Offenbach et Stravinsky

Le rapprochement des deux noms peut surprendre. Il n’est que circonstanciel.

J’ai donné récemment deux chroniques à Forumopera, deux manifestations d’enthousiasme (relire Ardeurs et pudeurs de la critique). Les voici :

Embarquement pour la lune

Avignon, Clermont-Ferrand, Compiègne, Limoges, Marseille, Massy, Metz, Montpellier, Nancy, Nice, Reims, Rouen, Toulon, Tours, Vichy : ce sont les quinze villes françaises où l’on a vu ou verra bientôt ce Voyage dans la Lune. Une impressionnante coproduction initiée par l’ex-Centre français de promotion lyrique, aujourd’hui Génération Opéra, avec le concours du Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française, jamais à court d’une aventure éditoriale. C’est à ce dernier qu’on doit d’avoir entre les mains le 44e livre-disque d’une collection devenue incontournable dans un paysage discographique lyrique où les nouveautés sont rares.
Cet opéra-féerie d’Offenbach écrit en 1875, le cinquième et dernier d’une série commencée en 1872 avec Le Roi Carotte, s’inspire plutôt librement de Jules Verne (De la terre à la lune), se déroule en 4 actes et 23 tableaux.
Pour ce qui est de l’intrigue et de la féerie, on renvoie aux précieuses Cinq clés pour Le Voyage dans la Lune que Christophe Rizoud et L’Avant-Scène Opéra nous fournissaient ici même au début de ce périple sur les scènes de France. On renvoie aussi aux comptes rendus contrastés qu’en ont donnés les critiques de Forumopera , à MarseilleNiceLimoges.
L’enregistrement de ce Voyage dans la lune résulte… d’une annulation pour cause de crise sanitaire ! En effet, c’est à Montpellier que devait commencer la tournée de ce Voyage en décembre 2020. Représentations en public impossibles ! C’était sans compter sur l’obstination de la directrice de l’Opéra Orchestre national de Montpellier, Valérie Chevalier, qui tenait à ce que le travail des chanteurs et de l’équipe réunie autour du metteur en scène Olivier Freidj et du jeune chef Pierre Dumoussaud (assisté de Chloé Dufresne) aille à son terme et que les générales (deux puisque double distribution) aient lieu… mais sans public ! On imagine que le Palazzetto avait prévu, comme c’est souvent le cas, un enregistrement « live ». Manqué ! Mais personne ne pouvait imaginer renoncer à graver ce « premier enregistrement mondial intégral ». Il fallut attendre la levée des restrictions sanitaires et tout le monde se retrouva début septembre 2021 dans la salle Béracasa du Corum de Montpellier.
Comme nous n’avons pas encore vu ce Voyage dans la Lune sur scène, nous nous contenterons de ce que nous entendons sur ce double CD, non sans avoir lu l’avertissement d’Alexandre Dratwicki sur les conditions de l’enregistrement : « Le spectacle élaboré par Olivier Fredj et son équipe fut un temps paralysé puis reformulé à cause du Covid : il a fallu opérer plusieurs coupures dont le désagrément musicologique est relativisé par la nouvelle dynamique des enchaînements. Le présent enregistrement permet d’entendre l’intégralité de la musique et les principales scènes dialoguées, raccourcies pour favoriser la fluidité de l’écoute musicale ».
Et ce qu’on entend est fort réjouissant !

Un grand chef
Une fois n’est pas coutume dans une critique d’opéra, on va commencer par le chef. Car c’est bien d’abord celui que les Victoires de la musique classique ont désigné, il y a quelques semaines, comme « Révélation chef d’orchestre », le jeune trentenaire Pierre Dumoussaud, qu’il faut saluer comme le maître d’œuvre d’une vraie réussite.
On le sait, mais on le répète, rien n’est plus difficile à diriger que la musique dite « légère », d’illustres baguettes ne se sont jamais risquées à l’opérette viennoise ou française. A écouter ce Voyage, où les pages d’orchestre sont tout sauf négligeables – deux ballets tout de même, celui des Chimères, et, plus développé, celui des Flocons de neige, avec moult pièces de genre, mazurkas, valses, variations, polkas, galops – on mesure la formidable capacité du jeune chef à parfaitement restituer l’esprit d’Offenbach, l’humour, la vivacité, la tendresse, l’élégance d’une musique faussement simple. L’orchestre de Montpellier brille de tous ses feux (le Chœur de l’Opéra de Montpellier préparé par Noëlle Gény n’est pas en reste) et répond tout en souplesse aux moindres inflexions de Pierre Dumoussaud. Une leçon de style, une baguette déjà confirmée qui ira loin !
La réussite du chef est d’autant plus probante que la partition qu’il a sous les yeux n’est pas toujours d’un chef-d’œuvre. Offenbach reprend, emprunte, réassemble des thèmes, des idées musicales qu’il a déjà utilisés, sans toujours un souci de cohérence. Dès l’ouverture on reconnaît l’air de Dapertutto « Scintille diamant » des Contes d’Hoffmann, la polka du ballet des Flocons de neige sonnera familièrement aux oreilles des amateurs de la Gaîté parisienne de Manuel Rosenthal, et tout au long de ce Voyage, plus d’une fois on se dira que tel air, tel duo, tel ensemble est du déja entendu dans Offenbach.

Jeunes voix
La réussite de cet enregistrement tient aussi à l’homogénéité d’un cast où les jeunes voix sont encadrées par des aînés (relatifs, pas des barbons !) qui sont comme poissons dans l’eau dans ce répertoire.
Le prince Caprice est incarné par Violette Polchi : la jeune mezzo parisienne passée par la Maîtrise de Radio France a été repérée par le Palazzetto Bru Zane dès 2018 et s’est déjà frottée à l’opérette française. On la sent parfois embarrassée par un vibrato généreux et une diction qui peut certainement s’améliorer. Son amoureuse, dans Le Voyage, Fantasia, est délicieusement chantée par la jeune soprano bruxelloise Sheva Tehoval, timbre clair et sourire dans la voix. Leur « duo des pommes » à la fin du deuxième acte est irrésistible et devrait figurer dans toute bonne compil d’Offenbach !
Le roi Vlan, le père de Caprice, ne pourrait trouver meilleur interprète que le toujours fringant Matthieu Lécroart, tout récemment entendu dans Hulda au théâtre des Champs-Elyséees (tout comme Ludivine Gombert qui chante ici, tour à tour, Flamma, Adja, une bourgeoise ou une forgeronne !). L’autre Belge de la distribution, le ténor namurois Pierre Derhet, confirme, dans le personnage de Quipasseparla (sic), les espoirs que sa promotion comme lauréat de l’Académie de chant de La Monnaie avait fait naître en 2016. Le Microscopedu ténor gracieux de Raphaël Brémard ne déçoit pas ceux qui l’ont déjà entendu dans Offenbach. 
On ne sera pas étonné que Marie Lenormand, qu’on avait applaudie en irrésistible nonne dans Le Testament de la tante Caroline de Roussel, soit une parfaite PopotteCompliments à partager avec Thibaut Desplantes, le barytonnant Cosmosà moins qu’il ne soit le Commissaire ou Cosinus, avec l’expérimenté Christophe Poncet de Solages dans les brefs rôles de Cactus et Parabase.
La réussite de cet album tient aussi à la qualité des textes de Jérôme Collomb (Offenbach et la féerie), du spécialiste ès-Offenbach Jean-Claude Yon (Jacques Offenbach et Jules Verne : rendez-vous manqués) et d’Alexandre Dratwicki (Le Voyage… dans la presse). 
 
https://www.youtube.com/watch?v=ymls9DaGf34

(Forumopera, 8 juin 2022)

Le prince Igor

Auteur d’un remarquable essai, aussi pertinent qu’historiquement étayé (Le génie des Modernes – La musique au défi du XXIe siècle)  l’une des voix les plus familières et cultivées (l’un n’empêche pas l’autre !) de France Musique, Lionel Esparza, dresse, en 218 pages, un portrait savoureux du « père de la modernité au XXe siècle », le « flamboyant, complexe, autoritaire, inspiré » Igor Stravinsky (1882-1971).
Esparza, l’agrégé de musicologie, n’oublie jamais l’animateur de radio qu’il est depuis plus d’une vingtaine d’années : les mots-valises, les concepts fumeux, le jargon des spécialistes auto-proclamés, ce n’est pas son truc. Mais le sens de la formule, le récit palpitant d’un génie en mouvement perpétuel, toujours à court d’argent et de reconnaissance, la galerie de portraits qui ne s’embarrasse d’aucune prudence, oui !
« Cosmopolite tant dans son art et ses mœurs, Stravinsky, Russe d’origine, adopte la France pendant les Années folles, s’installe aux Etats-Unis à la fin de sa vie… Après les débuts scandaleuxc du Sacre du printemps, il entreprend un itinéraire musical en perpétuelle réinvention, il badine avec les styles, théâtralise sa création, en revendique l’insouciance. » 
Stravinsky compositeur lyrique ?
Le nom même de Stravinsky n’est pas spontanément associé à l’art lyrique ou vocal. Il est définitivement lié aux trois ballets qui firent sa gloire et fondèrent la modernité du XXe siècle : L’Oiseau de feu, Petrouchka et Le Sacre du printemps.
Pourtant son premier grand ouvrage, commencé avant l’Oiseau de feu, est un opéra, Le Rossignol, d’après le conte d’Andersen Le Rossignol et l’Empereur de Chine. Esquissé dès 1908, le Rossignol ne sera créé que le 26 mai 1914 à l’Opéra de Paris, sous la direction du fidèle Pierre Monteux, mais ne rencontre pas le succès attendu : Diaghilev, voulant surfer sur le succès des ballets précédents, avait imaginé de placer les chanteurs dans la fosse et de faire danser leurs rôles. Le public et la critique en sont décontenancés.
Au début des années 20, Stravinsky fait tout à la fois son deuil de la mère patrie (il a quitté la Russie en 1914 un mois avant le début de la Première Guerre mondiale et n’y retournera qu’en 1962 !) et s’engage, presque à contre-courant de la modernité qu’il incarne, dans une période « néo-classique » qui va durer trente ans. En 1922 il s’attèle à son deuxième ouvrage lyrique, Mavra, un opéra bouffe en un acte inspiré de La petite maison dans la forêt de Pouchkine. Succès d’estime lors de la création à l’Opéra de Paris le 3 juin 1922.
Un Don Giovanni petits bras
Il faudra attendre 1951 et la création du troisième opéra de Stravinsky – The Rake’s progress, pour que le compositeur renoue avec les triomphes des débuts. Installé aux Etats-Unis depuis 1940, c’est là que l’auteur du Sacre a rencontré le poète et dramaturge Wystan Hugh Auden (plus connu comme W.H. Auden), qui sera, avec son compagnon Chester Kallman, le librettiste de ce Rake’s progress, mais aussi celui de Britten ou Henze, pour ne citer que les plus connus. 
Le succès de l’ultime ouvrage lyrique de Stravinsky tient aussi aux circonstances et à la distribution de la création : celle-ci a lieu à la Fenice de Venise le 11 septembre 1951, avec Elisabeth Schwarzkopf dans le rôle d’Anne Trulove, Jennie Tourel, Hugues Cuénod entre autres. « Autant un résumé de deux siècles d’art lyrique qu’un adieu à sa période néo-classique » selon Lionel Esparza, « The Rake’s progressest donc un pur opéra à numéros, comme chez Mozart ou Rossini, avec cavatines et cabalettes, et le héros Tom Rakewell n’est rien de plus qu’un Don Giovanni à petits bras égaré dans une comédie de Broadway ».

https://www.youtube.com/watch?v=NB0Z9RKP3SI

La voix dans tous ses éclats
L’œuvre de Stravinsky consacrée à la voix, en dehors du genre lyrique, n’est pas mince, mais reste largement méconnue, sans doute parce qu’elle ne s’inscrit ni dans un projet déterminé (comme l’était la collaboration avec Diaghilev) ni dans une période donnée, ni surtout dans des catégories reconnues.
Ainsi Renard (1916), « histoire burlesque chantée et jouée », ou Les Noces (1917)  « scènes chorégraphiques russes avec chant et musique »(et 4 pianos!) témoignent d’abord d’une formidable nostalgie de la terre natale. A l’inverse, les deux oratorios, Oedipus Rex (1927) puis Perséphone (1934) épousent l’air du temps et s’inscrivent dans une lignée d’ouvrages inspirés de l’Antiquité, de la mythologie, où s’illustrent à peu près tous les contemporains de Stravinsky durant l’entre-deux-guerres. 
Pour ce qui est de l’art choral, la Symphonie de psaumes (1930) est l’arbre qui cache un bosquet de bouleaux. Au gré des commandes et des rencontres, suivront une Messe (1948) d’une aridité qui en rebutera plus d’un, le Canticum sacrum (1955) écrit pour Venise, les Threni de 1958, une cantate pour contralto, ténor et récitant (A Sermon, a Narrative and a Prayer), l’Introitus à la mémoire de T.S. Eliot (1965) et les Requiem canticles de 1966. Et ce Roi des Etoiles de 1904 d’une brièveté inversement proportionnelle à l’effectif orchestral et choral considérable qu’il requiert.
Moins important, quantitativement, encore est le répertoire que Stravinsky a consacré à la mélodie : en 1913 les Trois poésies de la lyrique japonaise, puis jusqu’en 1919 Trois petites chansonsQuatre chants russes, toujours la nostalgie et l’inspiration du pays perdu. Et puis plus rien jusqu’en 1953 et les Trois chants de Shakespeare, au début de la période dite « sérielle » du compositeur, qui orchestrera plusieurs de ses mélodies de jeunesse. 

Les leçons d’une vie
Impossible de faire tenir une vie aussi longue et riche que celle de Stravinsky en deux cents et quelques pages. Ce n’était pas assurément l’ambition de Lionel Esparza, mais celui-ci aura réussi son pari : donner envie à son lecteur, et en particulier à l’auteur de ces lignes, de revenir à ces « Chroniques de ma vie » de Stravinsky lui-même qui commençaient à prendre la poussière, et surtout de réécouter, voire de découvrir des pans entiers d’une oeuvre qui ne se résume pas à quelques « tubes ».
On aime, en particulier, le dernier chapitre de ce Stravinsky, « Les leçons d’une vie », où, en une dizaine de pages, Lionel Esparza fait une admirable synthèse des révolutions et évolutions stylistiques opérées par l’un des génies universels du XXème siècle. 

(Forumopera, 1er juin 2022)

Questions diverses

« Questions diverses » c’est la mention qu’on trouve en fin d’ordre du jour d’une assemblée, d’une réunion, quand on ne souhaite pas s’appesantir sur tel sujet, ou l’aborder rapidement sans creuser le raisonnement. C’est ce que je vais faire avec ce qui suit.

Réac ?

Pasolini et son sulfureux Salo dans la Tosca que j’ai vue à Montpellier le 11 mai dernier ? Je n’avais rien compris au propos du metteur en scène Rafael Villalobos, et je n’étais visiblement pas le seul. Forumopera se fait l’écho du clash survenu du fait du refus de Roberto Alagna et Alexandra Kurzak de participer aux représentations du Liceu à Barcelone : Passe d’armes entre Peter de Caluwe et Roberto Alagna autour de la Tosca pasolinienne .

Forumopera toujours – une mine d’informations ! – n’y va pas de main morte pour dézinguer La Forza del destino présentée à Francfort : Déconstruction à marche forcée.

J’avoue que je me range sans vergogne du côté des réacs, si respecter une oeuvre, la servir plutôt que s’en servir, respecter un auteur, un compositeur – ce que je considère comme une valeur cardinale pour ceux qui prétendent faire oeuvre de culture – doit vous placer dans ce camp.

Un Tarfuffe à Montpellier

Toujours à Montpellier la semaine dernière, je ne voulais pas manquer le début du Printemps des comédiens, qui de l’avis général est devenu le grand frère du Festival d’Avignon sous la conduite de Jean Varela.

A Paris, je ne réussis pratiquement jamais à avoir des places à la Comédie française, soit à cause de la complexité du système de réservation, soit parce que certains spectacles sont vite complets. C’est bien sûr le cas des Molière programmés pour les 400 ans de la naissance de Jean-Baptiste Poquelin. C’est donc à l’Amphithéâtre du Domaine d’O que j’ai pu voir Tartuffe ou l’hypocrite mis en scène par Ivo Van Hove. La critique du Monde, Fabienne Darge, qui, elle, ne passe pas pour une réac, dit pourtant clair et net que : En ouverture de la saison Molière, le Belge Ivo van Hove s’empare de la version non censurée de la pièce dans une mise en scène efficace mais sans mystère à force d’effets faciles. « Un Tartuffe plus choc et chic que moderne ».

Je n’étais donc pas le seul, là encore, à ne pas bien comprendre pourquoi ce Tartuffe s’ouvre une scène d’effeuillage d’un joli garçon à qui l’on fait prendre un bain, pourquoi la superbe Dominique Blanc est distribuée en Dorine, accoutrée en surveillante générale d’un pensionnat de jeunes filles (le « cachez ce sein que je ne saurais voir » fait flop puisque de poitrine il n’y a pas, et qu’elle est soigneusement cachée !), pourquoi, à l’inverse, Marina Hands (Elmire) et Christophe Montenez (Tartuffe) nous font du porno soft, comme si nous n’avions pas compris le sujet de la pièce !

Je ne déteste pas Ivo Van Hove, loin de là. Mais Molière lui résiste. Il a résisté à tout, même au passage du temps. C’est pour cela qu’il se suffit à lui-même.

No foot

Je n’ai pas de honte à l’avouer : j’ai dû assister quatre ou cinq fois dans ma vie à un match de football dans un stade, parce que j’y étais invité. J’ai, un peu plus souvent, regardé quelques grands matchs à la télévision. Ce ne sont pas les incidents de samedi soir au Stade de France – dont on parle toujours trois jours après – ni tous ceux qu’on nous relate à longueur de journaux télévisés, ce ne sont pas les montants faramineux payés aux stars si bien pensantes (on l’aime bien Kylian Mbappé, mais à ce prix-là il peut l’aimer la France et le PSG !), rien de tout cela ne va me convaincre de changer d’avis. Encore moins la coupe du monde au Qatar, dans des stades climatisés au moment où la planète est en péril. Plus personne ne proteste, plus un seul politique pour dénoncer cette absurdité. C’est le foot…

En attendant Borne I

Qu’est-ce que c’est agaçant ce président, cette nouvelle première Ministre, qui s’obstinent à faire durer le supplice ! Que, dans les pays voisins – Belgique, Allemagne – il ait fallu plusieurs semaines voire mois pour constituer le gouvernement fédéral, peu nous chaut à nous les Français.

Qu’accessoirement l’on tienne compte des erreurs du passé – des ministres obligés de démissionner sitôt nommés, parce que en délicatesse avec les règles de transparence de la vie publique ou avec les impôts, voire cités dans des procédures – qu’on prenne donc du temps pour vérifier que les nouvelles/nouveaux ministres sont blancs comme neige, et voilà que la machine médiatique s’emballe et reproche à l’exécutif tout à la fois indécision, procrastination, voire mépris pour le peuple français !

Mais, à l’heure où j’écris ces lignes, on nous annonce cela pour cet après-midi !

Les chariots de Vangelis

Peut-être moins célèbre que son contemporain Jean-Michel Jarre, Vangelis Papathanassiou est mort hier à 79 ans. J’ai comme beaucoup d’autres écouté sans déplaisir ses bandes son de films comme Les Chariots de feu ou 1492, qui sont la signature d’une époque, ce qui n’est déjà pas si mal pour laisser une trace dans l’histoire !

Une demoiselle rajeunie

Heureux de saluer, sur Forumopera, un disque bienvenu, qui témoigne d’affinités électives évidentes entre Debussy et le chef finlandais de l’Orchestre philharmonique de Radio France : Lignes claires

Le piano irlandais

Je n’encombre pas mon blog de pub pour le prochain Festival Radio France, ça viendra peut-être ! Pourtant je suis fier que, pour parler comme les techno, dans un contexte budgétaire contraint, on offre au public une édition 2022 très British : lefestival.eu

Fier en particulier du récital qu’y donne l’un des pianistes les plus intéressants, l’Irlandais Barry Douglas, le 16 juillet prochain.

Devoirs de vacances

Enfin quelques jours de vacances, les premières depuis mon expérience singulière de novembre dernier.
J’ai fait ce qu’il faut pour que ma voix s’exprime demain lors de ce premier tour capital de l’élection présidentielle.

En attendant, menu classique pour des vacances : lectures, écoutes toujours remises, balades, rencontres, lieux inédits.

D’abord lire en détail le numéro d’avril de Diapason et l’excellente interview que Camille de Rijck a faite d’Alexandre Kantorow. Et se dire qu’on a bien eu de la chance de croiser et d’inviter cet artiste dès 2016.

Ecouter un coffret qui rassemble les enregistrements réalisés pour EMI (maintenant Warner) par la pianiste française Cécile Ousset (lire Frontières). Au risque de la déception. Mais attendons de confirmer ou infirmer certaines impressions.

Réécouter aussi une intégrale des symphonies de Sibelius, qui a suscité pour le moins le débat… et peut-être prouvé, une fois de plus, que l’univers du compositeur finlandais autorise des explorations, des visions, extrêmement différentes, divergentes même.

Plus encore que dans n’importe quel répertoire symphonique, je me garderai bien de comparer avec les contemporains ou les aînés du jeune chef finnois, tant apprécié récemment à la tête de l’Orchestre de Paris (Klaus Mäkelä);

Moins couru, mais procédant d’une démarche qui m’intéresse depuis plusieurs années, le travail de l’organiste et chef autrichien Martin Haselböck, pour partie rassemblé dans un passionnant coffret.

Et puis, pour la bonne humeur et le souvenir d’un spectacle très réussi (Le mois de l’opérette), lire la critique parue sur Forumopera (Un joyeux drille nommé Albert Roussel) et surtout écouter l’unique opérette d’Albert Roussel : Le Testament de la tante Caroline:

Cendrillon à la Bastille

C’est l’une des nouvelles productions de la saison de l’Opéra de Paris : Cendrillon, l’opéra de Massenet.

On est allé voir cette Cendrillon vendredi dernier, avec quelques réticences : les premières critiques n’étaient pas très flatteuses (Cendrillon rate le coche), on craignait d’être déçu par rapport au souvenir qu’on avait d’un spectacle très réussi il y a une dizaine d’années, à l’Opéra Comique, mis en scène par Laurent Pelly.

Crainte injustifiée : la mise en scène de Mariame Clément est astucieuse et poétique, les impressionnants décors de Julia Hansen composent un spectacle très plaisant (Forumopera : La machine féerique). Certes, la diction française des principaux rôles est encore perfectible, mais Tara Erraught en Lucette/Cendrillon, Anna Stephany (qu’on avait applaudie l’été dernier au Festival Radio France) en prince charmant, Daniella Barcelona en marâtre, tout comme la fée de Kathleen Kim, incarnent parfaitement leurs personnages, et tous leurs comparses sont dignes d’éloge. On se demande, en revanche, ce qui a motivé le choix de Carlo Rizzi, d’ordinaire abonné à l’opéra italien, pour diriger un Massenet méconnu.

D’autres Cendrillon

Il faut lire l’article remarquablement documenté de Wikipedia sur Cendrillon. J’avoue que je ne connaissais guère que les « versions » de Charles Perrault et des frères Grimm de ce conte très très ancien !

En musique, on connaît bien l’opéra-bouffe de Rossini, la Cenerentola, dont le livret repose sur le conte de Perrault.

Eblouissante Agnes Baltsa sous la direction d’un chef inattendu dans ce répertoire et qui a signé plusieurs réussites rossiniennes, Neville Marriner

Il faut évidemment connaître l’une des rares versions au disque de la Cendrillon de Massenet, malgré la diction marshmallow de Federica von Stade

On doit aussi citer le grand ballet de Prokofiev, que le théâtre Marinski de Saint-Pétersbourg presse d’écrire, après le succès de Roméo et Juliette. Prokofiev entreprend sa Cendrillon en 1941, mais ne l’achève qu’en 1944. La première a lieu le 21 novembre 1945 au Bolchoi à Moscou.

Une autre Cendrillon est, elle, beaucoup moins connue, et tout à fait contemporaine de celle de Massenet. Il s’agit d’un ballet dû au roi de la valse, compositeur de La Chauve-Souris, Johann Strauss fils, connu sous son titre allemand Aschenbrödel, la dernière oeuvre du maître, qui meurt en 1899.

Un goût de trop peu

Deux livres sur ma table, dont je vais achever la lecture ce week-end.

L’un qui fait l’actualité, une sorte de carnet de bord de celui qui a dirigé l’Opéra Comique ces dernières années, et qui vient de prendre la direction de la Philharmonie de Paris, Olivier Mantei

J’ai assez dit ici tout le bien que je pensais de la politique artistique conduite à l’Opéra Comique, sous la houlette de Jerôme Deschamps puis d’Olivier Mantei, notamment lors de la nomination de Louis Langrée, pour avoir le droit de regretter le trop peu de cet excellent petit bouquin. On voudrait tellement en savoir plus, mais la prudence ou la réserve inhérentes aux fonctions passée et actuelle de l’auteur sont certainement la cause de la relative brièveté de l’essai. J’invite à lire la critique qu’en a faite Christophe Rizoud pour Forumopera : Une mise au point.

Sans langue de bois

J’ignorais que quelqu’un qui a beaucoup compté dans mes débuts de ma vie professionnelle dans la musique – à qui j’ai fait récemment allusion dans mon papier sur Julia VaradyRon Golan (1924-2004) eût publié ses Mémoires

J’ai trouvé ce bouquin d’occasion sur… Amazon !

Voici ce qu’en dit l’éditeur (l’ouvrage est paru en 2004)

Essai autobiographique d’un altiste réputé ? Recueil de considérations sur la vie, les avatars, les coulisses d’un grand orchestre, émaillé d’anecdotes savoureuses ? Galerie de portraits de musiciens fameux du demi-siècle dernier ? Réflexions sur l’avenir de la musique symphonique ? Ces Mémoires d’une personnalité qui a marqué la vie musicale de Genève pendant près de 50 ans sont tout cela à la fois. En racontant le parcours d’un musicien fuyant seul à quinze ans l’Allemagne nazie pour se former dans ce qui était alors la Palestine sous mandat et aboutir à Genève, Ron Golan a su replacer les péripéties individuelles dans la vie collective – celle de la musique et celle de son temps. Il a voulu, au-delà de sa personne, témoigner en faveur de la musique et de ceux qui la servent, à Genève et dans le monde. Autant qu’une émouvante analyse des événements et des personnes qui ont formé et influencé un musicien de premier ordre, cet ouvrage apporte – dans une forme et un style qui allient humour et gravité, modestie et convictions – une contribution irremplaçable à l’histoire de la musique en Suisse. (Présentation de l’éditeur).

J’ai déjà parcouru quelques chapitres de ces mémoires, notamment ceux qui ont trait à quelques-unes des aventures que j’ai partagées avec Ron Golan (qu’entre nous, notamment avec Armin Jordan, nous appelions « Henri »> Henri Golan !!) Ici aussi j’ai eu un goût de trop peu… Quand on a connu certains faits, certains épisodes, surtout lorsqu’ils mêlent de grands artistes, on est toujours en attente de plus de détails, plus d’anecdotes.

Je reviendrai sur cet ouvrage, notamment sur ce qui y est dit d’une période « légendaire » – qui ne le fut pas tant que ça – des dernières années de « règne » d’Ernest Ansermet à la tête de l’Orchestre de la Suisse romande qu’il avait fondé en 1918.

Le tout dernier enregistrement qu’Ernest Ansermet réalisa pour Decca en 1968 fut la Troisième symphonie de Magnard.

Portrait d’ami

Je voulais le faire au moment où l’on a annoncé la mort de Bernard Haitink. Forumopera m’ayant demandé entre temps de faire le portrait du nouveau directeur général de l‘Opéra Comique, Louis Langrée, je reproduis ici le texte publié ce matin sur le site de Forumopera.

Dans le milieu musical – c’est vrai aussi en politique ! – les mots « ami » et « amitié » sont suspects. C’est fou le nombre d’amis qu’on peut avoir quand on est en position de pouvoir ou d’influence, quant à l’amitié on la sert à peu près à toutes les sauces.

Celui dont on m’a demandé de faire un portrait sensible – le nouveau directeur général de l’Opéra-Comique à Paris – est un ami, un vrai ami. Il ne me doit rien, je ne lui dois rien, sinon une fidélité et une affection à l’épreuve du temps qui a passé et des aventures que nous avons vécues. 
Louis Langrée après un festival Beethoven à Cincinnati © DR

Un jeune chef prometteur

Je connais Louis depuis le mitan des années 90. Je l’avais applaudi au théâtre des Champs-Elysées en 1997, un spectacle de Ursel et Karl-Ernst Herrmann Ombra felice, la même année à Orange dans Lucia di Lammermoor (à la tête du Philharmonique de Radio France), en 1994 dans Les Brigands d’Offenbach à l’Opéra Bastille (tiens une mise en scène de Jérôme Deschamps !). Quand je dis « je connais », j’ai apprécié le chef sur scène ou dans la fosse, et même en 1998 quand France Musique diffuse en direct le spectacle inaugural de son mandat de directeur musical de l’Opéra de Lyon – où la chaîne musicale de Radio France vient de passer une semaine de directs de l’amphithéâtre (Stéphane Degout, Karine Deshayes ou Stéphanie d’Oustrac s’en souviennent) – c’est Ariane et Barbe-Bleue de Dukas (tiens un opéra français !) où brillent Françoise Pollet et Nadine Denize, je n’ai fait que saluer poliment le maître d’œuvre de la soirée dans le foyer archi-comble de l’opéra Nouvel.

De Lyon à Liège

En octobre 1999 je suis nommé à la direction de l’Orchestre philharmonique – pas encore royal – de Liège, en quête d’un directeur musical qui puisse remplacer Pierre Bartholomée parti avec fracas au printemps. Le 1er septembre Langrée a démissionné de Lyon. J’ai l’idée que peut-être il pourrait, à 38 ans, incarner le renouveau dont Liège a besoin. Je prends contact avec lui, et le train pour Lyon dans les froidures de décembre. Je vois une superbe production de La Bohème, simple et bouleversante mise en scène de Philippe Sireuil, un ténor qui fera parler de lui, Rolando Villazón, et dans la fosse un chef qui a tout compris de la sensualité de l’orchestre puccinien. Il est très tard, presque minuit, lorsque nous partons dîner. C’est la première fois – mais pas la dernière ! – que je rencontre Louis Langrée en tête à tête. Les heures qui vont suivre jusqu’au cœur de la nuit seront regrets, confidences, amertume, et je serai l’inconnu à qui on peut tout dire sans crainte de représailles ou de reproches. J’oserai Juste quelques minutes évoquer Liège et mon projet. Il ne dit pas non : « Il faut qu’on se revoie ».

En février 2000, c’est à Genève, au Grand Théâtre (puis au Victoria Hall) que je retrouve Langrée. Il dirige son premier Pelléas, avec une équipe de rêve, une Mélisande de 20 ans, Alexia Cousin, Simon Keenlyside, José van Dam, Patrice Caurier et Moshé Leiser à la manœuvre. Ce soir-là je cède aux sortilèges de Maeterlinck et Debussy. Le lendemain, Louis Langrée remplace Armin Jordan, qu’on dit à l’article de la mort (une visite à l’hôpital cantonal de Genève me rassurera) à la tête du même OSR : symphonie concertante de Haydn et surtout La Voix humaine de Felicity Lott. Une journaliste amie écrira : « On a repéré dans la salle JPR peut-être en quête d’un chef pour Liège ». Bien vu.

Louis Langrée inaugure son mandat de directeur musical de l’OPL en septembre 2001, le surlendemain des attentats aux Etats-Unis. Sa soliste est Alexia Cousin. Jusqu’à son brutal retrait en 2005, Alexia sera de presque toutes les aventures de Louis Langrée et des Liégeois, jusqu’à l’enregistrement d’un disque jamais achevé, jamais publié. En cinq ans de mandat, le choix de ses solistes vocaux sera la signature d’un chef qui n’a jamais cessé d’aimer et de servir l’opéra, notamment à Glyndebourne où je le verrai diriger successivement Don GiovanniCosi fan tutteFIdelio. A Liège défileront Sophie Karthäuser, Céline Scheen, Sara Mingardo, David Wilson-Johnson, Werner Güra, Reinhard Hagen, j’en oublie… 
Alexia Cousin et Louis Langrée à Liège (festival Beethoven 2004) © DR

Quarante roses rouges

Le 11 janvier 2001, j’avais fait livrer quarante roses rouges au domicile parisien de Louis Langrée, hommage d’un capricorne (natif du 26 décembre) à un autre capricorne. Je me fiche comme d’une guigne de l’astrologie, mais si je cite cette proximité « astrale » entre Louis et moi, c’est qu’elle n’a pas été sans conséquence sur notre compagnonnage professionel. Ce n’est pas un cliché que de dire que les natifs de ce signe sont taiseux, timides (eh oui !), pudiques, parfois incapables de manifester sentiments ou émotions, et que le non-dit tient parfois plus de place que l’exprimé. Les cinq ans de mandat de Louis Langrée à Liège n’ont pas toujours été un long fleuve tranquille, même si ces « années Langrée » (2001-2006) apparaissent rétrospectivement comme un âge d’or pour la phalange belge.  


En novembre 2001, avec Armin Jordan et Martha Argerich à Liège ©​ DR 

La crise lyonnaise avait déjà révélé un aspect de la personnalité du chef alsacien  (aspect qui va lui être extrêmement utile dans son nouveau poste !) : il n’aime pas partager le pouvoir artistique. Il sait ce qu’il veut, quitte à réfléchir longuement, trop longuement parfois, mais quand il décide quels ouvrages ou programmes il veut diriger (ou pas), quand il choisit les musiciens, les artistes dont il souhaite s’entourer, il n’aime pas que, dans son dos, on contrecarre ou déforme ses idées. Dans la vie d’un orchestre comme Liège, le directeur général et son équipe font tourner la boutique, le directeur musical est souvent loin – les outils de télétravail, les réseaux sociaux n’existaient pas il y a vingt ans ! – concentré sur des répétitions d’un opéra, ou tout simplement difficilement joignable à cause du décalage horaire, Le malentendu, l’erreur d’interprétation d’une réponse ou d’une absence de réponse, bref les embrouilllaminis sont toujours possibles. Surtout quand au lieu d’exploser une bonne fois, les conflits, si conflit il y a, sont rentrés, ruminés, disproportionnés. 

Tout cela n’est rien en regard des projets, souvent fous, joyeux, impossibles, que nous avons montés ensemble, ces festivals de mi-saison à Liège qui sont restés dans les mémoires (Beethoven en 2004, Debussy et le symbolisme en 2005, toute une semaine Mozart en janvier 2006, l’inauguration des grandes orgues restaurées de la Salle philharmonique de Liège). Déjà à l’époque, sans le savoir ou sans le dire, nous pratiquions le « croisement des disciplines et des formats artistiques, avec l’idée de « pléiades » déployant une offre plurielle autour d’un même ouvrage » comme le précisait le communiqué de Roselyne Bachelot. Et ces tournées en Espagne, en Allemagne, en Suisse, cette première fois pour l’OPL et Louis Langrée au Musikverein de Vienne en 2005, ce retour au Théâtre des Champs-Elysées en 2004. 

Le projet Pelléas

Louis Langrée aurait pu accepter quantité d’invitations prestigieuses, à la tête de grands orchestres, ou dans des festivals reconnus. Quand il a dirigé à Glyndebourne, Aix, Vienne, New York, Berlin ou Dresde, c’était parce qu’il savait qu’il pourrait donner et tirer le meilleur des ouvrages, des distributions qu’on lui proposait.    

Très emblématique de cette attitude, la dernière collaboration que j’ai pu établir avec le chef : comme directeur de la musique de Radio France (2014-2015), je tenais à ce que l’Orchestre national de France revienne à sa vocation de défense et illustration de la musique française et surtout fasse une large place à des chefs français pour la plupart installés à l’étranger (on en comptera huit – un record absolu ! – au cours de la saison 2016/2017). Louis Langrée était au premier rang de ces chefs, mais lorsque je lui proposai de diriger l’ONF, d’abord parce que Michel Frank le souhaitait pour le Pelléas qu’il avait prévu au théâtre des Champs-Elysées (dans la mise en scène d’Eric Ruf), il me répondit immédiatement : « OK pour Pelléas, mais imaginons un vrai projet (comme nous l’avions fait à Liège) qui mobilise ce que Radio France sait faire de mieux ». Finalement, après bien des valses-hésitations en interne, la présence de Louis Langrée au printemps 2017 à Radio France à la tête de l’Orchestre national se traduisit par le Pelléas au TCE, un concert à l’Auditorium (Beethoven 4e concerto avec Nelson Freire, Pelléas et Mélisande de Schoenberg) et l’enregistrement pour France Culture de la musique de scène de Fauré pour la pièce de Maeterlinck !. 

Quinze ans après

Le départ de Louis Langrée de Liège aurait pu marquer la fin de l’histoire, la relégation de son quinquennat au rang des souvenirs. Mais l’amitié née de cette aventure commune ne pouvait pas disparaître, elle a, au contraire, profité de la dissolution du lien hiérarchique pour s’épanouir. Langrée est revenu à quelques belles occasions à Liège (une tournée en 2007 en Espagne), les 50 ans de l’orchestre en décembre 2010.


En décembre 2010 trois chefs réunis pour les 50 ans de l’Orchestre philharmonique royal de Liège : Louis Langrée, Pierre Bartholomée, Pascal Rophé ©​ DR

Et puis je l’ai suivi, à Salzbourg avec les Wiener Philharmoniker en janvier 2011 – c’était le retour au concert de Rolando Villazón – fidélité on vous dit !, à Berlin en 2014 avec les Philharmoniker pour un programme tout Mozart, à l’Opéra de Vienne pour sa première Bohèmechez Dominique Meyer. Et encore à Londres, à New York, à Aix (Don Giovanni 2010, Traviata 2011), à Paris enfin, les quatre ouvrages donnés à l’Opéra-Comique (Pelléas, Fortunio, Le Comte Ory, Hamlet) et les quelques – trop rares – concerts qu’il y a dirigés, avec l’Orchestre de Paris, l’Orchestre des Champs-Elysées et Cincinnati !

Je ne peux ni ne veux tout citer, les longs coups de téléphone, les déjeuners parisiens, les moments passés en famille, les fous rires, les silences, tout ce qui ne se raconte pas et qui relève de l’amitié. 

Retour d’Amérique

L’un des nombreux articles qui ont salué la nomination de Langrée a justement relevé que la longue expérience américaine de l’actuel chef de Cincinnati lui serait très précieuse pour diriger l’Opéra-Comique. D’abord comme patron – depuis 2003 ! – du seul festival estival d’envergure de New York, le Mostly Mozart Festival, puis, depuis 2013 à Cincinnati, dans un pays où la subvention publique est l’exception, le « music director » doit consacrer une très grande part de son énergie et de son temps à convaincre publics et mécènes de la pertinence de son projet et de son action. Sinon les meilleures idées restent lettre morte. Pendant la crise sanitaire, Cincinnati a fait figure de valeureuse exception, grâce à l’inflexible ténacité de Langrée. Pas de licenciements, des captations sans public dès que la présence des musiciens dans le Music Hall fut de nouveau possible. 

Oui c’est bien « the right man at the right place » !

Je ne veux pas voir un hasard dans le fait qu’il succède à Jerôme Deschamps – avec qui les collaborations furent si fructueuses depuis Les Brigands à Bastille en 1993 – et à Olivier Mantei qui l’admire et l’a invité chaque saison depuis 2015. On souhaite seulement à Louis Langrée et à son équipe de ne pas être happés, détournés de leur projet, par les contraintes administratives qui s’attachent à toutes les institutions culturelles subventionnées en France. 

@Forumopera.com

Pour tous ceux qui veulent mieux connaître Louis Langrée « en action », voir son rapport avec les musiciens, le public, et apercevoir quelques très rares prises de vues d’Alexia Cousin par exemple, je recommande une fois de plus ce documentaire publié en 2006 à la fin du mandat de Louis Langrée à Liège :

Critiques

En une semaine j’ai assisté à deux concerts et un opéra. Et je n’en ai pas parlé ici.

Ce n’est pas que je n’ai pas de point de vue sur ce que j’ai vu et entendu, mais je ne peux ni ne veux être juge et partie. Et comme la langue de bois m’est étrangère, je préfère m’abstenir.

Le théâtre du Vrijtof à Maastricht

Vendredi dernier c’était le concert inaugural de Duncan Ward à Maastricht avec le toujours excellent Cédric Tiberghien comme soliste (Concerto en sol de Ravel)

Dimanche après midi je retrouvais la Salle philharmonique de Liège et une acoustique plus flatteuse que jamais. Un public pas très jeune pour écouter la Quatrième symphonie de Mahler, l’Orchestre philharmonique royal de Liège étant dirigé par son actuel directeur musical, Gergely Madaras.

Et mercredi je me réjouissais de voir et d’entendre sur la scène de l’Opera Bastille l’absolue rareté qu’est devenu l’opéra d’Enesco, Œdipe – pourtant créé à l’Opéra de Paris!

Je ne suis pas sûr de partager le point de vue d’Alexandre Jamar sur Forumopera (https://www.forumopera.com/oedipe-paris-bastille-symphonie-lyrique) sur « l’indispensabilité » de ce « chef-d’œuvre « . Pour le reste sa critique est pertinente.

Napoléon et la musique ?

Napoléon est mort il y a deux cents ans, on ne saurait l’ignorer.

J’avoue que je n’ai jamais aperçu – mais je suis loin d’avoir exploré le sujet ! – le lien entre le premier empereur des Français et la musique.

J’avais une vague idée des musiques écrites pour son sacre :

Mais c’était sans compter sur l’excellent site Forumopera qui consacre en ce jour de commémoration, pas moins de deux articles érudits à l’opéra sous et à propos de Napoléon :

Dix opéras qui nous parlent de Napoléon et de son temps

L’opéra au temps de Napoléon, un âge d’or ?

Dans l’excellent article de Cédric Manuel figure un ouvrage que, de moi-même, je n’aurais vraiment pas songé à associer à Napoléon, l’opérette posthume de Johann Strauss, WIener Blut / Sang viennois. Mais, en effet, l’opérette a pour cadre le Congrès de Vienne, qui va redessiner la carte de l’Europe après la chute de Napoléon.

Ça tombe bien, c’est un ouvrage dont je ne me lasse pas, surtout dans la version insurpassée d’Otto Ackermann, avec Elisabeth Schwarzkopf et Nicolai Gedda

Petits et grands arrangements

Messieurs les Anglais...

A l’occasion d’une critique pour Forumopera (lire Les Chants d’un voyageur déconfiné) j’ai découvert un personnage dont le nom ne m’était pas inconnu – Roy Douglas (1907-2015 !), mais dont je n’avais pas mesuré l’importance dans la vie musicale britannique du XXème siècle.

Roy Douglas c’est celui qui a composé, en 1936, la musique du ballet Les Sylphides à partir de pièces de Chopin. Ballet dont Karajan a gravé, en 1961, avec Berlin, une version définitive.

Mais Douglas – mort à 107 ans ! – a bien d’autres faits d’armes à son actif, comme arrangeur, assistant, et parfois compositeur à la place d’un autre !

Roy Douglas collabore d’abord, dès 1937, avec Richard Addinsell (1904-1977), compositeur de musiques de film, resté célèbre pour son Concerto de Varsovie, une brève oeuvre concertante pour piano et orchestre alla Rachmaninov, écrite pour le film Dangerous Moonlight (1941) de Brian Desmond Hurst qui traite de la lutte des Polonais face à l’envahisseur nazi.

Il semble bien que Roy Douglas – qui est rarement crédité de ce « tube »- soit non seulement l’orchestrateur mais aussi le véritable créateur de cette pièce. On conseille vivement ce disque, pour le fantastique pianiste Philip Fowke, malheureusement peu connu en dehors du Royaume-Uni

Après Addinsell, Roy Douglas va « assister » William Walton (1902-1983) puis Ralph Vaughan Williams (1872-1958), pas moins !

Ainsi c’est Roy Douglas qui va orchestrer six des neufs mélodies du cycle des Songs of Travel que Vaughan Williams a écrits pour voix et piano en 1914, c’est lui qui va mettre en forme, préparer nombre de partitions d’orchestre de RVW qui passait pour être difficile à déchiffrer, et dont les dernières années (Vaughan Williams est mort en 1958) ont été compliquées par des problèmes de santé.

Charles Mackerras et Sullivan

Les « opérettes » de Gilbert et Sullivan sont au Royaume-Uni ce que Johann Strauss et Lehar sont à Vienne ou la Zarzuela à Madrid.

Comme nombre de ses confrères, le grand chef australien Charles Mackerras a réalisé des suites d’orchestres à partir d’ouvrages lyriques. C’est ainsi qu’il produit un prodigieux pot-pourri des thèmes des ouvrages de Sullivan, un feu d’artifice orchestral

Mackerras récidive en 1954 pour un ballet – The Lady and the Fool – composé d’airs peu connus de Verdi.

Un disque à conseiller chaleureusement :

Britten et Rossini

Parmi les « arrangeurs » britanniques de grand luxe, il faut évidemment citer Benjamin Britten qui s’est livré à de petits bijoux d’orchestration d’oeuvres tardives de Rossini, en 1936 les Soirées musicales et en 1941 les Matinées musicales

PS. J’apprends, au moment de boucler ce billet, la disparition de Patrick Dupond, un danseur étoile dont les plus jeunes générations ne peuvent imaginer la star qu’il fut sur les scènes du monde entier. Il faudra revoir ces ballets qu’il illumina de sa grâce et de sa virtuosité.