Les habitués du Musée Picasso à Paris ne feront pas de découverte majeure dans l’exposition Picasso, Donner à voir proposée par le Musée Fabre de Montpellier jusqu’au 23 septembre (lire Picasso et la musique). Mais on apprécie – et à en juger par l’affluence, je ne suis pas le seul ! – la proposition très pédagogique de 14 étapes, 14 moments-clés de l’oeuvre de l’artiste le plus prolifique du XXème siècle, rebelle à toutes les écoles, à tous les systèmes.
Quelques-uns de mes coups de coeur :
Picasso,
Et puis, quand on est au Musée Fabre, comment ne pas revisiter les riches collections permanentes…
Le Grand Palais à Paris annonce une « rétrospective exceptionnelle », elle l’est véritablement.
L’exposition consacrée au plus français des Tchèques, František Kupka(1871-1957) est à voir absolument. Aux toiles que les visiteurs du Centre Pompidouconnaissent déjà, s’ajoutent nombre de tableaux du Musée national de Prague, et d’autres musées ou collections privées, qui retracent généreusement le parcours d’un artiste qui, dès son arrivée à Paris en 1896, trace un chemin singulier, où la richesse des couleurs domine, même quand il recourt à l’abstraction.
J’avais rendez-vous hier matin avec l’attachée culturelle de l’ambassade de Lituanie à Paris, pour évoquer de futurs projets du Festival Radio France. Une adresse hausmannienne dans le 17ème arrondissement. Un ancien hôtel particulier comme c’est souvent le cas pour les ambassades.
Nous commençons vite à parler musique, artistes, compositeurs. Le premier président lituanien de l’ère post-soviétique n’était-il pas un musicien et musicologue reconnu, Vytautas Landsbergis ? La pianiste Mūza Rubackytėest une fidèle du Festival Radio France. En 2015, elle avait participé au marathon pianistique organisé par Philippe Cassard, jouant comme personne les Préludes et fugues de Chostakovitch.
(De gauche à droite, les pianistes Cédric Pescia, Dominique Merlet, Philippe Cassard et Mūza Rubackytė)
Muza est à la tête d’une discographie pour le moins originale, où la musique de son illustre compatriote, Mikalojus Konstantinas Čiurlionis(1875-1911), tient une place éminente.
Etonnante personnalité que celle de Čiurlionis, mort à 35 ans, aussi grand peintre que compositeur. Auteur d’une fascinante série de toiles, intitulée La Création du mondeà voir en ce moment au Musée d’Orsay à Paris dans le cadre de l’exposition Âmes sauvages.
Au moment où nous évoquons ces personnalités de la musique de son pays, l’attachée culturelle me tend un CD enregistré dans les salons de l’ambassade. Y figurent un quatuor de Čiurlionis et… le Concert pour piano violon et quatuor à cordesde Chausson. Couplage inattendu, lui fais-je remarquer ! Réponse : « Inattendu certes, mais pas tant que cela puisque nous sommes dans la maison de Chausson ! »
Bien sûr, nous sommes au 22 boulevard de Courcelles ! J’aurais dû faire le rapprochement (Le Paris secret des musiciens)
Sitôt l’entretien terminé, nous serons rejoints par l’ambassadeur lui-même pour visiter l’illustre maison, certes bien transformée, même si les principaux éléments de décor ont été préservés.
Le salon où se pressaient artistes, musiciens, intellectuels, orné d’une frise de Maurice Denis(le lustre et les éclairages… ne sont pas d’époque !)
Un petit salon avec la bibliothèque et la cheminée d’origine.
La salle à manger demeurée en l’état et restaurée.
Ce n’est qu’en sortant que je verrai la plaque posée sur le mur.
Ah les fâcheries de la traduction : non ce n’est pas un « concerto », mais un Concert au sens où les concevait Rameau (Concerts en sextuor).
(Nikolai Trrik / Estonie, Le départ pour la guerre 1909)
Cette exposition – la première de cette envergure à Paris – s’inscrit dans un ensemble de manifestations culturelles organisées pour célébrer le centenaire de l’indépendance de ces trois pays de l’est de l’Europe – Lettonie, Lituanie, Estonie – si mal connus. Le moins qu’on puisse dire est que ceux qu’on désigne par facilité les pays baltessont les grands oubliés de l’histoire du XXème siècle (lire Les pays baltes).
On n’a pas honte d’avouer qu’à l’exception du Lituanien Čiurlionis– que je connaissais comme compositeur, que j’ai découvert comme peintre – les noms des peintres et sculpteurs exposés à Orsay m’étaient tous inconnus.
(Oskar Kallis / Estonie, Linda portant un rocher, 1917)
(Petras Kalpokas / Lituanie, La Cité enchantée, 1912)
(Alexandrs Romans / Lettonie, Paysage au cavalier, 1910)
(Rudolfs Perle / Lettonie, Le soleil au crépuscule, 1916)
(Antanas Zmuidzinavicius / Lituanie, Au pays où sont les tombes des héros, 1911)
(Antanas Zmuidzinavicius / Lituanie, La tombe de Povilas Visinskis, 1907)
(Johann Walter / Lettonie, Jeune paysanne, 1904)
(Ferdynand Ruszczyk / Biélorussie, Le passé, 1902)
(Nikolai Trrik / Estonie, Paysage décoratif de Norvège, 1908)
(Vilelms Purvitis / Lettonie, Les eaux printanières, 1910)
(Jaan Koort / Estonie, Paysage de Norvège, 1907)
(Vilelms Purvitis / Lettonie, Hiver, 1908)
(Vilelms Purvitis / Lettonie, Automne, 1914)
(Johann Walter / Lettonie, Un bois, 1904)
(Petras Kalpokas / Lituanie, Paysage, 1911)
(Petras Kalpokas / Lituanie, Arbres près d’un lac, 1914)
Je laisse aux spécialistes le soin d’opérer des rapprochements ou des comparaisons avec les peintres symbolistes occidentaux, j’ai pour ma part été enthousiasmé par la lumière et la vivacité des couleurs de ces toiles.
Si la peinture balte est encore une vaste terra incognita pour nos regards français, que dire de la musique de ces pays ? Pour un Arvo Pärtqui a conquis une célébrité universelle, les noms de ses compatriotes estoniens Tubin, Tüur, restent l’apanage des seuls mélomanes curieux, grâce aux efforts des Järvi, père et fils, pour les faire connaître.
La musique lituanienne est bien servie, notamment par le label Naxos, et grâce à des interprètes comme la pianiste Mūza Rubackytė.
Le violoniste Gidon Kremer, né à Riga, s’est toujours fait le héraut des musiques baltes, il ne manquait jamais une occasion – j’en ai vécu quelques-unes ! – de donner un bis d’un compositeur complètement inconnu, souvent imprononçable, après avoir joué un grand concerto du répertoire.
Les fidèles du Festival Radio Franceretrouveront, quant à eux, en juillet prochain l’une des plus fameuses phalanges chorales d’Europe, le Choeur de la radio lettone et son chef Sigvards Klava, présents chaque été à Montpellier depuis plus de 25 ans. Mais cette année, pour célébrer le centenaire de l’indépendance de leur pays, ils ont concocté un beau programme en forme de découverte de la spiritualité balte.
Le 23 juillet à la Cathédrale de Montpellier et le 25 juillet à la Cathédrale de Cahors : Chants de la Baltique
Je ne me suis jamais rangé dans la catégorie des admirateurs absolus de celle qu’on appelle « la » Callas J’ai même souvent été agacé par la surexploitation médiatique, discographique, d’une légende qui a fini par occulter la vraie personnalité et l’art singulier de la chanteuse.
Je dois reconnaître que Warner, qui avait tant et tant réédité pour exploiter le filon, a, cette fois, bien fait les choses. La publication, à un prix raisonnable, après un remastering souvent exceptionnel, des enregistrements de studio d’une part, des captations « live » d’autre part, est un très bel hommage à la cantatrice disparue il y a quarante ans, le 16 septembre 1977.
Je n’ai pas encore eu le temps d’aller voir l’exposition proposée par la Seine Musicale : Maria by Callas. Mais elle vaut certainement d’être visitée.
En revanche, j’ai acheté le très bel ouvrage que le commissaire de cette exposition, Tom Volf, le très jeune homme qui est littéralement « tombé en amour », comme disent nos amis canadiens, de celle dont il ne savait rien il y a encore cinq ans.
C’est vraiment un ouvrage exceptionnel, je n’en connais pas d’équivalent sur un musicien ou même un interprète. On trouverait presque la présentation de l’éditeur trop modeste :
A l’occasion des 40 ans de la disparition de la cantatrice, cet ouvrage nous invite à marcher dans les pas de la Callas, femme fragile et artiste acharnée de travail, en parcourant ses archives personnelles : photos inédites issus de ses albums privés, extraits de sa correspondance et de ses carnets, entretiens redécouverts où elle se livre sans fard sur sa vie, son art, les scandales qui ont jalonné son parcours. Une expérience bouleversante, au plus près de la femme que fut Maria Callas.
On doit être reconnaissant à Tom Volf d’avoir réuni dans ce livre beau et lourd autant de témoignages, de documents – les quelques entretiens, peu nombreux, donnés à la presse par la cantatrice – de photos intimes, inédites, en évitant le piège du voyeurisme ou de l’idolâtrie. Comme un chant d’amour à une femme qui en a tant manqué derrière le masque de la légende.
Une exposition-événement qui rappelle l’essence de l’art, la liberté fondamentale de l’artiste. Et dans le cas de l’artiste britannique, une liberté joyeuse, iconoclaste, ivre de ses propres audaces, qui défie nos crédulités, nos addictions à l’information de masse, aux réseaux sociaux. Une liberté qui ne supporte aucune restriction.
On s’était dit qu’on s’abstiendrait le temps d’un week-end prolongé. Pour mieux voter dimanche prochain.
Dix-huit ans d’absence, la dernière fois c’était une belle Toussaint, 1999. On avait presque oublié Venise. L’enchantement est intact.
Entre deux averses, la première visite a été pour la Douane de Mer, suivie du PalazzoGrassi. Pour une exposition époustouflante, littéralement incroyable. On n’a pas toujours aimé Damien Hirst. Là on est bluffé…
Pour une fois, rien d’exagéré à dire que c’est du jamais-vu. Le come-back de Damien Hirst à la collection Pinault de Venise peut être affublé de tous les superlatifs, ils ne seront pas de trop. Délirant, mégalomane, abyssal, babylonien, kitchissime, « über-expensive »… Le vieil enfant terrible de la scène des Young British Artists fait d’ores et déjà exploser le standard de la billetterie avec cette double exposition blockbuster. Elle envahit chaque recoin de la Punta della Dogana et du Palazzo Grassi, et fera, à n’en pas douter, date.
Son exposition se situe quelque part entre Pirates des Caraïbes et Indiana Jones, assaisonnée d’un soupçon de frères Farrell pour l’autodérision et d’une bonne giclée de Da Vinci Code pour les effets spéciaux volontairement outrés. Bref, un retour tonitruant après des années de silence
Le pitch ? Il était une fois, il y a quelque deux mille ans, un immense collectionneur du nom de Cif Amotan II. Esclave affranchi, il possédait toutes les merveilles du monde, qu’il désira un jour abriter sur une île. Hélas – est-ce punition divine pour tant d’arrogance ou juste la faute à pas de chance ? –, le bateau coula, avec ses richesses. Il fallut attendre le début du XXIe siècle pour qu’un archéologue convainque Hirst d’allouer toute sa fortune sothebysienne à la sortie des eaux de l’antique magot. Voilà ce que raconte le livret offert à l’entrée, ainsi qu’un « documentaire » consacré à l’expédition sous-marine, dont de spectaculaires photos émaillent le parcours.
La suite consiste en une accumulation absolument insensée de « richesses ». Un codex aztèque, des pépites d’or, le combat de la déesse indienne Kali avec l’hydre de Lerne, des sphinges et des masques de Bali, des pharaons et des pieds géants d’Apollon, un Pégase et une Amazone romaine, des monnaies impériales, des bouddhas et des casques khmers…
Je m’en vais dans quelques heures assister à un spectacle…pour enfants, chorégraphié par Pär Isberg (prononcer Iceberg) – ça ne s’invente pas ! -, Nötknäpparenautrement dit Casse Noisette, le dernier « ballet-féerie » de Tchaikovski. Et je m’en réjouis à l’avance.
Casse-Noisette était sur la Table d’écoute de Camille de Rijck sur Musiq3, dimanche dernier, jour de Noël comme il se doit – L’émission est à réécouter ici Table d’écoute 25/12/2016 Casse Noisette. Il faut juste éviter les dernières minutes qui ne correspondent pas à la séquence annoncée, mais la comparaison entre plusieurs grandes versions non seulement confirme que l’ouvrage est un chef-d’oeuvre de bout en bout (ce qui n’est pas toujours le cas des grands ballets qui souffrent parfois de « remplissages ») et que les plus grands chefs peuvent révéler la magie, le merveilleux de ce récit autant que la beauté des thèmes et la subtilité de l’orchestration tchaikovskienne.
Grands vainqueurs de cette écoute comparée, d’abord Valery Gergiev dont la toute récente version renouvelle la réussite de ses précédents enregistrements (Decca 1998 et DVD 2007), et Antal Dorati, dans la deuxième de ses trois magnifiques versions (après Minneapolis 1954 et avant Amsterdam/Concertgebouw en 1976)
Des enfants, il y en avait déjà beaucoup ce matin au Moderna Museet, le superbe musée d’art moderne de Srockholm situé sur la presqu’ile de Skeppsholmen.
Une exposition-concours de toutes sortes de constructions en pain d’épices faisait saliver autant les petits que les grands, en vain puisque, même par l’odeur alléchés, on ne pouvait ni toucher ni goûter…
Une très belle ambiance de fêtes qu’on retrouvait dans la veille ville (Gamla Stan), dès qu’on s’éloignait des deux rues bondées de touristes.
La dernière fois, c’était au Musée d’Orsay, une splendide faute de français dans l’exposition consacrée au Second Empire . Avant-hier, c’était au Grand Palais, l’exposition sans doute la plus courue du moment : Hergé
Comment le commissariat de l’exposition, la direction du Grand Palais, peuvent-ils laisser à la vue de tous les visiteurs d’aussi grossières fautes de français ?
Le plus cocasse est que le texte en anglais est correct : le pluriel pour mountains et un bien fâcheux singulier pour montagne !
Juste énervant ! Au point que l’Académie française s’est sentie un devoir de publier un troisième volume deDire ne pas dire :
Dit-on éduquer le sens de l’équilibre ou éduquer au sens de l’équilibre ? Se revendiquer ou se réclamer d’une longue tradition ? Se départit-on de son calme ou s’en départ-on ? Est-on prêt à ou près de venir ? Est-on sensé ou censé connaître la loi ? Que faire de ces tics de langages qui nous ont envahis : positiver, transpariser, s’adresser auprès, de manière à ce que, rapport à, poser problème ? Et les anglicismes : switcher, come-back, hot spot, biopic, success story, matcher, par quoi les remplacer ? Lancé en octobre 2011, le site « Dire, ne pas dire » de l’Académie française connaît un succès croissant. Aux questions les plus variées des internautes sur des difficultés de langue, les académiciens et les linguistes du quai Conti apportent des réponses claires et argumentées, notamment par rapport aux emplois fautifs, aux abus de sens, aux néologismes ou aux anglicismes. Les multiples interrogations sur l’omniprésence d’un vocabulaire technologique ou à l’irruption de mots étrangers véhiculés par les médias et la mondialisation, trouvent ici des réponses passionnantes. Car l’Académie française, loin d’être un gendarme de la langue, est autant attentive à la nécessité d’enrichissement de la langue française qu’à la lutte contre l’appauvrissement du vocabulaire. Ce livre reprend une sélection de plus de 200 entrées, effectuée par Dominique Fernandez et Yves Pouliquen, deux académiciens membres de la commission du dictionnaire, qui ont aussi rédigé deux textes introductifs. En se confrontant à des questions d’usage pratique de la langue, de cas concrets et quotidiens, en n’éludant aucune difficulté, ce travail constitue un vif hommage à l’intelligence et aux subtilités de la langue française (Présentation de l’éditeur)
Surtout qu’Hergé écrivait et parlait un parfait français, comme en témoignent les nombreux documents et plusieurs vidéos présentés dans l’exposition du Grand Palais… dès qu’on parvient à les apercevoir au milieu de la foule des visiteurs !
Il est évidemment indispensable de réserver à l’avance (et de choisir un créneau horaire plutôt matinal !).
J’ai enfin trouvé le temps d’aller voir l’exposition qui lui est consacrée à l’Hôtel de Ville de Paris. Ce Coluchequi nous manque tant depuis que sa moto a eu très la mauvaise idée de s’encastrer sous un camion un jour de l’été 1986.
Quantité de documents personnels, d’objets, de photos, de vidéos, retracent le parcours d’un personnage qui faisait du bien à notre monde, qui remettait les puissants et les importants à leur juste place, qui n’oubliait jamais d’où il venait et qui il était.
Un clown, un poète, un amuseur, un auteur, un acteur qui n’a rien perdu de sa pertinence et de son impertinence (L’histoire d’un mec)
Peut-on espérer la réédition en coffret de la totalité des films dans lesquels a tourné Coluche ? Comme celui-ci qui nous rappelle au passage le talent de scénariste du très regretté Gotlib