Après Charles Munch, Fritz Reiner, Pierre Monteux, qui avaient fait l’objet de copieuses rééditions, sans parler de Leonard Bernstein, c’est – enfin ! – au tour d’un autre grand chef qui a fait les heures de gloire de CBS devenu Sony, George Szell(1897-1970) de bénéficier d’une réédition à sa mesure.
Il y a quelques années, La Boite à musique à Bruxelles avait proposé un coffret remarquable, édité en Corée, comportant tous les enregistrements symphoniques de Szell, y compris des concerts « live » au Japon.
Le coffret proposé par Sony, reprend tous les enregistrements réalisés pour Columbia, les premiers en mono, et les concertos où Szell accompagne Isaac Stern, Zino Francescatti, Robert Casadesus, Rudolf Serkin, Leon Fleisher ou Gary Graffman. Dans les pochettes originales, ce qui nous vaut souvent des minutages très chiches. Beau livre, belle iconographie.
Et – comment dire ? – à l’arrivée comme une sorte de déception. Le remastering est très inégalement apprécié, parfois il assèche une acoustique déjà très rêche, parfois il redonne, au contraire, un peu d’air à des prises qu’on trouvait étriquées, mais sans éliminer un bruit de fond gênant, comme dans les concertos de Mozart avec Casadesus. Mais surtout, la légendaire rigueur de George Szell confine souvent à la raideur, dans Haydn ou Mozart – L’oreille, la mienne, s’est habituée, au fil des ans, à tellement plus de souplesse, d’inventivité, de rebond – merci Nikolaus Harnoncourt ! – que, pour ne prendre qu’un exemple, la Posthorn Serenadede Mozart m’est devenue inécoutable sous la baguette si sévère du patron de Cleveland.
Je ne vais cependant pas me priver de réécouter les Beethoven, Brahms, Schumann, tout un répertoire romantique où précisément la baguette de Szell contrastait avec ses voisins Munch, Bernstein et même Reiner.
C’est un peu l’exact contraire du chef d’origine hongroise qui a disparu le 6 septembre dernier, l’Italien Claudio Scimone, la fantaisie faite musique !
Sous la pression de toute une jeune génération de violonistes et chefs italiens, les Biondi, Alessandrini et autres, on a un peu oublié le rôle pionnier de Scimone dans l’interprétation de Vivaldi, et, dans le domaine lyrique, de Rossini. Avec ses Solisti Veneti, il avait poursuivi le travail de redécouverte vivaldienne d’Ephrikian ou des Musici, mais surtout ouvert de nouvelles perpectives à l’interprétation du Prete Rosso. Je me rappelle, il y a dix ou quinze ans, sur Musiq3, avoir entendu Scimone pester contre des interprètes de Vivaldi qui voulaient, à toute force, se rendre originaux, en adoptant des tempi infernaux, en hachant le discours au point de le défigurer, Scimone rappelant une évidence : tout ce que Vivaldi écrivait pour un ensemble instrumental devait pouvoir être chanté par la voix humaine.
C’est vrai qu’en réécoutant la somme assez prodigieuse qu’Erato avait captée, on est parfois surpris par le legato, une articulation qui fait passer la ligne de chant avant les contrastes rythmiques, et on continue d’admirer, même si d’autres visions, d’autres éclairages plus récents ont enrichi notre connaissance de ces répertoires.
On reviendra plus longuement sur la carrière et la discographie de Claudio Scimone. Hommage !
J’avais à peine signalé le rapatriement d’un blog, jusqu’alors hébergé en Belgique, sur un site français – bestofclassic -, publié un article – Les symphonies de Schubert – où je raconte comment, et avec quels interprètes, j’ai découvert ce corpus, que je me prenais, sur les réseaux sociaux, un déferlement de critiques et de « commentaires » de la part d’une poignée de courageux vigiles cachés derrière des pseudonymes – toujours les mêmes arbitres auto-proclamés des élégances !
Ce n’est pas la première fois (et pas la dernière !) que je constate, sur Facebook, Twitter ou des forums spécialisés, que la Musique classique est loin d’adoucir les moeurs de ceux qui lui vouent un amour exclusif, jaloux, quasi-sectaire, le plus souvent solitaire, voire égoïste.
« Vous portez des jugements, lapidaires, péremptoires et (c’est le moins qu’on puisse dire) peu musicologiques ! » m’écrit l’un de ces gardiens du temple.
J’ai osé dire que je n’avais jamais accroché à une intégrale des symphonies de Schubert, souvent citée en référence, celle de Claudio Abbado, que Karl Bôhm – avec qui j’ai découvert la 6ème symphonie de Schubert – me semblait bien « pépère » !
Mon contempteur n’avait sans doute pas lu un autre article du même blog, à propos de Karl Böhm, qui m’avait d’ailleurs valu une volée d’indignations pour cause de titre non convenable (l’humour n’est pas la vertu la mieux partagée chez les « mélomanes avertis » !) : Faut-il être sexy pour être un grand chef ? Extraits : Karl BÖHM (Graz 1894 – Salzbourg 1981) est…de la race des très grands chefs d’orchestre. Sans doute l’exact opposé, en termes de « look » ou d’exposition médiatique de son compatriote et contemporain Herbert von KARAJAN (1908-1989). Sérieux jusqu’à l’austérité, et pourtant dans la rigueur capable d’une sensualité inattendue, notamment dans les oeuvres de celui qu’il a servi avec le plus de fidélité : Richard STRAUSS….. On n’est pas obligé de souscrire aux options du chef dans des Mozart etSchubert souvent excessivement sages et mesurés, mais il n’y a jamais de contresens ni d’absence de perspective. En revanche, on aime beaucoup ses Beethoven grandioses et ses Brahms denses et fluides à la fois….
Non, cher anonyme correspondant, je ne permets pas de « jugement péremptoire, lapidaire, et peu musicologique » quand j’évoque les enregistrements que j’aime et/ou avec lesquels j’ai grandi, quand je parle d’artistes que j’admire profondément mais dont les disques ou les concerts ne m’ont pas toujours passionné.
En effet, je ne suis ni musicologue, ni critique professionnel. Juste quelqu’un qui a la chance infinie de travailler, depuis une trentaine d’années, pour et avec des musiciens.
« Résumons, on peut distinguer trois types de critiques :
les critiques auto-proclamés
les critiques automatiques
les critiques autocritiques
Dans la première catégorie, presque tous les internautes, adeptes des réseaux sociaux, animateurs de sites, blogs et autres forums. Comme les supporters de football, ils refont le match à la place des joueurs et les équipes à la place des sélectionneurs. Le problème c’est qu’ils finissent par croire qu’ils ont la science – de la critique – infuse et le font croire aux malheureux organisateurs de concerts qui n’arrivent plus à convaincre les rares critiques professionnels qui restent de faire un papier, un articulet, même une brève.
Les musiciens qui, pour certains, supportent déjà mal la critique tout court, supportent encore moins cette nouvelle race de critiques auto-proclamés (sauf lorsque, par exception, ils écrivent des gentillesses).
Je force le trait ? Pas sûr.
Dans la deuxième catégorie, les critiques automatiques, je range les fans, les fans de lyrique en premier. Leurs admirations, et leurs détestations, sont inconditionnelles, exclusives, pavloviennes……Mais ce type de critiques automatiques vaut pour le piano, le violon, les chefs d’orchestre….
Heureusement, il y a une troisième catégorie, les critiques autocritiques. Ceux qui n’ont pas d’avis définitif, qui font confiance à leur expérience et à leurs oreilles, plutôt qu’à l’air du temps, à la pression de la « com », qui aiment et respectent suffisamment les artistes pour ne tomber ni dans la complaisance ni dans la condescendance.
La critique est une école de l’humilité. J’en ai fait l’expérience grâce à la première émission de critiques de disques qui a reposé sur le principe de l’écoute à l’aveugle, Disques en lice, lancée fin 1987 sur Espace 2, la chaîne culturelle de la Radio suisse romande, par François Hudry. Pendant six ans, jusqu’à mon départ pour France Musique, semaine après semaine, nous avons exploré tous les répertoires, entendu, comparé des centaines de versions et appris la modestie. Tel(le) pianiste présenté(e) comme une référence absolue ne passait jamais l’épreuve de la première écoute, tel orchestre au son typiquement américain s’avérait être plus français que français, tel(le) chanteur/euse si reconnaissable était un(e) illustre inconnu(e). » (extraits de mon billet Le difficile art de la critique 9 septembre 2015)
Pour en revenir au sujet initial – les symphonies de Schubert ! – l’écoute anonyme de six versions de la 5ème symphonie de Schubert, dans Disques en lice, avait été fatale… à Claudio Abbado, en même temps qu’elle avait révélé Beecham !
Encore un exemple tout récent ! Puisque j’ai osé cibler les fantaisies que se permettait Nikolaus Harnoncourtdans sa première intégrale des symphonies de Schubert avec le Concertgebouw et que, de ce fait, je me suis rendu coupable du crime de lèse-Harnoncourt, que mes accusateurs se donnent la peine d’écouter la Table d’écouteà laquelle Camille de Rijck avait eu la faiblesse de me convier, sur la 40ème symphonie de Mozart. Ecoute à l’aveugle, comme toujours.
Me taxeront-ils de trop d’enthousiasme ou de respect pour le grand chef disparu il y a deux ans ?
Si la critique est une école de l’humilité, je devrais ajouter que l’écoute critique est, ou devrait être, une école de la tolérance.
Sur ce blog, comme sur d’autres où j’ai choisi de m’exprimer, je n’impose rien à personne – qui serais-je pour le faire ? – et je me garde bien de poser des jugements, des avis définitifs. Je livre parfois des souvenirs, les méandres d’un parcours qui m’a conduit aux responsabilités que j’ai assumées et assume encore, mes goûts plus que mes dégoûts, mes enthousiasmes plus que mes déceptions. En toute liberté.
Je suis, comme on dit dans le milieu médiatique, un auditeur « ambulatoire ». Pour écouter la radio ou de la musique, plus souvent connecté à mon smartphone ou dans ma voiture, qu’installé dans mon bureau ou mon salon.
Quand la perspective de quelques jours de vacances s’annonce, je refais ma playlist, replongeant dans ma petite discothèque (oui petite ! quand je la compare à celle de plusieurs amis critiques et/ou collectionneurs) pour y retrouver des coffrets ou des CD que je n’ai plus écoutés depuis longtemps. Parce qu’en temps normal, je télécharge plutôt les derniers reçus. Une fois chargées quelques centaines de titres, en fonction de mes humeurs, j’ai une autre habitude, une manie diraient d’aucuns (un défaut pour d’autres), celle d’écouter en mode aléatoire, pour me laisser surprendre et m’amuser à essayer de reconnaître tel pianiste, tel chanteur, tel chef.
Ainsi j’ai chargé une grande partie d’un coffret paru il y a huit ans
Et découvert ainsi un disque qui m’avait complètement échappé : des transcriptions de Lieder de Schubert par Liszt, interprétées – ou plutôt réinterprétées – par un pianiste turc d’origine arménienne, Setrak Yavruyan connu par son seul prénom Setrak dont le moins qu’on puisse dire est qu’il aimait sortir des sentiers battus. Je ne suis pas sûr que ses lectures soient très orthodoxes, ni même que toutes les notes y soient, mais c’est tellement plus intéressant…
S’accordant à la perfection au spectacle que la nature offre à ma vue depuis mon arrivée à Santorin (voir Entre le ciel et l’eau), d’autres pépites de ce coffret ravivent le souvenir d’un musicien – Yehudi Menuhin – qui m’a toujours plus convaincu comme chef.. que comme violoniste (en tous cas dans les trente dernières années de sa carrière). Notamment dans une intégrale des symphonies de Schubert, gravée dans les années 60 avec la crème des musiciens londoniens (réunis sous l’appellation de Menuhin Festival !).
Je possède et connais nombre d’intégrales de ces symphonies (presque toutes ?). Je me demande si celle-ci (à ne pas confondre avec celle que Menuhin a faite, vingt ans plus tard, avec le Sinfonia Varsovia) n’est pas tout simplement idéale : juvénile, tendre, vraiment romantique dans les premières symphonies, et que tout cela chante, dans des tempi parfaitement équilibrés. Qu’on en juge :
Là où tant de chefs plombent la 4ème symphonie – impressionnés par son surnom de Tragique ? Menuhin, des années avant Harnoncourt et ses audaces, fait virevolter le troisième mouvement, un authentique scherzo
Dans la 9ème symphonie, elle aussi trop souvent longue, et si peu divine, sous maintes baguettes illustres (cf. les « divines longueurs » dont l’aurait gratifiée Schumann), on entend ici un 1er mouvement qui chante et vit dès la première phrase du cor et s’anime prodigieusement pour ne jamais laisser retomber l’intérêt.
Retour à la première symphonie, et à son 2ème mouvement, un authentique andante schubertien, qui avance d’un bon pas, danse et musarde dans l’insouciance.
Le même Harnoncourt quelque vingt ou trente ans plus tôt avec un orchestre professionnel – l’Orchestre de chambre d’Europe – est tout aussi passionnant et pédagogue dans son approche de la symphonie beethovénienne.
Le tout dernier enregistrement d’Harnoncourt et son intégrale Beethoven avec l’orchestre de chambre d’Europe (Warner)
On a beaucoup évoqué Georges Prêtre, disparu en ce début d’année. La Radio suisse romande vient de publier une précieuse archive du chef français répétant Debussy avec l’Orchestre de la Suisse romande en 1972.
Autre disparu de 2016, Pierre Boulez, sur qui les témoignages ne manquent pas. Je suis tombé par hasard sur une masterclass donnée par le chef/compositeur en 2009 aux élèves de la classe de direction du Conservatoire de Paris.
La bienveillance naturelle de Boulez envers les jeunes musiciens n’exclut pas le franc-parler, voire une pointe d’agacement. Cette vidéo démontre aussi une évidence : certains sont faits pour être chefs, même maladroits ou hésitants, d’autres non. Amusant de voir parmi ces étudiants, Alexandre Bloch, qui vient de prendre les rênes de l’Orchestre National de Lille.
L’art irremplaçable du (grand) chef n’est jamais mieux mis en valeur que dans le travail d’une pièce particulièrement difficile, comme le sont les redoutables Pièces op.6de Berg.
Simon Rattledéçoit parfois au concert, jamais en répétition. C’est ce que disent les musiciens qui ont travaillé avec lui, à Birmingham, à Berlin. C’est éloquent ici avec tous ces jeunes musiciens berlinois…
On ne pourra pas accuser Deutsche Grammophonde ne pas avoir anticipé le 70ème anniversaire de Gidon Kremer, le violoniste letton né le 27 février 1947 à Riga. Et ce pavé de 22 CD est tout simplement exceptionnel. Il ne s’agit pas, comme certains intitulés pourraient le faire croire, de l’intégrale des enregistrements du violoniste pour la marque jaune, mais de tous les concertos ou oeuvres concertantes qu’il a gravés pour Philips et DGG.
Et sans vouloir être désagréable, ni établir d’inutiles comparaisons, ce coffret n’a pas grand chose à voir avec les pavés récents de DGG consacrés à Ithzak Perlman ou Pinchas Zukerman. Aucun des illustres confrères de Kremer n’a jamais eu cette inlassable curiosité pour les compositeurs de son temps, et cette passion pour le travail d’interprétation « historiquement informée » des grands classiques. Qui se souvient aujourd’hui du choc provoqué par l’intégrale des concertos pour violon de Mozart enregistrée avec Harnoncourt et des Wiener Philharmoniker sacrément bousculés ?
C’est grâce à Gidon Kremer que j’ai découvert et aimé des oeuvres phares comme Offertoriumde Sofia Goubaidoulina, puis les concertos de John Adams ou Philip Glass, plusieurs pièces de Schnittke et d’improbables compositeurs baltes, qu’il fut souvent le premier à « révéler » en Europe de l’Ouest.
J’ai un très beau souvenir personnel de Gidon Kremer, une tournée de l’Orchestre de la Suisse Romande à l’automne 1987 au Japon. Il partageait avec Martha Argerich le rôle de soliste invité d’Armin Jordan. Jamais plus entendu depuis interprétation plus habitée, incandescente, intense du concerto pour violon de Sibelius. Je me rappelle aussi un long entretien passionnant, enregistré dans un train, que j’avais fait pour la Radio suisse romande et qui a dû être effacé presque aussitôt (comme celui que j’avais réalisé – deux heures de bande magnétique – avec Martha Argerich !). Sibelius n’est pas dans ce coffret jaune, mais je conseille vivement ce formidable témoignage du tout jeune Kremer (23 ans) capté à Moscou avant son départ pour l’Occident.
On l’a compris, pour moins de 60 €, ce coffret est un indispensable de toute discothèque, l’honneur d’un musicien qui a épousé son siècle et ne s’est jamais reposé sur des lauriers précoces.
Un énorme pavé, format 33 tours, regroupant tous les enregistrements réalisés ces quinze dernières années pour Sony (et Deutsche Harmonia Mundi). Y compris les ultimes CD Beethoven posthumes, plusieurs « nouveautés », des enregistrements de 2007 « autorisés » mais non publiés jusqu’à ce coffret : le Stabat Mater de Dvorak, le Christ au mont des Oliviers de Beethoven, et deux cantates de Bach (26 et 36). S’y ajoute un somptueux ouvrage de 140 pages, remarquablement présenté et illustré, dans lequel chaque oeuvre, chaque période abordée par Harnoncourt dans ses disques est documentée par le maître lui-même – souvent par le biais d’interviews contemporaines des enregistrements – dans cette langue si éloquente, brillante…et compréhensible, qui nous rend plus intelligents, plus cultivés, plus curieux encore de partager les découvertes et les recherches que le chef disparu a menées pendant plus de soixante ans.
Aussi imposant soit-il, ce coffret n’est certes pas complètement représentatif de l’art et de la personnalité d’Harnoncourt, tels qu’ils se sont inscrits dans la mémoire des musiciens et des mélomanes. Tout son travail de recherche sur le répertoire baroque et classique, entrepris dès le mitan des années 50, n’est présent ici que par les reprises d’ouvrages qu’il avait déjà enregistrés chez Teldec/Warner (aurons-nous un jour une « édition » Harnoncourt intégrale ?) : Requiem et dernières symphonies de Mozart, quelques cantates et l’Oratorio de Noël de Bach. Mais le bouquet final est extraordinaire : les Symphonies parisiennes de Haydn, les symphonies de jeunesse de Mozart – on est un peu moins enthousiaste d’un curieux alliage avec Lang Lang – , une paire de symphonies de Bruckner, une grandiose Paradis et la Péri de Schumann, un austère Requiem allemand de Brahms, toute une ribambelle de valses viennoises qui mériteraient vraiment un plus large sourire. Et des incursions pour le moins exotiques : Verdi et son Requiem (Harnoncourt s’est même essayé à Aida.. chez Warner !), des Dvorak, Smetana, Bartok, jusqu’à Porgy and Bessde Gershwin ! Mais quand on lit ce qu’Harnoncourt dit de ces oeuvres et de ces compositeurs, on les comprend (et on les entend) avec d’autres oreilles…
Absolument indispensable !
Tous les détails, oeuvres, interprètes, dates et lieux d’enregistrement à voir ici : Nikolaus le Grand
On relira avec intérêt la dernière interview que Nikolaus Harnoncourt avait accordée – en 2013 – au magazine Diapason : La dernière interview
PS 1 Précision utile, qui répondra aussi à quelques commentaires sur Facebook : tous les disques, coffrets, que j’évoque sur mon blog, je les achète moi-même. À quelques très rares exceptions près, je ne les reçois pas gratuitement ni des éditeurs (ce qu’on appelle des « services de presse ») ni des artistes. Ma liberté est aussi à ce prix ! Accessoirement, j’ai appris à trouver les meilleurs fournisseurs au meilleur prix, en neuf ou en occasion.
PS 2 J’en profite pour rappeler à mes lecteurs qui sont à Paris ou qui passent par la capitale française qu’il y a, au 38 boulevard St Germain (en face de l’église St Nicolas du Chardonnet et de la Mutualité), le meilleur magasin classique de « seconde main » – avec beaucoup d’imports japonais -. Une visite régulière s’impose. Et pour ceux qui sont trop loin de Paris, le site est là pour combler vos attentes : Melomania, la passion du classique.
J’ai raconté (L’été 73) que mon compagnon de voyage en Roumanie, mon cousin P., était plus musique ancienne et baroque que moi à l’époque. Et c’est sans aucun doute grâce à lui que j’ai été initié à Schütz puis à Bach, même si j’avais déjà découvert beaucoup de choses à Poitiers grâce aux JMFet à Antoine Geoffroy-Dechaume.
Premier souvenir d’une soirée longue, si longue et si froide, dans l’église de Brie-Comte-Robert, une Passion de Schütz, qui m’a paru interminable et austère … Je mettrai très longtemps à me raccommoder avec ce compositeur !
En revanche, dans la nouvelle église de Grisy-Suines, à l’acoustique idéale, c’est un tout autre souvenir d’un concert de cantates de Bach, par je ne sais plus quel ensemble.
J’ai oublié le reste du programme, mais je suis sorti enthousiaste, galvanisé par la cantate 70 « Wachet, betet ».
Je fus ensuite malheureux de ne trouver nulle part, chez mon disquaire de Poitiers, et même à la FNAC à Paris, une version en disque de cette cantate (le temps n’était pas encore aux intégrales Harnoncourt, Leonhardt…). Je finis par trouver un jour un disque de Fritz Werner, naguère réédité par Erato, inécoutable aujourd’hui.
Jamais trouvé mieux (ou pas voulu écouter Gardiner ou Suzuki !) que le grand Harnoncourt
En ce jour de Fête nationale suisse, comment ne pas évoquer l’été fabuleux que j’ai passé à Lucerne en août et septembre 1974 ? Trois semaines comme ouvreur (on dirait personnel de salle aujourd’hui) du prestigieux Festival de Lucerne. Je devais ce privilège – très recherché – à un cousin bien introduit auprès de la direction du festival (il en serait plus tard le président du conseil d’administration). Jamais plus je ne verrais un tel défilé de stars de la baguette, du clavier ou du violon, jamais plus je n’entendrais d’aussi formidables concerts soir après soir. Je n’imaginais évidemment pas un instant, à l’époque, que, douze ans plus tard (en 1986) ma vie professionnelle se conjuguerait à ma passion de la musique.
Les concerts avaient lieu dans l’ancien Kunsthaus, remplacé en 2004 par le monumental KKL de Jean Nouvel (Palais de la culture et des congrès).
C’est Sergiu Celibidache qui ouvrait le bal avec l’orchestre suisse du Festival. Le personnel de salle est autorisé à assister à la première répétition. Le maître, lunettes noires sur le nez, arrive sur le podium, pose ses partitions sur le pupitre, il ne les ouvrira jamais. Un programme sportif : 6ème symphonie de Schubert, Variations op.31 de Schoenberg et 2ème symphonie de Brahms. Celibidache commence par un laïus qui m’a paru bien long sur les équilibres sonores qu’il veut atteindre dans Schubert, reprend à l’infini tel trait, tel passage, sans que je perçoive, moi le novice, de changement significatif dans le jeu de l’orchestre. Après la pause, il s’attaque à Schoenberg, toujours sans partition : les musiciens sont visiblement bluffés quand le chef les fait reprendre à telle mesure, tel chiffre (les partitions d’orchestre sont toujours chiffrées, de sorte que musiciens et chef puissent très vite s’y retrouver). Je ne comprends rien à cette musique, il me faudra encore quelques années. Le concert fait un triomphe, comme prévu.
Ma mémoire n’a pas retenu la chronologie des concerts, mais les moments les plus forts, les plus surprenants.
Un jour nous sommes conviés à une excursion en bateau sur le lac des Quatre-Cantons avec les musiciens du Los Angeles Philharmonic et leur chef d’alors Zubin Mehta. Ma timidité naturelle m’interdit d’oser leur parler, mais les voir de près, les entendre parler de leur métier, de leurs impressions de tournée, suffit à mon bonheur. Bonheur qui sera à son comble le soir lorsque Daniel Barenboim jouera le 3ème concerto de Beethoven. C’est la première fois que j’entends en concert ce concerto qui m’a marqué à tout jamais depuis que j’ai vu et revu le film de François Reichenbach consacré à Artur Rubinstein L’amour de la vie (1970) : lire Un amour de jeunesse. Je sors complètement bouleversé, sans voix, ému comme on peut l’être quand le coeur déborde…
Malgré les tempi du vieux Klemperer, je garderai toujours une affection particulière pour la version que le jeune Barenboim avait enregistrée à Londres.
C’est le célèbre chef et mécène suisse Paul Sacher qui dirige un programme de sérénades. Je découvre et suis immédiatement séduit par la grande sérénade K.320 dite « du cor de postillon »de Mozart.
Si l’on s’en tient aux seules comédies écrites par Shakespeare sous le règne d’Elizabeth I, leurs avatars musicaux sont nombreux. Après Beaucoup de bruit pour rien et Les joyeuses commères de Windsor, arrêtons nous au Marchand de Venise (1597) et à la musique de scène – Shylock– qu’a composée Gabriel Fauré pour la représentation de la pièce à l’Odéon en 1889.
En revanche, A Midsummer Night’s Dream / Le songe d’une nuit d’été (1595) a eu une descendance musicale exceptionnelle et inspiré les plus grands compositeurs.
Moins d’un siècle plus tard, Purcell met en scène The Fairy Queen.
En 1826, Carl Maria von Weber et Felix Mendelssohn livrent, l’un et l’autre, un chef-d’oeuvre, un opéra pour Weber, Oberon, une musique de scène pour Mendelssohn.
Hommage au passage à Nikolaus Harnoncourt, expert en féerie mendelssohnienne.
Ambroise Thomas signe, en 1850, un opéra-comique très lâchement inspiré de la comédie de Shakespeare et resté largement méconnu (une seule version discographique de 1956, due à Manuel Rosenthal)
Mais Benjamin Britten, en 1960, nous offre l’un des plus beaux hommages qui soient au génie de Shakespeare. J’ai encore le souvenir intact d’une représentation magique à Aix-en-Provence en 1991 (dans la cour de l’Archevêché, sous un ciel d’été et d’étoiles qui constituait le plus beau décor de la mise en scène de Robert Carsen, reprise l’année dernière)
Plusieurs belles versions au disque, dont celle du compositeur lui-même, mais on a une tendresse pour celle de Colin Davis, qui permet de retrouver le contre-ténor Brian Asawa tout récemment disparu
Je ne suis toujours pas convaincu par le pianiste dans ce répertoire, mais mon admiration pour le vieux chef disparu récemment n’en est que plus vive. Quelle bienveillance, quelle attention à son jeune partenaire, et quel art exceptionnel de raconter, d’expliciter la musique !
Et puis cette remarque pleine d’humour : « Please don’t call me Maestro ! We should keep this term for hairdressers » . Encore un mot – Maestro – qui désignait jadis légitimement le chef d’orchestre à l’opéra, et en Italie (je me rappelle il y a une vingtaine d’années une ouverture de saison à La Scala, avec Nabucco dirigé par Riccardo Muti, et ce cri surgi de la foule « Viva il Maestro » déclenchant une ovation pour le chef), et qui aujourd’hui est utilisé à toute occasion pour désigner un musicien célèbre, chef d’orchestre ou non d’ailleurs. Harnoncourt avait raison..
Humour, humeur…j’ai envie de cultiver la bonne humeur, malgré l’actualité.
La France est-elle définitivement irréformable ? C’est ce qu’un observateur extérieur doit penser, considérant les aléas du projet gouvernemental sur le travail. Ce n’est même pas un texte déposé et discuté à l’Assemblée Nationale, ni même encore adopté en Conseil des ministres, que tout le monde – à commencer par les moins concernés, les fonctionnaires ou les salariés d’entreprises publiques – le dézingue. Valls et ses ministres avancent leurs propositions, ils sont taxés de rigidité et d’autisme, et quand après avoir réuni les partenaires sociaux, réécrit leur texte, la presse quasi unanime les prend en flagrant délit de reculade ! Belle avancée en effet…Les manifestants de la semaine dernière savaient-ils au moins pourquoi ils manifestaient ? (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/01/25/le-travail-cest-la-sante/).
Gageons que le palais du dictateur et de sa famille va vite devenir une attraction touristique… et puis c’est si loin maintenant…Je suis sûr que cet ensemble décoré avec un extrême bon goût plairait beaucoup à M. Trump ou à son admirateur l’ineffable JCVD
Allez, pour éclairer votre journée, un nouveau disque d’un jeune pianiste flamboyant (qui sera à Montpellier l’été prochain), Florian Noack