Une idée folle ?

C’était lundi soir, dans une salle de quartier sans âme de l’une de ces villes nouvelles nées de l’utopie planificatrice des années De Gaulle / Pompidou. On m’avait convié à la projection d’un film suivie d’un débat, le titre m’avait intrigué – Une idée folle – , la présentation m’avait un peu agacé :

.Tourné dans neuf établissements scolaires – publics et privés, de la maternelle au collège, aux quatre coins de la France – Une Idée Folle pose la question du rôle de l’école au XXIème siècle, à travers le témoignage d’enseignants, d’enfants, de parents ainsi que d’experts de l’éducation. À quels défis les citoyens de demain vont-ils devoir faire face et comment les y préparer ? En cultivant l’empathie, la créativité, la coopération, la prise d’initiative ou encore la confiance en soi et l’esprit critique chez les élèves, en parallèle des savoirs fondamentaux, les enseignants de ces écoles font un rêve fou : celui de former une future génération de citoyens épanouis et responsables qui auront à cœur de transformer positivement la société qui les entoure.

Ce vocabulaire typique du monde de l’éducation, ces belles proclamations, j’y allais méfiant.

Et puis voilà qu’en écoutant parler ces enseignants, certain(e)s plus que d’autres, l’émotion m’est montée à la gorge, je me suis rappelé mon père parlant de son métier – il était professeur d’anglais jusqu’à sa mort brutale à 44 ans – mon oncle prof lui aussi, je me suis souvenu que, moi aussi, je me destinais au professorat, j’ai profondément aimé les quelques occasions qui m’ont été données d’enseigner – j’ai fait mon service militaire comme professeur de français et de langues de futurs sous-officiers et d’officiers ! – .

Je me suis rappelé ce que mon père me disait quand je critiquais tel copain, tel prof : « Même si tu le trouves nul ou méchant, cherche toujours ce qu’il y a de bon chez l’autre ». Je trouvais ça angélique, voire naïf, et pourtant cette sentence paternelle n’a cessé de m’inspirer.

Ce film – qu’il faut absolument voir ! – montre et démontre qu’on peut sortir de la déprime ambiante, de la sempiternelle lamentation sur l’échec, la lourdeur du système scolaire. On voit bien le reproche qu’on pourrait faire à Judith Grumbach, c’est de ne pas restituer une réalité autrement plus difficile et complexe. Tant mieux ! Enfin dire ce qui marche, que ça peut marcher !

Plusieurs intervenants dans le film et les deux enseignants qui le présentaient lundi soir disent que la vraie révolution dans le monde de l’éducation, en France, consisterait non pas à « dégraisser le mammouth » pour reprendre l’horrible expression d’un ancien ministre de l’Education, mais à libérer les initiatives, les expérimentations, au plus près des réalités locales, Pas de mesures uniformes, décidées d’en haut, mais une école qui n’abandonne aucun de ses enfants.

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J’espère que les candidats à l’élection présidentielle ont vu ou verront ce film. Plusieurs d’entre eux ont, à juste titre, mis l’éducation au coeur de leur programme, mais on n’en retient – les médias, le public – que les chiffres (40000 recrutements pour Benoît Hamon, 12 élèves par classe de primaire en REP pour Emmanuel Macron). Est-ce pourtant une idée si folle que de croire et de vouloir que tous les enfants de France réussissent à l’école ? Y a-t-il plus noble ambition pour ceux – président, députés – que nous allons élire ?

Brouillons de culture

Un titre accrocheur, une quatrième de couverture bien tournée. Et comme le sujet est quasiment absent de cette campagne présidentielle, j’achète et je commence à lire. Jusqu’à ce que je comprenne qu’il s’agit d’un bouquin à charge exclusive contre le quinquennat finissant, venant d’un représentant d’une droite la plus conservatrice et étriquée qui soit. Normal, diront ceux qui s’arrêtent aux clichés, qu’attendre d’autre d’un élu de Versailles ?

Et pourtant d’accord sur un point avec lui : « Sans véritable ambition culturelle, toute entreprise de réforme de la société française et de lutte contre la violence, y compris terroriste, est promise à l’échec »

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Se tourner vers le dernier opus de Christiane Taubira ? Au moins la langue ne me décevra pas…

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Céder à la facilité, en tout cas au plaisir d’une lecture rapide, avec ce faux roman à clés dont on a entendu grand bien ?

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Décembre 2016. Trente ans après s’être perdus de vue, deux anciens camarades d’études se retrouvent à l’occasion d’une émission de télévision. La fille en noir  est écrivain, Guillaume Fronsac un marquis de l’aristocratie d’État devenu banquier d’affaires.
De 17h à minuit, au cœur d’un Paris hanté par le terrorisme mais où la beauté de l’histoire française se révèle à chaque pas, ils vont se juger, se jauger, se confier, se séduire peut-être. À travers la confrontation de leurs existences, de leurs désirs, de leurs illusions perdues, se dessine le tableau d’un pays abimé par l’oubli de sa grandeur littéraire, enkysté dans la décomposition politique et le cynisme de son oligarchie. Comment échapper au déclinisme et aux ruines mentales de la République des Lettres ? En allant jusqu’au bout de la nuit (
Présentation de l’éditeur)

On se doute que toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé n’est nullement fortuite !

Et puis, cette fois sans risque d’être déçu, retrouver une plume coruscante, acerbe, virtuose, et chaque jour, à petite dose, feuilleter ce journal de Matthieu Galeyréédité intégralement.

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Pour la politique culturelle on repassera…

Sortir du chaos

Cela fait un moment que je veux évoquer un ouvrage dont la sortie est passée presque inaperçue au milieu du flot de bouquins anti-Hollande de l’automne dernier, et je conseille vivement de le lire à ceux qui veulent remettre en perspective tout ce qui s’est passé ces derniers mois dans la vie politique française.

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L’auteure n’est pas suspecte d’antipathie à l’égard de la gauche, c’est le moins qu’on puisse dire. La présentation de l’éditeur est éloquente :

Femme de conviction et observatrice aguerrie de notre vie politique, Michèle Cotta brosse le tableau édifiant d’un chaos sans précédent dans l’histoire de la Ve République. Au fil de ses rencontres et de ses échanges avec les principaux acteurs de cette séquence hors normes – de François Hollande, Manuel Valls ou Emmanuel Macron à Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Bayrou et Marine Le Pen –, elle nous plonge dans les coulisses d’une incroyable dérive où la déliquescence des idées se conjugue à l’impuissance des gouvernants, à gauche, et à l’anarchie des ambitions, à droite.
Tandis que dans l’opposition, déboussolée par la défaite de 2012, les multiples prétendants à la fonction suprême se livrent, sur fond de scandales financiers, à une lutte au couteau, le pouvoir en place s’abîme dans les divisions et une contestation incessante de l’autorité présidentielle.
Sans cacher son désarroi face à la cacophonie gouvernementale, Michèle Cotta nous éclaire sur la façon dont certaines mesures ou réformes emblématiques ont été prises et, parfois, mal engagées. Elle essaie de décrypter la personnalité complexe de François Hollande, souvent commentateur plus qu’acteur de sa propre histoire, et livre les jugements peu amènes du chef de l’État sur une gauche réticente aux contraintes du pouvoir. De son côté, Manuel Valls analyse et dissèque au cours de ses entretiens avec la journaliste les fiascos comme les réussites du quinquennat sans ménager le président, dont il parle avec une grande liberté de ton.
Témoin à la fois fasciné et déconcerté de cette foire d’empoigne qui se joue de tous côtés en vue de la présidentielle de 2017, Michèle Cotta s’interroge sur les raisons profondes d’une telle dégradation de notre vie politique. Elle rapporte la réflexion saisissante d’un autre de ses interlocuteurs, Emmanuel Macron :  » Quand les ordres anciens meurent, ils se débattent.  » Si l’on assiste à l’agonie d’un système, jamais l’issue d’un scrutin présidentiel n’a paru à ce point imprévisible.

Pourquoi lire ce livre maintenant que le président sortant a renoncé à se représenter (Je suis venu vous dire…) , que  Sarkozy et Juppé ont été éliminés ? Parce que tout s’explique a posteriori et que les portraits que brosse Michèle Cotta de ceux qui sont encore dans la course – Montebourg, Valls, Hamon, Macron, Mélenchon, Fillon sont d’une justesse, d’une pertinence rares.

Et puis où en est le débat aujourd’hui ? En prise avec les attentes des électeurs ? Pas vraiment sûr.

L’article 49.3 de la Constitution franchement intéresse qui ? Pourquoi en faire un sujet de polémique pré-électorale ? Je ne comprends pas…

Le candidat de la droite François Fillon, sur pratiquement chaque sujet un peu sensible, fait des allers-retours qui rendent son message incompréhensible : sur la santé, la Sécurité sociale, les fonctionnaires. Mais sur la politique internationale, il cultive des amitiés plutôt compromettantes.

Le Premier ministre Bernard Cazeneuve, qu’on a connu mieux inspiré, profite d’une visite à Jarnac pour tacler Emmanuel Macron qui ne se résout pas à satisfaire les oiseaux de mauvais augure qui prédisaient la chute d’une bulle médiatique (Chronique d’une victoire annoncée).

L’air frais, la parole vraie, sont venus la nuit dernière de HollywoodLa victoire du film Elle de Paul Verhoeven et le sacre d’Isabelle Huppert aux Golden GlobesEt, plus important encore, ce que l’actrice française et Meryl Streep ont dit, des messages éminemment, authentiquement politiques, comme peut-être on aimerait en entendre du côté de chez nous…

« Do not expect cinema to set up walls and borders » (Isabelle Huppert)

Je suis venu vous dire…

Je n’avais pas prévu dans Primaire : effets secondairesune autre conséquence de la primaire de la droite : le renoncement de François Hollande. Et pourtant, je suis convaincu qu’en plus de toutes les raisons -impopularité, éclatement de la gauche – invoquées par les commentateurs, la manière dont Sarkozy a été sèchement éliminé a pesé dans la décision du Président de la République.

Les électeurs ne voulaient pas d’un match retour de 2012, ni Sarkozy… ni Hollande. Ils auront au moins eu droit à deux belles sorties. Tout le monde a salué le fair play de Sarkozy le 20 novembre au soir, tout le monde reconnaît ce soir la dignité et le courage d’un Président qui se retire pour laisser une chance à la gauche de concourir à la prochaine présidentielle.

Le temps viendra où l’on pourra faire sereinement le bilan – ombres et lumières, échecs et réussites – d’un quinquennat, d’un homme qui ne méritent à coup sûr pas l’excès d’opprobre dont ils sont couverts depuis des mois. C’est d’ailleurs ce qui transparaît dans le fameux livre – que l’ai lu – de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, qui est infiniment plus intéressant que les citations qui en ont été extraites. Les deux journalistes du Monde reconnaissent que l’action de François Hollande a, dans beaucoup de domaines, été couronnée de succès, notamment dans les moments tragiques que le pays a connus, mais que le Président n’a jamais été capable d’en convaincre d’abord son camp, et surtout l’opinion…

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La décision de Hollande, le résultat de la primaire de droite rebattent toutes les cartes pour la prochaine présidentielle, et d’abord de la primaire de la gauche. Une chose est sûre : Et si rien n’était joué ?

Primaire : effets secondaires

Si l’affaire n’était sérieuse, je pourrais dire que je me suis bien amusé ces derniers jours, ces dernières heures. De nouveau, les électeurs n’en ont fait qu’à leur tête et ont donné tort aux sondeurs, commentateurs et autres éxégètes patentés. Décidément, après le Brexit, Trump, ça commence à bien faire. Où va-t-on  ?

Je ne suis pas meilleur analyste que les autres, je pensais aussi – même si je ne me suis guère passionné pour cette « primaire de la droite et du centre » – que le second tour se jouerait entre Juppé et Sarkozy

Comme l’écrit Anne Sinclair – qui est bien placée pour le savoir ! – « l’époque est aux histoires imprévues ». Lire son éditorial : Une drôle d’histoire

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Quelques considérations, qui ne prétendent pas à l’originalité :

– Les électeurs de cette primaire ont clairement affirmé qu’ils ne voulaient pas voir le match retour de 2012 – deux conversations récentes avec ma mère m’avaient édifié sur ce rejet – : ni Hollande ni Sarkozy. Ce dernier a aggravé son cas en refaisant la même campagne clivante, extrême, qu’en 2012.. qui ne lui avait pas vraiment réussi, puisque déjà  il y a cinq ans, une grande partie du vote Hollande avait été un vote de rejet du sortant.

– Je suis surpris que personne n’ait mis en avant une constante de la Vème République : depuis 1965, aucun président n’a été réélu sur son bilan. Giscard battu au terme d’un unique septennat, Mitterrand certes réélu en 1988 mais après une période de cohabitation avec le gouvernement Chirac, le même Chirac également réélu en 2002 mais après 5 ans de gouvernement Jospin (et l’effondrement de celui-ci au 1er tour de la présidentielle). Sarkozy battu en 2012, et si l’on se fie à la totalité des sondages et enquêtes d’opinion, une très forte probabilité pour qu’Hollande connaisse le même sort si même il parvient à être candidat à la prochaine élection.

– Le paradoxe de cette primaire – et ce n’est pas le seul – c’est qu’au prétexte d’éliminer Sarkozy le revenant, on remet en selle deux anciens premiers ministres qui n’incarnent pas exactement le renouveau, ni le rajeunissement. Je ne parle même pas de leur corpus idéologique, ni de leur programme économique. Qu’on en arrive, en 2016, à évoquer les mânes de Lady Thatcher à propos de François Fillon, qu’Alain Juppé reprenne fièrement une expression qui lui avait joué de mauvais tours il y a… vingt ans (« Droit dans mes bottes »), n’est pas très rassurant quant aux perspectives d’avenir de notre pays…

– On nous dit que l’embellie spectaculaire du vote Fillon traduit une adhésion des électeurs à son programme. L’ont-ils simplement lu, compris, en ont-ils mesuré les conséquences ? Pas plus sans doute le programme Fillon que les autres. Alors le personnage ? L’éternel second – qui a tout de même été 5 ans le premier ministre de Sarkozy ! – intègre, sérieux, austère, qui a fendu l’armure lors du dernier débat télévisé ? L’explication est plus plausible… et renvoie à un autre parcours, celui d’un ancien premier secrétaire du PS crédité de 3% d’intentions de vote quand il se lance dans la course aux primaires de la gauche en 2011 et qui finit président de la République.

Alain Juppé a-t-il déjà perdu ? Ne pas le dire trop vite. Le corps électoral de dimanche prochain sera certainement très différent de celui du premier tour. Et la participation sans doute moindre. Quand on aura comparé les deux programmes, les deux visions, mais aussi les soutiens et les alliés des deux hommes… la surprise peut encore survenir.

– Cette primaire de la droite rebat les cartes de la gauche. Emmanuel Macron semble être bien seul à proclamer qu’il n’est pas inéluctable que la gauche soit absente du second tour de la présidentielle. Même si l’histoire ne se répète jamais, on est pour le moment dans un scénario de type 21 avril 2002. À moins que la raison ne finisse pas l’emporter…

 

 

Et si rien n’était joué ?

Je m’apprêtais à commenter l’actualité politique de ce week-end, notamment la première de l’émission « Questions politiques » sur France Inter et franceinfo :

Et je suis tombé – merci Facebook ! – sur cet article du blog de Bernard Sananès, compagnon de militantisme de nos jeunes années. Je ne suis pas étonné de partager en tous points son analyse, que je reproduis intégralement ici.

Et si cette fois le système ne gagnait pas ?

« A la fin c’est comme l’Allemagne au foot, le système gagne toujours. »

« Lecanuet, les Rénovateurs, Bayrou, personne n’a réussi »

« Le FN a un plafond de verre »

« Le 3ème homme, ça fait les unes des médias mais ça ne dure jamais très longtemps »

« En entrant dans l’isoloir, les Français reprennent leurs habitudes et votent pour ceux qu’ils connaissent, depuis longtemps »

« Sans parti structuré, on n’y arrive pas »

« Les Français voudront savoir avec qui leur Président gouvernera »

« Les députés vont penser à leurs investitures »

« De toute façon pour 2017, celui qui gagnera la primaire de la droite, sera Président »

Bien sûr tous ces arguments sont justes. Bien sûr l’histoire politique est pleine de tentatives hors-parti, anti-système, qui n’ont jamais dépassé les unes des médias, quelques vagues de sondages, ou ont buté sur le premier tour de la présidentielle. Bien sûr Macron n’est pas au second tour, et Le Pen n’est pas donnée gagnante des sondages. Evidemment, les anti-système qu’ils soient du côté de Le Pen, du centre Macron/Bayrou, de la gauche de la gauche Mélenchon/Montebourg  ne partagent rien, et n’ont aucune convergence tactique ou politique. Bien sûr l’élection de 2017 qui aura lieu sous la menace terroriste n’est pas, contrairement à 2007, une campagne d’optimisme et d’espérance, un terreau propice pour le saut dans l’inconnu. Il y a donc peu de chances pour que 2017 échappe aux canons traditionnels de notre vie politique.

Et pourtant ?

Rarement à 8 mois du scrutin, une élection présidentielle n’aura semblé aussi incertaine, jamais l’offre politique n’aura semblé si fragmentée et aussi éloignée des attentes d’une majorité de nos concitoyens. Jamais le rejet de la politique traditionnelle n’aura été aussi élevé : les sans préférence partisane représentant désormais près d’un tiers des électeurs soit plus que l’addition des sympathisants LR et PS réunis.

Et pourtant la perspective de la revanche Hollande-Sarkozy est l’affiche qui laisse le plus d’espace à Marine le Pen.

Et pourtant Montebourg &Co peuvent faire chanceler le président sortant au soir de la primaire.

Et pourtant Jean-Luc Mélenchon pourrait, si Montebourg n’y parvenait pas pendant la primaire, structurer une gauche alternative qui talonnerait – ou dépasserait ?- un Hollande affaibli par un mandat sans soutien, et une primaire sans élan.

Et pourtant le favori toutes catégories des sondages, Alain Juppé, apparaît moins invincible et ne soulève pas l’enthousiasme.

Et pourtant François Bayrou, après avoir connu enfer et purgatoire, est toujours là.

Et pourtant qui peut dire que les primaires, mêmes réussies, enfermeraient à gauche comme à droite les électeurs des vaincus dans le vote pour le candidat investi ?

Et pourtant l’entrée en campagne d’Emmanuel Macron fait osciller les courbes, comme une petite secousse sismique que le paysage politique n’a pas connu depuis longtemps.

Et pourtant dans tous les scrutins depuis 2012, le FN n’a cessé de progresser entre les deux tours, laissant possible un score de second tour frôlant à minima les 40 % si elle vire en tête au premier.

Mais on le sait à la fin le système l’emporte toujours…

Cette fois-ci, en sommes-nous sûrs, vraiment ?    (Bernard SANANES)

La vérité, comme le rappelle le grand professionnel qu’est Bernard Sananès, c’est qu’en effet les repères traditionnels de la vie politique sont en train d’éclater, parce que le système lui-même est à bout de souffle.

La Vème République est épuisée. Son agonie a commencé avec l’instauration du quinquennat (je reviendrai sur le sujet plus en détail dans un prochain billet) et s’achève dans le ridicule des « primaires ».

À neuf mois de l’élection présidentielle, tous les scénarios sont envisageables, y compris le pire – que ne mentionne pas B.Sananès – celui de la violence.

L’arrivée d’Emmanuel Macron dans le paysage politique n’est pas anodine. Sa participation à la première de la nouvelle émission dominicale de France Inter et franceinfo: était légitimement attendue :

Comme auditeur/téléspectateur, j’attendais avec intérêt les déclarations de l’ex-ministre, mais peut-être surtout un ton nouveau, un autre format pour cette nouvelle émission politique. Quand on parle d’un « système » périmé, usé jusqu’à la corde, on en a malheureusement eu la triste illustration ce dimanche : des journalistes, à commencer par le sieur Demorand, agressifs, décidés à ne pas laisser leur invité en placer une, le coupant sans arrêt, considérant toutes ses explications comme nulles et non avenues, dès lors qu’il ne répondait pas à la seule question qui les intéressait, sa candidature à l’élection présidentielle. Invraisemblable, insupportable même ! « Être clair, ce n’est pas être caricatural », a justement rétorqué Emmanuel Macron…

La politique du radio crochet

Le ministre démissionnaire de l’Economie, Emmanuel Macron, a eu une curieuse formule hier : « La présidence de la République ce n’est pas un radio crochet ». Pas sûr que ceux qui le regardaient sur TF1, sauf les plus âgés des téléspectateurs, aient compris l’allusion à une compétition radiophonique – le radio-crochet – qui date d’avant l’apparition du poste de radio à transistors, c’est dire…Mais s’il voulait faire mouche avec sa formule, c’est réussi, il faut d’ailleurs lui reconnaître une vraie habileté lexicale (Emmanuel Macron sur TF1)

J’ai appris la démission du proche collaborateur puis ministre de François Hollande en même temps que j’achevais la lecture d’un essai à tendance pamphlétaire d’un garçon que j’ai connu – et apprécié – durant les quelques mois où lui était au secrétariat général de la présidence de Radio France et moi à la direction de la musique de la Maison ronde, Pierre Jacquemain. Il sera sans doute très surpris, s’il me lit, que je trouve plus d’un point commun entre son analyse – pertinente, parfois excessive, mais jamais banale – de la politique telle qu’elle va ou ne va plus, ses propositions d’un changement radical…. et les propos d’Emmanuel Macron (alors que Pierre J. dit exécrer à peu près tout ce que représente Macron !).

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Présentation : « Ils ont renoncé à faire ce pour quoi ils ont été élus : mener une politique de gauche. Peut-être parce qu’ils sont devenus de droite. Version naïve. Peut-être l’ont-ils toujours été. Version éclairée. Nos gouvernants ont cessé de faire de la politique. Ils gèrent le bien public, l’État, comme on dirige une entreprise. Il ne s’agit plus de rêver ou d’améliorer la vie des Français. L’heure est au pragmatisme, au « laisser faire, laisser passer », au libéralisme.
Fort de son expérience de conseiller stratégie de la ministre du Travail de septembre 2015 à février 2016, Pierre Jacquemain raconte comment la technocratie a pris le pouvoir sur le et la politique. En dévoilant les coulisses de la loi El Khomri, il nous montre une ministre dépossédée de ses prérogatives, récitant les éléments de langage de Matignon, reléguée au rôle de figurante et condamnée – parce qu’elle le veut bien – à porter une loi qu’elle n’a ni pensée, ni rédigée. Pas même négociée. Une loi faite par et pour des technocrates hors-sol dans une France paupérisée. 
Ils ont tué la politique. Ils ont tué la pensée. Ils ont tué la gauche. »

La charge est d’autant plus lourde que la déception est profonde, jusqu’à un sentiment, largement partagé bien au-delà de ceux qui se revendiquent comme P. Jacquemain d’une gauche radicale, de trahison non seulement des idéaux traditionnels de la gauche, mais du sens de l’engagement politique.

Avec d’autres mots que l’ex-conseiller de Myriam El KhomriEmmanuel Macron décrit de la même manière l’état de désenchantement, voire de désespérance, d’une grande majorité de citoyens. Pas seulement parce que les promesses faites en période électorale ne sont jamais tenues – ce n’est pas nouveau ! – mais parce que le politique ne fait plus de politique, parce que ceux qui nous gouvernent ou prétendent nous gouverner n’expriment plus ni vision ni perspective. Et qu’aucun enseignement n’est jamais tiré des consultations électorales. Si l’on en croit certains, on est bien parti pour rééditer 2012 en 2017…À moins que…