L’accueil critique et public de l’opérette de Roussel a été unanime. On ne peut que regretter, comme Laurent Bury sur Forumopera, qu’il n’y ait eu que cinq représentations : …Les Frivolités Parisiennes ont su également faire les bons choix, avec une équipe de chanteurs-acteurs qui se donnent sans compter. A tout seigneur tout honneur, il faut inévitablement commencer par chanter les louanges de Marie Lenormand, qui hérite du rôle en or de Béatrice, la nièce religieuse, irrésistible dans l’air où elle confesse avoir jadis péché. Quelques mots suffisent à Till Fechner pour imposer un savoureux personnage de notaire revêche, imperméable mastic et clope au bec. Les deux couples formées par les nièces et leur conjoint sont admirablement caractérisés : la Noémie versaillaise de Lucile Komitès et son époux coureur de jupon Aurélien Gasse, la Christine superbement idiote de Marion Gomaret son lamentable conjoint Charles Mesrine. En Lucine, Marie Perbost fait valoir un timbre limpide et une excellente diction, mais son personnage reste très sage. Noël donne à Fabien Hyon l’occasion de montrer une belle vaillance vers la fin de l’œuvre, et Roussel est bien heureux qu’on ait confié ce rôle à pareil titulaire. Pour avoir peu à chanter, Romain Dayez n’en manifeste pas moins une très séduisante désinvolture dans le rôle du docteur. »
On n’aurait pas dit mieux. Un pur régal !
Pour célébrer au jour près le bicentenaire de la naissance d’Offenbach, le Palazzetto Bru Zane et l’Opéra Comique avaient bien fait les choses en choisissant Madame Favart, dans la salle… Favart !
Dans cet opéra comique, créé en 1878, Offenbach s’empare d’un sujet historique :
« Le maréchal de Saxe veut séparer Charles-Simon et Justine Favart afin de faire de l’actrice sa maîtresse. Les voilà forcés de vivre séparés et cachés. Leur génie de l’intrigue sauvera-t-il leur couple ? Immense actrice de l’époque des Lumières, Justine fut aussi une héroïne. Fuyant entre France et Pays-Bas les assiduités du maréchal, elle change d’identité pour sauver son honneur, le bonheur de ses amis, la carrière de son époux dramaturge et, sans le savoir… l’avenir de l’Opéra Comique. À peine romancée, l’anecdote se mêle à l’Histoire pour s’achever par un spectacle dans le spectacle. Avec Madame Favart, Offenbach a réussi à conjuguer récit picaresque et célébration de l’opéra-comique dans une pièce lyrique à souhait. Presque oubliée après des décennies de succès, cette grande comédie renaît pour le bicentenaire du compositeur. »
Avouera-t-on une petite déception ? Des longueurs, un livret décousu, des dialogues parlés inutiles, et un final faiblard. Mais une résurrection bienvenue sur le plan musical, grâce à une belle équipe menée tambour battant par Laurent Campellone à la tête d’un orchestre de chambre de Paris qui trouve vite ses marques dans une partition qui ne lui est pas familière.
Marion Lebègue embrasse le rôle-titre avec une présence scénique indéniable. une voix opulente à la diction souvent problématique. Anne-Catherine Gillet est une parfaite Suzanne. candeur, élégance, pétulance !
Chez les ténors, François Rougier campe un Hector un peu lourdaud. Si la voix est claire et bien projetée, on aurait aimé davantage de demi teintes ; cependant le chanteur utilise efficacement ses aigus émis en force à des fins comiques dans une tyrolienne bien acrobatique. Eric Huchet incarne un gouverneur Pontsablé d’une fatuité et d’un ridicule irrésistibles.
Le Charles-Simon Favart de Christian Helmer semble gêné par la tessiture tendue. En Cotignac et Biscotin, Franck Leguérinel et Lionel Peintre ont, eux, peu à chanter : par leur présence scénique ils n’en campent pas moins des personnages savoureux.
C’est à Emmanuel Chabrier qu’on doit cette flèche célèbre : « Il y a deux espèces de musique, la bonne et la mauvaise. Et puis il y a la musique d’Ambroise Thomas ».
Tous les compositeurs ne sont pas égaux au tribunal de la postérité. Ambroise Thomas tente de sortir du purgatoire où l’avait consigné un mot assassin de Chabrier. L’occasion à Paris n’est pas si fréquente. Pour ne pas laisser passer une nouvelle fois la chance, l’Opéra Comique a mis les bouchées doubles : un chef convaincu par ce répertoire qui au moment des saluts brandit la partition d’Hamlet en un geste justicier, certains de nos meilleurs chanteurs français et, comme si ce n’était pas assez, un metteur en scène cinéaste – Cyril Teste – invité avec ses techniciens et ses caméras. Qui osera ensuite dire Thomas ringard ?
Un « chef convaincu », et diablement convaincant, je peux l’attester ! J’avais déjà eu la chance de voir la production de Covent Garden en 2003, Louis Langrée y dirigeait un bouleversant Simon Keenlyside et une époustouflante Natalie Dessay.
Impossible de rêver mieux : Stéphane Degout que j’avais vraiment découvert lors d’une semaine que France Musique avait passée à l’Opéra de Lyon à l’automne 1998, parmi toute une ribambelle de chanteurs qui ont, depuis, tous fait un magnifique parcours (Stéphanie d’Oustrac, Karine Deshayes…) – semaine qui s’était achevée par la production inaugurale du – bref – mandat de Louis Langrée, Ariane et Barbe-Bleue de Dukas, avec Françoise Pollet dans le rôle-titre ! – Stéphane Degout donc, que j’avais invité pour un récital à Liège en 2003 ou 2004, dont j’ai suivi le fabuleux parcours grâce aux réseaux sociaux, mais que je n’avais pas vu ni entendu en scène depuis longtemps. Quel acteur, quel admirable chanteur – rondeur, chaleur du timbre, puissance et homogénéité sur toute la tessiture, diction absolument parfaite -, il est Hamlet !
Tout comme Sabine Devieilhe est Ophélie. Follement applaudie au IVème acte, elle se joue de toutes les difficultés de son grand air, où la seule virtuosité ne suffirait pas à rendre justice au personnage, elle émeut jusqu’aux larmes.
Toute la distribution est admirable : Sylvie Brunet-Grupposo en reine Gertrude fait plus d’une fois penser à Rita Gorr, les hommes – Laurent Alvaro, Julien Behr, Jérôme Varnier (formidable Spectre), Kevin Amiel, Yohann Dubruque, Nicolas Legoux – sont tous à saluer ! Il faut évidemment applaudir le choeur Les Eléments, habitués des lieux, toujours si bien préparés par Joël Suhubiette.
Dans la fosse, une formation qui, décidément, prend goût au répertoire lyrique et au travail avec Louis Langrée, puisque, sauf erreur de ma part, c’est leur troisième collaboration sur un opéra (après Pelléas et Mélisande et Le Comte Ory) : l’Orchestre des Champs-Elysées et ses solistes si sollicités (le trombone solo!) se couvrent de gloire. La balance fosse-scène est idéale, dans cette salle si sonore, Louis Langrée révèle toutes les richesses de la partition, en évitant surcharge et grandiloquence, pour se concentrer sur le drame, le théâtre, l’humanité des personnages.
A l’entracte, les sentiments étaient mélangés sur la mise en scène de Cyril Teste. Moi j’ai marché, le recours à la vidéo, qui peut vite tourner au procédé, m’a semblé ici parfaitement coller au propos, à l’intemporalité du drame shakespearien. Belle direction d’acteurs, pas de gadget superflu.
Longue, très longue ovation finale pour tous les protagonistes d’une production qui restera dans les annales de l’Opéra comique !
Le spectacle doit être capté par MediciTv et Mezzo, il sera diffusé sur France Musique le 6 janvier 2019. A ne pas manquer, pour ceux qui n’auraient pas la chance de le voir d’ici le 29 décembre.
Côté people, c’était assez amusant de constater la présence de pas mal d’ex, un ex-directeur de l’Opéra comique, une ex-directrice de la Danse de l’Opéra, une ex-ministre de la Culture faisant la bise à un ex-PDG de Radio France, pas rancunier, que j’ai eu plaisir à revoir et à féliciter pour sa nouvelle activité (Majelan, la plate-forme de podcasts de Mathieu Gallet).
Étrange, je n’ai jamais parlé de lui sur ce blog. Il a fallu un éditorial sur forumopera – et les commentaires qui ont suivi, pour que je m’aperçoive que j’ai « oublié » Roberto Alagna, un artiste que je suis et admire quasiment depuis ses débuts, auquel France Musiquea consacré toute une journée le 30 octobre dernier.
Mais un mot de ce remarquable éditorial, qu’on va citer in extenso, puisque je pourrais en reprendre chaque mot. Il est signé, jusque là rien que de très ordinaire, de l’un des fondateurs du site forumopera, qui dès 2004 consacrait un important dossier au ténor français, mais son admiration devient soudain suspecte puisque Sylvain Fortest, comme nul ne peut l’ignorer, l’un des très proches collaborateurs du président de la République. Comment un proche d’Emmanuel Macron peut-il encore s’exprimer sur la musique, l’opéra, un illustre chanteur, dans les colonnes du site qu’il a fondé, sans que cela soit a priori sujet à critique, voire à polémique ? On lui prête tant d’influence, le choix du futur directeur de l’Opéra de Paris, et bien d’autres encore. Les fantasmes ont la vie dure…
« C’était un soir d’août 1993. Le jour faiblissait. La radio diffusait des extraits des répétitions de La Traviata donnée cet été-là aux Chorégies d’Orange, quand soudain résonna le timbre radieux d’un jeune ténor dans la cabalette d’Alfredo. C’était Roberto Alagna. Ce fut comme si le soleil déclinant jetait dans la pièce que gagnait l’ombre un pur rayon d’or. En quelques mesures, cette voix à la fois franche et tendre, lumineuse et profonde, vint imprimer dans notre oreille une trace qui ne devait plus jamais s’effacer.
Roberto Alagna avait alors trente ans et déjà cinq ans de carrière. Nous n’avions jamais pu l’entendre, car sans internet ni réseaux sociaux, alors, seule l’opportunité d’une diffusion ou d’une représentation pas trop lointaine l’aurait permis, et cette opportunité ne s’était pas présentée. De lui, cependant, nous avions alors déjà entendu amplement parler, notamment de la bouche de son « découvreur » et « ange-gardien », Gabriel Dussurget. Nous savions le choc de la découverte, dans cet appartement de la rue de Dunkerque, à Paris, où le ténor était venu se faire entendre, accompagné par sa fidèle pianiste Simone Féjard, de celui qui avait fondé le festival d’Aix-en-Provence et découvert Berganza, Sciutti, Alva, Van Dam, etc. Nous savions l’histoire de ce concours Pavarotti auquel le ténor italien l’avait convié au détour d’une signature de disques dans un grand magasin parisien, et qu’il avait remporté parmi des centaines de candidats – dont Cecilia Bartoli – ; Alagna avait même avant dû cela remporter un concours national de moindre ampleur pour, avec l’argent du prix, s’offrir un costume digne de la finale à Philadelphie. Nous savions les débuts à Glyndebourne, et cette Traviata à La Scala avec Muti. Dussurget se félicitait que le chanteur fût sage et patient, et fît bon usage de l’argent qu’il commençait à gagner. Une réputation s’était forgée et les attentes étaient élevées : peut-être tenait-on là, en France, le meilleur ou un des meilleurs ténors lyriques de sa génération.
Bientôt cependant, on comprit que nous avions affaire à tout autre chose qu’à une belle promesse. La révélation advint en 1994, avec le Roméo et Juliette de Gounod donné au Covent Garden de Londres dans la production toulousaine de Nicolas Joel – autre ange-gardien d’Alagna. Chaque soirée en fut miraculeuse. Le triomphe fut si complet, inédit, fracassant, qu’il fut à tous évident que nous ne tenions pas là simplement un superbe ténor en devenir, un talent rare, ni même un de ces météores dont le monde lyrique est friand. Par le style, l’intensité, le naturel, l’incarnation, nous assistions à la résurrection des plus hautes heures de l’histoire du chant. Revenu chez lui après une représentation de ce Roméo, un spécialiste d’opéra passa la nuit à écouter tous les Roméo de la discographie ; le matin venu, il appela l’agent d’Alagna et lui déclara, en proie à une vive émotion, que jamais, non jamais personne ne l’avait chanté ainsi.
Se brûler en quelques saisons aurait pu être le prix de cette entrée éclatante dans le paysage lyrique. Ainsi, pendant des années, on ne manqua pas de bonnes âmes guettant la chute qui devait inévitablement sanctionner une ascension si fulgurante. Cent fois on annonça sa fin. Cent fois, il fut clair qu’Alagna creusait son sillon sans faiblir. Les grands destins d’artistes sont certes faits d’autant d’épines que de roses. Mais ce destin, Alagna sut ne pas le subir. Inlassablement, il se l’inventa. Pour cela, il refusa de limiter son art aux quelques rôles payants qu’on promène d’une scène à l’autre. Sans cesse il s’est soustrait à la fois de la routine qui endort et des audaces qui tuent. Toujours il s’est renouvelé, réinventé, Phénix échappant aux cendres qu’on lui prédisait et relevant triomphalement les défis qu’il s’était à lui-même lancés.
Trente ans après le début de cette carrière, le « wonderboy » est toujours là, et la provende de sa carrière a passé les promesses de ses débuts, pourtant si brillantes. Celui qui aurait pu être le prodige de quelques années, celui que la vie aurait put abattre lorsque la maladie lui enleva sa jeune épouse, celui que la nature avait doté de ces dons naturels qui souvent fondent en quelques saisons, réussit le véritable miracle : celui de durer.
Ces décennies furent jalonnées de prises de rôle, d’aventures, de découvertes, de voyages, mais aussi de disques soigneusement mis au point, pensés, enregistrés avec les meilleurs dans des studios où la perfection est la seule option. Alagna, bête de scène, génie du direct, n’a jamais cessé d’être aussi cet artisan qui polit son art dans le secret de l’atelier, le remet sur le métier autant que nécessaire, pour en livrer le fruit quintessencié – qui, en matière lyrique, est la vérité de l’accent, la perfection du style, la justesse des couleurs. Si bien que ce coffret n’est en rien une anthologie et encore moins un « best of ». C’est, en soi, un grand et beau chapitre de l’histoire du chant.
Il est frappant qu’aucun de ces disques ne soit un disque de convenance. Chacun relève d’une ambition musicale spécifique qui se traduit par une exploration méthodique, exigeante, du répertoire vocal.
Tout ténor peut céder à la facilité d’enchaîner les tubes du répertoire pour faire valoir ses facilités et son brio. Alagna ne s’en est jamais contenté. Dès son premier disque d’airs d’opéra, il va chercher dans le rare Polyeucte de Gounod, et le Marouf de Rabaud. Il conservera dès lors toujours cette méthode : ne jamais enregistrer un disque pour rien, mais toujours en faire le résultat d’un patient travail de recherche, à la fois pour le répertoire, l’interprétation, les arrangements, et toujours relier ce disque à son identité profonde, qui est à la fois française et italienne.
Disons-le nettement : personne n’a jamais fait entendre à la fois la vibration épique de Berlioz et l’intensité héroïque de Verdi avec autant de vérité et d’engagement. Personne n’a donné un accent aussi lyrique aux pages crues du vérisme italien ni une vérité aussi drue aux grandes mélopées du bel canto. Et dans le répertoire français, nous n’avons pas fini de nous imprégner de cette diction qui semble trouver au cœur des mots la vibration dont naît le chant, comme si la ligne mélodique s’ancrait dans la musicalité profonde de notre langue que pourtant on dit peu chantante. C’est cela qu’on appelle le style : non pas une façon de chanter valable dans tous les répertoires, mais la faculté pour chaque répertoire, chaque œuvre, chaque air, de sculpter le visage du personnage, de définir par la seule voix un caractère et un sentiment, sans jamais perdre de vue la qualité du chant, la tenue de la ligne, cette hauteur de ton qui est aussi une hauteur de vue et qui fait la beauté du chant. Si Alagna a reçu en naissant le don de la voix, tout ce qui lui a permis d’approfondir et de durer est le fruit du seul travail, d’une recherche ininterrompue à la fois sur la technique vocale et sur le répertoire, d’une érudition accumulée avec passion au contact des enregistrements du passé, et d’une curiosité jamais en défaut, jamais tarie, qui le maintient en éveil et le fait avancer.
Ainsi, cette suite d’enregistrements est une exploration fascinante du répertoire vocal mais aussi un autoportrait. De là la volonté du ténor de dépasser les frontières de l’opéra.
Certains puristes ont reproché à Alagna de pratiquer un répertoire plus léger que le répertoire d’opéra, comme si c’était déchoir. Mais ce qui aurait été léger, c’eût été de creuser toujours le même sillon et de ne jamais surprendre. Ce qui aurait été léger, c’eût été de nier l’homme derrière l’artiste, alors que c’est l’homme, ses racines, ses goûts, ses choix, qui font l’épaisseur de l’artiste, et que la chanson ou l’opérette, qu’à quinze ans il chantait dans les cabarets, ont aussi largement contribué à la formation de l’artiste Alagna, ont modelé son imaginaire et continuent de le fasciner. Et puis, le répertoire de la chanson sicilienne ou cubaine ne sont pas plus faciles que l’opéra, parce que l’émotion, les sentiments, les histoires racontées sont enracinées dans une sensibilité et une mémoire complexes. Faire passer cette émotion n’a rien de facile, et parfois même la voix est exposée à nu, l’âme n’a plus le paravent des belles notes, et alors l’artiste se donne sans filtre ni détour. Le soin apporté aux arrangements, aux instruments, aux timbres qui sonnent dans ces chansons est en soi une quête musicale captivante menée par Alagna et ses partenaires.
Devant cette série d’enregistrements, un certain vertige nous saisit. La matière en est vaste, riche, quasiment inépuisable. Ce sont des années de travail inlassable qui se concentrent ici. Et cependant ils ne réunissent qu’une part du travail d’Alagna. Plus large encore est sa curiosité, plus ample encore son travail, plus divers son répertoire ; et les années n’ont jamais interrompu le déploiement d’un artiste qui ne cesse de se réinventer, et de nous livrer sans compter les merveilles qu’il conquiert. Que ce vertige ne nous retienne pas de nous plonger dans les trésors que, pêcheur de perles, il a réunis pour nous dans ce coffret. Le guide en est sûr, le fruit en est certain. Cela n’exige rien de nous en retour sinon un peu de notre âme et de notre attention. C’est bien la moindre des choses pour que le miracle advienne ». (Sylvain Fort, Forumopera, 15 octobre 2018)
J’ai eu la chance de voir Roberto Alagna sur scène, dans ses premières années, et si je n’ai pas entendu la Traviata de 1993, à laquelle Sylvain Fort fait allusion, je me rappelle très bien son Rigoletto de 1995 aux Chorégies d’Orange, un an après ses débuts à la Scala de Milan, sous la direction de Riccardo Muti ! Un choc, une projection inépuisable, une voix solaire.
Même chance d’avoir vu, à peu près au même moment, à l’Opéra Comique à Paris, ce Roméo et Juliette de Gounod, devenu légendaire, donné en 1994-1995 au Capitole de Toulouse et à Covent Garden, avec une partenaire absolument idéale, Leontina Vaduva (extraits vidéo à voir ici)
Le disque suivra bientôt, cette fois avec une autre Roumaine qui partagera sa vie pendant une bonne dizaine d’années, Angela Gheorghiu.
Et puis, en mars 1996, il y aura un somptueux Don Carlos de Verdi au Châtelet, que la récente production de l’Opéra de Paris avec un plateau de stars (lire Don Carlos de Madrid à Parisn’a pas éclipsée.
Difficile, voire impossible, de faire une discographie sélective de Roberto Alagna. Le coffret édité à petit prix (cf. supra) constitue un excellent panorama des talents du chanteur – ses récitals Berlioz, Verdi, Puccini, bel canto sont des must, mais les albums plus « légers » sont tout sauf banals et bâclés. J’ai une tendresse particulière pour le dernier sorti de la liste (2016), des chansons siciliennes et napolitaines, dans de beaux arrangements d’Yvan Cassar, dont Roberto Alagna souligne la douce nostalgie, la mélancolie méditerranéenne plus que l’éclat ou les coups de glotte un peu vulgaires d’illustres aînés.
Enfin, comment ne pas souligner ce que relate Sylvain Fort, la « recherche ininterrompue sur le répertoire », la « curiosité jamais tarie » de notre ténor national, avec ces trois témoignages d’ouvrages rares, donnés à l’instigation du Festival Radio France :
C’est le spectacle à ne pas manquer, en ce début juin, à Paris. La Nonne sanglante, le deuxième opéra de Gounod, ressuscité à l’Opéra-Comique.
Deuxième représentation hier soir, devant une salle comble et à l’enthousiasme généreux, devant une brochette rare de directeurs et anciens directeurs d’opéra – on a vu ou salué Alain Surrans (Angers-Nantes Opéra), Jean-Louis Grinda (Monte-Carlo, Chorégies d’Orange), Hugues Gall, Jean-Paul Cluzel (ex-Opéra de Paris), ThierryFouquet (ex-Opéra-Comique, ex-Bordeaux), mais aussi Philippe Meyer, Michel Fau, Bertrand Tavernier…
Evidemment attirés, comme moi, par une rumeur très favorable, confirmée par les premières critiques parues dans Forumopera, Le Monde.
On connaît le travail du Palazzetto Bru Zane qui s’est attaché cette année à célébrer le bicentenaire de Charles Gounodpendant tout ce mois de juin à Paris. La liste est déjà longue des ouvrages – et des compositeurs – que l’enthousiasme inaltérable de l’équipe du Palazzetto a permis de remettre au jour.
Mais toutes ces redécouvertes ne sont pas d’égal intérêt pour le mélomane, alors qu’on se demande, après la soirée d’hier, pourquoi on n’a jamais remonté cette Nonne sanglante, qui n’égale peut-être pas les chefs-d’oeuvre de Gounod, Faust et Roméo et Juliette, mais que je trouve nettement plus intéressante que Mireille.
Pas de longueurs, de tunnels, de tournures creuses, une veine mélodique qui semble inépuisable, de très beaux airs, un choeur souvent sollicité, que demander de plus ?
Honneur d’abord au magnifique Rodolphe de Michael Spyres(Ceci n’est pas un opéra), dont on ne finirait pas de tresser les louanges, mais aussi à tous les autres rôles (la Nonne de Marion Lebègue, l’Agnès de Vannina Santoni, l’Arthur de la pétillante Jodie Devos, l’impressionnant Ermite de Jean Teitgen, l’impeccable Enguerrand de Hys, etc.), le choeur Accentus et l’Insula orchestra.
Il est des jours où l’exercice du blog est singulièrement difficile, quand le drame percute une actualité joyeuse. Hier ce fut le grand écart entre Liège et Montpellier.
Lorsque j’ai reçu une alerte en fin de matinée sur l’attentat de Liège, je ne savais pas où il s’était produit, mais j’ai tout de suite pensé à ce 13 décembre 2011 de très sinistre mémoire, 5 morts et plusieurs dizaines de blessés, sur la place Saint-Lambert au coeur de la Cité ardente. Et puis, au cours de l’après-midi, j’ai regardé les premières images, de lieux si familiers, au croisement du boulevard d’Avroy, de la rue des Augustins, du boulevard Piercot. J’y suis passé au moins quatre fois par jour pendant plus de dix ans, faisant le trajet de mon domicile à mon bureau. La Salle Philharmonique, siège de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, est à moins de 50 mètres de l’Athénée (lycée) Léonie de Waha.
C’est devant ce lycée qui porte le nom d’une grande féministe belge, Léonie de Waha, que deux policières ont été sauvagement assassinées, c’est sur la façade de ce superbe édifice moderniste, dû à l’architecte Jean Moutschen, inauguré en 1938, restauré au cours de la dernière décennie, qu’on trouve ce bas-relief de Louis Dupont… « L’insouciance de la jeunesse« …
On n’ose imaginer ce qui se serait produit si de courageux employés de l’Athénée n’avaient eu le réflexe de fermer les accès à l’établissement et de faire sortir les enfants par l’arrière.
Finalement, j’aurais pu dire ce qu’une jeune fille répondait hier aux caméras qui l’interrogeaient sur les lieux du crime : « Je passe ici tous les jours, je n’arrive pas à croire que cette horreur a eu lieu ici ».
À Montpellier, ce mardi avait des couleurs plus ensoleillées : la présentation du Festival Radio Franceau Gazette Café, avec un invité de luxe, Paul Meyer, qui nous a offert deux premières mondiales. On y reviendra demain…
Et le soir un récital, à l’opéra Berlioz, de ma très chère Sonya Yoncheva (et de son petit frère Marin Yonchev), magnifiquement accompagnés par Daniel Oren et un orchestre de Montpellier en grande forme.
Une généreuse soirée tout Verdi, que les Parisiens peuvent retrouver ce vendredi au Théâtre des Champs-Elysées.
Un regret : « l’oubli » – ce ne peut qu’être que cela ! – dans la « bio » de la cantatrice publiée dans le programme distribué aux spectateurs de la participation de Sonya Yoncheva à deux soirées inoubliables du Festival Radio France – Iris de Mascagni en 2016, et Siberiade Giordano en 2017. Avec le même orchestre de Montpellier. Le public avait rectifié de lui-même…
Elle est jeune, elle est belle, elle chante, elle joue magnifiquement mais elle a un problème : elle est enceinte !
Eh oui, en 2018, c’est un problème que Julie Fuchs soit enceinte. La formidable Comtesse d’un Comte Ory unanimement salué à l’Opéra Comique à la fin de l’année dernière, tout à sa joie d’annoncer sur les réseaux sociaux qu’elle attendait un heureux événement pour septembre prochain, n’avait sûrement pas prévu les conséquences de cette « révélation ».
(Photo Sarah Bouasse)
La jeune soprano, engagée par l’Opéra de Hambourg, pour chanter Pamina dans une série de reprises de la Flûte enchantée, a relaté elle-même ses malheurs sur sa page Facebook
Merci pour votre soutien énorme pendant ces derniers jours un peu difficiles! Mon intention n’était pas de créer de l’animosité ou une « tempête médiatique », mais simplement d’être honnête avec mes amis, fans et followers sur la raison pour laquelle je ne chanterai pas Pamina à l’Opéra de Hambourg ce mois-ci. Néanmoins ce post m’a fait réaliser que j’étais loin d’être un cas unique et je suis attristée d’entendre que nombre de mes collègues ont vécu et vivent en ce moment des expériences similaires, sans avoir l’opportunité de s’exprimer librement.
Je ne veux pas débattre de chaque détail mais j’aimerais clarifier certains points déjà mentionnés dans mon communiqué de presse : J’ai informé le théâtre de ma grossesse un mois avant le début des répétitions afin de laisser à chacun le temps de résoudre tous les points nécessaires. On m’a assuré jusqu’au dernier moment que les quelques minutes de mise en scène concernées par une éventuelle modification pourraient être adaptées pour permettre ma participation. Puis, jeudi 19 avril, j’apprends que le théâtre me congédie, celui-ci ayant finalement décidé que les changements induits par ma participation nuisaient à l’intégrité artistique du spectacle. Pour être claire, mes répétitions devaient commencer 4 jours plus tard, lundi 23 Avril, hier. Vous imaginerez aisément que je ne me suis pas sentie respectée en tant qu’artiste et être humain. Cela m’a également fait réaliser à quel point il était facile pour un théâtre de renvoyer un artiste sans même proposer de compensation.
Même si je comprends évidemment que les théâtres sont assujettis à la loi, je crois fermement qu’une femme est en mesure de décider en accord avec ses médecins de ce qui est dangereux pour elle ou son bébé. D’autant plus que nous savons tous que les mises en scènes sont communément modifiées pour un artiste blessé, malade ou même en fonction de préférences personnelles.
J’espère très sincèrement que des progrès seront faits dans tous les domaines pour que tous ceux qui exercent leur métier dans les arts, hommes et femmes, soient respectés dans leur travail. (https://www.facebook.com/juliefuchssoprano/)
Il n’y a guère plus à dire que ce qu’exprime Julie Fuchs. Sauf à rajouter qu’à l’injustice s’ajoute ici l’outrecuidance, la prétention quand la direction de l’opéra de Hambourg ose invoquer « l’intégrité artistique » de la mise en scène de Jette Treckel…
On se consolera (?) de cet outrage en revoyant Julie Fuchs triomphante dans le Comte Ory de décembre dernier – en particulier à partir de 48′ –
Je ne sais pas vous, mais moi je ne supporte plus ces querelles familiales autour de l’héritage de Johnny. Notre héros, l’unique, le plus grand, l’éternel. Un authentique saint !
Enfin je vois, officialisé, ce que je savais depuis quelques jours grâce à des amis bien placés. Toutes les stars du classique vont enfin rendre à notre si regretté Johnny Hallydayl’hommage qui lui est dû.
C’est forumopera qui le révèle ce matin, sous la plume ô combien autorisée du célèbre Maximilien Hondermarck :
« Les frontières du cross-over ne cessent de reculer : le label Sony annonce réunir les plus grandes stars de la scène lyrique pour un album entièrement consacré à Johnny Hallyday. Vedette du projet, Jonas Kaufmann confesse avoir appris ses premiers mots de français en écoutant, dans ses années d’adolescence, « L’envie » ou « Je te promets ». Des tubes qu’il reprendra dans leur langue originale. C’est par contre en allemand qu’il chantera, aux côtés de René Pape, « Anmachen das Feuer ! » – comprenez « Allumer le feu ». En bon wagnérien, Pape voit d’ailleurs dans ce titre « une réinterprétation moderne et concise de l’Immolation de Brünnhilde ».
Outre Pape, ce sont la plupart des gloires de l’opéra qui ont répondu présent aux côtés de Kaufmann. La grande Angela Gheorghiu sera là, bien sûr, pour une reprise censément puccinienne de « Que je m’aime ! ». Cecilia Bartoli et Christophe Rousset au clavecin promettent des variations ébouriffantes sur « Gabrielle » (avec ports de voix et contre-mi bémol, dont les versions modernes nous privent si souvent), Bryn Terfel n’aura sans doute aucun mal à convaincre en bad boy dans « Ma gueule », et même Anja Harteros a officiellement annoncé qu’elle annulait sa participation au projet.
Pour accompagner tout ce beau monde, c’est rien moins que la Staatskapelle de Dresde qui a été conviée, dirigée par son chef Christian Thielemann, qui a personnellement mis au point toutes les orchestrations, qu’il souhaite denses et profondes : « On ne peut pas faire à Goldman et Berger ce que Simon Rattle a fait à Beethoven et Brahms » a-t-il sobrement commenté au sortir d’une répétition, en santiags et manteau de cuir.
Nom de la tournée prévue à l’automne 2018 dans les stades européens: « On a tous quelque chose de Johnny ! »
Ce que ne dit pas cet article, c’est que la tournée d’hommage de l’automne sera dirigée par Ivan… Fischer.
Il y a une semaine à Madrid, au Prado, j’observais ce portrait de Charles d’Autriche dû à Alonso Sánchez Coello. C’est tout l’art d’un peintre officiel que de savoir donner de la grâce et de l’allure au rejeton issu du premier mariage de Philippe II et de Marie-Manuelle de Portugal, alors que le jeune homme était ‘difforme, épileptique, d’une laideur repoussante’ comme le rappelle, dans un texte aussi drôle qu’historiquement informé Roselyne Bachelot sur forumopera.com (Don Carlos le vrai).
Je me préparais évidemment pour l’événement de la saison lyrique, le Don Carlos, grand opéra à la française de Verdi créé il y a 150 ans – le 11 mars 1867 – à l’Opéra de Paris, dans une distribution de rêve dominée par le tenorissimo de l’heure JonasKaufmann, qui ne ressemble pas exactement, comme le relève l’ex-ministre chroniqueuse, au personnage qu’il incarne.
J’ai eu la chance de pouvoir assister hier soir à la générale d’un spectacle sold out depuis des mois, précédé d’une rumeur sulfureuse, le metteur en scène Krzysztof Warlikowski ayant déclaré vouloir « mettre à poil le drame de Don Carlos » (Forumopera 22 août 2017).
Petit moment d’angoisse lorsqu’un responsable de l’Opéra se présente sur scène. Ménageant son effet, il énonce la distribution qu’on entendra ce soir, en commençant par les rôles secondaires, puis les personnages principaux, Ildar Abdrazakov en Philippe II, Dmitry Belosselskiy en Grand Inquisiteur, Ludovic Tézier en Rodrigue, Elīna Garanča en princesse Eboli, Hibla Gerzmava en Elisabeth de Valois – première surprise, j’attendais Sonya Yoncheva – et, toute la salle retenant son souffle, Jonas Kaufmann en Don Carlos !
Je ne ferai ici aucune critique de ce que j’ai vu, d’abord parce que ce n’est pas mon métier, ensuite parce qu’il s’agissait d’une générale. Mais je peux tout de même dire le bonheur que j’ai éprouvé à entendre une distribution aussi homogène, sans doute la plus belle qu’on puisse réunir aujourd’hui pour un tel ouvrage – la langue française pour un opéra aussi long n’étant pas le moindre des défis à relever pour les stars en présence -. Les uns et les autres se sont parfois économisés – ou plutôt adaptés à la captation filmée – mais jamais au détriment de la musique et du ressort dramatique.
Philippe Jordan dans la fosse magnifie la partition parfois longuette de Verdi, l’orchestre et les choeurs de l’Opéra superbes de cohésion et de nuances. Et Warlikowski, dont le moins qu’on puisse dire est que je ne suis pas toujours fan, réussit son pari d’exalter une intrigue intime qui s’inscrit dans un univers monumental.
Pour les très nombreux déçus qui n’auront pas la chance de voir ce spectacle dans cette distribution, il y aura la consolation de l’entendre sur France Musique – qui consacre cette semaine une série d’entretiens et vendredi prochain toute une journée à Philippe Jordan – et bientôt en vidéo.
Ce Don Carlos en version française avait déjà été donné, en 1996, dans une autre très grande version et vision, au Châtelet (lire Luc Bondy et Don Carlos) J’en garde un souvenir extraordinaire.
À quelques jours d’intervalle, les deux maisons d’opéra de la région Occitanie, Montpellier et Toulouse, ont fait l’ouverture de leur saison. Deux réussites, saluées comme telles d’abord par le public qui se pressait très nombreux à la première de l’Italienne à Algerà l’Opéra-Comédie le 26 septembre, et qui a fait un triomphe à la troisième représentation de Tiefland hier soir au Capitole.
Pari toujours osé de ne pas choisir un « tube » du répertoire lyrique, encore que le Rossini de Montpellier ne soit pas une rareté.
Un Rossini dirigé comme du Mozart par le maître des lieux, Michael Schonwandt, que je n’avais jamais entendu dans ce répertoire, et qui porte très haut la réussite de ce spectacle à la tête d’un orchestre en très grande forme (savoureux solos de cor, clarinette, flûte) et d’une distribution très jeune et homogène – mention spéciale pour le tout jeune ténor authentiquement rossinien Alasdair Kent,timbre, virtuosité, ligne de chant, élégance.
À Toulouse, le choix de l’ancienne direction du Capitole d’ouvrir la saison avec un ouvrage doublement méconnu a surpris, et sans doute refroidi un public plus friand d’italianita.
Mais ce Tiefland d’Eugen d’Albertest un magnifique ouvrage qu’on ne connaissait que par le disque.
La réussite est totale, sur scène, dans la fosse, avec une distribution de très haute tenue, et l’oeuvre, musicalement, dramatiquement, est fascinante de bout en bout. L’orchestre et les choeurs du Capitole brillent de tous leurs feux sous la baguette très. inspirée d’un expert du romantisme allemand Claus Peter Flor (lire Forumopera : l’amour rédempteur)
Deux références discographiques :
L’Italienne d’Abbado permet de retrouver l’art incomparable d’Enzo Daradisparu il y a quelques semaines.
J’en profite pour signaler la réédition à tout petit prix d’un très bel ensemble Mendelssohn dirigé par Claus Peter Flor
Je ne suis pas de ceux que gênent des applaudissements entre les mouvements d’un concerto ou d’une symphonie (après tout, personne ne trouve à redire à ceux qui saluent une performance vocale dans un opéra), c’est plutôt rassurant quant au renouvellement du public du concert classique. Je me rappelle le conseil d’un directeur de France-Musique à ses producteurs chevronnés (était-ce moi ? si non e vero e ben trovato !) : « Il y a toujours un auditeur qui entend la 5ème symphonie de Beethoven pour la première fois… »
Infiniment plus agaçant et irrespectueux tant de la musique que des interprètes, ces spectateurs qui n’attendent même pas la fin de l’accord final pour applaudir, voire hurler « bravo ». Justement parce qu’on peut être très ému, bouleversé, enthousiasmé par ce qu’on vient d’entendre, on devrait vouloir en profiter jusqu’au bout, jusqu’à ce que les dernières notes aient fini de résonner. La vraie vulgarité est dans cette attitude des pseudo-« connaisseurs » !
« Arthur Rubinstein, pianiste, musicien, acteur, conteur, écrivain, homme et citoyen aura incarné jusqu’à son dernier souffle le meilleur de cette culture et de cette civilisation européennes nées des Lumières qui se sont effacées aux portes d’Auschwitz/…../ A Marbella il avait noué une relation particulière avec une enfant de cinq ou six ans à qui il parlait à travers une trouée de la haie qui séparait sa propriété de celle d’un avocat chilien qui avait fui la dictature de Pinochet. A la mère française qui reconnaissant le musicien, s’excusait de la gêne que sa fille avait pu provoquer, Rubinstein répondit : « C’est votre fille ? Nous avons une discussion très intéressante, nous parlons de la vie »
Politesse, courtoisie, élégance, des notions désuètes ? Sûrement pas.
Si vous avez un cadeau à (vous) faire pour ces fêtes pascales, un indispensable, comme un concentré de l’art unique d’un interprète unique :