L’archet fougueux

Il a quitté le micro, mais heureusement ni la musique ni la vie, comme auraient pu le laisser penser les tombereaux d’hommages qui ont fleuri sur les réseaux sociaux à l’annonce de sa « retraite » ! Frédéric Lodéon animait son dernier Carrefour de Lodéon ce dimanche sur France Musique : Humeurs beethovéniennes

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Je ne vais pas, à mon tour, succomber aux formules convenues de l’hommage anthume, mais plutôt évoquer l’admiration que j’ai pour le formidable passeur de savoir… et le grand musicien que la carrière radiophonique a masqué.

L’homme de radio

Tous ceux qui ont suivi l’aventure de Frédéric sur France Inter d’abord, et plus récemment sur France Musique, savent son incomparable talent de conteur, de raconteur des petites et des grandes histoires de la musique et des musiciens, sa capacité de toujours valoriser l’autre, celui qu’il recevait à son micro, celui dont il accompagnait les premiers pas dans la carrière – un disque, un concert à signaler – Et comme il appartenait à cette espèce, de plus en plus rare, de ces « animateurs » qui savent de quoi ils parlent (heureusement que Frédéric Lodéon était là pour présenter Les Victoires de la Musique classique… jusqu’à 2018), chacune de ses interventions à la radio ou à la télévision fourmillait d’anecdotes éminemment cultivées.

img_4507(à Evian, le 24 février 2018, les dernières Victoires de la Musique classique présentées par Frédéric Lodéon)

Mais je peux témoigner, pour avoir participé à quelques-unes des émissions de Frédéric, que l’apparente facilité, parfois le sentiment d’improvisation qui passaient à l’antenne reposaient, en réalité, sur une préparation extrêmement minutieuse, une organisation très serrée des séquences de son émission. Tout était écrit… à la main ! Chapeau l’artiste !

L’archet fougueux

Avant d’être l’homme de médias admiré, aujourd’hui regretté, Frédéric Lodéon a été un fameux musicien, un violoncelliste de haute volée – Premier prix à 17 ans du Conservatoire de Paris, seul Français à avoir remporté, ex-aequo avec Lluis Claret,  le premier Concours Rostropovitch en 1977. La plupart des disques qu’il a gravés en soliste pour Erato sont devenus difficilement disponibles. Warner serait bien inspiré de les rassembler dans un coffret, tout comme les magnifiques moments de musique de chambre partagés avec ses compères et amis.

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C’est dans les souvenirs du pianiste Jean-Philippe Collard, récemment paru, que j’ai trouvé ces lignes qui éclairent la personnalité musicale de Frédéric Lodéon et les ressorts   d’une amitié au service de la musique.

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« Quand, de la manière la plus naturelle qui soit, la rencontre avec Frédéric Lodéon et Augustin Dumay s’est produite, il allait de soi que nous avions tous les trois le même objectif, le même désir d’en découdre musicalement parlant. Les chemins de solistes que nous avions empruntés jusqu’alors ne suffisaient plus à satisfaire nos appétits »

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« J’ai bien vite trouvé ma place centrale dans cet équipage impatient. Entre un violon royal  et un archet fougueux j’agissais comme une force d’équilibre…. La force qui nous unissait n’était pas seulement celle de jeunes cavaliers qui sortaient pour aller faire prendre l’air à un trio de Schubert, c’était l’alliage de trois compagnons avides de musique. »

« Bonjour les stars ! C’est ainsi que Maurice Fleuret, alors directeur de la musique au Ministère de la Culture, nous accueillit Frédéric Lodéon, Augustin Dumay et moi, au petit matin d’un rendez-vous que nous avions obtenu de haute lutte, pour défendre un projet qui nous tenait à coeur…. Abrités par de généreux châtelains dans leur domaine de Lascours, dans le sud de la France, nous avions conçu l’idée de stages d’été pour une dizaine de jeunes sélectionnés par nos soins, afin de leur offrir ce qui nous avait cruellement manqué dans nos parcours d’étudiants….. L’orchestre de chambre de Pologne, Emmanuel Krivine et Charles Dutoit avaient accepté de partager l’aventure… Le soir nous nous exprimions lors de concerts donnés dans la cour carrée du château, générations confondues, dans le silence de ces belles nuits d’été »

Echo de ces concerts, ce précieux témoignage filmé : le trio Dumay-Collard-Lodéon et Charles Dutoit dirigeant l’Orchestre de chambre de Pologne

« Méprisé par le représentant de l’Etat, ce bel élan fit long feu et consuma notre enthousiasme et notre audace » (Jean-Philippe Collard, Chemins de musique)

Audace, enthousiasme, fougue, générosité, voilà qui dessine un portrait fidèle de l’ami Frédéric Lodéon, qui n’est pas près de déserter le monde de la musique, et qu’on espère retrouver très vite pour de nouvelles aventures !

La musique pour rire (VIII): François Morel

#Confinement Jour 50

Comme beaucoup, j’ai connu François Morel comme membre de l’inénarrable compagnie des Deschiens.

Et puis je l’ai vu au cinéma, au théâtre, à la radio sur France Inter :

Je l’ai peut-être croisé une fois ou deux, mais je n’ai pas eu l’occasion de lui dire combien sa personne, son talent nous sont indispensables.

A la différence de ceux que j’ai déjà portraiturés dans cette série (comme Peter Ustinov), quand François Morel s’intéresse à la musique, ce n’est pas pour la moquer, en montrer les travers, c’est pour la regarder, la raconter avec une tendresse non dénuée d’humour.

 

François Morel est le merveilleux conteur d’un Pierre et le Loup qui a fait l’objet d’une réalisation hors du commun de la part de Radio France, avec les musiciens acteurs de l’Orchestre National de France et leur chef d’alors, Daniele Gatti.

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Avec ces mêmes musiciens, François Morel s’est aussi essayé à la chanson.

Longue vie à notre indispensable Maître François !

Le piano venu de l’Est (II) : Annerose Schmidt

J’avais ouvert avec Peter Rösel une série sur ces remarquables musiciens nés, éduqués en Allemagne de l’Est, dont la carrière a été, politique oblige, confinée dans la sphère orientale de l’Europe : Le piano venu de l’Est

Le concert et la présence à Paris de Peter Rösel (L’évidence de la simplicité), ses interventions sur les antennes de France Musique et de France Inter, à l’occasion du trentième anniversaire de la chute du Mur de Berlin, ont rappelé à nos oreilles occidentales ce qu’il en était de l’organisation de la vie musicale à l’est du Rideau de fer.

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(Peter Rösel et Jean-Baptiste Urbain à France Musique le 7 novembre / Photo Yves Riesel)

Autre exemple d’une carrière brillante qui n’a jamais rencontré les faveurs du public occidental, sauf par le disque et encore !, celle de la pianiste Annerose Schmidt, de son vrai nom Annerose Boeck.

Annerose Schmidt naît le 5 octobre 1936 à Wittenberg au nord de Leipzig. Son père est le directeur de l’école de musique et commence à lui enseigner le piano en 1941. Elle donne son premier concert en public en 1945 et reçoit en 1948 un diplôme de concert et un permis professionnel en tant que pianiste de concert officiellement reconnu dans ce qui était zone d’occupation soviétique. Elle donna le premier de ses concerts à la radio berlinoise en 1949. Après avoir passé son examen de fin d’études (« Abitur »), Annerose Schmidt part étudier à l’Académie de musique de Leipzig entre 1953 et 1957.

En 1955, elle reçoit une mention spéciale au Concours international de piano Chopin à Varsovie. L’année suivante elle remporte le tout premier concours international Robert Schumann pour pianistes et chanteurs, qui se tient à Berlin. Ces succès lancent efficace sa carrière internationale… en Pologne, Roumanie, Hongrie, Bulgarie et en Union soviétique.

Son répertoire comprend près de quatre-vingts concertos pour piano, dont ceux de Mozart, Beethoven, Bartók, Chopin et Ravel. Elle joue tout le répertoire pour piano de Schumann et Brahms, mais aussi de la musique contemporaine.

À partir de 1958, elle peut se rendre épisodiquement en Allemagne de l’Ouest et se produire avec des chefs et des orchestres renommés en Finlande, en Suède, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg et en Autriche.  Jamais en France !

En 1985, elle est nommée professeure au Conservatoire Hanns Eisler de Berlin, qu’elle dirige entre 1990 et 1995. Annerose Schmidt a mis fin à sa carrière d’interprète pour raisons de santé en 2006.

ums_photos_01735J’ai d’abord connu Annerose Schmidt par la formidable intégrale des concertos de Mozart qu’elle a gravée au mitan des années 70 avec Kurt Masur et l’orchestre philharmonique de Dresde (le concurrent de la Staatskapelle). J’aime ce jeu franc, direct, qui donne à entendre toutes les facettes de Mozart, un piano très bien enregistré avec des partenaires qui ne surchargent pas d’intentions les ombres et lumières de l’orchestre mozartien.

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Puis j’ai recherché les quelques autres rares disques disponibles en Occident, les concertos de Chopin, toujours avec Masur (et Leipzig) – nettement moins convaincants – les Schumann et Brahms pour le piano seul, qui réservent de belles surprises.

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Journal 15/09/19

Au fil des années – j’ai commencé mon premier blog en janvier 2007 ! – ce blog a perdu de son caractère de journal, pas nécessairement intime, et donc une certaine spontanéité dans la réaction aux événements et à l’actualité.

Sans doute parce qu’à quelques occasions on m’a fait observer que liberté de ton et spontanéité n’étaient pas compatibles avec mes fonctions professionnelles.

Compatible ?

Je me rappelle – il y a prescription – ainsi un papier il y a une bonne dizaine d’années intitulé « Lamentable » où je dénonçais l’attitude du tout puissant patron d’une entreprise publique de Liège à l’égard des salariés et des syndicats de ladite entreprise, patron par ailleurs étiqueté socialiste. Un journaliste avait repris certains termes de ce billet qui s’étaient retrouvés dans Le Vif/L’Express. Le jour de la parution de l’hebdomadaire j’avais eu plusieurs réunions à Bruxelles, sur la route du retour dans ma voiture s’affichaient plusieurs appels manqués et messages… Mes propos n’avaient pas plu et on me demandait, plus ou moins aimablement, de m’en expliquer. Sans rien en renier, j’en fus quitte pour mettre une sourdine à ce genre de réactions d’humeur.

Je vais donc reprendre, à mon rythme et en fonction de l’actualité, le fil d’un journal de bord. En toute liberté.

Balkany

Ecrit ceci sur Facebook :

Je n’ai et n’ai jamais eu aucune espèce de sympathie pour le sieur Balkany et sa dame. Ils représentent à peu près tout ce que j’exècre en matière de comportement personnel et politique.
Mais le déchaînement de joie mauvaise qui a surgi dans les tous médias et sur tous les reseaux sociaux à l’annonce de son incarcération immédiate me révulse. Condamnés pour les mêmes faits et quasiment aux mêmes peines de prison que Balkany, les hautes figures morales que sont l’ancien ministre socialiste Cahuzac et l’ex-humoriste Dieudonné M’Bala M’Bala non seulement n’ont pas « bénéficié » d’un infamant mandat de dépôt à l’audience, mais ont échappé à la case prison.
Quelqu’un veut bien m’expliquer ?

La même justice pour tous ? Voire.

Recyclage

J’ai failli me décourager. Pas aidé par les responsables de la collection, qui avaient fini par me recommander de me tourner vers Amazon ! Chez chacun de mes libraires habituels, impossible de trouver les trois ouvrages parus avant l’été sous l’égide de Via Appia. Jeudi à la FNAC Rennes, j’ai finalement trouvé In Memoriam

915+NAFDMFLComme c’est l’auteur lui-même qui signe la « présentation de l’éditeur », je ne me risque pas à le paraphraser ;

« Pendant plus de dix ans, Sylvain Fort a assuré sur Forumopera.com une garde dont personne ne voulait : celle d’embaumeur. Quand un chanteur d’opéra venait à s’éteindre et qu’il avait été cher à son coeur, c’est dans l’énergie de l’émotion qu’il lui rendait hommage. Dans les rédactions, pourtant, la terrible logique des  » viandes froides  » veut qu’on ait pour chaque artiste prêt à rejoindre son créateur un bel obituaire tout encarté de pourpre. Ces hommages, composés alors que la victime bat encore le pavé, rappellent les albums de Noël opportunément enregistrés au mois de juillet. C’est au contraire dans l’immédiat silence de la disparition que Sylvain Fort composa le catafalque de ceux qu’il admira depuis sa plus tendre jeunesse. Ainsi, In Memoriam n’est pas un recueil d’hommages raisonnés, c’est le témoignage d’un mélomane épouvanté de voir glisser ses idoles dans un silence définitif.

Lecture agréable, une fois qu’on a intégré le style volontiers lyrique de celui qui fut la plume inspirée d’Emmanuel Macron pour certains des grands discours « mémoriels » du président de la République. On y reviendra. Défilent Bergonzi, Schwarzkopf, Fischer-Dieskau, Jurinac, et d’autres moins attendus.

Ode à la famille

Olivia de Lamberterie est le visage aimable et gourmand de la critique littéraire dans Télématin sur France 2 et la voix qui ne paraît jamais à court d’enthousiasmes du Masque et la Plume sur France Inter.

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Quand, il y a un an, elle a publié son premier livre, j’ai pensé qu’elle succombait à son tour à la tentation de la notoriété.

La présentation qu’elle en faisait me semblait habile, mais pas indispensable :

Les mots des autres m’ont nourrie, portée, infusé leur énergie et leurs émotions. Jusqu’à la mort de mon frère, le 14 octobre 2015 à Montréal, je ne voyais pas la nécessité d’écrire. Le suicide d’Alex m’a transpercée de chagrin, m’a mise aussi dans une colère folle. Parce qu’un suicide, c’est la double peine, la violence de la disparition génère un silence gêné qui prend toute la place, empêchant même de se souvenir des jours heureux.
Moi, je ne voulais pas me taire.
Alex était un être flamboyant, il a eu une existence belle, pleine, passionnante, aimante et aimée. Il s’est battu contre la mélancolie, elle a gagné. Raconter son courage, dire le bonheur que j’ai eu de l’avoir comme frère, m’a semblé vital. Je ne voulais ni faire mon deuil ni céder à la désolation. Je désirais inventer une manière joyeuse d’être triste.

Et j’ai acheté ce livre, dans son édition de poche. Pressentais-je que j’allais aimer cette histoire, la sienne, parce qu’elle évoque la famille, la vie de famille, telle que j’ai cessé de la connaître à la mort de mon père (Dernière demeure). Sans toujours en avoir eu conscience, je me suis souvent attaché à des ouvrages, romans ou récits, qui convoquent la figure du père, aimé ou honni, présent ou absent.

Olivia de Lamberterie dépasse la tragédie de la mort de son frère pour dire, d’une plume pudique et légère, enjouée et tendre, jamais exhibitionniste ni racoleuse, les joies multiples de la famille. Ce livre m’a fait un bien fou, c’est déjà ça !

Bruckner à Vienne

Pendant que je lisais Sylvain Fort, j’écoutais un compositeur dont je crois savoir qu’il le déteste ! Sur Idagio, avec une qualité de son, une définition exceptionnelles, je retrouvais, regroupées dans un coffret Decca/Eloquence, des versions des symphonies de Bruckner que je connaissais, isolées, qui ont pour point commun l’Orchestre philharmonique de Vienne. 

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Il faudra que j’y consacre un billet spécifique.

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Claudio Abbado (1), Horst Stein (2,6), Karl Böhm (3,4), Lorin Maazel (5), Georg Solti (7,8) et Zubin Mehta (9) se partagent le travail. Réussites inégales, mais comparaison passionnante.

 

L’aventure France Musique (VII) : la séparation

Il y a vingt ans, en août 1999, j’étais rentré d’un long et magnifique voyage dans l’ouest des Etats-Unis, que je n’avais pas voulu annuler ou réduire, malgré l’incertitude dans laquelle je me trouvais quant à mon avenir professionnel.

Retour en arrière.

En novembre 1998, au terme de manoeuvres dont il a toujours été coutumier (il y en aurait tant à raconter à son propos !), Jean-Marie Cavada était désigné par le CSA pour succéder à Michel Boyon à la présidence-direction générale de Radio France. Il y avait été fortement aidé par Jean-Luc Hees, qui en serait remercié en étant nommé quelques semaines plus tard directeur de France Inter.

C’est, paraît-il, l’habitude dans l’audiovisuel public (on ne commet pas les mêmes erreurs dans le privé) et personne ne l’a jamais sérieusement contestée : un PDG qui arrive débarque l’équipe sortante et installe ses protégés. Exception à la dite règle : Michel Boyon, arrivant fin 2015 à Radio France, se garda bien de l’appliquer, même s’il procéda à des changements après avoir consulté, écouté, pris des avis.

M. Cavada, dès la première réunion de direction qu’il présida, entendit bien montrer qu’il était le patron. On lui avait signalé, quelque part en France, une rupture de faisceau qui avait laissé une antenne locale muette pendant quelques minutes : le patron de la « technique » présent autour de la table se le fit vertement reprocher. L’algarade n’épargna aucun des participants, puisque le nouveau PDG nous indiqua aimablement que la porte était ouverte pour qui voulait la prendre… On eût espéré meilleure entrée en matière !

Le 6 janvier 1999, on apprenait la mort de Michel Petrucciani.

Nous fûmes convoqués à une réunion extraordinaire chez le « président », qui s’impatienta de la lenteur – selon lui – de la réaction des chaînes de Radio France, exigea un plan d’émissions spéciales, etc. Je suggérai que, Radio France étant aussi une grande maison de musique, on organise un grand concert d’hommage à Petrucciani avec tout ce que la planète jazz compte d’admirateurs du musicien disparu. Le dimanche 24 janvier eut lieu un concert-événement, comme on en a peu connus avant et depuis : quatre heures d’antenne, un studio 104 archi comble et le monde entier accouru à Paris.

Toute la soirée on guetta le passage du PDG, qui avait si vigoureusement réclamé un tel hommage. On ne le vit point.

Le lendemain, malgré la fatigue de la soirée, je m’apprêtais à gagner mon bureau d’assez bonne heure, lorsque je reçus, vers 8h30, un appel… de la présidence. Au bout du fil, Jean-Marie Cavada. Pour me remercier de la soirée de la veille ? Que nenni ! Pour me dire très exactement ceci : « Je tiens une conférence de presse à 9 h, je voulais vous avertir que j’y donnerai le nom de votre successeur« . Interloqué – on le serait à moins – j’eus quand même la présence d’esprit de lui demander qui était ce « successeur« . – « Pierre Bouteiller » me dit-il, « mais je vous verrai dans la journée pour vous proposer un autre poste à la hauteur de vos mérites« .

Il y avait dans l’après-midi une cérémonie, à laquelle j’avais été convié, pour fêter les 10 ans de l’existence du CSA. Je ne fus pas d’humeur de m’y rendre, et préférai rassurer mes équipes et proches collaborateurs, auxquels j’avais appris la nouvelle avant qu’elle ne fût rendue publique. J’attendis, bien sûr, en vain l’invitation de M. Cavada au rendez-vous qu’il m’avait promis. Je finis par l’obtenir quelques jours plus tard, sans en attendre grand chose, instruit que j’avais été entre temps des manières de l’ex-animateur de La Marche du Siècle, promesses jamais tenues, débauchages jamais suivis d’effet…

Je finis par comprendre à demi-mots que je serais peut-être recasé à la direction des affaires internationales. Dès que le bruit s’en répandit dans la Maison ronde, le titulaire du poste, qui bénéficiait d’appuis politiques que je n’avais pas (et que je n’ai jamais eus ni revendiqués !), s’empressa de faire barrage à cette initiative.

C’est ainsi que j’échouai avec d’autres collègues « virés » (les directeurs de France Inter, France Culture entre autres !) au septième étage de la maison de la radio, où on transféra nos bureaux… dans l’attente de jours meilleurs. Nous eûmes vite fait de baptiser cette portion de couloir, « l’allée des cyprès » ! De quoi se plaignait-on ? Nous continuions d’être payés, avec les avantages attachés à nos fonctions. Là encore, une triste habitude du service public : le placard plus ou moins doré pour les cadres écartés !

Confusion

Sitôt annoncées, J.M.Cavada entendait que les nominations soient immédiatement effectives. Les nouveaux directeurs devraient prendre leurs fonctions toutes affaires cessantes, comme lors de la formation d’un nouveau gouvernement.

Le seul petit problème qui avait échappé au « grand professionnel » de l’audiovisuel qu’il se targuait d’être est qu’une grille de programmes ne se manipule pas au gré des humeurs d’un PDG. Ainsi, Pierre Bouteiller animait une quotidienne très écoutée sur France Inter, qu’il ne pouvait abandonner du jour au lendemain, surtout pour prendre la direction d’une chaîne – France Musique – dont tous les contrats et les programmes étaient arrêtés jusqu’à la fin de la saison. Pierre Bouteiller, qui lui était un vrai professionnel de la radio – il avait été directeur des programmes de France Inter de 1989 à 1996 – me demanda comme un service d’assurer la continuité de l’antenne, le temps qu’il puisse « céder » son émission et prendre ses marques. Ce que je fis d’autant plus volontiers que les méthodes du nouveau PDG avaient hérissé au plus haut point l’ensemble des collaborateurs de la Maison ronde.

Les semaines s’écoulaient. J’étais toujours salarié de Radio France, mais plus directeur de France Musique, et dans la plus totale incertitude. Je prenais des contacts à l’extérieur, sans pouvoir clairement poser de candidature à tel ou tel emploi. Situation des plus inconfortables. Rien ne bougeait du côté de la présidence. A la demande du bras droit de J.M.Cavada, j’avais élaboré un projet de refonte du programme Hectorun programme musical classique diffusé en continu par satellite, et la nuit sur France Musique. Je m’aperçus quelques mois plus tard qu’on avait généreusement emprunté à mon texte ! Pas de droit d’auteur sur les bonnes idées…

J’annonçai au secrétariat du PDG que je prendrais quelques semaines de vacances en juillet, je n’eus ni réponse ni avis contraire.

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Convocation

De retour de vacances début août, je trouvai une lettre recommandée venant de Radio France… me convoquant à un entretien le 18 juillet ! J’appelai la Direction du personnel (on ne disait pas encore DRH) qui, confuse, me confirma que l’ordre était venu de M.Cavada lui-même d’en « finir » au plus vite avec moi (et de préférence au milieu de l’été pour éviter d’éventuelles vagues !).

Nous convînmes d’un nouveau rendez-vous, je fus reçu par le directeur général de Radio France, et l’adjointe de la directrice du personnel. L’un et l’autre s’excusant de devoir se prêter à cette procédure. Il leur fallait trouver un motif pour me licencier, une baisse de l’audience de France Musique peut-être ? Çà tombait mal, la dernière vague Médiamétrie de juillet faisait état d’une audience établie à 1.7, en nette remontée par rapport à la vague et à l’année précédentes. Cette audience étant mesurée sur « ma » grille de programmes, puisqu’il n’y avait aucun changement depuis mon remplacement par P. Bouteiller en janvier ! Je finis par souffler à mes interlocuteurs désolés qu’on pouvait invoquer un « désaccord » entre le nouveau PDG et l’un de ses principaux collaborateurs. Ainsi fut écrite ma lettre de licenciement ! Mon départ de Radio France fut réglé avec une rare élégance par la directrice du personnel, avec qui je m’étais parfaitement entendu pour traiter de situations souvent délicates (lire Fortes têtes). 

C’était le grand saut dans l’inconnu, mais je préférais mille fois la clarté et la liberté à l’ambiguité dans laquelle j’étais placé depuis le début de cette année 1999. Quelques semaines plus tard, allait commencer une autre aventure, inattendue, inespérée. J’y reviendrai !

PS 1 Ce n’est pas parce que j’évoque la fin de mon aventure à France Musique, que je ne ne reviendrai pas à certains souvenirs, à certains portraits.

PS 2 Au moment où France Musique et les autres chaînes présentent leurs grilles de rentrée, je me rappelle avoir été, bien involontairement, à l’origine des « grilles d’été » de Radio France. Arrivant de la Radio Suisse romande, où les deux mois d’été étaient déjà sous le régime d’une grille « allégée », je proposai dès l’été 1995 un système de même type, une grille d’été très différente de la grille de saison (j’en reparlerai à l’occasion)  La règle à Radio France c’était juste le mois d’août en mode service minimum, beaucoup de rediffusions, et la quasi-totalité des producteurs, journalistes et animateurs en vacances. A l’été 1996, mes collègues de France Inter et France Culture m’emboitèrent le pas, tout le monde trouvant beaucoup d’avantages à la liberté, à la souplesse que permet une grille d’été (notamment pour tester de nouveaux concepts, de nouvelles voix).

Serres et Venise

Que dire de plus que le torrent d’éloges unanimes qui a suivi l’annonce du décès de Michel Serres samedi dernier ? Comme beaucoup d’auditeurs de France Interj’ai entendu sa dernière émission. Il était l’invité de Question politique le dimanche 26 mai, jour d’élections européennes !

Le succès de Michel Serres – un peu comme Jean d’Ormesson à qui il m’a souvent fait penser ! – tenait à son aisance, sur le petit écran, à nous rendre plus intelligents. Les cheveux blancs, l’accent rocailleux de son Tarn natal, la vivacité de l’oeil, l’impression qu’il donnait d’embrasser l’univers et l’histoire, ont tôt fait de lui assurer une place de choix dans la sphère collective.

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Je n’ai pas beaucoup lu Michel Serres, je l’avoue. Ce petit bouquin sobrement intitulé Musique, sorti il y a huit ans, m’avait échappé. Peut-être devrais-je le lire…

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« D’où jaillit la Musique ? Des bruits du monde ? Des clameurs issues des assemblées ? De nos émotions ? Et comment la définir ? Rien de plus difficile que de
répondre à ces questions. J ai préféré dire ce qu elle est en trois contes.
Légendaire, le premier suit la vie d Orphée, son initiation auprès des Bacchantes et des Muses, puis sa plongée dans les Enfers à la recherche d Eurydice, son amante. Comment aimer en Musique ?
Autobiographique, le second envahit le Grand Récit de la connaissance qui devient ici une Grande Symphonie. Peut-on penser en Musique ?
Biblique enfin, le dernier psalmodie, de la Genèse à la Nativité. Doit-on prier en Musique ? »

L’interview avait donnée Michel Serres « compositeur raté, pianiste passable » à Télérama (« N’étant porteuse d’aucun sens, la musique les possède tous ») mérite d’être relue.

Autre actualité à laquelle a échappé de justesse Michel Serres : l’accident survenu à Venise dimanche matin :

C’est un message de mon amie Arièle Butaux sur Facebook qui m’a alerté presque en temps réel. J’avais eu la naïveté de croire que ce que j’avais vu – et dénoncé – , il y a deux ans (La valse de la lagune), le scandale absolu de cette invasion, avait cessé.

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Depuis dimanche, on nous dit que ces monstres ont été interdits à Venise… en 2012, puis à nouveau en 2019 ! Et pourtant…

On ressort des études, plus ou moins sérieuses, qui démontreraient qu’un bateau de ce genre à quai pollue plus que la totalité du parc automobile d’une grande ville.

Mais quand le leader des croisiéristes – MSC – le propriétaire du bateau fou de Venise, achète pour quelques millions de pub dans tous les grands médias, ajoutant, à destination du public français, que ses bateaux sont fabriqués en France (aux chantiers navals de Saint-Nazaire), quand les élus de Venise – et d’autres villes ou sites touristiques (comme Santorinlorgnent sur la manne prodigieuse des hordes de touristes déversées par ces paquebots, comment invoquer le respect de l’environnement, les bonnes pratiques écologiques ?

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Ce n’est pas seulement à Venise que le scandale est insupportable. Comment a-t-on pu laisser proliférer de tels monstres, de telles villes flottantes, au mépris de toutes les règles les plus élémentaires du vivre-ensemble et du respect de l’environnement ? Je n’ai pas beaucoup entendu les écolos sur le sujet…

Sur cette photo, publiée sur les réseaux sociaux, on peut comparer la taille du Titanic à celle de l’un des paquebots d’aujourd’hui… Sans commentaire.

Premier avril

Le très honorable Camille de Rijck écrivait hier soir sur sa page Facebook : Je suis déjà épuisé par tous les poissons d’avril qui vont nous tomber dessus et nous faire rire comme des tyroliens en culotte de peau qui se claquent les paumes sur les cuisses en vidant un demi !

Je ne partage pas le sentiment de l’excellent producteur de Table d’écoute (entre autres) sur Musiq3Je trouve que le « poisson d’avril » a tendance à se raréfier sur les antennes de radio et de télévision, au motif sans doute que l’actualité est trop sérieuse ou tragique pour qu’on puisse en plaisanter…

Je me rappelle pourtant de grands moments sur les chaînes où j’ai travaillé ou que j’ai dirigées. Deux me reviennent particulièrement en mémoire, sur France Musique, au début des années 90.

Avec la complicité de la rédaction de France Culture / France Musique, l’équipe des Dépêches Notes, les brèves d’actualité, entend développer une information de première importance : à compter de ce 1er avril, la Sécurité sociale va rembourser la musique classique, les bienfaits de la musicothérapie étant révélés par une étude commandée par le gouvernement ! L’équipe obtient une interview exclusive du Premier ministre de l’époque, Edouard Balladur, et pour faire bonne mesure, enregistre la réaction de l’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand, l’indéboulonnable Jack Lang, qui revendique la paternité de cette mesure !

Lors de la réunion de direction qui rassemble les patrons de chaînes et autres directeurs de la Maison ronde autour du PDG de Radio France (à l’époque Jean Maheu), mes collègues me félicitent de ce joli poisson d’avril et me demandent comment nous avons convaincu le Premier ministre et l’ancien ministre de se prêter au jeu !

Personne n’a entendu la supercherie ! Ce n’était ni Balladur ni Lang, mais un jeune et déjà très talentueux imitateur qui fait alors partie de l’équipe de l’émission Rien à cirer animée par Laurent Ruquier sur France Inter: Laurent Gerra

Autre souvenir : L’annonce de la réconciliation de deux figures dominantes de la vie musicale de ces années-là, Pierre Boulez et Marcel Landowski

Celle-ci s’est déroulée lors d’une soirée disco dans une boîte de nuit très en vogue à Paris, comme le confirme l’académicien lui-même au micro de France Musique. Cette fois c’est bien Marcel Landowski qui s’est beaucoup amusé à donner cette vraie-fausse interview ! On a su après coup que Pierre Boulez avait bien ri de ce poisson d’avril !

 

Marcel Landowski, né en 1915, mort il y a vingt ans le 23 décembre 1999, n’a pas laissé, comme compositeur, le souvenir d’une personnalité très originale – euphémisme ! -. En revanche, on lui doit l’organisation de la vie musicale française, les orchestres en région, lorsqu’il fut le premier directeur de la musique du Ministère de la Culture sous Malraux. Une organisation qui aurait le plus grand besoin d’évoluer…

Monument

Pas plus tard qu’en septembre dernier, à l’occasion d’une sympathique petite cérémonie à France Musique, Arnaud Merlin – l’une des voix du jazz sur l’antenne – me donnait des nouvelles d’André Francis (de son vrai nom André Brut).

Voici qu’on apprend que l’un des producteurs les plus emblématiques de Radio France – pas seulement France Musique – est mort paisiblement dans sa 94eme année…

J’ai eu la chance de côtoyer ce monument, et même d’essayer de le diriger (comme directeur de France Musique). Tant de souvenirs me reviennent de ce fort caractère qui connaissait tout et tout le monde.

Deux surgissent au moment de lui rendre hommage.

D’abord l’incroyable soirée que ses amis producteurs, musiciens et la direction de la chaîne avaient organisée pour les 50 ans de présence ininterrompue d’André sur les ondes de Radio France…et une retraite à laquelle, lois du travail obligent, il avait dû se résoudre. Ce devait être en 1995 ou 1996. J’imagine que France Musique va retrouver trace de cette soirée.

Autre souvenir. Après la disparition de Michel Petrucciani il y a vingt ans (Michel qui avait bien entendu participé à la soirée Francis), le 24 janvier 1999, à la demande instante du nouveau PDG de Radio France, Jean-Marie Cavada – qui n’avait finalement pas daigné paraître à cette soirée !! – c’est André Francis qui s’était spontanément proposé de prendre les contacts pour rendre au fantastique pianiste l’hommage qui lui était dû. Et ce fut de nouveau une incroyable soirée !

Je ne sais où sont passés – si même ils ont été répertoriés et archives – les milliers de bandes qu’André Francis conservait dans son bureau et chez lui…

Un grand serviteur du jazz s’en va. Son œuvre demeure.

Le Goncourt et la Finlande

Après le mauvais bouquin de Ségolène Royal – recyclage de ses thèmes de campagne de 2007 sur le mode « j’ai eu raison avant tout le monde », agrémenté de quelques piques pas très fines sur à peu près tout le personnel politique, surtout celui de son camp, les souvenirs, souvent drôles, parfois répétitifs, de Jane Birkin,

je me disais qu’à la perspective de quelques heures d’avion je devais changer de registre. Et pourquoi pas le Goncourt dont je venais d’entendre l’interview sur France Inter ?

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D’ordinaire, je ne me précipite jamais. Mais ce Nicolas Mathieu – que je ne connaissais pas – m’a d’emblée paru sympathique, modeste, surpris de ce qui lui arrive, pas poseur pour un sou.

J’ai lu la « présentation de l’éditeur » :

Août 1992. Une vallée perdue quelque part dans l’Est, des hauts-fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a quatorze ans, et avec son cousin, pour tuer l’ennui, il décide de voler un canoë et d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté, sur la fameuse plage des culs-nus. Au bout, ce sera pour Anthony le premier amour, le premier été, celui qui décide de toute la suite. Ce sera le drame de la vie qui commence. Avec ce livre, Nicolas Mathieu écrit le roman d’une vallée, d’une époque, de l’adolescence, le récit politique d’une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt. Quatre étés, quatre moments, de Smells Like Teen Spirit à la Coupe du monde 98, pour raconter des vies à toute vitesse dans cette France de l’entre-deux, des villes moyennes et des zones pavillonnaires, de la cambrousse et des ZAC bétonnées. La France du Picon et de Johnny Hallyday, des fêtes foraines et d’Intervilles, des hommes usés au travail et des amoureuses fanées à vingt ans. Un pays loin des comptoirs de la mondialisation, pris entre la nostalgie et le déclin, la décence et la rage.

Et je me suis dit : encore un de ces faux romans naturalistes, autobiographiques, à la Eddy Louis. J’ai quand même téléchargé un extrait…et j’ai très vite téléchargé tout le livre. Parce que, comme une oeuvre musicale inconnue qui vous empoigne, vous surprend, vous captive, le roman de Nicolas Mathieu vous embarque, ne vous lâche plus. Dans une langue à la fois très élaborée, mais jamais précieuse, ni auto-complaisante, et très directe, un mélange que je n’imaginais pas possible entre le parler cru des ados et de purs moments de poésie, le récit coule, fluide, riche de mille détails qui dressent un décor sans digressions inutiles.

Bon, voilà, j’aime ce livre, j’aime cet écrivain et je félicite l’académie Goncourt !

Hier je partais pour la Finlande, où je n’avais pas remis les pieds depuis l’été 2006 (Helsinki et la Carélie), et une semaine en décembre 2005 à Helsinki, à l’occasion du concours Sibelius de violon.

Voyage intéressé, conséquence directe d’un dîner d’après-concert en juillet dernier (lire George et Igor). J’avais écrit ceci :

« Alors Le Sacre à la manière Rouvali ? Je manque d’objectivité sans doute, mais j’ai entendu hier soir tout ce que j’aime dans cette partition, les scansions primitives – dommage que les orchestres français n’aient plus (?) de basson français, mais les solides Fagott allemands ! – , les rythmes ancestraux, la fabuleuse organisation des coloris fauves de l’orchestre. Il n’est que de réécouter le concert ici : francemusique.fr.

Et la confirmation que le jeune chef finlandais – 32 ans seulement – est déjà l’une des très grandes baguettes de notre temps. On n’attendra pas quatre ans pour le réinviter à Montpellier… » 

Santtu-Matias Rouvali – c’est lui le jeune chef de 32 ans, 33 depuis deux jours ! – me disait à ce dîner, dans la chaleur des nuits de Montpellier, qu’il voulait revenir au plus vite au Festival Radio FranceVoeu partagé, mais qui semblait loin d’être exaucé, puisque, comme tous les surdoués de sa génération, SMR est très pris, très demandé, « principal conductor » de l’orchestre de Göteborg, « principal guest conductor » du Philharmonia de Londres, et directeur musical, depuis 2010 de l’orchestre philharmonique de Tampere, l’un des très bons orchestres de Finlande.

Mais quand on veut, on trouve, et la solution fusa presque immédiatement : « Invite-moi avec « mon » orchestre de Tampere, je te promets, je reviens en 2019″ ! Il ne fallait pas me le promettre deux fois. Le temps que la nouvelle directrice générale de l’orchestre prenne ses fonctions début août, et le contact était noué.

Et me voici à Tampere, pour discuter de la venue de l’orchestre et de son chef, sans doute pour deux concerts et deux programmes, à Montpellier l’été prochain. Et voir et entendre ces musiciens et leur chef répéter et jouer dans leur fabuleuse salle de concert – quelle acoustique idéale ! – IMG_9970

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Dans quelques heures, un programme qui est la marque de l’originalité du chef. Son premier Carmina Burana – succès populaire garanti – avec pas moins de 200 choristes sur scène (tous « amateurs » mais à quel niveau !!) – précédé de mélodies avec orchestre (pour baryton et soprano) de Richard Straussque je n’ai personnellement jamais entendues en concert. Impatient !

 

 

Nids d’espions

J’écoute rarement la radio en milieu d’après-midi, sauf lorsque j’ai un trajet à faire en voiture. Ce qui m’est arrivé récemment. J’ai pris en cours de route Affaires sensibles, l’émission de Fabrice Drouelle sur France Inter, consacrée ce jour-là à Georges Pâques, l’espion français du KGBL’invité, Pierre Assoulineracontait sa fascination pour ce personnage, Georges Pâques (1914-1993) au coeur de l’une des plus retentissantes affaires d’espionnage du XXème siècle.

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Je dus faire plusieurs librairies avant de trouver Une question d’orgueil.

« Qu’est-ce qui pousse un homme à trahir son pays ? Ou, plus précisément : qu’est-ce qui pousse, en pleine guerre froide, un haut fonctionnaire français, doté de responsabilités à la Défense et à l’OTAN, à transmettre des documents secrets au KGB pendant près de vingt ans ? Ni l’argent ni l’idéologie. Quoi alors ? Obsédé par ce cas unique dans les annales de l’espionnage, l’auteur décide de tout faire pour retrouver cet antihéros de l’Histoire et tenter de déchiffrer ses mobiles. Une longue traque va s’ensuivre, où il reviendra à deux femmes de lui livrer les clés de ce monde opaque. » (Présentation de l’éditeur)

Inutile de dire que Pierre Assouline nous tient en haleine et que ce livre a tous les ingrédients d’un roman… d’espionnage ! Passionnant.

Comme à mon habitude – de lire plusieurs bouquins en parallèle – je suis aussi plongé dans un ouvrage qui vient de paraître. L’auteur était jusqu’à l’an dernier le patron des espions français, Bernard Bajolet a été, en effet, le tout puissant directeur général de la Sécurité extérieure (DGSE) de 2013 à 2017, après une carrière diplomatique exceptionnelle qui l’a mené au coeur de tous les poudriers de la planète (Damas, Sarajevo, Bagdad, Kaboul, Alger…). Il a inspiré les scénaristes de la fameuse série Le Bureau des légendes.

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Bernard Bajolet entraine le lecteur dans les points chauds du globe où son parcours de diplomate l’a conduit : Syrie, Jordanie, Bosnie, Irak, Algérie, Afghanistan… Il le fait assister à ses rencontres avec des personnages souvent fascinants, parfois sulfureux, lui fait entrevoir les coulisses des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens, l’introduit dans le bureau de quatre présidents français : Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Hollande.
Voyage dans l’espace, voyage dans le temps : Bernard Bajolet ne livre pas seulement des souvenirs sur sa période diplomatique -de 1975 à 2013-. Il les relie à l’Histoire plus ancienne –notamment lorsqu’elle donne des clés d’explication- et les rapproche des développements récents de l’actualité, qui trouvent en partie leur origine dans les évènements dont il a été le témoin. Il explique comment l’intervention des Etats-Unis en Irak en 2003 et leur gestion de l’après-guerre ont favorisé l’avènement de Daech.
Par le biais de la petite histoire qu’il a vécue, -semée d’anecdotes souvent pittoresques, il fait entrer le lecteur dans la grande Histoire, et pose la question du rôle de la France et de l’Europe dans un monde dérégulé (Présentation de l’éditeur)

Autant le dire d’emblée, ceux qui s’attendent à un récit enjolivé et linéaire des exploits d’un diplomate chevronné ne seront certes pas déçus, mais ce livre est beaucoup plus que des mémoires ordinaires. J’en ai plus appris sur l’histoire du Moyen Orient depuis soixante ans… et depuis Jésus et Mahomet, sur l’essence, la nature et la dérive des religions, en quelques chapitres saisissants d’intelligence, de concision, de connaissance intime des peuples moyen-orientaux et de leur histoire, qu’en plusieurs gros pavés de « spécialistes » auto-proclamés. Les chapitres consacrés à la Syrie sont parmi les plus éclairants, les plus intelligibles, qu’il m’ait été donné de lire. Mais tout le reste est à l’avenant. Je ne connaissais pas Bernard Bajolet, sinon son titre et sa fonction. Son livre me donne le regret de ne pas l’avoir croisé plus tôt.

L’intérêt est nettement moindre, et la déception avérée, avec une nouveauté au titre fracassant :

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La journaliste, comme l’écrit un lecteur de cet ouvrage, » semble faire de ce livre son journal intime et paraît par moments très satisfaite d’elle-même. La narration est parfois un peu pénibleUn peu d’humilité serait la bienvenue, de même qu’un récit plus axé sur son sujet.
Certaines questions auraient eu le mérite d’être plus creusées.
Pour résumer, la journaliste semble avoir pris du plaisir à découvrir ce monde, et à le montrer aux autres fièrement, mais passe à côté de nombreuses questions intéressantes et accessibles. (Source Amazon)