Il y a une semaine j’annonçais une surprise. Elle a eu lieu, comme l’a écrit Michèle Fizaine dans Le Midi Libre
« Samedi soir, le festival de Radio France ressuscite, après la mort de 165 concerts. Le matin, toutes les réservations sont parties en quelques minutes ! »
Une heure et quart de concert où l’Orchestre national Montpellier Occitanie, dirigé par son jeune – et très talentueux – chef assistant, le Suédois Magnus Fryklund, a donné le meilleur de lui-même dans un programme adapté aux normes sanitaires. Pas de grand effectif, mais une très poétique Cinquième symphonie de Schubert, une Petite suite de Debussy dans l’orchestration si délicate d’Henri Büsser – qui a été pour beaucoup une découverte, ainsi que deux fanfares pour conclure : celle qui ouvre La Péri de Paul Dukas, et la Fanfare for the common man de Copland.
Une semaine plus tard, nous y voilà : tout un week-end de musique « en vrai ». Les dernières autorisations sont arrivées… hier ! Mais j’expliquais, avant-hier, au micro de France Bleu Gard Lozère – à réécouter ici – que si j’avais attendu d’avoir toutes les permissions, nous n’aurions jamais imaginé le Festival Autrement, ces douze concerts du week-end qui vont permettre de renouer, au moins un peu, cet indispensable lien entre les musiciens et le public.
Voilà le programme de ce week-end :
Samedi, sept concerts dans l’écrin des jardins de la Maison des Relations internationales de Montpellier
à 12h et 14h30 Made in Brass, le sextuor de cuivres de l’Orchestre national de Montpellier
à 13h15 et 15h45 le jeune Quatuor Hanson jouant Mozart et Ravel
à 17h et 18h15 un autre quatuor, de clarinettes, le bien nommé quatuor Anches Hantées
et à 19h30 les merveilleux Tromano
Le samedi soir à 20h30 cap sur le parc départemental du château d’O, au nord de Montpellier. Première des deux soirées jazz de ce « Festival Autrement » avec le trio Barolo
Suite du week-end le dimanche 19 dans les mêmes lieux – l’amphithéâtre des Micocouliers et le parvis du château d’O.
à 15h 30 Ingmar Lazar joue Haydn et Beethoven
à 17h le violoncelliste Christian-Pierre La Marca et le pianiste Nathanaël Gouin, qui devaient initialement chacun jouer séparément, l’un à Fontfroide, l’autre à Toulouse, se retrouvent à Montpellier pour un somptueux programme.
à 18h30 un improbable et excitant duo accordéon contrebasse avec les deux compères Félicien Brut et Edouard Macarez.
Et pour finir sous les étoiles, un autre trio de jazz, à 20 h 30 autour de Paul Lay
J’ai choisi le tout jeune trentenaire belge pour ouvrir cette série d’été sur mon blog, parce qu’il incarne, à mes yeux – et surtout à mes oreilles – ce qui fait la singularité d’une partie, mais d’une partie seulement, des pianistes de la jeune génération : au-delà d’une technique, superlative parce que transcendée, un propos original, audacieux, soit dans le choix du répertoire, soit dans la vision, l’approche de ce dernier.
Florian Noack n’a pas gagné les lauriers qui auraient dû logiquement lui être destinés lors du dernier concours Reine Elisabeth de Belgique consacré au piano. Il n’est pas le seul dans ce cas – lire De l’utilité des concours– mais je n’ai pas le sentiment que cet échec ait nui à sa carrière, encore moins à sa personnalité artistique.
La seule discographie de ce jeune artiste dit assez son intelligence et sa curiosité. A suivre à la trace donc !
La nostalgie aurait pu me gagner, lorsque Facebook me montre les photos prises et publiées il y a un an, deux ans, etc… Toujours des photos qui correspondent au début d’une édition du Festival Radio France Occitanie Montpellier.
Le 24 avril dernier j’annonçais l’annulation de l’édition 2020 (Le coeur lourd) et après de longues semaines marquées par les hésitations, les atermoiements du ministère de la Culture, mais aussi par un formidable travail – à distance – d’une équipe du Festival plus motivée que jamais, le 17 juin nous évoquions un Festival Autrement.
Voici qu’aujourd’hui, à la date initialement prévue pour l’ouverture de l’édition 2020, nous ouvrons ce Festival Autrement, d’abord avec une radio – la Radio du Festival – qui commence à émettre aujourd’hui à 16 h et qui sera disponible 24h/24
Radio écoutable grâce à une appli téléchargeable.
Dès lundi 13 juillet, c’est au tour de France Musique d’entrer dans la danse pour deux semaines, avec chaque jour ou presque à 16h et 20 h la rediffusion des grandes heures du Festival.
Mais il y aura d’abord, pour les Montpelliérains – et les auditeurs de la Radio du Festival – la surprise de deux concerts en public de l’Orchestre National Montpellier Occitanie, le pilier, le partenaire historique du Festival, ce soir et demain à l’Opéra Berlioz.
Et le week-end prochain une dizaine de concerts en plein air avec des artistes déjà engagés pour l’édition « normale ». On passera sur la complexité de la mise en place de ces concerts, pour ne retenir que la joie qui sera celle du public, des musiciens… et de l’équipe du Festival.
Quelques festivals ont résisté à la déferlante d’annulations que les incertitudes sur l’épidémie de Covid-19 liées à l’ouverture généralisée du parapluie – le fameux « principe de précaution » – chez les élites qui nous gouvernent avaient provoquée, parce qu’ils ont pu attendre d’y voir plus clair (comme La Roque d’Anthéron, Salon).
Pour ce qui est du Festival Radio France Occitanie Montpellier – 165 manifestations annulées – la potion est amère. Au moment où, selon les mots du président de la République dimanche soir, « la vie doit reprendre comme avant« , c’est pourtant à un été presque sans culture, sans théâtre, sans musique que se préparent touristes et vacanciers qui vont visiter notre beau pays de France.
Comme beaucoup d’autres, petits ou grands festivals, je ne me résigne pas à ce désert, à cette disette culturelle. Impensable, à la mi-juin, de tout recommencer. Mais au moins faire vivre « autrement » la musique et les musiciens, c’est ce que précise le communiqué publié hier soir (voir à la fin de ce papier).
Et renouer le lien entre artistes et public, une petite dizaine de concerts – bien peu par rapport à l’étiage habituel du festival – mais dix concerts emblématiques, des artistes magnifiques, classiques, jazz, électro, le week-end des 18 et 19 juillet à Montpellier.
Le communiqué du Festival :
Lorsque la décision a été prise, lors de la réunion du Conseil d’administration du 24 avril dernier, d’annuler l’édition 2020 du Festival, nous avions annoncé notre intention d’envisager un « Festival autrement ».
Ce « Festival autrement » repose sur trois projets qui constitueront une offre riche et innovante pour les artistes et le public, et refléteront la diversité musicale et géographique du Festival.
Sur les ondes avec Radio France
Le lien historique entre Radio France et le Festival se manifestera avec une vigueur renouvelée.
– Les Rencontres de Pétrarque seront diffusées de Paris, du 29 juin au 3 juillet, sur France Culture.
– La grille d’été de France Musique réserve une place exceptionnelle au Festival, du 13 au 25 juillet, avec, chaque jour pendant cette période, des rediffusions des grandes heures classiques et jazz du Festival, ainsi que des directs des concerts des formations de Radio France : le 16/07 l’Orchestre philharmonique de Radio France dirigé par Barbara Hannigan, qui chantera également Les Illuminations de Britten, le 23/07 l’Orchestre National de France sous la baguette de son futur directeur musical, Cristian Măcelaru.
La radio du Festival
Du 10 au 30 juillet – suivant les dates initialement prévues pour l’édition 2020 – le Festival proposera sa propre Webradio, animée par une grande partie de l’équipe, installée à Montpellier, à raison de 5 h à 6 h par jour.
Archives, entretiens inédits, séquences coulisses, côté public, mais aussi des « live » (concerts de l’Orchestre National de Montpellier les 10 et 11/07, concerts en région), rediffusions de concerts (en complément de France Musique).
Cette Webradio fera une large place d’abord aux artistes si durement éprouvés par la crise sanitaire, mais aussi au public, aux auditeurs, qui participeront à sa programmation, ainsi qu’à tous les acteurs de l’ombre qui rendent chaque année possible la réalisation de plus de 160 concerts et événements.
Une expo photo virtuelle, tirée des archives du Festival, accompagnera cette Webradio.
Un week-end pour renouer le lien
Compte-tenu de l’évolution favorable de la situation sanitaire, plusieurs festivals qui n’avaient pas annulé (La Roque d’Anthéron, Salon de Provence) ont maintenu une offre importante de concerts. S’il est tout à fait inenvisageable de rétablir l’ambitieuse programmation qui avait été prévue pour l’été 2020, nous ne pouvons nous résoudre au silence, par respect pour le public et les artistes qui font confiance depuis 35 ans au Festival.
C’est pourquoi nous proposerons un week-end symbolique – les 18 et 19 juillet – d’une dizaine de concerts classiques, jazz et électro, en toutes petites formations, dans des lieux de plein air, dans la ville de Montpellier ainsi que dans le parc départemental du château d’O.
Concerts gratuits, respectant les normes sanitaires.
Avec des artistes déjà invités dans la programmation 2020.
L’occasion de commémorer les 800 ans de la Faculté de médecine de Montpellier et de mettre en valeur des lieux de patrimoine.
Ce week-end sera diffusé et capté par la Webradio du Festival. (16 juin 2020)
Une image me hante depuis le 25 mai, cette vidéo terrible, terrifiante, monstrueuse : l’assassinat de George Floydà Minneapolis par un policier regardant droit dans les yeux la caméra qui le filme devant trois collègues complices…
Comme toujours, c’est la musique qui console de l’horreur. Cette chanson si belle de Nina Simone :
Black is the color of my true love’s hair His face so soft and wondrous fair The purest eyes And the strongest hands I love the ground on where he stands I love the ground on where he stands
Black is the color of my true love’s hair Of my true love’s hair Of my true love’s hair
Oh I love my lover And where he goes Yes, I love the ground on where he goes And still I hope That the time will come When he and I will be as one When he and I will be as one
So black is the color of my true love’s hair Black is the color of my true love’s hair Black is the color of my true love’s hair
Black Notes
C’est précisément après l’assassinat de Martin Luther King que prend corps, dans l’Amérique de Nixon, un projet initié par le chef d’orchestre américain Paul Freeman(1936-2015) de mise en valeur des compositeurs noirs, CBS réalise entre 1974 et 1978 une série d’enregistrements, qui a été opportunément, mais trop discrètement, éditée en CD il y a quelques mois.
Lire ce que j’en écrivais ici en janvier 2019 : Black Notes.
Le 15 juillet prochain, le Festival Radio France Occitanie Montpellier avait prévu de faire jouer par Chouchane Siranossian et Les Siècles, dirigés par François-Xavier Roth, l’un des concertos pour violon de celui qu’on désigna comme le « Mozart parisien« , Joseph Bologne, chevalier de Saint-George,né près de Basse-Terre en Guadeloupe en 1745, mort à Paris couvert de gloire en 1799.
Obituaire
Après Gabriel Bacquier, le monde lyrique est de nouveau en deuil : Mady Mesplé et Janine Reiss.
La chanteuse toulousaine nous émeut encore avec ce concert d’adieu au Théâtre des Champs-Elysées il y a trente ans. Elle est pour toujours… la Dame de Monte-Carlo.
Encore un coup monté ! Jean-Loup Dabadie dimanche dernier, Guy Bedos hier. La camarde a fauché large cette semaine dans le camp du bonheur.
Tout a été dit sur ces deux-là, que je n’ai pas connus autrement que comme auditeur et spectateur, les scénarios, les chansons, les sketches de l’un et l’autre, de l’un pour l’autre souvent.
Le hasard a voulu que j’achève la lecture de ces souvenirs, ou plutôt de ces bribes, de Guy Bedos juste au début du confinement.
Départ et retour à Radio France
Au moment où Michel Orier, le directeur de la musique et de la création de Radio France, annonçait sur l’antenne de France Musique, hier matin, une excellente nouvelle, la reprise dès le 9 juin des concerts, entre autres, de l’Orchestre National de France et de l’Orchestre philharmonique de Radio France à l’Auditorium de la Maison de la radio,
Emmanuel Krivine, directeur musical de l’Orchestre National depuis le 1er septembre 2017, annonçait sa démission à effet immédiat « pour raisons personnelles », alors que son mandat courait jusqu’à 2021.
Je regrette cette décision, même si elle ne me surprend pas tout à fait. Je connais le chef français depuis 1987, à qui m’unit un lien particulier. J’ai été fier d’avoir pu contribuer à sa nomination à la tête de l’Orchestre National, de l’avoir fait revenir diriger cet orchestre dès septembre 2015 dans le cadre du festival de Montreux, j’ai été heureux de l’accueillir à Montpellier à trois reprises en 2017, 2018 et 2019 (quel souvenir cette Seejungfraude Zemlinsky). Nous avions encore un beau projet pour l’été 2020… Reste l’amitié, l’admiration pour l’un de nos plus grand chefs.
Les Métamorphoses de Renaud Capuçon
Je ne regrette pas le billet que j’ai écrit avant-hier (Les frères Capuçon sont-ils détestables ? ) même s’il m’a valu, comme c’était prévisible, des commentaires plus ou moins obligeants, venant – et le phénomène ne me surprend malheureusement pas ! – de lecteurs qui appliquent leur propre prisme à un texte dont ils ne retiennent que ce qui va dans ou contre leur sens ! Ainsi mon billet ne serait qu’une suite de gentillesses, de compliments à l’endroit de Renaud et Gautier, et l’expression de ma complaisance à l’égard de leurs initiatives médiatiques. J’invite chacun à relire, sans lunettes déformantes, ce que j’ai écrit !
Comme je n’ai nulle part écrit que Renaud Capuçon était le plus grand violoniste du siècle, que je sais son talent et ses limites, je n’en suis que plus à l’aise pour dire combien j’ai été touché, ému, profondément, par le magnifique concert que la pub de la Philharmonie de Paris a présenté comme celui de « Renaud Capuçon and Friends ».
Les Métamorphoses, pour 23 cordes solistes, de Richard Strauss, ont été achevées en avril 1945. Sublime tombeau et hommage à la civilisation allemande anéantie par la Seconde guerre mondiale et le nazisme.
Et message d’espérance tout autant, après la sinistre période que nous venons de traverser, qui semble prendre fin avec les annonces du Premier ministre hier.
Une tribune, signée Mathieu Schneider, vice-président de l’Université de Strasbourg, historien de la musique :
« La santé de la population est une chose, l’hystérie normative en est une autre. Et elle a de quoi inquiéter de nombreux secteurs d’activité.
Les ensembles musicaux, instrumentaux ou vocaux, risquent d’en faire les premiers les frais. Il est urgent de trouver aujourd’hui le juste équilibre entre prévention et acceptation du risque, et de redonner du sens à la responsabilité individuelle. A vouloir se prémunir collectivement de tout, on arrêtera de vivre.
Ce n’est qu’à ce prix qu’en cette année 2020 où nous fêtons les 250 ans de la naissance de
Beethoven, nous redonnerons sa voix à la musique et et son sens à la civilisation. »
Un mois plus tard, je constate que les parcs d’attraction vont rouvrir, que les grands spectacles comme Le Puy du Foureprennent. Que quelques festivals amis ont maintenu, contre la pression médiatique, tout ou partie de leur édition, et qu’à l’inverse l’une des plus touristiques régions de France, l’Occitanie, n’aura à offrir à ses citoyens, et ses visiteurs, qu’un désert culturel et musical…
Tout le monde a pu voir sur Facebook cette photo prise par le baryton Michael Volle sur un vol long-courrier, archi-plein et l’indignation qui est la sienne, partagée par tant de ses collègues, comme Sonya Yoncheva ou Anna Netrebko, relayée par Diapason : Avions pleins à craquer, salles de concert vides
Au nom de ces principes de « précaution » dénoncés par Mathieu Schneider et Etienne Gernelle, de la crainte qui s’est emparée de tous les responsables politiques de devoir répondre des conséquences de leurs décisions devant la justice, on laisse tout un éco-système culturel dans un brouillard total.
Pourrait-on au moins laisser les organisateurs, les patrons d’orchestres, de salles de concert, expérimenter, essayer, de nouveaux formats de concert ou de représentations d’opéra, avec le concours d’un public volontaire… et bien sûr des artistes pour qui ce serait toujours mieux que le rien actuel ?
Je ne parviens pas à me résoudre à ce que, désormais, la musique doive ressembler à cela :
J’emprunte à Mathieu Schneider la conclusion de son article :
«O Freunde, nicht diese Töne !» (O amis, pas ces notes !) Que l’anathème portée par le baryton de la Neuvième de Beethoven contre la petitesse de la société bourgeoise des années 1820 soit pour nous aussi une exhortation à imaginer un idéal ! Les règles ont toujours été bénéfiques pour l’art, car il s’en est joué. Les normes, elles, brident la création et obstruent le regard. Ce regard doit aujourd’hui, plus que jamais, être collectif. Les orchestres, ce ne sont pas que de grandes institutions publiques, ce sont aussi des milliers d’associations d’amateurs par le monde, pour lesquelles jouer de la musique est d’abord un plaisir.
Ce plaisir ne doit aujourd’hui pas être tabou. C’est lui qui nous donne envie, c’est lui qui fait communauté. N’est-ce pas un hasard si les sons que le baryton nous exhorte à écouter sont précisément ceux de l’Ode à la joie de Schiller ? Cette joie, Schiller et Beethoven l’ont chantée sur le mode de la fraternité, celle qui seule pourra redonner, par-delà les frontières, sa voix à Beethoven et son sens à notre civilisation (Libération, 21 mai 2020)
Impressions en vrac après une semaine de « déconfinement »
Vers le Sud
J’avais deux bonnes raisons de profiter de la parcelle de liberté recouvrée lundi dernier, l’une professionnelle – régler sur place les questions liées à la réouverture du bureau du Festival Radio France à Montpellier – l’autre familiale – revoir ma mère, 93 ans dans quelques jours, chez elle à Nîmes. Ni train, ni avion, j’ai préféré la voiture.
Sentiment de liberté, ce lundi 11 mai, l’A 86, que je dois emprunter pour rejoindre l’A 10 puis l’A 75, est quasiment vide. Est-ce un effet de la tempête qui secoue la région parisienne depuis 24 heures ? la prudence des déconfinés ?
Vers Orléans, ma voiture affiche une température extérieure de 5° ! Les aires d’autoroute ont partiellement rouvert. Sur ce trajet magnifique qui traverse le Berri, le Massif central, les Cévennes, j’ai mes petites habitudes. Je m’arrête sur l’aire du viaduc de Garabit. Personne. La Truyère, la rivière que franchit le pont métallique conçu par les équipes de Gustave Eiffel, scintille sous le soleil.
J’ai, comme toujours en prévision d’un long voyage, téléchargé sur mon téléphone portable des éléments de ma discothèque. J’aime réentendre l’art si libre et rhapsodique du chef Constantin Silvestri.
Dans une oeuvre aussi rabachée que les Préludes de Liszt, Silvestri fait dresser l’oreille.
Montpellier désert
Le choc en arrivant à Montpellier. La place de la Comédie déserte. Jamais vu depuis plus de trente ans que je viens à Montpellier.
Terrasses, cafés, restaurants fermés comme partout ailleurs, mais pour une cité qui vit dehors toute l’année, le contraste est saisissant. Le déconfinement n’est pas d’actualité.
Mardi je retrouve avec plaisir quelques-uns des piliers de l’équipe du festival à Montpellier pour mettre en place le processus de réouverture de nos bureaux. Se voir, se parler sans le truchement d’un écran d’ordinateur ou de téléphone, mesurer la chance qui est la nôtre de n’avoir eu aucun malade dans toute l’équipe, réfréner l’impatience de ceux qui voudraient revenir tout de suite au bureau. Je mesure, plus que jamais, la responsabilité qui est la mienne.
Même si le festival 2020 ne ressemblera pas aux autres, même si le joyeux brouhaha qui s’empare des bureaux de Montpellier dès le début juin et s’amplifie dès que le festival bat son plein en juillet, même si ce brouhaha manquera tristement, il faut que les équipes qui préparent le festival « autrement » puissent réintégrer des espaces de travail reconfigurés selon les nouvelles normes sanitaires.
Une journée chez ma mère
Je n’avais pas revu ma mère depuis la fin février. Je la trouve en bonne forme à l’approche de son 93ème anniversaire. La tête fonctionne parfaitement, le corps me semble plus alerte qu’il y a quelques mois. Le virus ne l’a pas touchée, pas plus que les infirmières et aides à domicile qui la visitent chaque jour. Elle évoque, à ma demande, des souvenirs d’autrefois, de sa si nombreuse famille suisse. Plus intéressants que la conversation sur le présent…
Infantilisation
Je ne supporte plus les journaux télévisés que j’avais l’habitude de suivre sur France 2. Ces reportages « au plus près du terrain », ces « envoyés spéciaux » dépêchés sur… le trottoir du ministère de la Santé, de Matignon ou de l’Elysée pour nous dire ce qu’ils auraient pu dire en studio, et ce ton infantilisant des présentateurs qui commencent toujours par les sujets d’inquiétude…
Heureusement il y a encore C à vous sur France 5, des journalistes qui bossent leurs sujets, des débats contradictoires. Et puis les bouffées d’information non formatée, d’humour, les interviews qu’on n’attend pas et qu’on n’entend nulle part ailleurs, dans Quotidien de Yann Barthès sur TMC.
Indécence
En une du Canard enchaîné de mercredi – introuvable à Montpellier pour cause de grève de la distribution des journaux nationaux (comme si la presse avait besoin de ça!), cet article qui dit tout de l’indécence contemporaine :
Douce France
Le 16 mai 2018, on avait choisi le siège de la Garde républicaine à Paris pour présenter l’édition 2018 du Festival Radio France Occitanie Montpellier , placée sous l’égide de la Douce France chantée par l’enfant de Narbonne, Charles Trenet. Le Choeur de l’armée française nous avait fait la surprise de quelques chansons.
Erreur
Cette vidéo n’existe pas
Comme on le sait, pas d’édition « physique » du festival l’été prochain. Mais quelque chose d’autre, de différent. On y met toute notre énergie.
Rien pourtant ne remplacera ce qui fait l’essence du spectacle, du concert, des interprètes qui jouent pour le public, et ce public qui partage en un même lieu, à un même moment, des émotions qu’aucune transmission, aucun écran ne produiront jamais à pareil degré.
Et vendredi, pour quelques courses qu’on avait différées, retour à Paris. Sentiments mitigés. Paris ne m’avait pas manqué pendant le confinement. J’avais, au contraire, apprécié ma maison, mon jardin, les roses, les fleurs qui profitaient de ce printemps si ensoleillé… Peu de monde dans les rues autour de la Madeleine, comme si on était au mois d’août. Des commerçants heureux de rouvrir, un kiosque à journaux qui offre le café.
On ne sait pas si on souhaite un retour « à la normale », au Paris d’avant. Aura-t-on tiré quelque enseignement de ces semaines confinées ? Trop tôt pour l’affirmer.
Place Vendôme
On croise l’ami Paul Meyer et l’un de ses fils. On s’était parlé, Paul et moi, il y a peu. Plus rien, plus de concert, plus d’invitation, tous les projets sont annulés. Difficile d’envisager demain, pour lui comme pour des milliers d’artistes. Pourtant, comme les sportifs de haut niveau, il continue de s’entraîner, de travailler, pour le jour où…
Beaucoup de réactions évidemment à l’annonce faite vendredi dernier et relatée ici : lire Le coeur lourd. Compréhensives, chaleureuses, parfois inattendues.
Non seulement pas une ligne à retrancher à ce que j’écrivais samedi, mais en réponse à une question de Jean-Baptiste Urbain, j’ai plutôt durci le propos dans la matinale de France Musique lundi matin, notamment sur les sombres perspectives qui attendent tout l’éco-système culturel, et le silence du ministère de la culture.
J’ai attentivement écouté le Premier ministre cet après-midi à l’Assemblée Nationale, je ne crois pas avoir vu le ministre de la Culture sur les bancs du gouvernement et je n’ai pas le souvenir d’avoir entendu grand chose sur le déconfinement de la culture. Rien de précis. On a bien compris que les festivals ou événements qui rassemblent plus de 5000 personnes sont impossibles jusqu’à septembre, que les salles de concert, théâtres et cinémas ne rouvrent pas le 11 mai, mais rien qui réponde aux préoccupations de centaines d’organisateurs de manifestations culturelles… de moins de 5000 personnes.
Optimiste je suis, optimiste je reste. J’y ai cru jusqu’au bout, je ne retire rien de ce que j’écrivais ici le 15 avril (Lettre à mes amis et aux autres) et plus tôt le 23 mars (Confinement).
Mais quand on a charge d’âmes, on n’embarque pas plusieurs centaines de passagers dans une aventure, aussi exaltante soit-elle, sans être certain de parvenir à bon port. J’ai donc du me résoudre à prendre la décision la plus difficile que j’aie eu à prendre en quarante ans de vie professionnelle.
S’il ne s’était agi que de quelques beaux concerts dans la belle salle de l’Opéra Berlioz de Montpellier– ceux qui sont diffusés d’ordinaire sur France-Musique, qui sont l’image de marque du Festival Radio France Occitanie Montpellier j’aurais peut-être pu différer la décision, attendre de connaître des décisions gouvernementales claires, mais le Festival ce sont 165 événements et concerts dans 80 lieux différents de toute la région Occitanie, des lieux gérés par de multiples partenaires et collectivités. Partenaires qui ont été, à quelques exceptions près, aussi optimistes que nous, et qui n’ont pu que se résoudre à l’inéluctable annulation.
Dans quelques semaines, peut-être, la crise sanitaire ne sera plus qu’un mauvais souvenir, et on nous reprochera d’avoir baissé le rideau trop vite. Ou nous nous féliciterons d’avoir pris toutes les précautions…
Une certitude : le déconfinement se fera dans un désert culturel. Et les dégâts de la crise sanitaire pour tout le monde de la culture seront considérables, souvent irrémédiables. Dégâts artistiques, économiques, mais d’abord dégâts humains.
On voit bien, ici et là, resurgir la vieille rengaine populiste : la culture est un petit milieu privilégié (avec un régime d’assurance chômage qui serait trop favorable), et on aura bien d’autres soucis après la crise que de faire revivre les théâtres, les salles de concert, les festivals, qui vivent pour la très grande majorité de subventions publiques…
Le silence actuel du ministère de la Culture est assourdissant, les positions des collectivités territoriales plus rassurantes (La région Occitanie se mobilise pour les festivals), mais lorsqu’il s’agira des budgets 2021, il y a malheureusement fort à parier que les structures culturelles seront les dernières servies, quand elles ne seront pas purement et simplement menacées de disparition.
Mais trève de pessimisme : après avoir accusé le coup, la belle équipe qui m’accompagne imagine déjà un « Festival autrement » sur les réseaux (chaîne YouTube du festival)
France Culture prévoit ses Rencontres de Pétrarque… en studio à Paris du 29 juin au 3 juillet, et France Musique célébrera les grandes heures d’un Festival qui fête – un peu tristement – son 35ème anniversaire.
Ce samedi justement, France Musique faisait entendre l’un de ces moments uniques du Festival : Michel Petruccianile 21 juillet 1995 à Montpellier !
Souvenir de l’été 2018, lorsqu’on voyait la vie en rose…