Irma la dure

Faut-il se résoudre à ce que l’inacceptable s’ajoute désormais systématiquement à l’insupportable (ou inversement) lorsque survient une catastrophe ? (lire Les jours enfuis)

Quand tout un territoire est ravagé par un ouragan – Irma – dont la puissance n’a aucun antécédent connu dans la région, quand toute une population devient prisonnière chez elle du fait de cette catastrophe, la priorité, la seule, l’unique, c’est la mobilisation nationale, Etat, services publics, associations, citoyens. Sans discussion, sans délai, sans hésitation.

Qu’advint-il, comme toujours ? Les démagogues de tout poil n’attendirent même pas un délai de décence (mais le mot même leur est inconnu) pour stigmatiser tout ensemble le président, le gouvernement, forcément coupables de ne pas avoir anticipé, prévu. L’ineffable député des Alpes-Maritimes (en voilà un que les médias s’arrachent – c’est bon pour eux, ça fait le buzz !) va jusqu’à confondre les ouragans…

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Magnifique photo due à Matthieu Mondolonijournaliste à France InfoUn instantané d’humanité qui a valu à son auteur un torrent de commentaires, d’insinuations, d’accusations sur les réseaux sociaux. Lamentable, abject ! Au point que le reporter a dû se fendre aujourd’hui de plusieurs tweets pour rétablir la simple vérité :

Oui, les militaires que j’ai vus dans cet aérogare font tout ce qu’ils peuvent pour aider et sont souvent tristes de ne pouvoir faire plus.
Je rapporte des choses vues et entendues, en vérifiant mes infos, bref je fais mon taf de journaliste quoi

Le coup de Jarnac

Peut-on, comme mon ami Bruno Fontaine, faire un mauvais jeu de mots avec l’actualité mortuaire de cette première semaine de janvier ? Oui, surtout si c’est pour honorer l’esprit Charlie : « 2016, année d’art et décès ? ».

Le mort de ce 8 janvier, c’est bien sûr François Mitterrand. Il y a vingt ans, c’était un lundi.

J’étais alors responsable de France Musique, et en 1996, nous ne disposions d’aucun moyen de communication numérique, avec alertes instantanées sur nos portables, etc. En milieu de matinée, j’apprends, d’abord par une rumeur au sein de la Maison ronde, puis en demandant confirmation à la rédaction, le décès de l’ancien chef de l’Etat survenu au petit matin avenue Frédéric Le Play, dans le 7ème arrondissement.

Que fait-on concrètement lorsque survient ce type de nouvelle ? Je rejoins Claude Samuel, alors directeur de la Musique (et mon supérieur hiérarchique direct). Le cas n’est pas banal, nous ne sommes pas dans la situation de la mort inattendue d’un président de la République en exercice, comme pour Pompidou le 2 avril 1974. Et France Musique n’est pas une chaîne centrée sur l’information, l’actualité, comme France Inter ou France Info. Nous décidons de demander des instructions à la Présidence de Radio France qui doit bien avoir prévu le coup. On nous laisse libres de modifier ou non nos programmes. Ceux qui sont prévus pour ce lundi, notamment les diffusions de concerts, ne comportent pas d’oeuvres qui contrediraient la triste nouvelle. Nous les maintenons donc, en revanche nous prévoyons en fin d’après-midi et une partie de la soirée une sorte de rétrospective musicale des années Mitterrand, sachant que le défunt n’était pas amateur de musique. Mais de la création de la Fête de la Musique à la construction de l’Opéra Bastille, ses deux septennats sont plutôt riches de décisions musicales. Dans lesquelles Pierre Boulez (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/01/06/un-certain-pierre-boulez/) a joué un rôle primordial…

François Mitterrand n’a pas fini de fasciner, et les étals de librairies regorgent de biographies, témoignages, rééditions de toutes sortes. Je renvoie aux deux livres cités avant-hier (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/01/06/devoir-de-memoires/). Notamment les pages où André Rousselet raconte non seulement les derniers jours de Mitterrand, mais surtout les conditions dans lesquelles ce dernier l’a désigné comme son exécuteur testamentaire et comment les obsèques de l’ancien président ont dû être organisées. En présence des deux familles, et pas dans le Morvan, sur le Mont-Beuvray, où François avait semble-t-il promis à Danielle de partager sa dernière demeure, mais à Jarnac auprès de ses grands-parents…

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http://www.ina.fr/video/CAB96001836