plus rare au disque, la symphonie n°90 avec sa fausse fin (ça fonctionne toujours en concert !):

ou la symphonie n°22 dite « Le Philosophe »

Le titre « le Philosophe » ne figure pas sur le manuscrit original et il est peu probable qu’il vienne de Haydn lui-même. On le trouve en revanche sur une copie manuscrite de la symphonie trouvée à Modène et datée de 1790 ; ainsi le surnom date de la vie même du compositeur. Ce titre proviendrait de la mélodie et du contrepoint du premier mouvement (entre les cors et le cor anglais), qui font musicalement allusion à une question suivie d’une réponse et qui constituent l’essence de la disputatio. L’effet de tic-tac en sourdine évoque également l’image d’un philosophe plongé dans ses pensées

Les témoignages d’Ernest Ansermet dans les symphonies « londoniennes » de Haydn sont plus rares. En concert avec l’orchestre de la Radio bavaroise, la n°95 nous semble étrangement poussive.

En revanche, sa gravure de studio, réalisée en 1949 à Genève, de la symphonie n°101, est une démonstration d’allégresse, de virtuosité collective !